‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 35 sur 226 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

le nom de gauche donné à la fraction dite révolutionnaire, et celui de droite, à la partie de TÂssemblée qui réagissait de toutes ses forces contre le mouvement progressif.

Il y avait un certain nombre de députés, comme Lally- Débau Tolendal, Giermont-Tonnerre, Malouet et Mounier, qu'on conïtitJtion. pouvait regarder comme les disciples de Montesquieu, et qui eussent voulu appliquer à la France une constitution calquée sur celle de l'Angleterre. Ils regardaient comme le chef-d'œuvre des systèmes de gouvernement une chambre haute et une chambre basse, représentant, à leurs yeux, l'élément aristocratique et l'élément populaire, et se combinant avec la royauté. Lally-Tolendal employa tous ses eflForts d'éloquence pour faire triompher ce système ; il ne put y parvenir. Les esprits clairvoyants sentaient qu'avec cette chambre haute on arriverait fatalement à la reconstitution d'une classe privilégiée, etqu'à tout prendre un pouvoir législatif unique était plus favorable au développement des principes égalitaires posé» dans la nuit du 4 août. Entraînée par Mirabeau, l'Assemblée vota, à une im- ' mense majorité, la permanence et l'unité du Corps législatif.

Elle se divisa beaucoup plus sur la question de savoir si le roi pourrait opposer son veto aux lois et décrets rendus par ce Corps. L'agitation à laquelle elle fut en proie,.à cause de cette question, se répandit dans le pays tout ,

entier. Il n'en fallait pas tant pour exaspérer les habitants de Paris, dont la crainte de la disette augmentait singulièrement les méfiances. Déjà l'on voyait des attroupements tumultueux aux portes des boulangers, et chacun voulant s'approvisionner de pain pour plusieurs jours, les approvisionnements menaçaient de devenir insuffisants à la consommation journalière. Dans certains districts on fut obligé de distribuer aux pauvres des rations de riz. Les représentants de la Commune, qui exerçaient une autorité quasi dictatoriale, redoutaient une insurrection de la faim, et, pour la réprimer, Bailly et Lafayette, jie recalèrent

pas devant des mesures excessives. Les postes furent doublés; sur certains points de la ville on braqua des canons chargés à mitraille.

Ld reto. La discussion du veto^ survenant au milieu de ces circonstances, n'était pas de nature à calmer des anxiétés qu'entretenaient les bruits les plus sinistres. Comment» disait-on, il dépendra, du caprice et du bon plaisir d'un homme de suspendi'e, d'enchaîner la volonté générale! La fermentation fut extrême au Palais-Royal. Le marquis de Saint-Huruge, im déclassé de l'ancien régime, entrépar dépit dans le parti populaire, accepta la mission de porter à l'Assemblée constituante des paroles de menace. Il partit àla tête de quinze cents hommes; mais, vigoureusement chargée par la force armée, sa bande dut se dissiper. Deux citoyens parvinrent cependant à se rendre à Versailles, et y notifièrent la résolution des motionnaires du Palais- Royal, laquelle concluait à ce qu'on n'accordât pas à un seul homme un veto qui, endroit, n'appartenait qu'à vingtcinq millions d'hommes. C'était la théorie de la souveraineté populaire nettement posée.

L'Assemblée déclara qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur une pétition rédigée en style de factieux. Ceci se passait le 30 août. Les motionnaires ne se tinrent pas pour battus. Ils réclamèrent, le lendemain, des représentants de la Commune, la convocation d'une réunion générale des districts à l'effet de décider, entre autres choses, s'il n'était pas nécessaire de révoquer quelques-uns des membres de l'Assemblée constituante. Pour couper court à l'agitation, les représentants de la Commime ne trouvèrent rien de mieux que d'ordonner au commandant général de la garde nationale de sévir contre les perturbateurs de l'ordre public. On jeta Saiht-Huruge en prison, et les motionnaires du Palais-Royal furent expulsés du café deFoy, dont on ferma provisoirement les portes.

Pendant ce temps l'Assemblée constituante délibérait.

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