JUIN
CHAPITRB GIKQUIÈHB 131
A Ljon, il fiit provisoirement enfermé an ehâteau de Pierre-Scise.
Des membres même de l'Assemblée se trouvaient compromis dans les désordres suscités par Tesprit réactionnaire. Le comte de Toulouse-Lautrec, accusé d'être venu dans les environs de Toulouse tout exprès pour y prêcher la contre-révolution, avait été arrêté au château de Blagaao en vertu d'un ordre de la municipalité toulousaine. Dans la séance du 25 juin, l'Assemblée, à la voix du député Voidel, rapporteur du comité des recherches, allait <x)nârmer cette arrestation, quand Robespierre, laissant de côté tout esprit de parti, réclama au nom des principes du droit national, en excipant de l'inviolabilité des représentants du peuple. Conformément à ses observations, l'Assemblée déclara l'arrestation illégale ; elle enjoignit seulement à M. de Lautrec de venir rendre compte de sa conduite. Dans des circonstances à peu près semblables, Mirabeau s'était vu obligé de prendre la défense de son frère, Pex- vicomte, colonel du régiment de Touraine, arrêté à Castelnaudary, pour avoir, à la suite d'une altercation avec ses soldats, enlevé les cravates des drapeaux de son régiment ; et ce ne ftit pas sans peine qu'il obtint pour ce frère, dont les opinions étaient si éloignées des siennes, la faveur de se défendre lui-même à la tribune.
Les événements les plus simples prenaient alors des proportions extraordinaires et éveillaient les soupçons. Le roi ayant été s'installer à Saint-Cloud, on crut tout de suite à quelque horrible machination. Déjà l'on parlait de l'existence d'un comité autrichien aux Tuileries. Pour s'être faite un peu trop bruyamment l'écho de la crédulité publique, la presse patriote fut l'objet de poursuites ri«- Poanuitas goureuses. Le rédacteur de VOraieur du peuple, Fréron, «*"*'* fut arrêté ; Y Ami du peupk, qui avait reparu depuis peu, se trouva inquiété de nouveau, et Camille Desmoulins courut de sérieux dangers. M'importe ; Marat n'en con-
la preiie.
«lue d'Orli-ans.
tinua pas moins sa guerre à outrance contre le faux libéralisme; il produisit contre Lafayette des accusations tellement péremptoires, que Camille, l'ancien prôneur du général, s'en allait disant partout : « Avez -vous lu Marat, le 'divin Marat?» Enfin, au moment où l'on allait procéder aux élections municipales, l'Ami du peuple entrait ouvertement en révolte contre l'inique décret en vertu duquel tant de- milliers de citoyens étaient frappés d'incapacité politique, et il n'avait pas de peine à démontrer à quel point ce décret violait la Déclaration des droits de l'homme. Ce en quoi il avait parfaitement raison.
Retour Suf CCS entrefaites, un petit incident vint compliquer
du les embarras de la cour. Le duc d'Orléans, exilé à Londres sous une forme déguisée, et s'ennuyant fort, demanda tout à coup à revenir. Vivement pressé par Lafayette de" prolonger son séjour en Angleterre, il insista, et s'adressa à l'Assemblée pour être rappelé officiellement. Quelques jours après; il était assis à son banc de représentant. Les courtisans se montrèrent consternés de son retour, et le roi, dit-on, le reçut fort durement. Le duc ne le lui pardonnera pas* jLiî.LET Cependant on était à la veille d'une solennité qui sem-
i7î>o. biait devoir être une occasion d'apaisement et de réconciliation générale. On touchait à l'anniversaire de la prise de la Bastille. Dès les premiers jours du mois de juin, Bailly était venu lire à l'Assemblée une adresse par laquelle la Commune avait invité tous les Français à envoyer ce jour-là à Paris des députés qui prêteraient avec elle et les représentants du peuple un serment fédératif de fidélité à la nation, à la loi et au roi. L'Assemblée avait approuvé l'idée et décidé que le nombre des députés serait de six hommes sur deux cents, au choix des districts. La Cette idée si touchante des fédérations n'avait pas pris
Fédération, naissauco à Paris. Déjà, dans un certain nombre de provinces, on avait vu les habitants accourir de diverses loca«