CHAPITRE PREMIER
ment du xiv* siècle, les états généraux ne servaient guère, comme l'ajustement remarqué Mézeray, qu'à augmenter les subsides. C'était un expédient commode, employé par nos rois, pour extorquer de l'argent au pays, en ayant Tair de l'obtenir de son libre consentement. Encore en usait-on sans beaucoup de façon avec ces états, témoin Charles VII qui, les ayant réunis à Bourges, les laissa se morfondre sans les consulter. Un peu plus tard on l'entendit déclarer qu'il n'était nullement besoin de leur concours pour asseoir l'impôt, et que les dépenses occasionnées par la réunion de tant de députés étaient une surcharge inutile pour les peuples.
Convoqués à d'assez rares intervalles, les états généraux se trouvèrent réunis, il est vrai, en certaines circonstances graves et décisives. Nos rois même ne firent aucune difficulté d'en reconnaître la souveraineté dans maintes ordonnances de convocation ; leurs assemblées, entourées d'un grand appareil et d'un éclat inaccoutumé, exerçaient sur les imaginations populaires un prestige dont le rayonnement est venu jusqu'à nous; mais il s'en fallait de beaucoup que la réalité répondît aux apparences. Tout était pour la forme ou à peu prés. La représentation n'était d'ailleurs pas sérieuse pour tout le pays, car il arrivait que des provinces entières n'envoyaient pas de députés. Et puis, quelle était la situation du tiers état ? Chargé de tout le fardeau des impôts, il avait par-dessus le marché toutes sortes d'humiliations à subir: tandis que les deux ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, pariaient debout et couverts, il était tenu de s'exprimer à genoux, comme un suppliant, et chapeau bas. Aux états de 1614, l'orateur du tiers, Robert Miron, prévôt des marchands de la ville de Paris, s'étant permis de comparer les trois ordres à une même famille, dont les membres du clergé étaient les aînés, * ceux de la noblesse les puînés et ceux du tiers état les cadets, la noblesse s'en plaignit très-vivement au jeune roi comme
iO HISTOIRE DB LA RÂ^OLUTION
d'une injure, et le tiers fut obligé d'adresser des excuses à cet ordre ombrageux. Sans doute il ne se privait pas de formuler ses doléances dans les cahiers des bailliages, et à ces états de 1614, les derniers de la monarchie avant la Révolution, il ne manqua pas de réclamer la réforme d'une foule d'abus, la suppression de la vénalité des charges, la réduction des impôts, la ccmvocation des états généraux tous les dix ans ; mais autant en emporta le vent : la cour promit beaucoup, et elle se garda bien de réaliser aucune des réformes demandées. On peut juger par là com» bien ces grandes assemblées, dont le principe était excel* lent, comme expression d'un droit plus ou moins reconnu par la royauté, exerçaient peu d'influence sur les destinées de la nation.
Il y avait bien eu sous la Ligue un essai de gouvernement populaire ; seulement la tentative avait avorté et avait dû avorter, parce que ce gouvernement s'était proposé surtout d'extirper la Réforme, une des grandes manifestations de la pensée humaine au xvi* siècle, parce qu'il • s'était donné la triste mission d'étouffer la liberté de couscience, et que tout ce qui conspire contre la liberté mérite de périr. N eût-elle été qu'une protestation contre le principe d'autorité, la Réforme devrait être regardée comme un des signes précurseurs, comme un des prodromes de la Révolution.
u tyrannie Avec Richelieu, on peut le dire, commence la monarchie royale absolue daus toute sa pureté. Le temps est loin déjà où, au a enme. ^^. ^^ france demandant à l'un de ses vassaux : Qui t'a fait comte? le puissant vassal répondait fièrement, la main appuyée sur la garde de son épée : Qui t'a fait roi? L'orgueilleux seigneur n'est plus désormais qu'un très-humble courtisan. Le sombre cardinal a tout nivelé. Plus de com- Inunes se gouvernant à la façon des petites républiques italiennes; plus de grands vassaux entrant en lutte contre l'autorité royale. Bourgeois et nobles semblent avoir ac-