CHAPITRE TROISIÈME B
HenreuXy suivant ses propres expressions, de ponvoir donner aux autres propriétaires un exemple de justice et d'humanité, Tévéque de Chartres réclame Tabolition du droit exclusif de chasse, de ce droit en vertu duquel tant d*miquités avaient été commises de temps immémorial, et pour lui, il en fait Tabandon, séance tenante. Les privilèges de toute nature sombrent à la fois dans ce naufrage grandiose. Un conseiller au Parlement de Paris, Fréteau, émet le vœu de voir supprimer ceux de la magistrature. Les députés des pays d'états offrent de renoncer aux privilèges de leurs provinces, et Tronchet, au nom des représentants de la ville de Paris, abandonne les prérogatives et les inmiunités pécuniaires dont jouissaient les habitants de la capitale.
Déjà Ton était au milieu de la nuit. Pour rattacher au nom du roi le souvenir de cette séance mémorable, — car Timmense majorité de l'Assemblée était profondément monarchique, ne l'oublions pas, — Lally-Tolendal proposa à ses collègues de décerner à Louis XVI le titre de Restaurateur de la liberté française : ce qui fut décrété au milieu d'acclamations prolongées.'
Somme toute, dans cette nuit à jamais fameuse, le peuple français avait pacifiquement conquis en quelques heures 1 égalité dans l'impôt, l'abolition du servage, de la mainmorte, des juridictions seigneuriales, des privilèges et immunités pécuniaires, des prérogatives particulières des villes et provinces, des pensions obtenues sans titre et du droit exclusif de chasse, la suppression des aanates, de la pluralité des bénéfices et de la vénalité des offices, la faculté de rembourser les droits seigneuriaux et de racheter toutes les dîmes, de quelque nature qu'elles fussent. Jamais, dans l'histoire des peuples, si grande et si glorieuse chose ne s'était vue. Conservons donc éternellement le souvenir de cette nuit féconde, et qu'il luise dans notre mémoire comme l'aurore des libertés de notre pays.
Késistanoes du roi.
Le premier moment d'enthousiasme passé, il y eut certainement bien des regrets dans le cœur de nombre de ceux qui avaient fait litière de leurs privilèges et immunités ; mais ils n'osaient les exprimer trop hautement, car on comptait sur le sacrifice consommé pour éteindre l'incendie qui éclatait sur tous les points du pays. Proclamé, un peu malgré lui, restaurateur de la liberté française, Louis XVI le trouva fort beau, ce sacrifice ; seulement il voulait se contenter de l'admirer, et, dans une lettre adressée à l'archevêque d'Arles, il dit en propres termes qu'à moins d'y être contraint par la force, il ne consentirait jamais à sanctionner des décrets qui dépouillaient sa noblesse et son clergé. Et il priait l'archevêque de solliciter les lumières du ciel, afin qu'il lui prêtât appui en cette occurrence ; mais le sort en était jeté, et le ciel même n'aurait pu alors prévaloir contre la justice.
Après avoir voté un emprunt de trente millions demandé par Necker, après ayoir adopté une loi fort développée pour assurer le rétablissement de la tranquillité publique l'Assemblée s'occupa ide formuler en décrets les principes adoptés dans la nuit du 4 août. Quelques articles seulement donnèrent lieu à des débats passionnés. Il avait été décidé que les droits féodaux, considérés comme de véritables propriétés patrimoniales, seraient supprimés sous condition de rachat ; mais en serait-il de même des dîmes eccléecciésiastiques. siastiqucs ? Et s'emparcrait-on des biens du clergé, sauf à pourvoir désormais à ses besoins, en inscrivant à son bénéfice une dotation annuelle au budget ? Telle fut la question posée dans la séance du 10 août. L'abbé Grégoire, les curés Jallet et François parlèrent au nom des pauvres. L'évêqùe de Langres assimila les dîmes ecclésiastiques aux dîmes inféodées, et soutint que c'étaient des propriétés identiques. Selon Mirabeau, elles n'étaient que le subside destiné à salarier les officiers de morale et d'instruction, et pouvaient très-légalement être remplacées par tout autre
Les (limes