‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 78 sur 226 · CHAPITRE SIXIÈME i8o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME i8o

pour la nuit un asile dans sa maison. C'était un riche menuisier, nommé Maurice Duplay, tout dévoué à la Révolution; il demeurait dans le voisinage, rue Saint-Honoré, presque vis-à-vis de la rue Saint-Florentin. Robespierre accepta cette offre faite avec une insistance à laquelle il ne put se soustraire. Le lendemain, quand il voulut prendre congé de son hôte, la femme et les filles du menuisier le retinrent de force pour ainsi dire- Jusqu'à sa mort, il ne quittera plus cette maison hospitalière.

Le déplorable événement du Champ de Mars devait né- La réaction. cessairement tourner au profit de la réaction, et les meneurs de l'Assemblée en tirèrent si bien parti, qu'on les soupçonna de lavoir provoqué à dessein. 'Bailly, Regnault (de St-Jean-d'Angély), Barnave et autres, ne reculèrent pas devant les plus grossiers mensonges pour donner le change à l'opinion ; on vota des actions de grâces à la garde nationale, comme si elle avait sauvé la patrie. Plus de deux cents personnes furent emprisonnées, et beaucoup durent éviter par la fuite les mandats de prise de corps lancés contre elles. Les patriotes sincères mirent tout en œuvre pour arrêter l'Assemblée sur la pente fatale où elle s'engageait tête baissée. Dans une adresse rédigée par Robespierre, les Jacobins lui rappelèrent la vigilance, la fermeté qu'elle avait déployées dans les premiers temps, son amour pour la liberté, et ils témoignèrent l'espérance de la voir finir comme elle avait commencé. Ils allèrent même, dans leur désir de pacification, jusqu'à faire les premières démarches pour opérer un rapprochement entre eux et les Feuillants, et étouffer le schisme. Un arrêté étrange du club dissident rendit toute réconciliation impossible. Les Feuillants décidèrent, en effet, que les citoyens actifs seuls seraient admis par eux. Devant cette insulte à la démocratie, les Jacobins n'avaient plus qu'à s'abstenir. Ils se contentèrent d'en appeler aux sociétés affiliées des départements, auxquelles, de leur côté, les Feuillants

Convention de Pilnitz.

RéTision

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constitatîon.

ne manquèrent pas d*en référer également. La plupart d'entre elles prirent fait et cause pour leurs aînés.

La grande préoccupation des Constitutionnels à cette époque fut de prévenir les complications extérieures. Aussi les voyons-nous, par ceux d'entre eux qui communiquaient avecla reine, s'efforcer d'apaiser l'oragequ'on apercevait, de l'autre côté du Rhin, se former contre la France. Les émigrations étant devenues plus fréquentes depuis la fuite du roi, l'Assemblée se décida, comme nous l'avons dit, à lès interdire formellement, et elle intima à tout Français absent du royaume l'ordre d'y rentrer dans le délai d'un mois, se réservant de frapper les réfractaires de telle pénalité qu'elle jugerait à propos, en cas d'invasion hostile sur les terres de France. Mais la noblesse française devait rester sourde à cet appel, et se lancer en aveugle dans une indigne croisade contre la patrie. Vers la fin du mois d'août eurent lieu à Pilnitz, dans les États de l'archevêque de Mayence, à l'instigation des princes français et des principaux émigrés, entre le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche, des conférences auxquelles assista le comte d'Artois, et où ils s'engagèrent à user des moyens les plus efficaces pour rétablir en France un gouvernement monarchique, également convenable aux droits des souverains et au bien-être des Français. Tel fut le point de départ officiel de la coalition européenne contre la Révolution, qui, on l'avouera, aura bien quelque droit de se montrer sévère envers ceux au profit et à la sollicitation desquels se forma cette coalition.

De leur côté, les Constitutionnels semblaient avoir pris avec les puissances étrangères l'engagement de rendre au roi tin peu de ce prestige et de cette autorité qu'au début de la Révolution ils avaient tant contribué à lui ôter. Dans un long mémoire adressé au pays, Robespierre perça à jour leurs trames, et manifesta la crainte de les voir porter la main sur leur propre ouvrage. En effet, la constitution

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