CHAPITRE TROISIÈME
A la nouvelle de ces exécati(Mis sommaires que Thistaire doit flétrir, tout en reconnaissant qu'elles étaient comme une expiation fatale infligée à des hommes qui longtemps avaient méconnu le sentiment de la justice, Lally-Tolendal reprit sa motion. Combattue par Mirabeau et par Barnave, elle fut adoptée avec une importante modification proposée par Robespierre, modification d'après laquelle tout fonctionnaire convaincu d'attentat envers la nation devait être puni d'après des formes légales. C'était du moins donner satisfaction au peuple, et couper court à la longue impunité dont avaient joui jusque-là les dépositaires du pouvoir.
Tout du reste contribuait à semer l'inquiétude dans les esprits* On se sentait sur un volcan. Tantôt c'était une lettre saisie sur le. baron de Castelnau, à l'adresse du comte d'Artois, et sur laquelle l'Assemblée avait déclaré qu'il n'y avait lieu de délibérer par respect pour Tinviolabilité des lettres; tantôt c'était une explosion terrible arrivée au château du Quincey, en Franche-Comté, et dont avaient été victimes une foule de citoyens, invités par le propriétaire même, M. de Memmay, à venir fêter chez lui la chute de la Bastille. Ce qui n'était sans doute qu'un accident déplorable fut regardé comme un guet-apens, on crut à un horrible complot des nobles du pays. Des bandes armées se jetèrent sur les châteaux des environs, y commirent une foule d'excès, et s'attachèrent principalement à anéantir les chartriers des seigneurs, de qui elles exigeaient la renonciation à leurs droits féodaux.
L'Assemblée, fort émue de ce qu'on appelait le crime du Quincey, invita formellement le roi à en poursuivre les auteurs.Les nouvelles alarmantes, venues des provinces, troublaient chaque jour ses séances. Le bruit ayant couru que la noblesse de Bretagne était résolue à livrer Brest aux Anglais, l'Assemblée décréta, le 28 juillet, sur une proposition de Duport, amendée par Le Chapelier, qu'il serait formé un
Les châteaux ]>illéa.
IjO comité
des recherches.
6ï HISTOIRE DB LA «ÉVOLUTION '
comité de recherches chargé d'informer contre les personnes suspectes, et de les renvoyer s'il y avait lieu devant un tribunal compétent. Ainsi la Révolution s'acheminait, par une voie presque inévitable, vers les tribunaux inflexibles qu'elle devait charger du soin de ses vengeances. Afin de se rendre populaire, la cour s'était empressée de promettre qu'elle ordonnerait à ses ambassadeurs d'empêcher qu'aucun asile ne fût donné aux auteurs inconnus de l'explosion du Quincey ; mais pour recouvrer la force morale qu'elle avait perdue, elle comptait surtout sur le retour Retour de Ncckor, dont le renvoi avait déterminé une si violente
de Neckor. explosiou-dc murmurcs. Elle put croire, en effet, à la toute-puissance du ministre en apprenant les acclamations et les hommages dont il avait été salué sur sa route. Mais à peine arrivé au château de Versailles, dont il trouva les fiers hôtes singulièrement abattus et attristés, il ne tarda pas à éprouver combien peu d'influence il avait en réalité sur l'opinion. Ayant appris que Besenval, arrêté dans sa fuite, avait été ramené et incarcéré à Paris, il alla lui-même à l'hôtel de ville demander sa gruce à l'assemblée des électeurs. Celle-ci la lui accorda sans peine. Elle suivait d'ailleurs le courant réactionnaire qui déjà emportait la haute bourgeoisie, et elle venait de prouver son peu de dévouement à la liberté, en décidant l'arrestation de tous les colporteurs d'écrits publiés sans nom d'imprimeur. Les districts réclamèrent vivement, déniant à l'assemblée électorale le droit de grâce qu'elle s'était arrogé. Saisie de la question, et entraînée par Camus, Mirabeau, Robespierre, Volney et quelques autres, l'Assemblée constituante maintint l'arrestation de Besenval et le renvoya, pour y être jugé, devant le tribunal du Chûtelet
La Commune Le jour même où Necker risquait sa popularité au foyer
de Paris, révolutioiinaire de Paris, les électeurs se démettaient de
leurs fonctions et étaient remplacés par cent vingt députés
des districts, à raison de deux par district. Les nouveaux