CHAPITRE TROISIÈME
venus, destinés à former la municipalité parisienne, prirent le titre de représentants de la Commune de Paris. Telle fut l'origine de cette fameuse Commune dont le nom reviendra souvent sous notre plume, et qui, jusqu'au 9 Ther-* midor, jouera un rôle si considérable dans la Révolution.
Au mUieu de toutes ces agitations, inséparables de l'état de fièvre dans lequel vivait le pays depuis quelques mois, l'Assemblée nationale commençait les travaux du nouveau pacte social. Du dépouillement des cahiers des bailliages, il résulta que l'immense majorité des électeurs avait formellement ou implicitement exprimé le vœu que la constitution fût précédée d'une Déclaration des droits de La Déclaration l'homme et du citoyen. Plus de cinquante orateurs se <^«* ^^'^^ firent inscrire pour parler sur la question, et la plupart de ^ ^"*"*' ceux qui prirent la parole conclurent- en faveur de Taffirmative. L'abbé Grégoire demanda qu'il y eût aussi mie Déclaration des devoirs. Mais, objecta-t-on, les devoirs sont indéfinis, on pourrait croire qu'il n'existe que ceux qui se trouveraient insérés dans la Déclaration, et d'ailleurs ils découlent naturellement des droits et n'ont pas besoin d'être exprimés. Ce fut lavis de l'Assemblée. Dans la matinée du 4 août il fut décidé, à la presque unanimité, que la constitution serait précédée d'une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Une telle Déclaration impliquait nécessairement la suppression de tous les vieux abus du régime féodal. Malouet lui-même, un des coryphées de la réaction bourgeoise, venait d'accorder qu'un grand nombre d'emplois ou de fonctions publiques, de grâces imméritées, de traitements exagérés et de moyens abusifs de fortune devaient être supprimés ou considérablement réduits. Et puis, au cours de la discussion, on apprit que, dans toutes les provinces, une formidable croisade s'organisait contre les droits féodaux; qu'on refusait le payement des redevances seigneo* riales ; enfin, qu'un certain nombre de châteaux avaient
été livrés au pillage ou réduits en cendres, et qu'en quelques endroits on avait eu à regretter des violences sanglantes : il était donc habile aux privilégiés de faire eux-mêmes la part du feu et d'ofifrir, comme une concession volontaire, l'abandon des droits iniques qu'allait leur ravir la constitution. AOUT 1789. Quoi qu'il en soit, comme il n'est pas dans la nature de l'homme de renoncer bénévolement à des avantages consacrés par une longue possession, il n en faut pas moins citer avec éloge e,t honorer les noms de ceux qui ont pris rinitiative de ce sacrifice. Le mardi 4 août, à l'ouverture de la Nuit du 4 août, séance du soir, le vicomte de Noailles monte à la tribune, et propose, comme remède aux maux dont souffrait le pays : l'égale répartition des impôtsr et charges publiques, la suppression de tous les droits féodaux, par voie de rachat, et l'abolition pure et simple des corvées seigneuriales, des mainmortes et de toutes les servitudes personnelles. Ce fut le signal d'un véritable combat de générosité entre les privilégiés.
A peine a-t-il achevé que le duc d'Aiguillon, un des plus grands seigneurs de France, se lève pour appuyer la proposition de son collègue ; il fait plus, il légitime, en quelque sorte, les soulèvements de ce peuple qui a formé une ligue sainte, afin de détruire le joug odieux et barbare sous lequel il gémissait depuis tant de siècles. À peine se préoccupefron d'une motion de Dupont (de Nemours) sur la nécessité de faire respecter l'ordre et la propriété. Il est bien question de cela quand on entend le breton Leguen de Kerangal gémir sur les misères séculaires de ces habitants de la campagne, qu'on attelait à des charrettes comme des animaux de labourage, et demander vivement qu'on livre à un bûcher expiatoire les parchemins infâmes où étaient consignés les prétendus droits des privilégiés. Le marquis de Foucault, le vicomte de Beauharnais, l'évèque de Nancy, les ducs du Châtelet et de La Rochefoucauld, offrent tour à tour leur obole. C'est un assaut d'abnégation.