CHAPITRE QUATRIÈME
hautement, et déclara qu'il prenait sous sa protection le journaliste menacé ! Nonobstant cette déclaration, la force armée envahit le domicile dé Marat. Le populaire écrivain fut assez heureux pour échapper aux poursuites dont il était Tobjet; seulement il dut, pendant quatre mois, suspendre la publication de sa feuille.
Quel crime avait donc commis l'Ami du peuple 7 II avait critiqué avec une grande virulence, et souvent avec une haute raison, les actes des ministres, les décrets de TÂssemblée nationale, et surtout les tendances despotiques de la municipalité parisienne; mais surtout il avait plusieurs fois attaqué le Châtelet comme indigne déjuger les crime? de lèse-nation. De là les colères des magistrats de ce tribunal. Et pourtant jamais peut-être Marat n'avait dit une vérité plus vraie. N'était-il pas singulier en effet d'avoir confié le soin de réprimer les attentats contre la Révolution à des juges en qui se personnifiait l'esprit le plus hostile à cette Révolution même? Aussi qu'était-il arrivé? c'est que ces juges s'étaient montrés d'une extrême indulgence à l'égard des individus coupables de délits réactionnaires, tandis qu'ils avaient usé d'une rigueur excessive envers les malheureux traduits à leur barre pour faits séditieux. Le 29 janvier, sur le rapport de Boucher d'Argis, ils déchargeaient de toute accusation le baron de Besen- Bewnvai val, de Barentin, d'Autichamp, de Broglie et de Pujsé- et Favra». gur, et ordonnaient la mise en liberté immédiate de Besenval , qui se trouvait détenu. Ce jugement, quelque peu partial, fut mal reçu de l'opinion publique. Le Châtelet crut sans doute en atténuer la mauvaise impression en sacrifiant aux vengeances populaires un coupable moins illustre, le marquis de Favras. Thomas de Mahi, marquis de Favras, était accusé d'avoir ourdi un complot ayant pour but l'assassinat de Lafajette, de Necker et de Bailly. et d'enlever le roi. La vérité probable, — car le jotirne s'est jamais complètement fait sur cette affaire,» est que,
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HISTOm M U BâYOl^BTION
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Le roi à r Assemblée.
dana riatrigae à la^Bdlto Fatras se DMila acti^eisudiLt^ il âiît ViBstrument du comte de Proy^nce. Il fallait dëchargev da tout soupçon le frâra du roi; les juges du Châtalet n'hé* sitèrent pas à tuw un hooune pour cela. Le calme et là netteté des réponses de Favras aux accusa^ns assez ya* gués dont il était Tobjet ne le sauvèrent point d'un srrâè sanglant. Oondamné. à mort le 18 fiéTrier> il â»t pendu en place dâ Grève dans la soirée du lendeniain, à la lueur des lampions, et mourut avec intrépidité sans avoir dénoncé personne. S'il est vrai que le comte de Provence alloua à la veuve de la victime une gratification considérable, il eut du moins le mérite de ne pas se montrer tout à fait ingrat.
Bien que les premières, séances de l'Assemblée en fé« yrier eussent été remplies de récrimination^, amènes- au sujet des troubles auxquels donnait lieu, dans lev provinces^,la question des droits féodaux» ce mois s'ouvrit sous d'heureux auspices. Le 4 le roi vint à l'Assemblée, accompa* gné de ses ministres. C'était une visite pour ainsi dire imprévue. Dans un discours habile, attribué à Neeker, il manifesta le désir de s'associer plus intimement aux tra? vaux des représentants du pays, et exprima le vœu de voir ceux qui se trouvaient privés de leurs anciœa privilèges se montrer sssez généreux pour chercher un dédommagement à leurs pertes dans le bien général. Puis, il parla des sacrifices personnels auxquels il consentait de grand cœur dans l'intérêt de tous> promit de maintenir la liberté con^ stitutionnelle, de préparer l'esprit et le cœur de son fils au nouvel ordre de choses, et fit appel, en terminant, aux sentiments de concorde et de conciliation.
D^ chaleureux applaudissements accueillirent ce dis-^ cours. Le roi se retira au milieu d'acclamations unanimes^ et, à cette ovation, on eût pu croire à une entente désormais indestructible entre l'Assemblée et lui. Après le départ de Louis XVI , eut lieu une scène imposante. A la demande du vieux Goupil de Préfeln^ les représen^
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tanta oc»rri]iff6iitd»pféter sur-le^haïap le sonnent près- Giit à toas citoyens par un iFote da mms de- décembre, à'Ura fidèles à la nation, à la loi et an roi. Tous jurèrent sacoesaiTement à la tribime. Les assistants t):ansportés battirent des mains, et mêlèrent leur serju^ à. celui des mandataires de la nation.
Le soir même, Texem^e de rAssemblee nationale fut suivi par la Commune et par la ville tout entière. BaiUy descandit sur la place de Grève, lut la formule du serment, et la foule en chœur répondit: Je Jure. Grave serment, fa'oiiL répéta de rue en rue, de place en placera la lueur des iOumtnations. Cette fête patriotique dura plusieurs jours €t se termina par un Te Deum solennel chanté à Notre- Dame, où se rendirent processionnellement en corps la Commame et TÂssemblé. naitieiiale* On remarqua; seulement avec peine Tabsence du roi à cette céràooonie. N'osait-il donc, disait-on, venir prendre devant Dieu un engagem^t que d'avance il était résolu à ne paa tenir? Les piK>vinces s'empressèrent d'imiter Paris^ et partout^ avec plus ou moins d*éclat et d'élan, se renouvelèrent les scènes dent la cspitale- avait été le tiïéâtre. Que d'espérances alors et d'enthousiasme sincère ! Qui pouvait prévoir que, grâce à la rage et aux manoeuvres de ses ennemis, œtte Révolution si pure, si clémente à son aurore, serait foreée de s'assombrir et de voiler d'un crêpe funèbre les libertés àmt elle avait été la messagère ?
Quelques jours après cette séance du serment, séance d'apaisement, on l'espérait du moins, d'orageuses discus- ^ons éclataient dans l'Assemblée au sujet des troubles survenus dans les provinces. Dans certaines localités les paysans faisaient une rude guerre aux châteaux, là surtout où ils avaient beaucoup souffert du régime féodal. Les anciennes vexations devaient nécessairement amener de regrettables représailles. Malheur aux seigneurs et aux employés du fisc qui s'étaient montrés trop durs I malheur
Le serment civique.
Désordres
dans
les provinces.
à oeux qui exigeaient encore le payement des droits féodaux! leurs propriétés couraient grand risque d'être envahies et ravagées. Plusieurs châteaux furent livrés aux flammes, et en divers endroits le sang coula. Le Quercy, le Rouergue, le Périgord, le Limousin et la Bretagne notamment se trouvaient en proie à une extrême fermentation. Saisie de ces faits par le ministère, l'Assemblée chargea son comité de constitution de préparer une loi destinée à y mettre fin et à en prévenir le retour. L'abbé Maury, d'accord avec d'Kpréménil , Foucauld et Cazalès, ne voyait de remède aux désordres que dans une répression violente. D'après la déclaration de Lanjuinais, l'exaspération des paysans aurait été en raison directe de la dureté des seigneurs et de la rigueur déployée par les agents du fisc. Cette fois encore Robespierre s'éleva vivement contre les lois martiales. C'était un crime, à ses yeux, d'employer la force militaire quand elle n'était pas absolument indispensable. L'Assemblée vota une longue adresse au peuple français pour l'engager au calme et à la confiance, mais elle n'en continua pas moins de délibérer sur les moyens de réprimer les désordres. Les mesures énergiques, selon le marquis de Foucauld, valaient mieux que des adresses qu'on ne comprendrait pas de sitôt. Charles de Lameth, dont un château avait été brûlé dans l'Agenois, ne partageait pas cet avis cruel. Plus malheureux que coupable, le peuple ne devait pas être, à son avis, l'objet des sévérités de l'Assemblée.
Le comité de constitution, dans un projet de décret rédigé à la hâte, proposa de sévir contre les officiers municipaux qui, par faiblesse ou par négligence, ne proclameraient pas la loi martiale, daus le cas d'attroupement séditieux.Ce décret parut menaçant pour la liberté à Bamave et à Pétion, et insuffisant pour la répression à Malouet et à Cazalès, lequel ne trouva rien de mieux que d'engager l'Assemblée à investir le roi de la dictature pendant