CHAPITRE SIXIÈME
municipalité. Celle-ci chargea Drouet et un de ses camarades de courir après les voitures qui étaient déjà reparties et de les faire arrêter s*ils pouvaient les joindre. Montés sur des chevaux rapides, les deux émissaires se rendirent, par des chemins détournés, à Varennes- où ils arrivèrent presqu'en même temps que le roi, juste à temps pour donner l'alarme. Drouet, aidé de quelques habitants du village, arrêta Louis XVI et sa famille, et les conduisit chez un épicier du nom de Sausse, procureur de la commune, qui les déclara prisonniers de la nation. Deux officiers de Bouille, MM. de Choiseul et de Goguelat, survinrent avec une quarantaine de hussards. Ils proposèrent au roi de l'enlever, lui et sa famille, et de se faire jour le sabre à la main. Mais déjà toute la population du pays était sur pied, le tocsin et le tambour appelaient aux armes les communes voisines ; Louis XVI recula devant ce parti hasardeux. Vers six heures du matin, arrivèrent un envoyé de la municipalité parisienne nommé Bâillon, et Romôuf, ' aide de camp de Lafayette, porteurs d'un ordre d'arrestation. Il fallut que la famille royale reprît, au milieu d'une foule innombrable, gardes nationaux et paysans, armés de fusils, de fourches, de bâtons, le chemin de Paris, d'où 1 avant-veille elle était sortie avec tant d'espoir.
L'Assemblée nationale avait désigné trois de ses mem- Retour bres, Barnave, Pétion et Latour-Maubourg, pour aller au- ^ ^""*devant de Louis XVI. Les commissaires rencontrèrent le cortège royal entre Dormans et Épernay. Barnave et Pétion montèrent dans la voiture, Latour-Maubourg prit place sur le siège. Le roi leur dit qu'il n'avait jamais eu l'intention de sortir du royaume. Barnave voulut bien avoir l'air d'ajouter foi à cette assertion tout à fait inadmissible. Mais déjà le jeune et ardent patriote d'autrefois était gagné à la cause royale. Il ne se vendit pas*; non, certes ; mais il fut subjugué. De beaux yeux rougis par les larmes adoucirent, comme par enchantement, son pa-
triotisme farouche, et un sourire de la reine fit sur lui Tefiet de l'or de la cour sur Mirabeau, sur ce Mirabeau dont naguère il avait qualifié si sévèrement les tendresses tardives pour la monarchie.
Ce fut le 25 juin, à sept heures du soir, que la famille royale rentra prisonnière dans le château des Tuileries. En efiet, dans la journée même, l'Assemblée avait placé le roi, la reine et le dauphin sous la surveillance d'une garde particulière, après avoir décrété d'arrestation toutes les personnes qui les avaient accompagnés dans leur fuite. Maintenant, qu'allait-on faire ? L'opinion de l'Assemblée n'était pas douteuse : elle était essentiellement monarchique. On commença par déclarer que la personne du roi était inviolable et sacrée.. Un décret ayant renvoyé devant le tribunal de l'arrondissement des Tuileries, pour y être interrogées, les personnes arrêtées comme complices du prétendu enlèvement, Robespierre, Buzot et Bouchotte demandèrent en vain que le roi et la reine y fussent également déférés, en vertu du principe d'égalité qui voulait que les mêmes magistrats informassent sur les mêmes faits. Mais cela eût paru une injure à la majesté royale, et l'Assemblée commit trois de ses membres, Tronchet, Duport et* d'André, pour recevoir les déclarations de Louis XVI ôt de Marie- Antoinette. On vit en ces circonstances les anciens membres de la gauche se diviser pour jamais. Les Barnave, les Lameth, les Thouret, les Le Chapelier, les Duport se tournèrent vers la droite et donnèrent la main aux Malouet. Quant aux ultra-royalistes, ils signèrent un manifeste dans lequel ils protestèrent d'avance contre les décrets de l'Assemblée, attendu l'atteinte portée à la personne du roi. Ils étaient deux cmi giiartre-vingt-dix, à peu près les mêmes que les signataires de la protestation relative à la religion. Malad^eîls amis, qui semblaient prendre Lettre à tâche de compromettre de plus en plus la royauté ! Non d«BouiUé. moins ridicule et non moins imprudente fut une lettre de