‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 49 sur 226 · CHAPITRE OUATRliMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE OUATRliMB

loi dans les jugements à des procureurs désignés par le roi et qu*on investit^ eux, de Tinamovibilité, afin de les soustraire autant que possible à la dépendance de celui qui les nommait.

Pour compléter sen œuvre, TÂssemblée nationale mit au sommet de Tédiâce un tribunal de cassation chargé de sauvegarder la loi et les formes consacrées par elle, et à la base une justice paternelle et conciliatrice qu*on appela la justice de paix. Telle fut, en substance, cette admirable organisation judiciaire, qui approchait de la perfection, autant peut-être qu'il est possible (Yen approcher dans ce monde, et que nous avons eu le tort d'abandonner pour j substituer un système qui fait de la justice une chose concédée à titre viager et presque entièrement dans la dépendance du pouvoir.

ChaquB jour, pour ainsi dire, mettait à nu les plaies Le Livre vives de l'ancien régime et démontrait la nécessité, la légi- '^'^""'«• timité de la Révolution. Le mois d'avril vit se dévoiler le prodigieux scandale des {mnsions. Dans le courant du mois précédent, TÂssemblée avait appris avec étonnement, par la bouche de Camus, que des pensions de cent mille livres continuaient à être payées à des émigrés de haute souche, comme les princes de la maison de Condé. La publication du Livre rouge^ où se trouvaient enregistrées la plupart des largesses cachées, prodiguées par la naonarchie au détriment de la nation, publication décrétée dés le mois de novembre, fut une nouvelle révélation des turpitudes incroyables de l'ancien régime. On sut, à n'en pas douter, que les plus nobles familles de France, confondues pélemèle sur le livre des pensions avec une foule de gens de mœurs équivoques, vivaient comme des mendiants aux dépens du trésor public. On s'expliqua alors comment ces notUes familles, dont les membres ne travaillaient ni ne produisaient, pouvaient vivre au milieu de l'abondance et étaler un luxe effronté. Dans la seule année 1783, les

HISTOIRE DE hk RÉVOLUTION

Colères tUiclerfré.

La motion

de dom Gerle,

sommes affectées aux dépenses qu'on n'osait avouer s tétaient élevées au chiflfre exorbitant de près de cent quarante-six millions de francs. Et c'était pour cela que, depuis tant de siècles, des millions d'hommes voués à la glèbe étaient vexés, torturés, pressurés par le fisc, travaillaient sans relâche et mouraient de faim ou vivaient misérablement. Ah ! Loustalot avait bien raison d'appeler .ce fameux livre rouge « le catéchisme des amis de la Révolution. )) On se demande seulement, stupéfait, comment de tels abus ont pu durer si longtemps.

Ils avaient duré bien des siècles aussi, les abus nés des privilèges excessifs de TÉglise, et Dieu, sait si l'extirpation en fut laborieuse ! Le 9 avril, Chasset, au nom du comité des dîmes, engagea l'Assemblée à confier aux administra* tions départementales la gestion des biens ecclésiastiques, et à salarier tous les prêtres, depuis les archevêques jus > qu'aux curés. La part faite au clergé était assez belle encore, car le budget réclamé pour son entretien n'allait pas à moins de cent trente-quatre millions. C'était un assez joli denier. Néanmoins il y eut dans le camp clérical une explosion de fureurs, dont trois jours plus tard l'archevêque d'Aix se fit l'interprète passionné. Un chartreux nommé dom Gerle, appartenant au club des Jacobins, et tout dé\ôué à la Révolution, s'imagina, pour répondre à l'accusation d'impiété jetée au côté gauche de l'Assemblée, de proposer à ses collègues de décréter que la religion catholique, apostolique et romaine demeurerait à jamais la religion nationale. Aussitôt le côté droit d'applaudir à outrance. Maury ne se sentait pas d'aise ; de Foucauld et d'Épréménil étaient radieux. Le moine vit bien qu'il s'était fourvoyé ; il l'avoua aux Jacobins, et le lendemain il s'empressa de retirer sa motion. Mais la droite eût été bien fâchée de lâcher ce brandon de discorde ; elle reprit la motion pour son compte. La séance devint alors extrêmeinent tumultueuse. Un député de l'Artois, du nom de

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