chapitre: TBOISIÈlfE
jour, et qui, pour la plupart, étaient empruntées aux maximes de la philosophie la plus douce et la plus tolérante. A la voix d'Alexandre de Lameth, on posa en principe que la loi n'avait le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Duport fit sentir la nécessité de n'admettre désormais dans le droit criminel que des peines strictement nécessaires. Robespierre , appuyé par Mirabeau, insista pour l'adoption de dispositions sévères contre tout fonctionnaire public convaincu d'avoir rendu ou exécuté des ordres arbitraires. Il vint à son tour en aide au puissant orateur quand celui-ci combattit, avec une suprême éloquence, toute restriction en matière religieuse ; tous deux firent rejeter l'article où il était question de culte établi ^ et inscrire à la place le principe de la plus large tolérance.
La liberté de la presse, non moins sacrée que la liberté religieuse, trouva des défenseurs ardents. C'était, d'après Robespierre, une partie inséparable de celle de communiquer ses pensées. D'accord avec La Rochefoucauld et Rabaut Saint-Étienne, il insista pour qu'on élargît à cet égard la Déclaration du comité ; mais l'Assemblée n'osa pas regarder la liberté en face, et elle conserva à l'article où il en était question des réserves et une ambiguïté fâcheuses.
Quoi qu'il en soit, et si incomplète qu'elle fut encore, la Déclaration adoptée par l'Assemblée constituante dans sa séance du 26 août, restera comme un des plus beaux monuments de la raison humaine. Barnave l'avait appelée une sorte de catéchisme national; le jeune député de Grenoble n'avait pas dit assez : ce n'était pas seulement la Déclaration des droits du citoyen, c'était aussi la Déclaration des droits de l'homme. Cela signifiait que la Révolution n'entendait pas enfermer ses conquêtes morales dans les bornes étroites des nationalités , mais qu'elle embrassait l'humanité tout entière.
Pour mesurer la route parcourue en trois mois, il n'y a qu'à jeter les yeux sur les progrès réalisés, au moins en
théorie : suppression de tous les privilèges ; admissibilité de tous les citoyens aux emplois publics; abolition delà vénalité des offices; établissement d^une justice nationale et gratuite; égale répartition des charges publiques; rimpôt librement consenti; responsabilité des agents du pouvoir; liberté individuelle, liberté de conscience, liberté de la presse, tels sont les principaux principes prodamés par l'Assemblée constituante, et qui lui donnent droit à notre reconnaissance immortelle. Qui jamais eût dit au roi et à ses ministres, quand ils appelaient les états généraux au secours de la monarchie absolue, que ces mêmes états érigeraient en droit constitutionnel des doctrines subversives du gouvernement personnel?
On allait à la destruction de la royauté par une inflexible logique ; mais il s'en fallait de beaucoup, hâtons-nous de le dire, que l'Assemblée voulût porter Mteinte au principe monarchique. Si quelques-uns de ses membres, les yeux fixés sur l'avenir, entrevoyaient déjà la possibilité de sup- Le principe primer le mécanisme de la royauté, comme un rouage inmonarchique utile dans uu gouvernement libre, le plus grand nombre n'admettait même pas qu'il fût permis de le discuter. Lorsque le 28 août, jour où commencèrent les débats sur la constitution, Robespierre demanda, aussitôt après la lecture des premiers articles, où le gouvernement monarchique était comme érigé en dogme, que du moins chàteun pût, sans crainte des murmures, ofi'rir à cet égard le tribut de ses opinions, il souleva une formidable tempête, et les cris répétés à f ordre! à tordre/ l'empêchèrent de continuer,
On peut assigner ces débats sur la constitution pour point de départ à la division de l'Assemblée en côté gauche et côté droit. Comme on votait assez souvent par assis et levé, on vit se ranger à la gauche du président ceux qui opinaient en faveur des idées nouvelles, tandis que les partisans du passé se groupaient à sa droite; d'où
mis en question.