‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 85 sur 226 · CHAPITRE 8BPT1È11B · texte numérisé non relu

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de conjuration contre leur patrie, tons les Français rassemblés au delà des frontières. S'ils ne sont pas rentrés au 1*' janvier, disait le décret, ils seront poursuivis comme coupables de conjuration et punis de mort. Les revenus des conjurés condamnés par contumace seront perças au profit de la nation, sans préjudice des droits des femmes, enfants et créanciers légitimes. Dés à présent seront séquestrés tous les revenus des princes français absents, et leurs traitements et pensions supprimés. Aucun fonctionnaire ne pourra sortir du royaume sans une autorisation des ministres, lesquels auront tous les mois à informer l'Assemblée des congés délivrés. Tout officier qui abandonnera son poste, sans congé ou démission a&ceptée, sera pani comme le soldat déserteur. Enfin, tout Français qui, hors du royaume ou à l'intérieur, embauchera ou enrôlera des individus pour l'émigration, sera puni de mort. Quelques jours auparavant, l'Assemblée avait sommé le frère puinë du roi de rentrer dans le royaume sous peine d'être déchu de ses droits à la régence.

Que le lecteur médite bien le décret dont nous venons de retracer presque entièrement la teneur. Certes la Révolution avait le droit de se défendre ; mais peut-être eût-il mieux valu pour elle ne pas exaspérer par des lois impitoyables ceux dont elle avait à déjouer les manœuvres. Quoi qu'il en soit, il est' bon de savoir à qui doit remonter la responsabilité des mesures sanglantes devant lesquelles la Révolution ne crut pas pouvoir reculer. Ce décret contre les émigrés, c*est son premier pas dans la terreur. Or, de qui est-il l'œuvre? De ceux qu'on allait appeler bientôt les Girondins, et que tant d'écrivains ignorants ou de mauvaise foi se plaisent à envelopper d'une auréole de clémence.

La terreur, elle venait de s*abattre sur une contrée ré- Massaores comment annexée à la France, sur le comtat Venaissin. d'Avignon. L'abbé Mulot, Veminac Saint-Maur et Lescènedes Maisons, envoyés comme commissaires dans le Vaucluse par

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rAssemblée constituante» pour mettre fin aux troubles suscités par l'antagonisme violent qui existait dans ce pays entre les papistes et les partisans de la Révolution» avaient fait de vains efforts pour j rétablir la concorde et la paix. Dans la journée du 16 octobre, lé secrétaire de la commune d'Avignon, Lescuyer, périt au milieu même de l'église des Gordeliers» égorgé par des forcenés qui l'accusaient d'avoir trafiqué des cloches et des ornements sacrés. Malheureusement ce meurtre odieux fut dépassé par d'horribles représailles. Les amis de Lescuyer, parmi lesquels on comptait les frères Mainvielle et les frères Duprat, crièrent vengeance, et une bande d'assassins, à la tête de laquelle était Jourdan, digne ami du député Rovère, se mit à la recherche de tous <5eux qu'on supposait appartenir au parti hostile à Lescuyer. Une effroyable hécatombe humaine ensanglanta le vieux palais des papes. Tous les prisonniers, hommes ou femmes, sabrés et fusillés, furent précipités, morts ;ou vifs, dans les cavités d'une grosse tour. C'était la nuit ; quand le jour se leva sur cette épouvantable scène de carnage, plus de cent victimes gisaient pêle-mêle au fond de cette fosse qu'on appelle la glacière d'Avignon. Dénoncés à l'Assemblée législative, ces faits y causèrent une horreur profonde, et cependant, plus tard, ils y furent amnistiés, sur un éloquent discours de Vergniaud. Aussi Duprat jeune, reconnaissant, s'enrôlera-t-il dans les rangs de la Gironde. Le comité Pour assurer l'exécution des décrets sévères qu'elle vef« nait de rendre, l'Assemblée nomma un comité de surveil-

*'"^** * lance composé de douze membres parmi lesquelles on comptait Isnard, Lecointre, Merlin (de Thionville), Texcapucin Chabot, Jagot et Montant, fort disposés les uns et les autres à en requérir rigoureusement l'application. Seulement il fallait, au préalable, que le roi sanctionn&t ces décrets. Or, son acceptation était fort douteuse. Le 12 novembre, il fit savoir à TAssemblée qu'il aviserait.

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relativement au décret sur l'émigration. Cf était un refus déguisé. S'il crut donner satisfaction à l'opinion publique en adressant aux émigrés et à ses frères une nouvelle prodamatioDf et des lettres ;dont certainement il n'ignorait point l'inutilité, il se trompa.

A l'égard du décret concernant les prêtres^insermentés, Louis XVI trouva un appui inespéré dans le directoire de Paris, dont quelques-uns des membres, comme les Beaumetz,le8TaIleyrand,lesLaRochefoucauid, les Desmeuniers, lui adressèrent une pétition pour l'engager à y opposer son veto, n n'avait pas besoin d'ailleurs d'être beaucoup •excité pour cela. Il fit connaître sa résolution le 19 décembre. Même formule que pour le précédent décret : il se réservait d'examiner. Si ces deux veto consécutifs n'excitèrent ni émeutes dans la rue, ni discussions passionnées dans les clubs, ils suscitèrent de la part de la presse révolutionnaire des articles d'une hostilité violente. Brissot, dans le Patriote français, accusa le roi d'avoir sanctionné les desseins criminels des émigrés, et les Révolutions de Paris conseillèrent aux citoyens de se défendre ^vec le courage des peuples assez heureux pour n'avoir point de roi. Quant à ceux des membres du directoire, qui s'étaient imaginé de pousser le gouvernement dans une voie rétrograde, Camille Desmoulins, dans une contre-pétition adressée à l'Assemblée législative, les voua au ridicule et au mépris public. Le roi, en cette circonstance, s'était, paraît-il, décidé contre l'avis de ses ministt'es ; car le ministère, récemment modifié, pouvait alorspasser pour libéral.Cahîer de Gerville, fort attaché à laRévolution,avait été nommé àl'intérieur au lieu de de Lessart, appelé àremplacerauxaflaires étrangères M. de Montmorin, démissionnaire; du Portail, déjà plusieurs fois dénoncé, avait cédé sa place à un jeune officier nommé de Narbonne, qui tenait aux Constitutionnels par les Lameth, et à la Gironde par Condorcet. Bertrand de Moleville à la marine, Tarbé aux finances, avec

de sanotioii.

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Duport-Datertre resté à la justice, complétaient ce véritable ministère de conciliation. Mais aux avis de ses conseillers, Louis XVI préféra ceux du directoire et des ecclésiastiques auxquels il accordait sa confiance. Encore un veto de cette espèce, disait au roi un journal populaire, *et vous appelez sur nous la guerre civile et religieuse. Les Suisses Une Bxxtvû question occupa beaucoup Topinion à cette de époque. Ce fut celle des Suisses de Château- Vieux con- Y'^x' damnés aux galères, et que, malgré l'amnistie proclamée par la Constituante, on retenait indûment au bagne. Un homme, dont quelques pièces patriotiques avaient corn* mencé à révéler le nom, destiné à devenir si fameux. Collot- d'Herbois, s'était fait aux Jacobins leur champion infatigable, et ils avaient trouvé, dans Goupilleau, à l'Assemblée législative, un défenseur zélé. Garan de Coulon, Guadet et même le Feuillant Pastoret, appuyèrent les légitimes réclamations de CoUot-d'Herbois, et le 31 décembre l'Assemblée se décida à décréter que l'amnistie serait immédiatement appliquée aux quarante et un soldats de Chftteau-Vieux envoyés au bagne. Quant à ceux qu'on avait pendus après le combat, il n'en fut point parlé. Combien cela doit donner à réfléchir aux partisans des peines irréparables !

Débata Mais la grande question qui se débattait alors et qui te-

*^^ nait anxieux tous les esprits, c'était la question de la ^*"*' guerre. Nous avons entendu tout à l'heure Brissot pousser un cri belliqueux en réclamant une loi contre l'émigration. Autour de Brissot se rangea une assez nombreuse phalange d'hommes jeunes, ardents, très-sincèrement patriotes,, non moins ambitieux pour la plupart, et auxquels on donna le nom de Girondins, parce que les plus éloquents d'entre eux, Guadet, Vergniaud, Grangeneuve et Gensonné, venaient du département de la Gironde.' Ils n*eu«rent pas de peine à communiquer aux clubs, à l'atelier, à la chaumière, à la France entière, leur enthousiasme guer-

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ri6r. La guerre! la guerre! criait*on de toutes parts» quand, le 28 novembre, Robes^^ierre reparut à Paris, reye* nant de l'Artois, où il était allé passer six semaines pour se reposer de ses longues fatigues. Dans sa retraite, il avait de sang-froid examiné la situation, et déploré Timprudence de ceux qui, si légèrement, poussaient les esprits i cette extrémité fâcheuse qu'on appelle la dernière raison des rois. Il prit résolument, aux Jacobins, parti contre Topinion en faveur, et en peu de temps, par la puissance d'une argumentation tirée tout entière des nécessités de la politique, de Thumanité et de la philosophie, il parvint à opérer dans les esprits une véritable transformation. Deux mois durant, ce fut entre lui et les prôneurs de la guerre, c'est-à-dire les Girondins, ou du moins la plupart diantre eux, un duel magnifique. Mais ce fiit surtout un noble spectacle que de voir un grand peuple discuter, dans la plénitude de sa liberté, par la parole et par la plume, la plus grave question qui puisse intéresser le genre humain.

La cour, de son côté, appréhendait-elle beaucoup la guerre? I^ullement; surtout une guerre restreinte dirigée contre les petits princes allemands, comme celle que réclamait Isnard dans la séance di^ 29 novembre, où, parlant de la responsabilité ministérielle, il avait déclaré que par responsabilité il fallait entendre la moH. Et— ceci est à noter—dans le message qu'à la suite de ce discours brûlant, l'Assemblée législative envoya à Louis XVI, qui donc engageait-elle le monarque à menacer, au cas où les< puissances étrangères continueraient de favoriser sur nos frontières les rassemblements d'émigrés? Qui? les électeurs deTrèves et de Mayence, les cercles du Haut et du Bas-Rhin et l'évêque de Spire. Or, la cour n'avait pas à redouter une prise d'armes réduite à ces proportions. Et quand, le 14 décembre, Louis XVI vint répondre en personne i l'Assemblée, il laissa bien deviner qu'il n^ refuserait pas

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son apjif^obation à uilb gaerre rasteeinte. N'était-ce' pas la guerre qui lui permettrait de lever des troupes à son aise, et de les diriger à un moment donné contre la Révolution elle-même? A cet égard, nous avons un aveu péremptoire» celui deNarbonne. Ce favori de M"°de Staël a avoué qu'en se ralliant à Tidéa de la guerre, son dessein avait été de former une armée formidable où le roi eût trouvé un refuge, et en cela il se trouva d'accord avec Lafajette.

A coup sûr telle n'était pas la pensée des Girondins; mais ils furent très-légers et très-imprudents en courant au-devant de complications dont la France se serait bien passée, quand elle avait besoin de toute son énergie pour assurer au dedans le triomphe pacifique de la Révolution. Tout le mal était à Coblentz, disait Brissot d'abord, et les princes allemands seuls en étaient responsables selon lui. Robespierre^ dès le premier jour de son arriyée, avait posé autrement la question. Si l'on était réduit à la guerre, c'était &. l'empereur d'Autrfche qu'il fs^lait aller tout de suite. Seulement, jl savait bien que Louis XVI n'avait nullement envie de rompre avec Léopold, son beau-frère.

Une scène d'un caractère grandiose eut lieu aux Jacobins, dans la soirée du 18 décembre. Pour rendre hommage a une députation venue ^d'Angleterre, les membres du . dub avaient réuni en faisceau— touchant symbole d'une fraternité internationale — les drapeaux de France, d'Angleterre et d'Amérique. Brandissant une épée, destinée à être offerte au premier général français qui terrasserait un ennemi de la Révolution, Isnard, qui présidait, prêcha la guerre universelle et voua à l'extermination tous les ennemis de la liberté.

Mais était-ce un bon moyen de faire aimer aux peuples étrangers la Réyolution et la liberté, que de porter diez eux la désolation, le pillage, la mort, la ruine, tous les fléaux que la guerre entrsdne à sa suite ? VoUà ce qu'avec raison demandait Robespierre. Il ne voulait pas de mis-

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siounaires armés. Certes, il ne venait point prêcher une. doctrine pusillanime, ni conseiller un lâche système d*inertie et de faiblesse; mais au moins ëtait-il sage, à son avis, de ne pas entraîner le pays dans des entreprises téméraires, quand la direction des armées appartenait aux adversaires de la Révolution. Il fallait avant tout assurer le triomphe de celle-ci au dedans, et courir sus ensuite aux ennemis du dehors. Et puis — autre, argument terrible contre la guerre — n'y avait-il pas à craindre que, profitant de Tengouement de ses soldats, un général victorieux ne tournât contre la liberté les armes destinées à la défendre et ne s'emparât du pouvoir ? Quel pressentiment, et comme il se réalisera à moins de dix années de là ! La défiance est un état afireux, avait dit Brissot, comme si tout ne contribuait pas alors à la justifier. Narbonne lui paraissait à,igae de la confiance du peuple, et Condoroet et lailedéfendaient contre d'injustes préventions. Eh bien! ce a'est pas seulement l'événement, c'est Narbonne lui-même qui prendra soin de leur donner un démenti sanglant. Dans cette longue discussion sur la guerre prirent parti pour la thèse si magnifiquement soutenue par Robespierre, les Révolutions de PariSyY Ami du peuple, Camille Desmoulins, le médecin Doppet, depuis général, Billault-Varenne, inconnu . encore, et Danton qui, lui aussi, voulait qu'on fût bien sûr du pouvoir exécutif avant de lancer sur les satellites du despotisme a l'ange exterminateur de la liberté. » Parmi les partisans de la guerre à tout prix figurèrent, avec plus ou moins d'éclat. Carra, Real, Lasource, Louvet, auteur du licencieux roman de FaubkUf'et Cloots, le baron cosmopolite. Celui-ci réclamait la guerre par amour de la paix, comme on fait aujourd'hui. Pramier

De ces discussions, si intéressantes d'ailleurs, naquit; diâMatûnent. une querelle dont les conséquences devaient être à jamais déplorables. Brissot, qui depuis l'ouverture de l'Assemblée législative avait eu, en quelque sorte, la direction de l'es-

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prit public, fut extrêmement désappointé du revirement de ropinion, et, à bout d'arguments, il eut le toRt d*enyenimerle débat en introduisant, dans une pure question de principes, des personnalités regrettables. Il accusa ses adversaires de soutenir la cause des aristocrates, et ne craignit pas de reprocher à Robespierre d'avoir voulu déjjuiTixx grader le peuple. Les journaux de son parti firent chorus. ^^^' Robespierre riposta dans la séance du 11 janvier 1792, par un discours dont la portée fut immense. Les Annales patriotiques le qualifièrent de sublime, et, au milieu des transports d'enthousiasme, les Jacobins en votèrent l'impression, l'envoi aux sociétés a£Sliées et aux sections de Paris. . Robespierre s'était jusque-là montré d'une courtoisie extrême à l'égard de son contradicteur principal. Ce fut pourtant Brissot qui, le 20 janvier, traita de scandaleuse une lutte à laquelle il n'eût tenu qu'à lui de conserver un Réoonoiiiation Caractère tout fraternel. On le vit cependant, à la soUiciproviaoirt. tatiou d'uu ami commun, le vieux Dusaulx, se jeter dans les bras de son adversaire. Mais de cette discussion, où il avait eu le dessous, il garda au fond du cœur une haine qui, pour avoir dormi un temps, ne se réveilla que plus vivace. Un de ses intimes, le- journaliste Gorsas, sembla • prendre à tâche, dès le lendemain, de brouiller les choses, en insinuant que Robespierre avait abjuré ses principes sur la question dont on se préoccupait tant. Ainsi mis en cause, celui-ci répondit, avec beaucoup de modération, qu'il ne regardait point conmie des querelles particulières des débats auxquels était' intéressée la destinée du peuple, qu'il s'était rendu volontiers à l'invitation de Dusaulx parce que là discussion n'avait laissé aucune aigreur dans son âme, mais qu'il se croirait peu digne de l'estime des bons citoyens s'il avait aussi subitement changé d'opinion. Et quelques jours après, dans la séance du 25 janvier, affirmant de nouveau son éloignement pour les péripéties sanglantes devant lesquelles ne reculaient

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point des patriotes sincères, il pronostiqua, trop véridique prophète! tontes les calamités, toutes les catastrophés, toiis les déchirements intérieurs que pouvait amener une guerre offensive intempestivement déclarée. A nos premiers désastres, quand l'étranger ne sera qu*à deux journées de la capitale, et quand on verra passer à l'ennemi les officiers et les généraux choisis par la cour, on se rappellera les paroles de Robespierre.

Tandis qu'aux Jacobins les hommes les plus connus pour Actes leur patriotisme, Machenaud, Santerre qu'avaient fait de rAMcmWée connaître ses démêlés avec Lafayette, Anthoine, Danton * ^^'

et quelques autres se joignaient à Robespierre pour en* gager le pays à ne pas s'exposer légèrement aux hasards d'une guerre offensive et à ne point fournir aux puissances coalisées le prétexte de dire qu'elles avaient été les pre* mières attaquées, l'Assemblée législative, au contraire, se laissait entraîner aux excitations belliqueuses du parti dominant, et aussi aux mesures sévères provoquées par lui. Le l*' janvier, à la voix de Gensonné, elle mettait en état d'accusation les deux frères du roi, le prince de Condé, l'ex-ministre de Galonné et les anciens Constituants Laqueille et Mirabeau jeune , comme prévenus d'attentat contre la sûreté de l'Etat et la constitution. Le lende- • main, elle décrétait que l'ère de la liberté, à laquelle on avait d'abord assigné la date du 14 juillet 1789, remonterait au 1*' janvier de la même année. Le 3, elle organisait la haute cour chargée de prononcer sur les crimes d'État. ^^ Narb^nc, Le 11, elle écoutait un* long rapport de Narbonne sur la situation de nos frontières, dont le jeune ministre était allé s'assurer par ses yeux. Dans ce rapport, plein d'erreurs intentionnelles, Narbonne présentait nos départements de TEst comme se trouvautdans le meilleur état de défense possible, et ne tarissait pas en éloges sur les généraux placés à la tête des armées de la Révolution, le vieux Luckner, Rochambeau et Lafayette. Si donc un tel rapport était

rassurant pour la cour, il ne Tétait guère pour les patriotes. Brissot lui-même ne s'en montra que médiocrement satisfait; toutefois il se consola en pensant, d'après le ministre, que la France était dès lors suffisamment armée pour dompter les despotes qui voudraient attaquer la constitution. Les journaux populaires se montrèrent plus claire voyants que le rédacteur du Patriote français; ils soupçonnèrent bien le but caché du ministre, à savoir de ménager à la cour une armée dévouée où elle pût trouver un refuge, n est si vrai que le gouvernement avait une peur terrible d'une guerre générale, qu'il avait envoyé tout exprès le comte de Ségur à Berlin pour essayer de détacher le roi de Prusse de l'alliance autrichienne. L'Assemblée législative elle-même, menée par les Girondins, ne demandait, dans le principe, qu'une rupture avec les petits princes allemands. Tout à coup elle apprend que l'empereur a fait savoir à l'électeur de Trêves qu'en cas d'attaque de la part des Jacobins il pourrait compter sur le concours de ses armes. Or l'électeur venait précisément de s'engager à dissiper lui-même les rassemblements d'émigrés dans ses États. Pourquoi donc cette inutile menace à l'égard de la France? Le 14 janvier, Gensonné, au nom • du comité diplomatique, proposa à l'Assemblée d'inviter le roi à demander des explications à l'empereur. Et comme il était bruit d'un congrès qui aurait pour objet de modifier la constitution, Guadet s'écria, terrible : a Marquons d'avance une place aux traîtres, et que cette place soit l'échafaud ! » Sur sa motion , furent déclarés infâmes et coupables du crime de lèse-nation tous Français qui, directement ou indirectement, proposeraient de modifier la constitution ou d'accepter une médiation entre le pays et les rebelles. Ainsi, à la voix des Girondins, l'Assemblée, poussée par la fatalité des choses, gravitait vers la terreur. Le DéciMation 25 janvier, après avoir encore entendu Brissot, Vergqiaud et à rempercur. Hérault-Séchelless'exprimerdanslesensleplusbelliqueux,

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Inquiétude générales.

elle prit, malgré les efforts des Beugnot^des Jaucourt, des Ramond et des Constitationnels, qui, eux, n'eussent youlu à aucun prix voir la France rompre avec Léopold, la résolution d'inviter le roi à avertir l'empereur que si, avant le 1^' mars prochain, il ne s'était point formellement engagé à renoncer à toute convention dirigée contre la souveraineté, l'indépendance et la sûreté de la nation française, et à vivre avec elle en paix et bonne intelligence, on considérerait son silence comme une déclaration de guerre. La réponse évasive du roi montra combien il redoutait de s'associer à une mesure dont la conséquence pouvait être une rupture avec son beau-frère.

De jour en jour les méfiances croissaient. H était question d'un complot exécrable formé pour assassiner les patriotes de l'Assemblée, et la crédulité publique accueillait complaisamment ce bruit répandu par la malveillance. On parlait d'intrigues ministérielles, auxquelles étaient mêlés les noms de la reine, de la duchesse de Lamballe et de madame de Staël. Déjà l'on avait l'œil sur les ministres. Celui de la marine, Bertrand de Moleville, avait été convaincu de mensonge en pleine Assemblée législative; dénoncé par Vergniaud comme indigne de la confiance du pays. Peu s'en fallut, le !•' février, qu'il ne fût décrété d'accusation. Tout contribuait à accroître l'inquiétude générale. Une fermentation sourde, due à la hausse extraordinaire du prix des denrées coloniales, régnait dans Paris. Le licenciement des gardes françaises, ces premiers soldats de la Révolution, la formation de la maison militaire du roi, dans laquelle entrèrent les hommes les plus hostiles aux institutions nouvelles, augmentèrent une agitation que servait à entretenir la polémique violente des journaux. A défaut de fusils, le peuple, invité à prendre des précau- Lei piqoM. tiens contre Taristocratie, commença à s'armer de piques. Cet aimement populaire, dont, dès le mois de décembre, Robespierre avait conseillé l'usage comme pis-aller pour

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Moyens de sauver

repousser une agression éf rangàre, fut fort goûté des Girondins qui le recommandèrent dans leurs journaux, comme ils préconisèrent le bonnet rouge. Toutefois, afin d'éviter les abus, la municipalité enjoignit à tous ceux qui, n'étant pas inscrits sur les rôles de la gardé nationale, s'armeraient de piques^ d'en faire la déclaration au comité de leur section et de ne pas se réunir en dehors des compagnies régulières, légalement rassemblées, sous peine d'être traités comme séditieux. C'était là, à l'égard du peuple, un singulier acte de défiance, et beaucoup s'étonnèrent de voir au bas de l'arrêté municipal le nom de Pétion. N'était-ce pas lui cependant qui, dans une longue lettre adressée à Buzot, venait de s'élever si vivement contre le déplorable antagonisme existant entre le peuplé et la bourgeoisie, laquelle, après avoir dépossédé la noblesse de ses privilèges, s'était empressée de reconstituer une sorte de féodalité à son profit ? Les journaux dévoués aux Feuillants accablèrent d'invectives le maire de Paris pour avoir signalé cette regrettable division de l'ancien . tiers état en peuple et bourgeoisie, comme si ce n'était pas là une situation dont les Constitutionnels de la première Assemblée étaient comptables devant l'histoire. Pétîon conseillait fortement l'union comme un des meilleurs moyens de sauver la patrie ; mais cette union, il fallait la fonder sur la justice et sur l'égalité, et elle n'existera guère qu'après la journée du 10 août, pour disparaître moins de deux ans après dans le sang des victimes de Thermidor.

Les moyens de sauver la patrie, Robespierre les énuméra longuement aux Jacobins le 10 février, dans oh discours où il ne tarit pas en éloges sur Pétion, avec lequel il avait toujours marché d'accord depuis le commencement de la Révolution, et qui devait l'abandonner si lâchement. Attacher l'armée à la Révolution en aplanissant pour les soldats les routes de l'avancement ; pro-

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