CHAPITRE SIXIÈMB
mission de commandant en chef de la garde nationale. Etait-ce sérieux? était-ce deThabileté? Cette démission, il s'empressa de la retirer à la demande de ses bataillons. Toute la presse démocratique se déchaîna contre lui à cette occasion. Camille Desmoulins le poursuivit de ses sarcasmes, I^réron de ses injures. L'Amidupeup/e le baptisa du nom de général Tartufe. Seul, de tous les journalistes révolutionnaires, Brissot prit ouvertement son parti : ce qui lui valut d'être rangé, par Marat, au rang des ennemis publics. Et pourtant cet ancien défenseur juré des actes arbitraires de la municipalité bourgeoise, tout en protestant de son dévouement à la constitution monarchique, commençait à considérer la royauté comme un fléau, au point de vue métaphysique, il est vrai. Il attaquait violemment Lameth, Bamave et Duport comme inféodés au camp des monarchistes, et reprochait assez aigrement à Condorcet d*avoir accepté du roi une place d'administrateur de la trésorerie et d'avoir permis que son nom figurât à côté de ceux des Lavoisier et des Hubert. Le citoyen dont il vantait alors le plus les vertus et le patriotisme» c'était Robespierre, « immobile dans les principes étemels, » selon sa très-judicieuse expression.
Chaque jour, en effet, Robespierre apparaissait à la tribune pour revendiquer les droits du peuple méconnus et flétrir les iniquités sociales dont, à son gré, on ne faisait pas assez vite justice. On a vu avec quelle véhémence il s'était élevé contre l'inique division des citoyens en citoyens actifs et citoyens passifs. Jamais il ne perdait l'i)ccasion de protester contre cette injurieuse distinction. La discussion de la. loi organique sur la garde nationale Loi , lui en fournit une qu'il se garda bien de laisser échapper. "^^UonSif * Il n'avait pas. attendu cette époque pour critiquer Tinstitution des milices citoyennes telles qu'elles avaient été organisées à l'origine ; depuis plus de trois mois, on se passait de main en main une volumineuse brochure de
iea HISTOIRE DE LÀ RÉVOLUTION
I lui sur la matière, lorsque le 27 avril la question fut por-
tée à la tribune de l'Assemblée pour y être -traitée au point de vue constitutionnel. Or, les vices que Robespierre reprochait à l'organisation de la garde nationale, telle qu'elle avait été instituée par la municipalité parisienne, se retrouvaient dans le projet présenté au nom du comité de constitution par Rabaut Saint-Étienne. La garde nationale devait être, selon lui, la nation armée ; sa véritable mission était de sauvegarder Tordre, la liberté et l'égalité. Il fallait donc la soustraire à l'influence du pouvoir exécutif, lui laisser le soin de nommer elle même ses officiers, lui interdire le port de toutes ces décorations, véritables hochets dont le prince paye les complaisances de ses courtisans, et surtout ne pas en exclure les citoyens passifs, comme le demandait le comité. Quand le lendemain il reprit la parole pour répondre à Rabaut, il rappela, en terminant, le souvenir de la prise de la Bastille, à laquelle avaient concouru tant de braves gens mis par l'Assemblée en dehors du droit commun, et il conjura ses collègues de co^isacrer comme un droit primordial l'admission de tous les citoyens dans les rangs de la garde nationale. Cela obtenu, il ne désespérait pas de faire rapporter l'odieux décret qui séparait civilement les Fran- . çais en deux classes. Noailles et Pétion appuyèrent en
V vain sa réclamation; l'Assemblée, en adoptant le plan de
de son comité, ratifia une criante injustice. Du droit L'Assemblée avait peur du peuple, il faut bien le dire, et
de pétition, ^jjg semblait prendre à tâche de creuser de plus en plus la ligne de démarcation tracée par elle entre la bourgeoisie et* les classes laborieuses. Après avoir proclamé, sur un long rapport de Sieyès, le principe excellent de la.tolé* rance religieuse, elle faillit, quelques jours après, réserver aux seuls citoyens actifs, comme un privilège spécial , et encore à la condition qu'ils l'exerçassent individuell ement, le droit de pétition et d'affiche. Qui donc avait osé pro-