CHAPITRE SIXIÈME
tous les journaux royalistes jetaient comme une injure répithète de républicain; mais ce qu'il voulait, c'était la chose et non pas seulement le nom, comme tant de républicains d'apparat qui ne vont pas tarder à apparaître sur la scène, et On m'a accusé au sein de l'Assemblée d'être républicain, on m'a fait trop d'honneur, je ne le suis pas, ' dit-il ; si l'on m'eût accusé d'être monarchiste, on m'eût deshonoré.D Telles sont du moins les paroles que met dans sa bouche le journal des débats de la Société. La vérité est qu'il voulait arriver à la déchéance par la voie légale.
Le lendemain, en effet, avec une force de logique saisissante et une indignation chaleureuse, il demanda à l'Assemblée comment il était possible de poursuivre les complices alors qu'on mettait hors de cause l'accusé principal. U fallait, selon lui, ou absoudre tout le monde ou consulter la nation sur le sort du roi. Pétion, Bozot, Prieur et Grégoire parlèrent à peu près dans le même sens. Mais déjà l'Assemblée avait pris son parti. Duport, La Rochefoucauld-Liancourt, Goupil, Salles et surtout Bamave déployèrent donc une éloquence inutile pour défendre la cause de l'inviolabilité royale gagnée d'avance. Les conclusions des comités furent adoptées dans la séance du 15 juillet.
Un pareil vote excita une vive rumeur parmi les pa- u pétition triotes. Grande fut l'affluence et non moins grande l'agita- Laclos tation le soir au Jacobins, où présidait un des familiers du duc d'Orléans, Choderlos de Laclos, auteur du roman cynique les Liaisons dangereuses. Laclos proposa d'adresser à l'Assemblée une pétition tendante à la déchéance et qu'on offrirait à la signature de tous les Français, sans distinction de sexe ni d'âge. Danton se leva pour appuyer très-énergiquement cette idée , dont il revendiqua en quelque sorte la paternité ! Quant à Robespierre, il ne l'approuva que très-médiocrement. Peut-être le nom de Tautear de la proposition lui parut-il suspect. Toujours
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est-il qu'il s'éleva très-fortement contre Tintervention des mineurs et des femmes. La pétition n'en fut pas moins dé* cidée, et l'on en confia la rédaction à Brissot. En ce moment une foule immense envahit lasalle et annonça que dès le lendemain le peuple se proposait d'aller en masse proclamer au Champ de Mars la déchéance de Louis XVI. Brissot, dans l'adresse dont nous venons de parler» demanda, lui, qu'il fût pourvu au remplacement du roi par tous les moyens constitutionnels. Ces mots équivoques, et surtout l'immixtion de Laclos dans cette affaire, donnèrent à penser à beaucoup de personnes qu'il s'agissait ici d'une intrigue orléaniste. L'Assemblée nationale ne s'en émut que davantage; à la voix des d'André, des Regnault (de Saint- Jean d'Angélj), elle prit une foule de mesures répressives, et enjoignit aux accusateurs publics de poursuivre les fauteurs de désordres avec toute la sévérité des lois. De son côté lé maire de Paris faisait afiScher sur les murs et proclamer à son de trompe un arrêté sévère contre les factieux, et Lafayette convoquait la garde nationale. On attendait sous les armes.
Tandis que l'Assemblée nationale s'occupait des moyens de réprimer tout mouvement anti-royaliste, les Jacobins se réunissaient, et dès sept heures Robespierre y prenait la parole. Se désignant d'avance aux coups de la réaction , il fit le procès à ces comités de l'Assemblée où s'étaient réfugiés tous les ci-devant privilégiés ; il dévoila leurs desseins perfides, leurs projets contre révolutionnaires. Néanmoins, tout en flétrissant les mesures prises dan*s la journée , il eut soin de recommander à ses concitoyens d'obéir à la loi pour ne pas compromettre, dans une échauffourée favorable à la réaction, les conquêtes de la Révolution. La société déclara, en conséquence, que, fidèle à son titre, elle jurait de nouveau de maintenir la constitution, et elle suspendit l'impression de la pétition Laclos. Cela n'empêcha pas une partie de ses membres, principale-