‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 71 sur 226 · CHAPITRE SIXIÈICE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈICE

ne fallait point, par exemple, parler de la question sociale. La question Sans doute, la liberté politique est le premier et le plus ne- «>«»aie. cessaire de tous les biens, mais une fois cette liberté obtenue, de quel droit s'opposer à ce que des citoyens s'entendent et se concertent ensemble pour sauvegarder leurs intérêts communs ? Ce fut pourtant ce qui eut lieu au mois de juin 1791. Un certain nombre d'ouvriers s'étant coalisés pour réclamer de leurs patrons une augmentation de salaire, l'hôtel de ville poussa un cri d'alarme, et l'Assem* blée nationale, sur un étrange rapport de Le Chapelier, . lequel assimilait les coalitions aux corporations détruites, les interdit de la façon la plus absolue, et sous les peines les plus sévères. Il faudra arriver jusqu'à 1793 pour que la grande question du travail soit sinon résolue, au moins admise dans le programme constitutionnel.

Nul alors, d'ailleurs, n^eût osé attaquer directement la dynastie régnante. Danton, dont la voix mugissante comme les tempêtes donnait le ton aux Cordeliers, n'allait pas an delà de la monarchie parlementaire, et, aux Jacobins, . il protestait hautement de son attachement à la constitution. Mais ce à quoi Louis XVI et surtout la reine et son entourage songeaient avec passion, c'était à recouvrer le pouvoir absolu tombé des mains débiles du roi. Or, pour cela, il était indispensable de s'appuyer sur le concours de l'étranger. On ne recula pas devant ce moyen extrême. Seulement, comme il n'était pas sans danger pour ceux qui se détermineraient à en user, il fut résolu que, en attendant l'événement, la famille royale irait chercher un abri au delà des frontières. Tout cela fut convenu, arrêté, dès le mois d'avril. Comme on l'a vu, du reste, il en transpirait quelque chose, et plus on approchait du moment décisif, plus les bruits de fuite prenaient de consistance. A diverses reprises, la municipalité, Lafayette et le comité des recherches de l'Assemblée nationale, furent avertis que le roi se disposait à partir; Fréron inséra même dans

royale.

VOrateur du peuple une prétendue lettre de la reine au prince de Condé, lettre d'une grossièreté révoltante, où, en langage cynique, il lui faisait tracer Titinéraire de sa fuite prochaine. On redoubla donc de précautions; le château et ses abords furent encombrés de garde nationale ; mais toute cette vigilance se trouva mise en défaut. Faite Dans la nuit du 19 au 20, le roi et la reine, celle-ci mu-

de la funiUe nje d'un passeport au nom de la baronne de Korff, le jeune dauphin et sa sœur, Madame Elisabeth, leur tante, M"' de Tourzel, gouvernante des enfants de France, quittèrent Paris dans une énorme berline, sous la conduite d'un gentilhomme suédois, nommé le comte de Fersen, qui portait à Marie-Antoinette un attachement profond, et qui les accompagna jusqu'à Bondy, où il prit congé d'eux, convaincu qu'ils étaient désormais en sûreté. En effet, les fugitifs se dirigeaient vers Châlons-sur-Marne, et une fois là, l'armée de Bouille, échelonnée sur la route, devait les mettre à l'abri de toute atteinte et assurer leur retraite.

Il était à peu près huit heures du matin quand la nouvelle de cette évasion circula dans Paris. Tout le monde fut bientôt sur pied. La foule courut aux Tuileries dont elle visita l'intérieur, pour bien s'assurer de la réalité du bruit répandu. Il y eut un étonnement mêlé de colère. Tout d'abord on crut à une trahison, et en un clin d'œil les rues se trouvèrent inondées d'hommes armés de piques, comme au temps de la prise de la Bastille. À quel parti allait-on se résoudre ? De la famille royale il ne restait plus personne. Le comte de Provence, de son côté, s'était échappé du Luxembourg où il demeurait, et, plus heureux que son frère, il put gagner la Belgique. Offrirait-on le trône au duc d'Orléans, ou proclamerait-on la République?

A peine instruite de l'événement, l'Assemblée prit certaines mesures conservatoires, manda les ministres à sa barre et décida que, jusqu'à nouvel ordre, les décrets émanés d'elle seraient dispensés de la sanction royale. La-

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