‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 57 sur 226 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

leclMTches apportait à cet égard à la tribune des renseignements douloureux. La question vitale des subsistances était pour beaucoup dans ces émotions populaires ; mais elles étaient surtout entretenues par le mauvais vouloir et les perfidies des ennemis de la Révolution. A Paris on parlait encore d*un projet formé pour enlever le roi et le conduire à Rouen, sous la conduite de régiments dévoués. H n'était pas jusqu'aux comédiens du Théâtre-Français qui ne contribuassent à irriter le mécontentement public en frap^ pant d'une sorte d'ostracisme leur camarade Taltna, coupable de patriotisme.

Chargé, au nom des comités diplomatique, colonial, militaire et de la marine, d'un rapport sur l'insubordination de l'escadre, Menou indiqua comme une des eauses des troubles auxquels était en proie le royaume le peu de confiance qu'inspirait le ministère. En effet le ministre de la marine, M. de La Luzerne, était d'une impopularité extrême; celui de l'intérieur, Guignard de Saint-Priest, passait pour un complice de Bonne-Savardin. Seul peut-être M. de Montmorin trouvait grâce devant l'opinion.Toutefois, après une discussion très-animée 'et dans laquelle on entendît un M. d» Guillermy traiter Mirabeau de scélérat et d'assassin, l'Assemblée repoussa la proposition de Menou, tendante à faire décréter que les ministres avaient perdu la confiance de la nation.

Une opposition formidable se prononça dans la plupart des sections de Paris contre ce vote. Le iO novembre parut à la barre de l'Assemblée une députation de Ja Commune de Paris, ayant à sa tête Bailly, lequel, s'il feut en croire les Bévolutions de Paris, n*était venu là qu'à son corps défendant. Il s'agissait, en effet, de demander le renvoi des ministres. Danton, chargé de porter la parole, le réclama en des termes dont la convenance n'excluait pas la fermeté. La réponse du président de F Assemblée i\it assez insignifiante ; mais, quelques jours après, le ministère était

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chaugé. Seal, Moatmorin resta debout,, et la remplacement, à la justice, de Champion de Cicé, par Duport-Dutertre, avocat distingué, qui passait pour patriote, parut une satisfaction donnée à Uopinion publique.

Dans rintervalle, il est vrai, avait eu lieu un événement Duel qui peut-être avait donné à réfléchir au pouvoir^ Provoqué ^eLjmeth par Tex-duG de Castries, auquel il avait publiquement reproché d*avoir mis à ses trousses un spadassin contre lequel il avait refusé de se battre, Charles Lameth accepta le cartel, et fut assez grièvement blessé. On crut à une entente de la part du côté droit pour se débiu^rasser de ses adversaires à l'aide d'une balle de pistolet ou d'un coup d'épée. Le peuple voulut sur-le-champ donner une leçon aux bretteure;. il courut à l'hôtel de Castries et en saccagea le mobilier. Quaad Lafayette arriva sur son cheval blanc pour rétablir l'ordre ^ tout était consommé. L'Aâlsemblée se ressentit des éclats de cet orage. Tandis que les uns réclamaient des mesures sévères contre quiconque provoquerait en. duel un représentant du peuple, les autres se plaignaient amèrement qu'on n'eût point appliqua la loi martiale contre» les dévastateurs.. Mirabeau dit aussi son mot dans cette afiEaire, un mot de dédain suprême et de souverain mépris, adressé aux ultra-royalistes dans la personne de M. de Foucauld. On. ne sut qu'en penses en haut lieu. Quoi! il recevait de Targent de lacour^ et il insultait ses plus ardents défenseurs! Il lui arrivait, en effet, de se laisser emporter par son tempérament révolutionnaire, comme il l'avait prouvé quelques jours auparavant, en s'aseociant avec beaucoup de véhémence à LaréveiUère-Lepaulx,. pour demander que le pavillon blanc cessât de flotter aux. mâts de nos vaisseaux. Mais en même temps il continuait de correspondre avec lai cour, et dans des notes inconnues alors et publiées diqpuisv. notes qui resteront sur sa mémoire comme une taohe ineffaçaÛe,.iL ne craignaU^paa d'aller jusqu'à con-

An]|iire Ou comtnt

Vonaissin.

Sommation au clergé.

seiller au pouvoir de chercher son point d*appui dans la corruption générale.

Dans ce mois de novembre eurent lieu des discussions d'une importance extrême au siget de la réunion du comtat Venaissin a la France. Il y avait déjà longtemps que les habitants de cette province, si éminemment française, et qui depuis plus de quatre siècles, sauf quelques intermittences, faisait partie du domaine de la papauté, sollicitaient la faveur d*étre réintégrés dans leur patrie naturelle. Pétion démontra la justice de leur demande, en traçant rhistorique de la question, et Robespierre appuya ses conclusions par un discours auquel il dut un véritable triomphe oratoire. Malheureusement l'Assemblée, toute préoccupée des embarras avec lesquels la question reli* gieuse la mettait aux prises, eut peur de mécontenter les catholiques, d'exaspérer le clergé, et elle ajourna sa réponse jusqu'à nouvel ordre. Elle eut tort; il ne faut pas de demi-mesure avec l'Église, car elle ne sait jamais gré ni des concessions ni des ménagements.

Cela se vit bien à propos de la constitution civile du cfergé. Dans la séance du 26 novembre, le député Voidel lit un long exposé des résistances de toute nature dont était l'objet la mise en œuvre de cette constitution, où cependant il n'y avait aucune atteinte contre la religion catholique, et à laquelle le pape engagea implicitement Louis XVI à refuser sa sanction. Mirabeau, à son tour, se leva indigné, et, aux applaudissements de l'Assemblée, il prouva que la religion n'avait pas de pires ennemis que ses propres ministres, qui menaçaient à cette heure de la faire chanceler sous les coups de leur orgueil et de leur fanatisme. Cette grande colère était-elle bien sincère ? Il est permis d'en douter d'après une lettre de Mirabeau au comte de La Marck. Quoi qu'il en soit, Maury, fou de rage, lui répondit avec une ini^ôlence extrême. Ce qui n'empêcha pas l'Assemblée nationale de décréter, le 27 novembre,

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