CHAPITRE TROISIÈlfE
Sur de nouvelles injonctions, impératives cette fois, le roi finit par céder, de fort mauvaise grâce, il est vrai ; ce qui n'empêcha pas TAssemblée de lui accorder, comme par reconnaissance, la faculté de pouvoir suspendre, pendant deux législatures, les lois et décrets du Corps législatif.
Quelques jours auparavant elle avait affirmé ses sentiments monarchiques, en décrétant l'inviolabilité de la personne du roi, l'indivisibilité du trône et Thérédité de la couronne dans la famille des Bourbon, par ordre de primogéniture et à l'exclusion' absolue des femmes. Vain décret que, à trois ans de là, devait déchirer l'implacable logique de la Révolution.
Signalons, en passant, d'inutiles débats sur la régence, où, sous prétexte d'en interdire l'exercice à tout prince né hors du pays, Mirabeau, dans un discours violent, parut se faire, implicitement et sans désigner personne, le champion des droits de la branche d'Orléans au trône de France. Comme, le soir de la discussion, le comte de Virieu lui témoignait son étonnement de le voir se préoccuper des prétentions d'un prince étranger, quand la famille royale comptait tant de membres, il objecta que la constitution pléthorique du roi et du comte de Provence ne semblait pas devoir leur promettre une longue vie. Les espérances du trône reposaient donc uniquement à son sens sur la tête d'un frêle enfant, car le jeune dauphin passait pour être d'une santé fort débile. « Eh bien ! dit M. de Virieu, vous comptez donc pour rien le comte d'Artois et ses enfants? » — Le comte avait déjà émigré. — «On les regardera comme fugitifs, » reprit Mirabeau. Qui restait-il donc? Le duc d'Orléans, que, d'ailleurs, il se garda bien de nommer.
Tandis qu'au milieu de l'Assemblée nationale se discutait cette question de la succession au trône, une autre question, celle de la faim, continuait d'agiter la nation. Des grains avaient été pillés sur les marchés, il en résulta que nombre
Débats
sur
la régence.
La question des vivres.
de fermiers et de riches propriétaires cachèrent soigneu- - sèment leurs récoltes. On vit, d'autre part, des spéculateurs sans entrailles accaparer lès denrées de première nécessité pour en faire hausser le prix, trouvant ainsi dans la détresse publique un rapide moyen de fortune. S'il faut en croire un mémoire de Camille Desmoulins, il s'était formé à Corbeil une compagnie qui n'avait d'autre but que d'enfler le prix du pain par des moyens criminels, et l'on allait jusqu'à citer certains memjjres du comité des subsistances de Paris comme prêtant les mains à ce honteux trafic. Étonnez-vous donc des colères dont étaient l'objet ces accapareurs, contre lesquels rugissait Marat dans sa feuille, et qu'il appelait les assassins du peuple. En vain Ton décréta la libre circulation des grains à l'intérieur, et l'on en prohiba l'exportation; en vain l'État en tira lui-même de l'étranger pour assurer la subsistance du pays, les meilleures mesures se trouvèrent en partie paralysées par la mauvaise volonté des détenteurs de blés. Chaque jour le spectre de la faim apparaissait, livide, aux regards des malheureux, et les ennemis de la Révolution ne manquaient pas de rendre celle-ci responsable d'une crise dont les vraies causes étaient l'avidité des uns et Tincurie des autres.
Détresse A ces motifs de troubles et de désordres venait se financière, joindre une situation financière de plus en plus désastreuse. La nécessité où l'on s'était trouvé, depuis quelques mois, d'occuper les ouvriers sans travail, avait achevé d'obérer nos finances. Il est vrai qu'à côté de ces causes légitimes de dépenses, il y en avait d'autres moins avouables, telles que les dettes du comte d'Artois à payer. L'Assemblée n'en avait pas moins voté, à la demande de Necker, comme on l'a vu plus haut, un emprunt de trente millions. Malheureusement il n'avait pas été couvert. Un nouvel emprunt de quatre-vingts millions n'avait pas eu plus de succès. Le ministre était aux abois, et déjà