CHAPITRE QUATRIÈME
trois mois. Robespierre reprit la parole, et dans uu discours ardent, passionné, où il rappela ces mots du palatin de Posnanie dans la diète de Pologne, à savoir qu'une liberté entourée de périls valait mieux qu'un servile repos, il combattit pied à pied tous les arguments des partisans des répressions violentes. Il s'attacha sui^tout à démontrer combien il était odieux d'autoriser la publication de la loi martiale pour le recouvrement des impôts. Mais en dépit de tous ses efforts, appuyés par le duc d'Aiguillon, et, dans une certaine mesure, par Mirabeau, l'Assemblée vota le projet de décret avec quelques modifications rassurantes pour la responsabilité des officiers municipaux.
La discussion s'était prolongée jusque dans les derniers jours de février ; elle ne contribua pas peu à accroître la popularité de Robespierre, dont Camille Desmoulius, dans ses Réoolutions de France et de BrabarU^ transcrivit le discours en entier, en l'accompagnant de force louanges. « Encore une loi martiale ! » s'écria amèrement de son côté le jeune Loustalot, devenu, depuis le mois de novembre, le principal rédacteur des A^i;o/u/iorw de Paris, a Toutes les fois que le pouvoir parle au peuple ou à ses représentants, on peut être sûr qu'il demande de l'argent ou des soldats. »
Très-populaire, en revanche, avait été le décret par lequel plusieurs jours auparavant, le 13 février, l'Assemblée avait supprimé les vœux monastiques et les congre«* gâtions de Tun et de l'autre sexe. Les religieuses étaient toutefois autorisées à rester dans les maisons |oà elles se trouvaient présentement. De plus, on maintint provisoirement les ordres spécialement voués à l'instruction publique et au soulagement des malades. Ce décret, qu'a* valent énergiquement appuyé Barnave, Rœderer, Pétion et La Rochefoucauld, était la conséquence en quelque sorte nécessaire de celui par lequel les biens du clergé avaient été mis à la disposition de la nation.
Non moins populaire fut le décret rendu, malgré les im«
Suppression
des vœux
monastiques.
il4 HISTdlRS DB U BÊYOLUTION
Abolition prëcations du marquis de Foucauld, du baron de Juigné et du du comte de Montlausier, et qui énuméra les droits seigneua nesse. j,j^^^ rachetables ou abolis sans indemnité, mit à néant toutes distinctions.bonoriflques ou de puissance résultant du régime féodal^ et supprima le droit d'aînesse. G*était un pas de plus vers régalité, et il était facile de prévoir que la logique des choses amènerait bientôt la Révolution à détruire la noblesse elle-même. Trois jours après, l'Assemblée conférait au roi le titre de chef suprême de l'armée; mais elle lui enlevait une de ses prérogatives les plus précieuses et les plus exorbitantes, celle de disposer à son gré de toutes les charges militaires ; elle abolissait à jamais la vénalité des grades, et les déclarait accessibles à tous les citoyens. Ce mois de février, comme on voit, avait été bien rempli. Un des membres du côté droit, Cazalès, trouvant qu'emportés par l'amour de la liberté, les représentants du pays dépassaient leurs pouvoirs, s'était imaginé de proposer à l'Assemblée de se dissoudre et de laisser sa place à une législature nouvelle. On lui répondit en lui rappelant le serment du Jeu de paume, et jsa motion fut dédaigneusement repoussée.
Situation Vors Cette époque eut lieu ^la première tentative d'imextérieure. mixtion de la part de l'étranger dans les affaires de la France. Au moment où éclata la Révolution française, l'Europe tout entière appartenait au despotisme ou à l'aristocratie : cette Révolution ne pouvait donc être vue de bon œil par les gouvernements. Quant aux peuples, c'était autre chose. Dès le premier jour elle exerça sur eux une fascination invincible. Gustave lU tout à son ambition personnelle, Frédéric-Guillaume occupé à détruire en Prusse Toeuvre philosophique de son prédécesseur, Catherine II, l'amie de Voltaire, et Joseph II, le frère de [Marie-Antoinette, lancés dans une guerre d'extermination contre les Turcs, n'avaient pas tout d'abord prêté une grande attention à la formidable explosion dont la France leur renvoyait les