Chapitre premier
cepté avec une étonnante docilité le joug commun ; les uns satiafaits d'avoir trouvé dans un pouvoir fort la protection de leurs intérêts matériels; les autres, d'avoir échangé contre les largesses et les faveurs de la cour Tespèce d*in* dépendance dont ils jouissaient. Toutefois, entre les uns et les autres la situation était encore loin d'être égale, ceuxci continuant d^étre exempts de la plupart des charges et contributions auxquelles ceux-là étaient astreints, et rendant largement aux paysans de leurs terres le despotisme dont ils avaient accepté le poids. Si la condition de la bourgeoisie s'était améliorée dans une certaine mesure, il n'en était guère de même de celle du peuple des villes et des campagnes. Mêmes corvées et même servitude pour ces déshérités de la terre ; ils passent à travers les siècles, victimes prédestinées à l'esclavage éternel, et paraissent même ue plus sentir la lourdeur de leurs chaînes, tant ils les portent patiemment. Tout est muet, tout est courbé sous celui qu'on appelait TÉminence rouge; il faut arriver jusqu'à la régence d'Anne d'Autriche pour entendre comme un lointain écho des clameurs séditieuses d'autrefois, ou un bruit légèrement avant-coureur des grands orages de l'avenir.
Un doit bien se garder, du reste, de considérer comme de sérieuses tentatives révolutionnaires les émeutes avortées qu'on a décorées du nom de guerre de la Fronde. L'esprit de justice, de liberté, de tolérance et d'égalité n'était pour rien dans ces essais de soulèvement^ entrepris au nom d'intérêts particuliers et personnels. Qu'importait à la nation que les princes du ssmg sentissent plus^ou moins peser sur eux la main de fer du despotisme, et que des magistrats orgueilleux se rendissent plus ou moins indépendants du pouvoir royal? Sans doute le Parlement sut intéresser le peuple à sa querelle en réclamant quelques petites réformes, en s'élevant contre de petits abus; et, à la nouvelle de l'arrestation de deux de
La Fronde
et le Parlement.
i2 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION
ses membres, on vit des barricades se dresser dans Paris ému. Mais ce dont se préoccupait surtout ce grand corps judiciaire, c'était la conservation de ses privilèges; et ce qu*il demandait par-dessus toutes choses, c'était qu'il ne fût plus permis au gouvernement de créer de nouveaux offices de judicature, afin que la valeur vénale des charges existantes ne se trouvât pas diminuée.
Qu'était-ce donc en définitive que ces Parlements, si complaisamment présentés par certains publicistes comme un pouvoir modérateur, comme un contre-poids à l'omnipotence monarchique? Composés, à l'origine, de hauts barons, à une époque où rendre la justice était un apanage exclusivement seigneurial, ils avaient été peu à peu envahis par des gens de loi, intrigants et dociles, nourris de droit romain et de droit coutumier, et qui portaient seuls tout le fardeau du labeur judiciaire, ce dont s'étaient parfaitement accommodées la paresse et l'ignorance des seigneurs. On y voyait bien encore siéger, de temps à autre, les ducs et pairs ; mais c'était dans les grandes occasions, quand il s'agissait de leurs intérêts d'abord, ou de l'enregistrement d'un édit important, ou bien encore de l'usage, assez inoffensif, du droit de remontrances, double point par où ces corps judiciaires touchaient au pouvoir politique. On aurait tort d'ailleurs de prendre trop au sérieux ce droit de remontrances dont parfois on a fait grand bruit. Le Parlement en usait avec une modération tout exemplaire, et lorsque, par hasard, ses représentations prenaient un caractère gênant, un lit de justice en avait bien vite raison. Il suffit à Mazarin d'un peu d'habileté pour venir à bout de son effervescence ; puis, un beau jour, pliant sous la cravache deXouis XIV, il rentra sous terre, et, pour bien longtemps, fit le mort. Le despotisme Admirablement servi paç la plus étonnante réunion de sous grands hommes qui se soit rencontrée à la fois dans tous les genres, le jeune roi imprima à son despotisme un in-