‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 43 sur 226 · CHAPITRE QUATRIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈMB

on, était nmltipld; c'était un enchs^nement de tyrannies, «t il n'y en a pas de pire que la tyrannie de clocher.

Mettre de l'ordre dans ce chaos, fondre toutes ces nations, diverses de mœurs etd e langages différents, en une nation forte et compacte, de cette agglomération de pro- Ttnoes hétérogènes, former... la patrie, telle fut Tceuvre entreprise et yictorieusement accomplie par l'Assemblée nationale. Les débats auxquels donna lieu cette question si importante de la nouvelle division du royaume occupèrent les deux derniers mois de l'année 1789. Ils furent d'un intérêt puissant, comme on pense. Partager le royaume en quatre-vingts parties environ, sans tenir compte des anàmoBS divisions provinciales, en prenant Paris comme contre et en s'éloignant en tous sens jusqu'aux frontières, subdiviser chacune de ces parties en communes de superiicîe à peu près égale, et chaque commune en cantons, voilà, somraairemeiit, en quoi consistait le projet présenté par Tkouret au nom du comité de constitution. Sur ce projet «^ouvrirent de solennelles discussions auxquelles prirent part, entre autres orateurs, Mirabeau,', Robespierre, Maury , Barére , La Rochefoucauld, Garât, Pétion de Villeneuve et Dupont (de Nemours). Selon Mirabeau, les communes étaient des intermédiaires inutiles, au point de vue administratif; on pouvait s'en passer, à son sens, en portant à cent vingt le nombre] des départements. 11 aurait voulu seulement qu'en morcelant ainsi le royaume on ne rompit pas trop avec l'ancienne unité provinciale, et que Ton composât avec les préjugés, voire même avec l'erreur.

Le grand orateur se faisait ici, involontairement peutêtre, l'avtwat des pays d'états, qui tenaient fort à leur autonomie et à leurs prétendues franchises. Composés comme ils l'étaient pour la plupart, les anciens états provinciaux ne pouvaient guère être du parti de la Révolution. Ils ne le prouvèrent que trop : quelques-uns se réunirent illéga-

lement pour protester contre les nouveaux principes, et l'Assemblée nationale dut leur interdire, par décret, de se rassembler désormais.

Mais ce que Ton voulait précisément, atteindre et tuer, c'était le vieil esprit de corps provincial avec ses vues étroites et ses jalousies mesquines; à l'unité particulière de la Bretagne ou de la Normandie, il s'agissait de substituer la grande unité nationale. Ce fut ce que Thouret donna à entendre, dans la séance du 9 novembre, jour où l'Assemblée quitta l'archevêché pour aller siéger aux Tuileries, dans la salle du Manège.

Il fut successivement décidé, à une majorité imposante: que le royaume serait partagé en départements^ au nombre de soixante-quinze à quatre-vingt-cinq,, divisés selon les convenances en trois, six ou neuf districts, subdivisés à leur tour en cantons d'une étendue d'environ quatre lieues carrées; qu'il y aurait par canton, et suivant la population, une ou deux assemblées primaires composées des citoyens actifs des diverses localités; que des électeurs nommés par ces assemblées, à raison d'un sur cent habitants, choisiraient les membres des administrations de district parmi les éligibles de tous les cantons du district, et les membres des administrations départementales parmi les éligibles de tous les districts du département; enfin, que les électeurs se réuniraient en une seule assemblée pardépartement à l'effet de nommer les députés à l'Assemblée législative. Ces représentants pouvaient être pris seulement parmi les éligibles du département, — restriction regrettable, — et leur nombre devait être déterminé suivant la triple proportion du territoire, de la population et de la contribution directe, ce qui devait donner à la prochaine Assemblée sept cent quarante-cinq membres.

Au lieu des gouvernements, au lieu des anciennes intendances, ces terribles instruments de despotisme, remplacées aujourd'hui par nos préfectures, on institua dans chaque

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