‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 77 sur 226 · CHAPITRE SIIIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIIIÈMB

ment ceux qui appartenaient à TAssemblée constituante, de Les se séparer d'elle, et d'aller s'établir presque en face, à deux FeuiUanti. pas du Manège, dans un local dépendant d'un ancien cou« vent de moines appelés les Feuillants, et dont on leur donna le nom.

La journée du 17 juillet, qui devait compter parmi les plus néfastes de la Révolution, s'ouvrit sous des auspices sinistres. Deux hommes, cédant à une curiosité obscène, avaient imaginé de se cacher sous les marches de l'autel de la patrie. Découverts et pris pour les agents d'un complot contre-révolutionnaire, ils avaient été impitoyablement massacrés par quelques misérables, non pas au Champ de Mars, mais au Gros-Caillou, à deux pas d'un poste de police où on les avait transférés. Ce double meurtre, tout à fait regrettable, fournit à l'Assemblée l'occasion d'affirmer sa volonté de recourir à une répression énergique contre toute tentative de résistance à ses décrets. Un membre eut l'infamie de présenter les deux hommes tués comme des gardes nationaux victimes de leur zèle pour la défense des lois, et Regnault (de Saint- Jean d'Angély) réclama l'application de la loi martiale au cas où le désordre continuerait. Dès lors il était facile de prévoir une catastrophe. C'était un dimanche. Une foule immense de citoyens, accompagnés de femmes et d'enfants, s'étaient rendus au champ de uwuaof la Fédération, les uns attirés par la simple curiosité, les du Oiâmp autres pour signer une pétition relative à la déchéance du roiy pétition qui n'était plus celle des Jacobins et que quel* qlies citoyens avaient déposée sur l'autel de la patrie. Du reste, pas de tumulte, pas de désordre, pas d'armes.

Malheureusement la municipalité voulut à toute force dissiper le rassemblement, et trois de ses membres furent envoyés au Champ de Mars, afin de rétablir l'ordre qui n'était pas troublé, et de proclamer la loi martiale au besoin. Quelques pierres lancées sur la garde nationale, un. individu arrêté porteur d'un pistolet chargé, voilà tout le

deMan.

Changement dans la vie

de Robespierre.

bilan de 1 émeute, du propre aveu de Bailly. Il n'en fallut pas davantage pour que la loi martiale fût proclamée et le drapeau rouge, signal des répressions sanglantes, hissé à Tune des fenêtres de l'hôtel de ville. A sept heures et demie le maire de Paris parut lui-même au Champ de Mars, au milieu de la garde nationale. Des cris : A bas les baïonnettes ! de nouvelles pierres lancées sur la troupe» et un coup de pistolet tiré par une personne inconnue et dont la balle alla frapper un dragon de la ligne, rendirent furieux les gardes nationaux qui tirèrent une première fois en l'air et une seconde fois sur les masses profondes qui se mouvaient devant eux. En un clin d'œil le sol se trouva jonché de morts et de blessés. Il y eut une effroyable panique. Ce fut un sauve-qui-peut général ; une véritable terreur s'abattit sur la ville*

Revenant par la rue Saint-Honoré, après avoir accompli leur sanglant exploit, les vainqueurs du Champ de Mars yociférèrent, en passant, contre le club des Jacobins. Là» se trouvait Robespierre qui, debout à son poste, à l'heure du danger, s'efforçait de calmer l'effervescence et de ramener la concorde. Mais ou étaient ceux qui la veille et l'avantveille excitaient le peuple, l'encourageaient à signer la/ameuse pétition? Dajiton, Camille Desmoulins, Fréron, étaient partis depuis le matin, et n'avaient pas reparu. Ce fut du fond de sa retraite que Camille écrivit, à l'adresse de Lafayette, son dernier numéro des Révolutions de France et de Brabanty où il donna provisoirement sa démission de journaliste. Pourtant on eût aimé à les voir sur la brèche en ces heures critiques.

Ce soir-là, un grand changement s'opéra dans la vie de Robespierre. Lors de l'installation de l'Assemblée à Paris, il était allé se loger au Marais, rue Saintonge. Le 17 juillet, à l'issue de la séance des Jacobins, un des membres du club, son admirateur passionné, craignant que la réaction ne se portât à quelque extrémité à son égard, lui proposa

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