‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 87 sur 226 · CHAPITRE SEPTIÈME 21S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 21S

Tottià eopp (m apprend la destitutiolk brutale de Nar- Cfa«tt bonne, le ministre cher aux Girondins, son remplacement *^ Narbonne. par de Grave, et la retraite volontaire de Cahier de Oer*ville. C'était le 9 mars. Quoi ! Ton renvoyait le ministre populaire et Ton gardait ceux auxquels rAssemblée avait retiré sa confiance! C'était un défi à Fopinion publique. Aussitôt il est convenu, dans le parti de la Gironde, qu'on vengera le ministre de la guerre sur celui des affaires étrangères. Et en effet , le lendemain, Brissot prononça contre de Lessart un réquisitoire d'une extrême violence, oàillui imputait à crimes ce qui n'était probablement que de la négligence et de Tincàpacité. Il conclut en proposant à l'Assemblée de le décréter d'accusation séance tenante. Boulanger, Becquet et Jaucourt tentèrent en vain de défendre le ministre. Guadet et Vergniaud appuyèrent vivement les conclusions de Brissot; Vergniaud surtout y mit une passion extrême. Empruntant à Mirabeau un mouvement oratoire célèbre, il se tourna vers les Tuileries, et s'écria: «De cette tribune j'aperçois le palais où des conseillers pervers égarent et trompent le roi... L'épouvante et la terreur sont souvent sorties de ce palais, qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi. » Elles durent y rentrer le jour même, car, à une assez grande majorité, l'Assemblée prononça le décret d'accusation, et chargea Brissot de le rédiger.

A la place de de Lessart, Louis XYI choisit pour ministre Damonnes des affaires étrangères le général Dumouriez, qu'on lui avait indiqué sans doute comme l'homme le plus capable de rallier au pouvoir la faction dominante de l'époque^ En effet, par Gensonné qu'il avait connu en Vendée, Dumouriez appartenait aux Girondins. Il faut voir comme, au lendemain de sa nomination, il est porté aux nues par Brissot dans le Patriote français. Officier de Taticien régime, rompu aux mœurs faciles des courtisans, héros à l'occasion, intrigant toujours, ne reculant, pour arriver, ni devant une

jninistro.

grande chose, ni devant une bassesse, Dumonriez était bien Thomme de la situation. La mode était d*être patriote, il joua au patriotisme, et, pendant quelque temps, remplit assez bien son rôle. Nommé ministre le 18, il se rendit dès le 19 au club des Jacobins pour y recevoir un brevet de civisme. Dès l'ouverture de la séance il demanda la parole, et« en montant à la tribune, il ne manqua pas de se coiffer du fameux bonnet rouge, si prôné depuis quelque temps par ses amis de la Gironde. Cette action excita dans la saïle les Le plus vifs applaudissements. Mais, à ce compte, il était par bonnet rouge, ^^^p f^^jj^ (j'^tre patriote. Aussi voyait-on tous les ambitieux, tous les gens tarés, tous les valets de la réaction, se .parer de cette sorte délivrée pour combattre plus sûrement laRévoIutionsous ce déguisement. Voilà pourquoiles grands et sincères ps^triotes dédaignaient le débraillé révolutionnaire, si cher aux artistes delà Gironde. S'ils acceptèrent la dénomination de sans-culoties, qui commença d'avoir cours vers ce temps*là, ce fut parce qu'elle leur avait été jetée à la tête comme une injure, et qu'imitant en cela les gueux des Pays-Bas, ils voulurent de ce terme de mépris se faire un titre glorieux.

Dumouriez promit de se conformer aux volontés de la nation et de prendre l'épée à la place de la plume si la guerre venait à éclater. Invité par Collot-d'Herbois à jurer d'agir comme il avait parlé, il leva la main, en signe de serment. Robespierre parut ensuite. Comme il montait les degrés de la tribune, dans une tenue irrépro* chable et les cheveux poudrés, suivant son habitude, un membre du club, s'apercevant qu'il n'avait pas la coiffure de rigueur, lui mit sans façon un bonnet rouge sur la tête. Incapable de flatter le peuple par une basse flagornerie, Robespierre jeta à terre le bonnet sacré, et, d'une voix habituée à dire des vérités sévères, il déclara que le nouveau ministre trouverait des appuis dans la société des Amis de la constitution aussi longtemps qu'il se montrerait

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le défenseur zélé* du peuple* Malgré l'austérité de ces paroles^ Dumpuriez courut se jeter dans les bras de Robespierre. On applaudit avec transport, comme si dans cet embrassement on eût yu un gage de Tunion sincère du ministre et du peuple. Peu après cette scène arriva une sorte de message de Pétion sur l'inutilité du bonnet rouge et l'abus qu'on en faisait. Robespierre, tout en témoignant de son respect pour tout ce qui rappelait l'image de la liberté, ^

appuya de quelques paroles la lettre du maire de Paris, et saisit cette occasion, — tant il était envieux! ->*pour louer de nouveau le civisme et les talents de son premier compagnon d'armes dans la carrière de la Révolution. Il n'en fallut pas davantage pour faire disparaître le bonnet rouge comme Tuniforme obligé de la liberté. S'en coiffa qui voulut. Ce dont parut fort marri le journal de Brissot.

Huit jours après la nomination de Dumouriez, les Giron- Le ministère dins achevèrent de prendre possession du ministère par girondin. Gavière, l'ancien collaborateur de Mirabeau, et Roland delà Platière, connu par quelques publications scientifiques. La monarchie reçut ce dernier ministre des mains mêmes de Brissot, comme nous l'apprend madame Roland, dont le témoignage ici ne saurait être suspect. Madame Roland! elle devait être l'âme de ce ministère, et peut-être entre les Girondins et les Montagnards eût-elle pu être l'ange de la conciliation, si, après avoir aimé Robespierre jusqu'à l'idolâtrie comme homme politique, elle ne l'eût pas sacrifié i son amour violent pour Buzot, qui crut devoir se ranger parmi les ennemis de celui auquel tout d'abord elle avait voué un véritable culte. Cet avènement du ministère girondin rappela à beaucoup de personnes combien Robespierre avait deviné juste lorsque, dans une de ses réponses i Brissot sur la guerre, il se flattait, quant à lui, de ne convoiter le ministère ni pour lui ni pour ses amis. Les honneurs, les places lucratives, allaient pleuvoir sur les amis de la Gironde, et bientôt, pour avoir part aux faveurs du

pouvoir, ilsttfârad'avoir écrit quelque discour» bien violent contre Robespiwre , car nous tx>uchons au moment d'une irréparable scission entre les Girondins et lui. Duranton à la justice et Lacoste à la marine complétèrent le ministère, dont la composition parut d'ailleurs assez satisfaisante aux patriotes.

Robespierre Dans Une adresse relative à la situation de la chose pu-* «t Gnadet. jjiique, et que les Jacobins l'avaient chargé de rédiger pour les sociétés affiliées, adresse où il rendait hommage aux intentions du jaouveau ministère, Robespierre écnvit que la Pr<mdencef en frappant Léopold, avait paru déconcerter les projets de nos ennemis. Ce simple mot suffit à Guadet pour lui reprocher de concourir à remettre le peuple sous le joug de la superstition. Ainsi pris directement à pai*tie, Robespierre crut devoir défendre la liberté de conscience attaquée dans sa personne. Il le fit d'une manière admirable, et avec une modération sur laquelle tout le monde aurait bien dû se régler. Autant que personne il abhorrait^ dit-il, les sectes impies répandues dans l'univers pour favoriser rambition,'le despotisme et toutes les passions sous le couvert de la Divinité; mais ce Dieu qu'il appelait la Provîr dence, parce que cela convenait mieux à ses sentiments, et que d'autres préféraient nommer Hasard, c'était le Dieu de Socrate, c'était le Dieu de Rousseau, et il n'avait pu insulter le peuple en mêlant une réflexion noble et touchante à une circulaire dont l'objet était d'éclairer ce peuplé sur les périls d'une guerre menée par les partisans de la cour. Ainsi, non contents de lui avoir fait un crime de n'être point de leur avis sur l'opportunité d'une guerre offensive, les Girondins ne lui permettaient pas de croire en Dieu. On trouverait peu d'exemples d'une semblable intolérance. Et nul doute qu'ils ne se figurassent être beaucoup plus philosophes que lui*. Robespierre froissé ayant retiré son

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