CHAPITRE SEPTIEME
Les électioni. — Phytionomie de l'Anemblée législative. — Question de eérémoDÎal. -— Retraite de Lafiijette et de Bailly. — Déoret contre les prêtres réfractaires. — Mesures contre les émigrés. -> Massacres d*Avi« gnoB. — Le comité de sunreillanoe. — Refus de sanction. -— Les Suisses de Chftteaa-Yienz. — Débats tur la guerre. — Premiers dissentiments entre Brissot et Robespierre. — Réconciliation provisoire. — Aotes de FABsemblée. — Rapport de Narbonne. — Déclaration à Tempereur. — Inquiétudes générales. — Les piques. — Les Jacobins attaqués. — Réponse de Léopold. — Barbaroux aux Jacobins. — Chute de Narbonne. — Dumouriez. — Le bonnet ronge. — Le ministère içirondin. — Robespierre et Guadet. — La fôte de la liberté. — Déclaration de guerre. — Déchatnenent des Girondins contre Robespierre. — Premières opérations militaires.
— Fête en l'honneur de Simonneau. — Nouveau décret contre les prêtres.
— Licenciement de la garde du roi. ^ Le camp sous Paris. — Renvoi des oxinistres girondins.
Au milieu des troubles qui remuaient si profondëment le Les élections, pays, les élections des députés à l'Assemblée législative s'étaient accomplies presque partout avec un calme remarquable. Il y eut seulement à Paris une véritable guerre de pamphlets, dans laquelle certains candidats reçurent des blessures difficiles à guérir. Brissot, notamment, faillit succomber sous des accusations terribles émanées du li* • belliste Moraïide, avec lequel il avait eu des rapports à répoque où, pour vivre, il s'était trouvé réduit aux expédients; les journaux royalistes le harcelèrent impitoyablement. On lui reprochait aussi d'avoir ajouté au nom de son père celui de Warville et de s'être montré le complaisant de Lafayette alors que celui-ci portait à la liberté les ôoups les plus funestes. Il fallut que le Père Duckesne intercédât
en sa faveur. Et pourtant, avec un bon sens que déparait malheureusement le cynisme de son langage, Hébert, qui, du reste, à ce moment, inclinait plutôt vers la Chronique de Paru et le Patriote français que du côté des Cordeliers et des Jacobins, disait aux électeurs : a Si vous connaissez quelque citoyen obscur et sans ambition, c'est celui-là que vous devez choisir. » Or, ce dont jamais on ne lavera la mémoire de Brissot, c'est précisément un esprit d'intrigue et d'ambition poussé au suprême degré.
Un nouvel ami de Brissot, également soutenu alors par le Père Duchesney l'ex-marquis de Condorcet, fut assez vigoureusement combattu par les Révolutions de Paris, à qui le rendaient singulièrement suspect ses relations avec la cour, sa qualité de ci-devant noble, et enfin la place de vingt mille livres de rentes qu'il avait récemment acceptée des mains
. du roi. La dernière profession de foi républicaine de Fauteur illustre des Progrès de Pesprit humain produisit peu 'ÏJ.'efifot, parce qu'on l'attribua surtout à la proximité des élections et au désir de rentrer en grâce dans l'opinion publique. Somme toute, les vingt-quatre membres dont se composa la représentation parisienne, et parmi lesquels on comptait Hérault de Séchelles, Quatremère de Quincy, Lacépède et Pastoret, penchaient beaucoup plus du côté des Constitutionnels et des Feuillants que du côté des Jacobins. Cinq d'entre eux seulement, Mohneron, Condorcet, Fillassier, Brissot et Broussonnet, faisaient partie de la célèbre société. Aussi Y Ami du peuple se montra-t-il médio-
. crement satisfait. Il ne fut pas davantage content des départements; il leur reprocha amèrement d'avoir nommé pour députés une foule de fonctionnaires appelés aux places du nouveau régime par les intrigues ministérielles. Phyiionoinîe Beaucoup, en effet, parmi les élus, appartenaient aux ^^toak^v^^^ administrations, aux tribunaux et à Parmée, et Marat, qui fut le soupçon vivant de la Révolution, ne pouvait prêter, à des représentants du peuple qu'on était allé
GHAPITRB SBPTIÈHB T f05
chercher dans des [positions officielles, des sentiments bien sincèrement démocratiques. A Tappui de ses appréhensions» il citait bien quelques noms comme celui d'Ëmmery, dont le frère avait été l'instigateur du décret barbare rendu contre la garnison de .Nancy/ et celui de Théodore Lameth, frère des transfuges, du côté gauche; mais il était assez difficile de préjuger ce que pourrait être TÂssemblée législative. Elle-même s'ignorait complètement. Il n*y avait plus là de ces grands noms aristocratiques si communs à la Constituante. La noblesse, il est vrai» désertait en niasse, et l'on <^mmençait à la laisser àTécart. A peine quelques anciens privilégiés figuraient-Us dans cette assemblée essentiellement bourgeoise, composée de marchands, de publicistes et surtout d'hommes de loi. Le peuple, on peut le dire, n'y était pas représenté ; cela tenait, en grande partie, au mode d'élection adopté par TAssemblée . constituante. Toutefois, qomme on va le voir, la nouvelle Assemblée était animée d*un souffle révolutionnaire très-prononcé. Elle ne tardera pas d'ailleurs à se diviser en trois partis bien distincts : l'un qui suivra la politique des Feuillants, et, comme les membres de ce club, s'appellera du nom de Constitutionnel; l'autre, participant à la fois de la monarchie et de la république au point de vue bourgeois, et que la Gironde baptisera de son nom ; le troisième qu'on nommera la Mon tagne, et qui se composera d'hommes sincèrement dévoués pour la plupart à la démocratie. Mais n'antidatons pas ces divisions, qui aboutiront bien prochainement, hélas! à de si cruels déchirements.
L'Assemblée législative comprenait .sept cent trente ®^?,f**^ membres. Quatre cent trente-six d'entre eux étaient présents à Paris le 1*' octobre. Dès qu'ils se furent constitaés, sous la présidence du Feuillant Pastoret, les nouyeaux députés prêtèrent, dans la séance du 4 octobre, le serment de vivre lihret ou mounr, et» sur Tacte consti*
tutionnel apporte par Camus, ils jurèrent fidélité à la constitution. Cette formalité remplie» une députation fat nommée pour aller prévenir le roi que TAssemblée se trou- Qnettion vait Constituée. Le sans-façon aveclequel onreçut a la cour de oérémonifti. les représentants de la nation souleva le lendemain un assez gros orage. Le député Ducastel, président de la députation, s*était servi, en parlant au roi, des mots iire et fnaj€$té. c Pourquoi avoir employé des termes proscrits ? s'écria une voix ; il n'y a d'autre majesté que celle de la loi et du peuple. » Celui qui parlait ainsi était un homme jeune encore, nommé Georges Couthon. Il avait été envoyé à l'Assemblée par le département du Puy-de-Dôme, pays de forte race qui nomma aussi Maignet, Romme et Soubrany. De ces quatre hommes également dévoués à l'idée démocratique, trois devaient tomber martyrs de leur foi. A la voix de Couthon il fut décrété que, lorsque le roi viendrait assister aux séances, il prendrait place sur un siège pareil au fauteuil présidentiel, et qu'il ne lui serait donné d'autre titre que celui de roi des Français. Ce décret, il est vrai, fut rapporté le lendemain, aux applaudissements d'une foule d'anciens Constituants répandus dans la salle et dans les tribunes. C'étaient les principaux d'entre eux, les Lameth et les d'André, qui, dans l'intervalle des deux séances, avaient, par des manœuvres plus ou moins loyales, décidé un grand nombre des nouveaux députés à revenir sur leur vote de la veille. Cette singulière façon de s'immiscer dans les opérations législatives, révélée aux Jacobins par un discours du député Balet, donna à réfléchir à l'Assemblée, qui, sur une motion de Couthon, retira aux Constitutionnels de la première Assemblée deux tribunes qu'ils s'étaient arbitrairement réservées. Ils purent néanmoins s'applaudir d'avoir ménagé à. Louis XVI, pour lequel la question decérémonialétaitcapitale, un véritable triomphe, quand, le 7, il parut à la séance, triomphe éphémère, qu'allaient bien vite troubler les premiers actes de l'Assemblée.