‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 79 sur 226 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

était terminée; restait à en coordonner les articles, et, des diverses parties éparses, à former un tout homogène : ce fut l'objet de la révision. C'est là-dessus que les meneurs comptaient pour modifier l'acte constitutionnel dans un sens favorable à la royauté. Heureusement, ils trouvèrent, dans les quelques membres de la gauche restés fidèles au génie de la Révolution, des résistances qui, plus d'une fois, dérangèrent leurs combinaisons. Ge fut ainsi que, quelques jours avant l'ouverture des débats auxquels donna lieu la discussion de la révision, Salles, un futur Girondin, ayant, au nom des comités, proposé l'établissement d'un tribunal spécial pour juger les auteurs de la prétendue révolte du Ôiamp de Mars, Lanjuinais et Robespierre parvinrent à faire rejeter cette proposition vraiment odieuse.

Le 5 août, Thouret donna lecture de l'ensemble des ar- aout I79i. ticles précédemment votés, et le 8, la discussion commença par une véritable diatribe de Malouet contre l'acte constitutionnel, diatribe qui fut d'ailleurs dédaigneusement accueillie. La Déclaration des droits passa tout entière sans remaniement. Le préambule de la constitution fut renforcé d'un amendement de Roederer, tendant à la proscription de tout signe extérieur qui supposât des distinctions de naissance ; car, au dire du futur comte impérial, la noblesse était dans l'esprit de bien des gens une maladie incurable dont il fallait prévenir le retour sous n'importe quelle forme. Disons maintenant rapidement quels sont les points principaux sur lesquels porta la discussion. La question du marc d'argent fut de nouveau trèsvivement débattue. Robespierre, qui jamais n'avait laissé passer l'occasion de battre en brèche ce malencontreux décret, finit par en avoir raison. Mais tous ses efforts pour faire décréter le suffrage universel pur et simple, et sap* primer l'inique division de la nation en citoyens actifs et citoyens passifs, se brisèrent contre Te mauvais vouloir de l'Assemblée. Il eut beau signaler la contradiction cho-

quante existant entre rarticle. qui déclarait tous les Français admissibles aux places et emplois sans autre distinction que celle des vertus et des talents, et l'article qui frappait d'incapacité politique une partie de la nation, ce fut en vain. Un doctrinaire de l'époque, Bamaye, fit le procès à la démocratie, en faveur du gouvernement représentatif- L'Assemblée se contenta de décréter qu'il suffirait de payer un impôt de la valeur de trois journées de travail pour être apte à la représentation, et, par une inconséquence monstrueuse que nous avons déjà relevée, elle exigea de tout citoyen actif plus de contributions pour être électeur du second degré que pour être mandataire du peuple.

Deux autres questions, celle de la liberté de la presse et celle de la situation politique des princes de la famille royale, donnèrent également lieu à des débats passionnés. Sur la première, Robespierre se montra encore le champion le plus ardent de la liberté absolue de la presse. Sans doute, avait-il dit aux Jacobins, elle présente certains inconvénients; l'homme vertueux peut être calomnié ; mais elle reste entière, et sans elle, point de liberté. Il eut beau s'évertuer et Pétion avec lui, les d'André, les Barnave, les Lameth l'emportèrent, et la liberté de la presse fut sacrifiée à la dignité des fonctionnaires publics. Sur la seconde question, un incident se produisit que l'histoire ne doit point dédaigner. Les comités proposaient de refuser à tous les membres de la famille royale la qualité de citoyens actifs. Le duc d'Orléans déclara que, pour sa part, si la proposition était adoptée, il renoncerait à ses droits de membre de Ja famille royale pour s'en tenir à ceux de citoyen français. Alors, au milieu des applaudissements, se leva un de SOS familiers, Sillery de Genlis, qui vanta le patriotisme du duc, et s'efforça de démontrer combien il serait avantageux pour un prince d'avoir connu et rempli ses devoirs de citoyen avant de monter sur le trône. Les partisans de

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