‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 69 sur 226 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

être indéâniment réélus. Duport était un de ceux que le décret de la veille avait le plus irrités. Il prit la parole, et, dans un discours d*une longueur interminable, il donna libre carrière à Tamertume dont son cœur était plein. Il dit qu*il fallait se garder de l'exagération des principes, que la Révolution était faite. Paroles d'égoïste : il était satisfait, tout le monde devait l'être, même les milliers de citoyens qu'il avait contribué à priver de tous droits politiques. Ses conclusions tendaient à laisser les électeurs libres de renommer indéfiniment les mêmes mandataires. Leur dénier ce droit, c'était, selon lui, insulter le peuple. Singulier scrupule de la part d'un homme qui n'avait pas craint de le dépouiller de ses droits les plus précieux. Buzof et Laréveillère-Lepeaux n'eurent pas de peine à réfuter ses arguments. Mais le discours de Duport, visiblement à l'adresse de Robespierre, appelait celui-ci à la tribune ; il ne manqua pas de répondre à la provocation , et le 18 il reprit la parole; ce fut comme un duel entre lui et Duport. Son discours, extrêmement remarquable, fut accueilli avec le même enthousiasme que celui de l'avantveOle ; seulement il ne fut pas couronné d'un succès aussi complet. Robespierre aurait voulu qu'on ne pût être réélu au Corps législatif qu'après en être sorti depuis deux ans au moins ; TÀssemblée adopta un terme moyen proposé par Barère : elle décida que les membres d'une législature seraient rééligibles à la suivante, mais qu'ils ne pourraient l'être de nouveau qu'après un intervalle de deux années. Elle eut raison. Nous n'aimons pas ces fiefs législatifs qui tendent à se perpétuer dans les mêmes mains. Il n'y a pas d'hommes indispensables, et, dans un pays libre, il est bon que le plus grand nombre de citoyens possible soit appelé à manier les affaires de la nation.

On peut même considérer comme une nécessité pour les hommes politiques de se retremper de temps en temps dans la vie privée, ne fût-ce que pour se remettre des fatigues

auxquelles sont condamnés ceux qui, chargés momentanément des intérêts du pays, s'y sont dévoués corps et âme. Et Dieu sait si la besogne fut rude pour les membres de TÂssemblée constituante ! L'imagination est confondue, en vérité, quand on songe à l'œuvre accomplie par elle en ce mois de mai 179L Quelle tâche entreprise, que de rapports lus et discutés sur toutes les questions auxquelles est liée la vie des peuples, que de progrès réalisés, dont à l'heure présente nous n'avons plus que le souvenir t Dans une des séances de ce mois mémorable l'humanité faillit faire un pas immense. Le 30 mai,Le Péletier Saint-Fargeau vint, au nom des comités de constita** tion et de législation criminelle, présenter un long et savant rapport sur le code pénal. Là tout était à renverser de fond eu comble, il n'y avait rien à conserver de l'ancienne législation si odieuse et si cruelle. Suppression et adoucissement des peines, voilà, en substance, à quoi concluait La peine 1^ rapporteur. Les comités proposaient même d abolir la de mort, peine de mort, excepté pour le cas où un chef de parti serait convaincu de rébellion par un décret du Corps législatif. Quoi ! l'on avait déjà effacé Tinfamie héréditaire jadis attachée au supplice, et l'on voulait maintenant supprimer la peine de mort! Quel frein resterait-il donc pour le crime, quelle sauvegarde pour la société? Tels furent les arguments longuement développés par le député Prugnon pour demander le maintien du meurtre juridique.

Ki)bespierre se leva alors, et, reprenant la thèse de Beccaria, il réclama l'abolition pure et simple de la peine de mort en toute n^atière. Il n'eut pas de peine à démontrer combien étaient spécieux les arguments des partisans de ce châtiment inutile et barbare. Les effroyables supplices usités avant la Révolution avaient-ils jamais arrêté le bras d'un assassin? Les lois douces, au contraire, suivant lui, feraient les mœurs douces, et c'était à la société de donner elle-même l'exemple du respect de la vie humaine.

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