CHAPITRE GiNOUIÈUB
tenir de tout leur pouvoir la constitution française et notamment les décrets relatifs à la constitution civile du clergé. Le 2 janvier Tévêque de Clermont essaya d'expli- janvier quer, en quelques phrases embarrassées, comme quoi des scrupules de conscience Tempêchaient de jurer. Le 4 — ce jour-là expirait le délai prescrit pour la prestation du serment — Grégoire prit la parole pour engager tous ses collègues à se conformer à une formalité qui n'engageait en rien leur conscience. Peine inutile. La plupart des dignitaires ecclésiastiques suivirent l'exemple de l'évêque de Clermont, et l'immense majorité du bas clergé fit comme eux. Le schisme éclatait dans l'Assemblée même. Ah! peut-être, à cette heure, dut-elle regretter d'avoir imposé ce serinent inutile, dont, avec une insigne mauvaise foi, on prit texte pour alarmer les consciences et les déchaîner contre la Révolution. Dès lors l'imposture s'attacha à semer l'effroi dans les âmes religieuses. On alla jusqu'à prétendre que les mariages célébrés par les prêtres assermentés seraient nuls aux yeux de l'Église, et les enfants issus de ces unions considérés comme bâtards. Certes les écrivains révolutionnaires ne se privèrent pas de répondre à ces attaques déloyales ; ils rendirent coups pour coups, et leurs sarcasmes, acérés comme des glaives, auraient tué peut-être la religion catholique, si les journaux où ils les lançaient eussent été partout répandus. Mais le nombre de leurs lecteurs était malheureusement restreint, tandis que les mandements diffamatoires et mensongers pénétraient partout, depuis le château jusqu'à la chaumière, et laissaient les esprits faibles en proie à une indicible confusion.
L'Assemblée ne voulut pas se déjuger. Seulement, pour atténuer le déplorable effet produit p{ur les refus de serment, et éclairer les masses, elle résolut d'envoyer sous forme d'adresse, dans tous les diocèses, une instruction sur la constitution civile du clergé. Mirabeau en proposa une
qui parut trop hardie, et quelques jours après, —déplorable abaissement d'une conscience vénale ! — il conseillait à la cour d'entretenir dans le pays les dissensions religieuses. Un peu plus tard Chasset faisait adopter une autre adresse , rédigée à peu près dans le même sens, et destinée à rassurer les consciences 3ur la portée du serment imposé aux ecclésiastiques fonctionnaires. Par malheur, les armes de la raison sont trop souvent impuissantes, et elles devaient s'émousser contre les préjugés et les superstitions, si puissants encore à cette époque.
FÉVRIER L'effervescence causée par cette question du serment 1791. des prêtres, les troubles auxquels elle donna lieu, quelques émeutes partielles accélérèrent le mouvement de l'émigration. On apprit tout à coup que les tantes de Louis XVI se disposaient à quitter la France. Elles partirent en effet munies d'un passe-port du roi et d'une copie certifiée d'une délibération de la municipalité sur le droit qu'avait tout citoyen de voyager à son gré. Les journaux n'en firent pas moins grand bruit de ce départ, et Mesdames furent arrêtées à Arnay-le-Duc. Il fallut un décret de l'Assemblée pour qu'elles obtinssent de continuer leur route. Cette mesure ne satisfit pas les esprits. On commençait à se péoccuper du nombre de plus en plus considérable de ceux qui s'en allaient, emportant hors du royaume leurs bijoux Débats ^^ ^®"^ argent. L'Assemblée elle-ntême ouvrit les yeux, et sur les elle chargea son comité de constitution de lui présenter émigrations, ^j^g j^j g^j. j^g émigrations. Le 28 février Le Chapelier lui eu soumit uije fort sévère, en avouant, au préalable, qu'une telle loi était contraire aux principes. Robespierre, qui, au nom de ces mêmes principes et pour sauvegarder l'inviolabilité du secret des lettres, venait de faire rendre à la circulation un certain nombre de papiers dont on avait brisé les cachets pour en prendre arbitrairement lecture, se déclara l'adversaire de toute loi contre les émigrations. Seulement il voulait qu'une discussion publique en démontrât