CHAPITRE BEPTIÈMS
En effet, deux décrets dirigés, l'un contre les prêtres réfractaires, Tautre contre les émigrés, vinrent coup sur coup bouleverser, l'âme du roi. Au moment où ces décrets étaient rendus, le parti dévoué à la monarchie perdait deux de ses plus fermes appuis par la retraite de Lafayette et par celle de Baillj. En vertu d'une loi votée sans discussion par l'Assemblée constituante dans le courant du mois précédent, il ne devait plus y avoir de commandant général de la garde nationale ; les fonctions en avaient été dévolues à chacun des dix chefs de légion à tour de rôle. Ce fut donc conformément à cette loi que, le 8 octobre, le général se démit de son conmiandement. De grands honneurs lui furent décernés par la municipalité et les bataillons de la garde nationale; mais sa popularité était à jamais brisée, son rôle politique dans la Révolution était fini, et, de sa retraite, il put entendre les malédictions dont son départ fat salué par la presse révolutionnaire. Devenu non moins impopulaire, BaÛly donna, quelque temps après, sa démission de maire de Paris, emportant, lui aussi, la haine du peuple, qui avait rejeté sur lui toute la reponsabilité de la fusillade sanglante du Champ de Mars. Il eut pour successeur Jérôme Pétion, qui fut nommé le 17 novembre par sept mille suffrages environ sur près de onze mille exprimés. C'était la Révolution prenant possession de THôtel de ville. Un peu plus tard l'élection de Manuel comme procureur, et celle de Danton comme substitut-adjoint du. procureur de la Commune, achevèrent de donner* à la municipalité un caractère révolutionnaire très-prononcé.
Il était encore réservé à Couthon de signaler, le premier, la conduite des prêtres réfractaires et de réclamer contre eux des mesures rigoureuses. Dès le mois de juillet précédent, un commissaire de l'instruction publique nommé Gallois, et un membre du tribunal de cassation, du nom de Gensonné, envoyés depuis au Corps législatif par le départementdela Gironde, avaient été chargés par l'As-
Retraite de LAlkyetto.
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1^8 r* HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION
semblée constituante de se rendre dans la Vendée pour y rechercher les causes des troubles dont ce pays était le théâtre. De leur rapport, présenté dans la séance du 9 octobre, il résultait que, dans ce pays où les préjugés religieux avaient encore de si fortes racines, on s'était servi du prétexte de la religion pour ameuter les consciences et pousser les esprits à la révolte, que presque partout les populations se refusaient à entendre la messe du curé assermenté, couraient, au loin quelquefois, à celle du prêtre réfractaire, et que des menacés étaient proférées contre les autorités assez osées pour prêter la main à l'exécution des décrets de l'Assemblée constituante. On voit quelle riche mine les perturbateurs contre-révolutionnaires avaient à exploiter. Et ce n'était p^s seulement en Vendée, c'était par toute la France qu'on cherchait à organiser contre le nouveau régime une croisade religieuse.
Quel remède apporter à cet état de choses? Telle fut la question mise' à l'ordre du jour, dans la séance du 21 octobre. De deux évêques qui prirent la parole dans le débat, l'un, Claude Fauche t, conclut à des moyens de rigueur ; l'autre, Torné, évêque de Bourges, à une tolérance absolue , à moins de rébellion ouverte de la part des réfractaires. Le mieux à coup sûr eût été de n'exiger aucun serment, et de laisser les populations libres d'aller aux prêtres de leur choix, en empêchant ceux-ci de s'immiscer en 'yfêûi que ce fût dans les actes de la vie civile, comme le demmdait Gensonné. Mais la religion n'était qu'un prétexte : ce qu'on voulait détruire, c'était le régime même MovEMBEB iuauguré par la Révolution ; et voilà pourquoi , poussée à bout, l'Assemblée législative se résolut à entrer dans la voie des sévérités, où la poussaient d'ardents tribuns. Un jour c'était Isnard, orateur aux sombres images, qui venait agiter dans son sein les passions vengeresses. Il fallait, selon lui, ramener les coupables par la crainte ou les soumettre par le glaive. Une autre fois Goupilleau (de Montaigu) annonçai'