CHAPITRE TROISIÈME
subside. Comra^ on se récriait vivement à ce mot de salarier : « Je ne connais , dit-il , que trois manières d'exister dans la société : il faut y être mendiant, voleur ou salarié. » Cette violente riposte suffit pour imposer silence aux interrupteurs.
Du moment où l'État se chargeait de payer les prêtres, cela équivalait à un véritable rachat, aux yeux de Sieyès ; néanmoins l'abbé auraitvouluque les propriétaires exonérés payassent une somme déterminée, au profit de la nation. Et il avait parfaitement raison, car en achetant les terres, on avait toujours eu soin de défalquer du prix d'achat le capital nécessaire au service de la dîme. En dépit de ses justes observations, l'Assemblée se prononça pour l'abolition pure et simple de toutes les dîmes ecclésiastiques. Ce fut une sorte de don de joyeux avènement payé aux propriétaires par la Révolution et aux riches par les pauvres. L'équité aurait certainement voulu, comme le demandait Sieyès, que la nation tout entière profitât des cent millions d'impAts dont la terre se trouvait tout à coup dégrevée.
La suppression de la vénalité des offices de judicature et de municipalité ne donna lieu à aucune discussion. Personne n'eut osé prendre la défense de l'exécrable système judiciaire qui existait. Il fut décidé que la justice serait à l'avenir rendue gratuitement, et qu'en attendant sa nouvelle réorganisation, les anciens magistrats continueraient d'exercer leurs fonctions.
La nouvelle de l'abolition des droits féodaux avait été connue à Paris dans la journée du 5, à l'heure même où un prêtre, illuminé du raj-onnement de la Révolution, l'abbé Claude Fauchet, célébrait, dans une harangue tout inspirée du souffle de la liberté, les citoyens morts au siège de la Bastille. Elle y causa une joie indescriptible ; mais, au milieu de l'ivresse générale, se glissaient des craintes et des méfiances adroitement entretenues par les malveillants. La publication du décret relatif au rétablissement
Discussion
sur la Déclaration des droits.
de la paix publique fut assez mal accueillie. C'était, selon l'expression de Tournoû, alors ^rédacteur des Révolutions de Paris, une des feuilles les plus populaires de l'époque, c'était l'ordre de faire feu sur ceux qui céderaient à un mouvement de mécontentement. Hélas ! les causes de fermentation et de surexcitation ne devaient pas manquer jusqu'au jour, encore éloigné, où l'Assemblée nationale aurait achevé .la constitution qui, seule, on l'espérait du moins, pouvait rendre au pays la confiance et la tranquillité.
Elle ne perdait pourtant point de temps, cette glorieuse Assemblée. Plusieurs projets de Déclaration des droits lui avaient été présentés déjà par divers membres, entre autres par Meunier, par Sieyès et par Lafayette qui, dans le sien, avait introduit cette idée de la résistance à l'oppression, que nous verrons reparaître plus tard. Un comité spécial avait été chargé d'examiner ces différents projets et d'en tirer une Déclaration destinée à être soumise à la discussion. Rapporteur de ce comité, Mirabeau vint soumettre son travail à l'Assemblée dans la séance du 17 août. L'Assemblée ne s'en montra pas satisfaite. Fort mécontent de voir aussi mal accueillie l'œuvre à laquelle il avait coopéré, le fier tribun demanda que la rédaction de la Déclaration ne fût arrêtée qu'après qu'on se serait mis d'accord sur la constitution elle-même. En dépit de ses efforts, l'Assemblée décida qu'elle se diviserait en bureaux pour choisir, par voie de scrutin, un projet de Déclaration, et qu'elle discuterait article par article celui qui aurait obtenu le plus de suffrages. Dès le 19 elle adoptait, pour base de sa discussion, un projet en vingt-quatre articles émané du sixième bureau.
Fille de Voltaire et de Rousseau, l'Assemblée constituante commença par placer sa Déclaration sous les auspices de l'Être suprême. Un grand nombre de membres prirent part aux débats solennels qui s'ouvrirent. Il serait trop long d'énumérer ici toutes les opinions qui se firent