CHAPITRE QrXJATRIÈIfE ilo
échos. Seul peut-être William Pitt, en Angleterre, devinant d'instiDOt la puissacee d'attraction et le prestige de la Révolution^ song^t dès lors à l'étouffer, fût-ce dans le sang et au détriment de l'humanité, de la philosophie et de la civilisation. Mais quand les souverains entendirent les peuples applaudir aux décrets d'affranchissement émanés de l'Assemblée constituante, quand ils virent le Brabant encouragé r^nnpre les liens qui rattachaient à l'Autriche, et les arrêtés de la nuit du 4 août atteindre effectivement les princes de l'Empire dans leur puissance féodale à raison de Içurs propriétés en Lorraine, en Alsace, en Franche - Comté, ils se prirent à écouter un peu plus sérieusement les plaintes incessantes des émigrés de la première heure, qui s'en allaient, errant par l'Europe, chercher partout des ennemis à la pairie qu'ils avaient lâchement abandonnée. Dès le mois de janvier 1790, l'Angleterre, la Prusse et la Hollande se concertaient pour s'opposer à toute intervention étrangère dans les affaires des Pays-Bas. C'était évidemment un coup dirigé contre l'influence française. En même temps les députés du cercle du Haut-Rhin invitaient l'Empereur et le corps germanique à accorder aide et protection à la noblesse et au clergé allemands contre les actes arbitraires de l'Assemblée constituante de France, et, le 16 février, le roi de Prusse semblait se porter garant, au nom de l'Empire, des droits des princes dépossédés. Quatre jours après, Joseph II mourait. C'était un prince relativement libéral, et qui peut-être y eût regardé à deux fois avant de se prendre corps à corps avec une révolution sortie des entrailles de la philosophie; mais il n'en était pas de même de son successeur, Léopold, son frère. Tout dévoué aux idées rétrogrades, celui-ci, à peine sur le trône, n'-eat rien de plus pressé que de souffler à tous les princes de FEarope les colères et la haine dont il se sentait animé contre la France régénérée.
L'Assemblée constituante n'avait souci des clameurs qui
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Création du papier monnaie.
HABs 1790. commençaient à gronder à l'extérieur, et sans s'arrêter aux réclamations des princes allemands, elle continuait ses glorieux travaux. Le 17 mars, pour donner satisfaction au ministre des finances, qui de nouveau, dans les premiers jours du mois, était venu crier misère, elle avait décrété, sur une proposition de la Commune de Paris, que les biens domaniaux et ecclésiastiques dont elle avait ordonné l'aliénation au mois de décembre précédent, seraient vendus en masse aux municipalités du royaume, pour être revendus en détail par ces dernières aux particuliers. On se proposait de désintéresser les créanciers de l'État au moyen d'eflFets souscrits par les municipalités; mais^ ces eflFets risquaient fort d'être refusés à cause de leur circulation difficile. Qn obvia à cet inconvénient en décré* tant, dans le courant du mois suivant, que les assignats auraient cours de monnaie forcée dans toute l'étendue du royaume, qu'ils seraient reçus, comme espèces sonnantes, dans toutes les caisses publiques et particulières, et qu'ils emporteraient, de plein droit, hypothèque, privilège et délégation spéciale sur les propriétés et les revenus de la nation. Le papier^monnaie était créé. Heureuse la Révolution, si l'agiotage et la réaction, aussi peu patriotiques l'un que l'autre, ne s'étaient pas donné le mot pour le discréditer !
De plus, pour venir en aide au trésor public, que la perturbation jetée dans l'ancien mode d'impôts, si odieux et si inique d'ailleurs, laissait à peu près vide, et que ne remplissait guère la contribution patriotique volontaire, l'Assemblée donna à cette contribution un caractère obligatoire et autorisa les officiers municipaux à imposer (ji'ofôce tous les citoyens qui, ayant un revenu net supérieur à quatre cents livres, n'auraient point fait de déclaration. Et comme sanction, elle astreignit tout citoyen actif à présenter l'extrait de sa déclaration pour assister aux assemblées primaires. Un député du nom de Voisin proposa à ses col-
Contribiition forcée.