‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 54 sur 226 · CHAPITRE CINOUfÊMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINOUfÊMB

lités et s'unir en vue de leurs intérêts communs ; mais aucune de ces fédérations n'avait eu encore le caractère universel et grandiose dont celle du 14 juillet devait être marquée. De même que la Déclaration des droits, dans la pensée de la Révolution, ne s'appliquait pas seulement aux citoyens français, mais bien à tous les citoyens du monde, de même cette fédération dut être la fête de l'humanité tout entière; et l'Assemblée le comprit ainsi en accordant à tous les étrangers, à la demande du baron prussien Cloots, le droit d'y assister.

Des milliers d'ouvriers travaillèrent dans le Champ de- Mars aux préparatifs de la cérémonie. La municipalité, ayant craint qu'on ne fût pas prêt à l'heure, fit appel au zèle des bons citoyens , et aussitôt des légions d'ouvriers improvisés accoururent armés de pelles et de pioches, et se mirent à remuer la terre, à élever des talus. En vain les malveillants essayèrent de répandre des bruits sinistres, l'enthousiasme ne se ralentit pas. Jamais spectacle pareil ne s'était offert aux regards des hommes. On vit des jeunes filles, des femmes élégantes se mêler au rude peuple des travailleurs. Ici des curés menaient leurs paroissiens au travail ; là les maires, leurs administrés. On vit même d'anciens privilégiés prendre part à l'œuvre sainte, et l'on put croire, un moment, réalisée la loi d'amour et d'égalité apportée par la Révolution.

Elle eut lieu enfin, cette fête de la Fédération longtemps attendue , et, aux transports émus dont les âmes parurent saisies, beaucoup se prirent à espérer que toutes divisions étaient désormais impossibles. Il n'y avait plus là ni Normands, ni Lorrains, ni Bretons, ni Flamands, il n'y avait que des Français. Afin d'effacer un souvenir humiliant pour quelques-uns des membres de la^patrie commune, on avait enlevé les statues allégoriques des provinces conquises par Louis XIV, et qui, à la place des Victoires, sur le bas-relief du monument consacré au despote, figuraient

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enohaînées et prosternées à ses pieds. Au centre du Champ de Mars s'élerait T-autel de la patrie, où l'évéque d'Autun, oe futur i^négat de la liberté, dit la messe, assisté de plus de deux eents prêtres ceints d'écharpes tricolores. La messe achevée et les .bannières des.gnatre-yingt-trois .départements bénites, ce Int Thaure du serment civique. Lafayette le prêta d'abord, au no«n des gardes nationales de France, et trois cent mille voix le répétèrent avec lui; puis lé président de TAssemblée. Ensuite le roi jura à son tour, en ces termes prescrits par l'Assemblée constituante: • Moiv itoi des Français, je Jnce à la nation d'employer tout lefieuvoir^ui m'est délégué par la loi constitutionnelle de rÊtat, À maintenir la ccmstitution décrétée par rAsaemblée aniftionale et acceptée par moi« et à faire e;sié« outerlesloJ«4» La prestation de ^ triple serment fut suivie d'un enthousiasme indescriptible^ C'étaient des cris de joie, des serrements de mains, des embrassements. La reine eUe-mém6,'deflit le ^chapeau était orné de plumes tricolores, eut, dans cette journée d'oubli momentané des rancunes populaires, w petite part d'ovation. Mais le grand triomphateur, le vrai roi, oe fut Lafajette. On saluait en lui la liberté des deux mondes, sans se demander x^omment il enteiHiait la liberté* L'imm(^rtelle espérance planait sur oeite foule^nivrée etravie^Le soir on dansa sur Ja|dacede la Bastille. Qui eût dit alors qu'à «neiuwéede là^ Champ de Mms deviendi:ait un chan^) de carnage, et que le sang cottlepai^t atti* les marches mêmas-de cet autel élevé à la pateîe et à la<eoQcm*de!

Hélas! le pacte fédératif 4tait à peine juré qu'éclataient de nouvelles divisions. Dans les provinces la fermen;tation allait toi^ours croissant. Les patriotes dn Yaucluse et de Montauban réc^amaietnt instamment Tintervention de^ l'Assemblée nationale» A Paris, Bonne-Savardin., l'agent dn conspirateur Maillehois, s'échappait, grâce à une protection mystérieuse^ despri^ons de l'Abbaye où il avait ètÀ

inmsréré.fiiirtes^BatrcffiBTtes/im'painphM smisire, Cemest c'en est &it fait de nous, attribué à Marat, jetait l*épou vante dans le d«noM. monde officiel. Laiseine, 4e6 ministres, ^le roi lui-même y ^étaient violemmept pris àpartie, «tl'on oi'y parlait de mon •Se moins que d'-abattre cinq à sixoente tdtes. Gomme^pour -acheYer d'exaspérer les esprits, la nonveUe se répandait, 4e lendemain, qu'une armée autricbienne venait d'ôtae autorisée à Ifranchk* le territoire finniçais 'pour «mardlisr •sur'Ie Brabant. Aussitôt ^cand émoi dansai* Assemblée. Mira- 'beau seirtit, suivant l'expression de Camille Desmoulin^, -qu'il 'fallaît donner delà cordeau peuiile,etii tenta défaire diversion -en «venant dénonœr un manifeste conrivercvolutionnàire, répandu sous le nom du -prince 'de tîondé. C'ëtaat pour détourner le coup dont leiministère se trouvait menacé ; mrais f&obespierre éventa la mècbe, et Mirsèbeau en fut oejonr-làpour ses frais de dénonciation.

Deux jours après, Malouet, hors de lui, -vouait aux cote- Dénonoifttiom Tes de r Assemblée Marat , îpour le pamplet iTen esi fatl de ^« Malouet, nous, et Camille Desmoirlins, coupabled'avbirrendu compte des fêtes ide la fédération d'une manière injurieuse pour te roi- ÎI *ri'orfbIiait qif'une chose, c'était de confondre dans son accusa^fion les libelles Toyàlites^omme les Actes des apôtres et la GazMe de Paris, qui diaque jour calom* niaient et outrageaient la (Révolution. Quoiqull en soit, fl cbtmt de l'Assemblée un décret par lequel il était enjoint au procureur du roî près léOhfttëlet^e poursuivre comme criminels deTèse-nation tous îes auteurs d^écrits incendiai^ res. L'auteur des Bévoltttions de fronce et de Brdbani tenta de se disculper^r une adresse dont on donna lecture dans la soirée <âu 2 aol&t. ^ Qu^il ose se justifier! » s'écria impé* tueusement Mdlouet. ti Oui, je l'ose, » riposta une voix, "^^"^ ^^^' celle de 'Camille. La chose fàîllît mal tourner pour le mordant écrivain. Sans l'intervention éloquente de îlobes* pierre, de «ehii qu'il appelait « son cher camarade de collège, » et qm pria chaleureusement ses eonèguas d'avoir

Ld ('hâtelet

devant l'Assemblée.

Hael

de Bamaye

et de Casalès.

égard a au cri de rinnocence outragée, n Camille était arrêté séance tenante*

Les réactionnaires de la trempe de Malouet nUgnoraient point que les magistrats du Châtelet, maintenus jusqu'à l'organisation définitiTe du nouvel ordre judiciaire, .se montreraient d'une rigueur excessive à l'égard des écrits patriotiques, et couvriraient au contraire d'une extrême indulgence les libelles hostiles à la Révolution. Leur dé* plorable partialité fut percée à jour dans la volumineuse procédure sur les journées d'octobre, qu'un des leurs, Boucher d'Argis, vint théâtralement déposer sur le bureau de l'Assemblée dans la séance du 7 août. Mirabeau s'y trouvait fortement inculpé avec le duc d'Orléans. Il stigmatisa, en quelques paroles brûlantes, les procédés du Châtelet et, quelques semaines plus tard, sur une motion de Robespierre, ce tribunal fut supprimé aux applaudissement de tous les amis de la justi ce.

Des paroles et des écrits la polémique violente ne tarda pas à passer dans les actes. Provoqué par Barnave à propos d'un mot insolent adressé au côté gauche de l'Assemblée, Cazalès fut grièvement blessé d'une balle au front. On blâma généralement le jeune député de Grenoble d'avoir demandé aux armes la réparation d'une injure; tant semblait déplorable l'argument du duel. Toutefois certains patriotes pensèrent qu'il n'était pas inutile d'apprendre aux royalistes que, si les représentants dévoués au peuple avaient pour eux le droit, ils pouvaient au besoin appeler la force à le défendre.

La force ! ce fut peut-être le tort de la Révolution dQ ne s'être pas attachée des la première heure à répudier ce grossier moyen d'action sur les hommes, et, au lieu de donner des armes à une partie de la nation seulement, de n'avoir pas licencié purement et simplement l'ancienne armée. On eût à coup sûr évité par là des protestations dans le genre de celle des fédérés du camp de Jalès, oh

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