CHAPITRE SIXIÈME
poser cette restriction monstrueuse? C'était Le Chapelier, lequel, au début de la Révolution, s'était montré Tun des plus dévoués défenseurs du droit et de la liberté. Comment! on allait retirer aux pauvres et aux malheureux, c'est-àdire à ceiyc qui en avaient le plus besoin, le droit de pétition ! Quoi ! il serait interdit aux sociétés patriotiques de présenter au Corps législatif des adresses capables peutêtre d éclairer le législateur et de l'arrêter sur la pente d'une erreur ! Voilà ce que Robespierre déclara impossible ^^^ 179] dans la séance du 9 mai ; et, le lendemain, avec une énergie croissante, il somma ses collègues de décréter que le droit de pétition appartenait à tout citoyen sans distinction. Ce fut à quoi se résolut l'Assemblée, après avoir entendu Grégoire et Buzot parler dans le même sens; seulement elle restreignit ce droit aux individus isolés, et l'interdit à toute réunion ou association de citoyens.
Le jour suivant fut discutée une question non moins in- Affaires téressante pour la liberté et pour la dignité humaine. Il des colonies, s'agissait de savoir si les colonies, où gémissaient tant de douleurs séculaires, et où avaient pénétré les bruits d'affranchissement de la métropole, bénéficieraient de la Révolution. Dès l'année 1789, les réclamations des hommes de couleur s'étaient fait entendre. La lenteur que mit l'Assemblée à statuer sur les affaires des colonies ne fut malheureusement pas étrangère aux scènes sanglantes qui désolèrent Saint-Domingue. Enfin les comités de marine, des colonies, de constitution, d'agriculture et de commerce réunis, se décidèrent à présenter un rapport qui concluait à laisser à une assemblée coloniale le soin d'émettre un vœu relativement à la situation politique des personnes dans les colonies, avant que l'Assemblée nationale prit elle-même aucune résolution. De l'esclavage, pas un mot. C'était dérisoire. Grégoire et Clermont-Tonnerre attaquèrent vivement les conclusions de ce rapport. Que Malouet
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et Maury les soutinssent opiniâtrement, et missent leurs talents à défendre les abus et les préjugés qui régnaient aux colonies, cela n'avait de quoi surprendre personne, ils étaient dans leur rôle ; mais où Tétonnement fut grand, ce fut quand on entendit Barnave leur prêter Tappui de sa parole éloquente. On avait paru craindre qu'un décret d'affranchissement n'entraînât la perte de nos colonies : « Périssent les colonies, s'écria Robespierre, s'il doit vous en coûter votre honneur, votre gloire, votre liberté... » Avant lui, Dupont (de Nemours) avait dit : « S'il fallait sacrifier l'intérêt ou la justice, il vaudrait mieux sacrifier les colonies qu'un principe. » Quant à Robespierre, ce n'était pas seulement l'émancipation des hommes de couleur qu'il réclamait, c'était l'abolition de l'esclavage : « Oui, dès le moment où dans un de vos décrets vous aurez prononcé le mot esclave f vous aurez prononcé votre propre déshonneur. » Et comme, aux murmures qui accueillirent ces paroles, il pressentit bien qu'il n'obliendrait pas gain de cause, il reprocha vivement, par avance, à ses collègues, de décréter constitutionnellement l'esclavage. L'Assemblée, en effet, adoptant une sorte de compromis, proposé par Reubell, décida qu'elle ne délibérerait point sur l'état des gens de couleur nés de pères et mères non libres, sans le vœu préalable et spontané des colonies, mais que dès à présent les gens de couleur, nés de pères et mères libres, seraient admis dans les assemblées provinciales et coloniales, s'ils avaient les qualités requises pour l'exercice des droits de citoyen. Ce décret avait le tortde ne pas résoudre la question; il n'en excita pas moins chez les colons une colère profonde et mit aux cœurs des esclaves un ressentiment qui ne tarda pas à faire explosion. Quatre mois plus tard, le 23 septembre, Barnave vint en réclamer labrogation en lui attribuant les désordres et les perturbations auxquels nos colonies étaient en proie. Plus heureux cette fois, il triompha, malgré les e£Ebrts