‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 38 sur 226 · CHAPITRE TRÛISIÈUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRÛISIÈUE

le mot sinistre de banqueroute sortait de toutes les bouches.

De nobles efforts étaient bien tentés individuellement pour obvier à la pénurie du trésor; les dons patriotiques affluaient : cent mille livres offertes par le duc de Charost, et uneforêttoutentièredonnéeparM.BaupoildeSaint-Aulaire étaient certainement de magnifiques cadeaux; Marie* Antoinette et Louis XVI envoyaient à la Monnaie leur vaisselle d'or et d'argent; mais c'étaient là des palliatifs insuffisants. Le 24 septembre, Necker parut à la tribune, et, comme suprême ressource, il demanda à l'Assemblée nationale de voter une contribution patriotique du quart de tous les revenus. Étaient dispensés de cet impôt extraordinaire les simples ouvriers ou les personnes dont le revenu n'excédait pas quatre cents livres.

Bien qu'approuvé par le comité des finances, le plan du ministre fut assez vivement battu en brèche dans Ja séance du 26. L'Assemblée, déroutée, hésitait à le voter, quand Mirabeau, d'ordinaire assez hostile à Necker, vint lui prêter l'appui de sa parole puissante. Jamais peut-être il ne fut plus énergique et plus entraînant. Il montra les périls de la situation s'aggravant d'heure en heure, et dépeignit sous les plus sombres couleurs le gouffre béant de la banqueroute où l'on allait plonger, si l'on n'adoptait pas le plan ministériel. Sans doute les moyens proposés n'étaient pas les meilleurs possibles, mais il n'y avait rien de mieux pour le moment; et ce n'était pas quand la banqueroute, la hideuse banqueroute était là, menaçant de dévorer l'honneur et les biens de tous, qu'il fallait perdre son temps en délibérations.

Le ton inspiré de l'orateur, sa voix émue, son geste irrésistible, transportèrent l'Assemblée qui, subjuguée, adopta de confiance le projet du ministre. Quelques jours après , Necker vint soumettre son plan d'ensemble à ' l'Assemblée, et, comme pouf lui témoigner sa reconnais-

Conspiration (le palais.

OCTODBE

sance, il déposa sur le bureau un don patriotique de cent mille livres.

Tandis que les représentants de la nation s'efforçaient de prévenir les convulsions qui pouvaient naître de la famine, et écoutaient, calmes au milieu des orages, la lecture des premiers titres du pacte élaboré par leur comité de constitution dont Thouret était rapporteur, un complot s'ourdissait à la cour, à Tinsu peut-être de Louis XVI. Il était question de dissoudre par la violence l'Assemblée nationale et de conduire le roi à Metz où, sous la protection de Bouille, qui venait d'être appelé au commandement des provinces de l'Est, et dont on connaissait les sentiipents ultra-royalistes, il aurait repris l'exercice du pouvoir absolu. Telles étaient du moins les rumeurs qui circulaient, et qui, propagées par les cent voix de ce pouvoir nouveau et déjà formidable qu'on appelait la presse, jetaient partout l'alarme et l'irritation.

Il paraît à peu près certain que ces rumeurs étaient fondées. Une chose d'ailleurs tendait singulièrement à les accréditer, c'étaient les mouvements de troupes qui se firent à Versailles dans les derniers jours de septembre. Les congés de trimestre avaient été suspendus ; jamais on n'avait vu tant d'uniformes dans la ville de Louis XIV. Ces mouvements divers donnèrent lieu à des fêtes de caserne où l'on ne ménageait à la Révolution ni l'anathème ni les railleries.

Il y eut notamment un repas donné dans la salle même de l'opéra, par les gardes du corps, aux officiers du régiment de Flandre, nouvellement arrivé à Versailles, et qui dégénéra en véritable orgie contre-révolutionnaire. Marie- Antoinette, accompagnée dé son mari, de ses enfants et de ses dames du palais, eut l'imprudence de se montrer au milieu de cette soldatesque, laquelle, après avoir refusé dédaigneusement déboire à la santé de la nation, porta avec enthousiasme celle du roi et celle de la reine. Ce n'était

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