‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 39 sur 226 · CHAPITRE TftOISIÈUB · texte numérisé non relu

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rien encore; mais, la cour partie, la frénésie royaliste des convives, parmi lesquels on comptait quelques ofiSciers supérieurs de la garde nationale , ne connut plus de bornes. La vue des femmes, l'ivresse du vin avaient tourne toutes les têtes. Au milieu des chants bachiques, on foula aux pieds la cocarde tricolore. De la salle de théâtre, Torgie écumante et sans frein se répandit au dehors , dans la cour de Marbre , où il fut donné à la foule de contempler le triste spectacle de ces saturnales militaires, auxquelles la famille royale eut malheureusement Tair de s'associer. Il n'y eut point pour la monarchie de fête plus funeste que celle-là; ce fut son festin de Balthazar.

Ceci se passait le l*' octobre. Le lendemain, les dames et les demoiselles de la cour offraient à tout venant des cocardes blanches, et le futur thermidorien Lecointre, commandant de la garde nationale de Versailles, était insulté etprovoqué dansle château même par un chevalier deSaint- Louis, fils de la bouquetière de la reine. Le 3 octobre, dans la salle du Manège, nouveau repas, où, à défaut de la famille royale, les plus grands seigneurs vinrent fraterniser avec les soldats avinés. Une sorte de vertige semblait s'être emparé de la cour et de la noblesse et les pousser à l'abtme.

A peine connus à Paris, ces faits y occasionnent une fermentation violente. Camille Desmoulins dans ses RévolutUms de France et de Brabanty Marat dans Y Ami du peu^ pk, Toumon dans les Révolutions de Paris^ battent le rappel des patriotes. Un avocat au. conseil, inconnu encore, mais destiné à une renommée retentissante, Danton, sonne de sa grosse voix le tocsin au district des Cordeliers, dont il est président, et le peuple s'établit en permanence au Palais-Royal, où il délibère à la lueur d'un pâle soleil d'automne. On sentait qu'il fallait, suivant l'expression de Toumoû, un second accès de révolution. Le premier avait

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été la prise de la Bastille; le second allait être rirruption des femmes à Versailles.

Journées ' ^^ répoDse à Tinsolte dont la cooarde trieok>re avait été d*Octobre. Tobjet de la part d*ime centaine d*ofilciera et de soldats, la Commune de Paris prenait un arrêté par lequel il était interdit de porter d'autre cocarde que celle adoptée par la nation. En même temps^ il est vrai, apprenant que le peuple avait Tintention de se porter sur la cour, elle enjoi* ' gnait à Lafayette de doubler les postes et de multiplier les patrouilles, afin de prévenir le mouvement.

Mais déjà il n*était plus temps d*opposer une digue au torrent* On veut enlever le roi, le conduire à Metz, disaiton dans la foule, allons le chercher, forçons-le de venir au milieu de nous, et nous ]fi garderons comme un otage. On croyait généralement que la disette était due surtout à Tabsence du roi, et que, lui présent dans sa capitale. Tabondance y renaîtrait comme par enchantement. De là l'irrésistible élan dont fut témoin la jouraée du 5 octobre. Dès l'aube, dans le quartier des Halles, un certain nombre de femmes se groupèrent autour d'une jeune fille qui s'était emparée d'un tambour et battait le rappel. Elles se dirigèrent vers l'hôtel de ville, où elles arrivèrent au nombre d'environ cinq cents, demandant à grands cris du pain et des armes. Les noms de Bailly et de Lafayette étaient prononcés avec menace. Grand émoi au sein du corps municipal. Que faire î La place de Grève était hérissée de baïonnettes. Là se trouvaient l'infanterie de Gouvion et les volontaires de la Bastille, ayant Hullin à leur tête. Fallait-il repousser par la force cette émeute en jupons qui grossissait de minute en minuit©'? Un des vainqueurs de la journée du 14 juillet, Stanislas Maillard, pour dégager la Commune, propose aux femmes de les mener à Versailles. Elles acceptent, le choisissent pour capitaine, et partent enhâte, bariolées de rubans multicolores et armées qui de bâtons, qui de fourches, qui de fusils. Une compa-

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gnte des vainqttears de la Bastille servait d^arrière-garde à cette armée singulière.

Cependant les sections s-assemblaient au bruit du tocsin et de la ^nérale. Des faubourgs Saint-Antoine et Saint^ Maroeau descendaient des milliers. d*hommes au visage menaçant* Bientôt les abords de Fhôtel de ville sont littémlement inondés» et du milieu de cette foule impatiente et houleuse partent ces cris sans cesse renouvelés : Â Versailles! à VersaUles ! Ce cri formidable, il est répété par les grenadiers mêmes de Lafayette» lequel, après avoir vainement essayé d'apaiser le tumulte, attendait à cheval, et non sans anxiété, le résultat de la délibération du conseil municipal. Ayant reçu Tordre de partir luinnéme pour Versailles» à la tète de la garde nationale, il se résolut tristement à obéir. Mais il comprit qu*il valait encore mieux diriger cette sorte d'insurrection frémissante que de l'abandonner à elle-méine; et, aux acclamations universelles, il traversa la ville en triomphe, entraînant sur ses pas les lourds canons de l'artillerie parisienne et tout ce qu'il y avait d'hommes armés dans la capitale, comme s'il allait faire le siège de la royauté. j.

Vers trois heures de l'après-midi, les femmes commen** çaient à paraître dans l'avenue de Paris, Aucun désordre n'avait signalé leur passage. Du reste leur attitude n'était point hostile; au contraire, car elles entrèrent dans la ville de Louis XIV en chantant Vive Henri, 1 V. Le comte d'Estaing, commandant général de la garde nationale de Versailles, avait, quelques jours auparavant, prévenu la cour de l'explosion d'un vaste complot. Instruit de ce qui se passait, il s'était fait autoriser par la municipalité à repousser, au besoin, la force par la force ; mais il est douteux qu'il eût été secondé par ses troupes, et il put ju* ger des sentiments patriotiques dont était animée la population de Versailles, à l'enthousiasme avec lequel elle accueillit les Parisiennes.

A la nouvelle de cette invasion d'un nouveau genre, une certaine agitation s'était produite dans l'Assemblée, déjà émue d'une rqponse fort ambiguë de Louis XVI relative* ment à l'acceptation de la Déclaration des droits. Toutefois elle ne cessa pas de délibérer. A la demande de Maillard, qu'elle avait consenti à recevoir avec quelques-unes de celles qu'il avait amenées, elle chargea son président, Mounier, de se rendre au château, pour y porter les doléances de la capitale! Mounier partit, suivi de plusieurs de ses collègues et d'une douzaine de femmes. Cinq d'ei^- •tre ces dernières furent admises auprès du roi avec les membres de l'Assemblée, et l'une d'elles, une toute jeune fille, nommée Pierrette Chabry, exposa aunom des autres les souffrances de la population de Paris. Louis XVI promit d'y remédier, et il embrassa la jeune fille qui, toute fière, se retira avec ses compagnes, en criant: Vivent ie roi et sa maison l

Ce cri faillit leur attirer un mauvais parti, tant il irrita la multitude qui encombrait la place du Château. On crut à une trahison de leur part, et elles eussent perdu la vie peut-être, sans l'intervention de quelques-unes des leurs et de plusieurs gardes du corps. Mais cette intervention même accrut le tumulte. Des coups de fusil furent tirés du côté du peuple et du côté de la troupe, sans qu'on puisse dire d'où partit le premier coup. Un lieutenant eut le bras cassé, et deux ou trois femmes tombèrent baignées dans leur sang. Peu s'en fallut que la collision ne devînt terrible. Des hommes exaspérés voulaient tirer à mitraille sur le château. Heureusement la pluie qui tombait, fine et serrée, éteignit les mèches à plusieurs reprises. Cette circonstance, jointe à la nuit qui était survenue et aux pressantes sollicitations du marchand de toiles Lecoi^tre, empêcha, pour l'instant, de nouveaux malheurs.

Cependant l'armée parisienne approchait. L'annonce de son arrivée amena sur l'esplanade de nouvelles scènes

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