‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 68 sur 226 · CHAPITRE SIXIÈME i6o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME i6o

désespérés de Robespierre, en qui fut vaincue, ce jour^-là, i

la cause de la justice et du droit.

Tandis que l'Assemblée se livrait à ses travaux, quelque^ fois devançant le mouvement, mais plus souvent essayant de l'arrêter, la réaction continuait ses manœuvres, et le parti clérical s'efforçait de souffler la discorde sur le pays. Pour avoir prêté serment, plusieurs évéques furent excommuniés , Talleyrand-Périgord entre autres, ce coureur de xaiieyrand ruelles, ce joueur effréné qui avouait avoir gagné trente excommunié, mille livres dans un tripot. Le pape ne lui eût pas cherché querelle pour cela. Dans un bref peu charitable. Pie VI se répandit en injures contre la constitution française, déclara nulles toutes les élections de cur^s et d'évéques, et défendit à ceux-ci d'administrer les sacrements aux fidèles. Sollicité par d'anciens évéques et quelques nobles, et peutêtre un peu trop sensible à une gratification royale dont il venait d'être l'objet, l'abbé Raynal, l'ami. de Diderot, un ^'abbé partisan de la libre pensée, proscrit autrefois par arrêt du RaymU. parlement pour son Histoire philosophique des deux Indes, eut le triste courage de dresser l'acte d'accusation de la Révolution française et de l'adresser au président de l'Assemblée. Celle-ci en écouta la lecture au milieu de vives marques d'impatience^ Peut-être eût-on sévi contre l'abbé, malgré son grand âge, si Robespierre n'avait pas réclamé l'indulgence en sa faveur, en rappelant que jadis il avait aimé la liberté avec passion et qu'il avait été accusé de licence par ceux-là mêmes qui aujourd'hui se servaient.de lui comme d'un Instrument complaisant de leurs rancunes et de leurs colères. Â sa voix l'Assemblée passa à l'ordre du jour ; c'était assurément ce qu'il y avait de mieux à faire.

Les patriotes se vengèrent en brûlant solennellement , au Palais-Royal le pape en effigie, son bref à la main. De son côté, la Commune, considérant que les œuvres de Rousseau et de Voltaire avaient préparé le règne de la tolérance religieuse inauguré par la Révolution, donnait à

Bêla nonléâigibilité.

Dapor etBobeipierre.

la rue Plâtrîère le nom du premier, et au quai des Théatins celui du second. Enfin l'Assemblée nationale qui, précédemment, avait voté une statue à Rousseau, décréta que les restes de l'immortel auteur du Dictionnaire philoso*^ phdque seraient transportés au Panthéon.

Cela n'était guère de nature à apaiser les irréconciliables^ ennemis de la Révolution. Il y eut cependant une heure, en ce mois de mai, où on les vit voter avec ses plus énergiques défenseurs : ce fut le 10, à propos d'une motion d'ordre inopinément présentée par Robespierre, au milieu des débats relatifs à l'organisation du Corps législatif. Thouret se disposait à développer les motifs du projet deloi du comité de constitution sur cette organisation, quand Robespierre l'interrompit pour proposer à ses collègues de décider tout d'abord que les membres de l'Assemblée actuelle ne pourraient être élus à la première législature. A gauche et à droite on applaudit à outrance, et l'on demanda à aller tout de suite aux voix. En cela les révolutionnaires obéissaient à un sentiment de désintéressement très-louable de leur part; quant aux ultra-royalistes, à peu près sûrs de ne jpas être réélus, ils n'étaient pas fâchés peut-être d'empêcher les principaux auteurs de la constitution de reparaître sur la scène politique. Toutefois, la motion présentait des points par où elle pouvait être sérieusement attaquée. Merlin la combattit surtout au nom de la liberté des électeurs. Robespierre répondit par des considérations pleines de grandeur, dont la portée fut immense et décisive. Émue et subjuguée, l'Assemblée, au bruit des applaudissements et à la presque unanimité, ordonna l'impression de son discours, et, malgré les efforts désespérés de Beaumetz et de Le Chapelier, elle adopta sa proposition, s'honorant singulièrement, en définitive, aux yeux de l'avenir par ce grand acte de désintéressement.

Le lendemain s'ouvrit la discussion sur la question de savoir si les membres des législatures suivantes pourraient

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