CHAPITRE SIXIÈME i
Prieur, Lanjninais et Buzot, il pria instamment ses collègues, au nom des intérêts généraux du pays, de ne pa^ accorder aux ministres les énormes traitements réclamés pour eux parle comité de constitution. C'était là, assuraiton, m moyen de les forcer à rester purs dans des places si commodes aux prévarications. Triste raison ! Quoi qu'il en soit, TAssemblée alloua au ministre des affaires étrangères cent cinquante mille livres, et à chacun des autres ministres cent mille livres par année. C'était exorbitant; mais elle craignit d'amoindrir le prestige royal en se montrant parcimonieuse pour les principaux serviteurs de la monarchie.
Le prestige de la royauté ! ne le sentait-elle donc pas disparaître chaque jour, et — louée en soit elle! — n'avaiitelle pas travaillé à Tefifacer à coups de décrets? Elles touchaient à leur réalisation, ces paroles prophétiques de Fénelon : « Il viendra une révolution soudain^ et violente qui, au lieu de modérer simplement Tautorité excessive des souverains, l'abattra sans ressource. » On se méfiait du roi au point de le garder à vue. Le temps de la communion pascale était proche ; ce n'était un mystère pour personne que le roi n'avait accepté qu'à contre-cœur le dernier décret relatif au clergé, et on le disait décidé à quitter sa capitale pour aller recevoir ailleurs la communion des mains d'un prêtre réfractaire. Un bref venu de Rome, en vertu duquel devait être suspendu tout ecclésiastique assermenté qui ne se serait point rétracté dans un délai de quarante jours, n'avait pas peu contribué à accréditer ce bruit. Tout à coup, on apprit que le roi avait résolu de Le roi se rendre à Saint-Cloud. C'était son droit, puisqu'un décret ^«ut aUor constitutionnel l'autorisait à résider hors de Paris, à la * condition de ne pas s'en éloigner de plus de vingt lieues. Mais on disait que le voyage à Saint-Cloud n'était qu'un prétexte, qu'une fois hors des murs de la capitale, le roi devait filer vers Compiègne, et de là passer à l'étranger.
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Louis XVI k rAssemblée
Aussi, lorsque, dans la matinée du 18, les voitures où se trouvaient la famille royale et sa suite sortirent des Tuileries, le peuple s'opposa-til obstinément à leur départ, malgré tous les efforts de Lafayette, qui était accouru pour les dégager et leur ouvrir un passage. Après une attente d'une heure et demie; le roi et les siens furent contraints de rentrer au château. Le soir même il était invité par une lettre du directoire, signée de La Rochefoucauld, à éloigner de sa personne, comme le meilleur moyen de prévenir tous désordres, les prêtres réfractaires auxquels il accordait sa confiance.
Le lendemain, il alla se plaindre à l'Assemblée de la violence dont il avait été l'objet. Il avait juré, dit-il, de maintenir la constitution civile du clergé, il protnit d'être fidèle à son serment; mais en même temps il déclara qu'il persistait dans son voyage à Saint-Cloud. Le président — c'était Chabroud — répondit par de banales protestations de dévouement, et Louis XVI se retira au milieu des acclamations. Néanmoins, devant l'opposition menaçante des sections parisiennes, il demeura aux Tuileries, et trois jours après, par une circulaire signée du ministre des affaires étrangères, et communiquée à l'Assemblée nationale, il notifiait aux souverains de l'Europe qu'il avait librement adhéré à la constitution, et que, à plusieurs reprises, il avait manifesté son consentement à rester au milieu des citoyens de Paris. Cependant, dès cette époque, il est permis de le supposer, des projets de fuite étaient arrêtés dans son esprit.
Impopularité Ce petit événement faillit amener la retraite de Ladc Lû&yettc. foyetto dout là popularité était à son déclin. On lui reprochait amèrement d'avoir pris le parti de son cousin Bouille dans l'affaire de Nancy, d'avoir voté pour le veto absolu, la loi martiale, et généralement pour tous les décrets défavorables à la liberté. Fort piqué d'avoir vu son autorité méconnue dans la journée du 18, il donna sa dé-