CHAPITRE PREMIER
contestable caractère de grandeur. Courbée sous un joug doré, la France rayonnait, au dedans comme au dehors, par l'éclat de ses armes, par le génie de ses écrivains, par la puissance toute nouvelle de son industrie et de son commerce. Mais cette brillante période ne devait pas être de bien longue durée. Écrasé d'impôts, torturé,' pressuré pour la satisfaction de fantaisies coûteuses, le pays courait à une ruine certaine. La révocation de Tédit de Nantes acheva de jeter la perturbation dans le royaume. On vit se tarir les meilleures sources de la richesse nationale devant la persécution religieuse ; la plupart des protestants aisés préférèrent Texil à l'abjuration; ce fut une longue procession d'émigrés, qui s'en allèrent porter à l'étranger le secret de notre prospérité commerciale et industrielle. Et pas une bouche n'osait dénoncer hautement au naonde cette tyrannie devenue bigote et sanglante. On sait ce qu'il en coûta au tendre Racine pour avoir peint sous des couleurs un peu trop sombres les calamités auxquelles la France était en proie; le pauvre homme mourut d'un froncement de sourcil du grand roi.
Ce n'est pas qiie, sous ce règne du despotisme par excellence, l'idée révolutionnaire n'ait été servie, involontairement peut-être, par certains esprits généreux. Molière, en ridiculisant les marquis, en démasquant les faux dévots; la Fontaine, en dénonçant, sous une forme ingénieuse, les abus résultant des inégalités sociales, en défendant, dans ses fables immortelles, les petits contre les grands, en prenant parti pour les pauvres contre les riches; le doux archevêque de Cambrai, en posant complaisamment les principes d'un gouvernement sage, libéral et modéré , sans oublier pour cela qu'il était gentilhomme ; Vauban enfin, en s'élevant avec indignation, dans sa Dme royak, contre les vexations de toutes sortes dont les pauvres gens étaient victimes, en soutenant énergiquement les droits du travail, avaient certainement ouvert la voie par
La Régence
et
Lnw,
Progrài de " la bourgeoisie.
OÙ devait venir la Révolution. Toutefois, ce n'étaient encore là que de vagues aspirations vers cet idéal de justice et de liberté, qu'avant eux avait appelé de ses vœux le républicain La Boétie, lorsqu'il écrivait son traité De la servitude volontaire. Il faut attendre au siècle suivant pour voir se définir plus nettement, s'accentuer d'une manière plus précise le grand mouvement qui portait les esprits vers une réforme sociale, et pour entendre se formuler, d'une façon déjà menaçante, les plaintes des opprimés et des victimes.
La Régence ne contribua pas peu à saper les fondements de l'ancien régime. Au spectacle des scandales dont la cour de France fut le théâtre, on|se déshabitua du respecttraditionnel qu'on portait aux classesélevées.LesystèmedeLaw, en jetant la perturbation dans les fortunes, frappa d'un coup fatal les privilèges de la naissance. Ce système, dont le principe pouvait être fécond, et qui contenait en germe toute une révolution économique, aboutit, comme on sait, àun effroyable désordre financier. L'âpre convoitise de l'argent, une cupidité effrénée, avaient remplacé dans les cœurs les vertus solides, les sentiments généreux. On se ruait à la conquête de la fortune, comme jadis à celle de la gloire; tous les rangs se trouvèrent un moment confondus dans ce formidable assaut, où la courtisane bousculait la grande dame, et le valet, son maître. Il y eut, comme de nos jours, des coups de bourse inespérés. Tel qui la veille n'avait pas un écu vaillant, se trouva le lendemain à la tête de colossales richesses; et dans le carrosse, derrière lequel il avait monté peut-être, et où il trônait mollement, on trouva qu'il ne faisait pas plus mauvaise figure qu'un autre. C'est la puissance de l'argent qui s'affirme. Place aux parvenus de l'agio, de la finance et de la banque !
Tandis qu'une partie de la noblesse compromettait dans les tripotages de la spéculation ce qui lui restait encore d'honneur et déconsidération, la bourgeoisie, dont Colbert