JUILLET
Mesures diverses.
Discours
de
Vergniaud.
de ses partisans, le côté droit ne put 8*empécher de mêler, à plusieurs reprises, ses applaudissements à ceux du côté gauche. Vergniaud proposa en substance, à TAssemblée, de proclamer la patrie en danger, de déclarer les ministres responsables des troubles religieux et de toute invasion du territoire, d'inviter le roi, par un message, à prendre toutes les précautions nécessitées par les circonstances, et enân de réclamer de la commission des Douze un prompt rapport sur la conduite de Lafayette.
Éiectrisée, l'Assemblée prêta une attention médiocre à une longue défense de la cour, des ministres et des généraux, entreprise par Mathieu Dumas. Le 4, elle décréta d'urgence les mesures à prendre lorsque le Corps législatif déclarerait la patrie en danger. Et au nombre de ces mesures figurait la peine de mort contre quiconque arborerait intentionnellement un signe de rébellion. Le K, révêque de Bourges, Anastâse Tome, à la suite d*un sombre discours qui excita les fureurs des Feuillants, proposa àr Assemblée de décréter immédiatement cette déclaration : Citoyens, la patrie est en danger ! et de se régler désormais sur cette maxime supérieure à toute constitution : Le mlui public est la loi suprême. Le jour suivant, TAssembléeécotttala lecture et ordonna Timpression d'un long discours de Condorcet sur les moyens propres à tirer le pays des dangers dont ilétaitmenacé, et d'un projet de message au roi, assez insignifiant du reste. Le 7, sur la proposition Le baiser de Lamourette, évêque de Lyon, de laisser de côté toute Lamourette. défiance, d'exécrer à la fois la république et le système des deux chambres et d'ensevelir testes les haines dans un embrassement fraternel, on vit les membres les plus divisés d'opinion se jeter dans le bras les uns des autres. Informé presque immédiatement de cette scène, évidemment arrangée d'avance, le roi s'empressa de venir, accompagné de tousses ministres, féliciter l'Assemblée. De vives acclamations d'allégresse Faccueillirent à son arrivée, et lé
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saluèrent à son départ. Mais ce n*était là qu^une réconciliation dérisoire, dont personne ne fut dupe. La notiâca- smpeniîon tion d'un arrêté du directoire, portant suspension du maire à^ ^éami de Paris et du procureur de la Commune, gâta tout, le soir *' ' *""** même. Les esprits s'aigrirent de plus belle ; et quand les corps administratifs et judiciaires vinrent prendre leur part de la réconciliation factice, la foule qui entourait la salle des séances les accueillit par ces cris : A has le directoire/ rendez-nous PétionI On parcourut les Tuileries aux cris de : Vive Pétion ! Toutesles sections se présentèrent à la barre, réclamant leur maire et demandant justice du directoire. PendantunmomentPétionfutridole de Paris. Au lieu de casser lui-même l'arrêté du département, — ce qui, sans aucun doute, lui eût rallié beaucoup decœurs, — Louis XVI se contenta d'abord de renvoyer cet arrêté à l'examen de l'Assemblée législative, pour le confirmer peu après. Vraisemblablement un soulèvement aurait éclaté, si, dès le 13, l'Assemblée n*eût pas rendu le maire à ses fonctions. Encore lui sut-on mauvais gré d'avoir laissé impunis les membres du directoire.
Le 9 juillet, les Girondins, par la bouche de Brissot, La patrie dressèrent un nouvel acte d'accusation contre le gouver^ en danger. nement. Brissot renchérit sur les insinuations de Vergniaud, de Torné et de Condorcet. L'ennemi n'était plus à Coblentz, comme il le disait plusieurs mois auparavant, il le voyait maintenant aux Tuileries; c'était là qu'il conseillait de frapper. Examiner la conduite du roi, déclarer tous les ministres solidairement responsables, rendre ^ntre Lafayette un arrêt sévère et proclamer la patrie en danger, telles étaient ses conclusions formidables. Après avoir entendu de vagues explications des ministres sur la situation du royaume, l'Assemblée se décida à prendre un parti héroïque, et dans sa séance du ii juillet, au milieu d'une agitation extraordinaire» elle décréta solennellement cette déclaration : « Citotens, la patrie est en danger I »
HISrOIRB DE LA RÉVOLUTION
Adresse «nzfSdéréf.
U rMération.
Une pareille déclaration, qui allait improviser tant de milliers d*admirables soldats, devait nécessairement pousser à l'extrême les sentiments révolutionnaires, surtout au moment où une foule de directoires des départements, suivant l'exemple antipatriotique de celui de Paris, protestaient hautement de leur dévouement à la cour. Au milieu de circonstances aussi critiques, c'est aux Français de se sauver eux-mêmes, s'écria Robespierre aux Jacobins. Dans une adresse aux iédérés, adresse brûlante de patriotisme et dont la société vota immédiatement l'impression, il engagea vivement ces intrépides soldats de la Révolution à ne combattre que pour la liberté du monde. Danton exprima de son côté le vœu de voir les fédérés ne point se séparer avant que la volonté populaire ne se fiit manifestée par une pétition sur le sort du pouvoir exécutif. Il y avait là quel/jue chose de vague et de terrible à la fois, et sans prononcer le mot, tout le monde songeait à la déchéance. Rien ne montre mieux Tétat d'exaltation où étaient montés les esprits que l'idée de Chabot et de Grangeheuve, convenant de se faire assassiner l'un par l'autre, à la porte des Tuileries, dans l'espérance que ce double meurtre, attribué à la cour, déterminerait une explosion et amènerait la chute du trône. Peu s'en fallut, parait-il, que cette étrange idée ne fût mise à exécution. ' La fête de la Fédération se passa néanmoins avec une tranquillité et dans un calme auxquels on était loin de s'attendre. Elle eut lieu dans le cérémonial accoutumé, avec quelques emblèmes de plus, appropriés aux circonstances. Le roi et la reine y assistèrent ; mais le vrai roi, ce fut Pétion. Tandis que pas un vivat ne salua Louis XVI, des acdamations frénétiques accueillirent le maire de Paris, et une foule de citoyens portaient sur leurs chapeaux ces mot» écrits à la craie : Vive Pétien !
Le lendemain, à la nouvelle d'actes d'hostilité commis par les Prussiens, l'Assemblée nationale, sur une motion
CiiAPITAK HUITIÈME
de ChoudieH, enjoignit an gouvemement d'avoir à faire sortir, sous trois jour^» toutes les troupes de ligne actuelle;ment en garnison à Paris, et de les envoyer à trente mille toises au delà de la résidence du Corps législatif. Deux jours après, — c'était le 17, jour anniversaire du sanglant événement du Champ de Mars, — elle voyait arriver à sa barre une députation des fédérés, chargée de lui transmettre une pétition, dont Robespierre était le rédacteur. On y réclamait vivement la suspension provisoire du pouvoir exécutif dans la persoime du roi, la destitution de l'état* major de l'armée, la mise en accusation de Lafayette et la punition des directoires coalisés avec la cour. L'Assemblée passa à Tordre du jour sur cette pétition, et, le 19, elle ajourna la question de la mise en accusation de Lafayette, demandée par quelques-uns de ses membres, question sur laquelle on délibérait depuis trois jours. Son hésitation mécontenta vivement les esprits. Un^vertissement significatif lui vint de la tribune des Jacobins : a Si vous ne voulez pas sauver le peuple, déclarez-le donc, afin qu'il se sauve luimême ! » s'écria de nouveau Robespierre le 20 au soir. Le lendemain l'Assemblée se ravisa, et la discussion sur la conduite du général fut immédiatement reprise. Toutefois, après avoir écouté deux violents réquisitoires, l'un de Delaonay (d'Angers), l'autre de Lasource, et une défense non moins viv^ tentée par Dumolard, elle ajourna encore sa dé-r cision, ense fondant sur la nécessité d'entendre certainsrenseignements delà bouche de Bureaux de Pusy ,qui était alors à l'armée, et qui neparutàlabarre qu'au bout de huit jours. Le roi venait de modifier son ministère. Il avait appelé de Joly à la justice. Champion de Villeneuve à l'intérieur, du Bouchage à la marine et Bigot de Sainte-Croix aux affaires étrangères. Il n'y avait pas là de quoi calmer l'inquiétude générale, surexcitée par la nouvelle que les Prussiens menaçaient le territoire français. Le 22 juillet, l'enthousiasme révolutionnaire s'accrut encore au spectacle
Pétition
Lei
enrôlements civiques.
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d'une solennité dont les fastes des nations n*ofFraient point d'exemple. Ce jour-là — c'était un dimanche — se fit en grand appareil la proclamation officielle de la patrie en danger. Immédiatement après commencèrent les enrôlements civiques. Les jeunes gens, surtout ceux du peuple, se précipitèrent en masse aux amphithéâtres dressés sur les places publiques, et où les inscriptions étaient reçues. Bientôt les grandes routes se couvrirent de volontaires qui, le sac sur le dos, vêtus encore des habits de leurs pro* fessions, s en allaient, gais et fiers, offrir leur vie à la Révolution menacée. Pendant que Paris ému voyait la jeunesse frémissante courir aux registres d'enrôlement, les fédérés, invités à rester dans la capitale où se tramaient tous les complots contre-révolutionnaires, constituaient un comité central et envoyaient une nouvelle députation à l'Assemblée nationale , pour y réclamer derechef la suspension du pouvoir exécutif.
Ambition Le roi est la véritable cause de nos maux, s'était écrié des Giiondim. jfanuel aux Jacobins, et ces paroles se répétaient de bouche en bouche. Or, tandis que les patriotes ardents conseillaient à l'Assemblée de se servir de la constitution même pour punir la cour, les Girondins songeaient, eux, dans les meilleures intentions du monde assurément, à remonter au pouvoir. Le peintre Boze devint leur intermédiaire auprès de Louis XVL Dans une lettre adressée à l'artiste, mais évidemment écrite pour le monarque à qui elle fut ponctuellement remise, Guadet, Vergniaud et Gensonné» indiquèrent, comme un des moyens de salut pour la royauté, le choix d'un ministère patriote. Ils espéraient donc encore recueillir les bénéfices de la journée du 20 juin, et un moment ils se crurent certains du triomphe. Le bruit courut de la prochaine rentrée de Roland, de Claviers et de Servan au ministère, ce dont André Chénier se plaignit avec amertume. Il y avait une singulière présomption de la part des Girondins à imaginer que l'adjonction de quel-
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qnes-nns des leurs an pouvoir pourrait changer le cxmrs des choses et enrayer la Révolution. Qulls aient obéi à ane intention louable ou à une ambition vulgaire, il n'y en eut pas moins tout à coup dans leur conduite un revirement étrange, et on les vit, non sans étonnement, après avoir, lors de la chute de leurs amis, maltraité la cour avec la dernière violence, lui venir tout à coup en aide et lui tendre les mains.
Dès le 24 juillet, Vergniaud engagea TAssemblée à ne point se laisser aller à des mouvements désordonnés, et il la fit passer à l'ordre du jour sur une motion du député Duhem, tendante à ce qu'on se prononçât sans retard sur la déchéance. Lelendemain, Brissot, qui se vantasi fort, plus tard, d'avoir eu, un des premiers, à la bouche le mot ripubliquey 8'attacha à foudroyer ce qu'il appelait la, faction des répuUi* cairn. Or, il avait ici en vue Robespierre et ses amis. Selon lui, le glaive de la loi devait frapper sur eux comme sur les partisans des deux chambres et les contre-révolutionnaires de Coblentz. C'était bien vite oublier que, quelques jours anparavant, alors sans doute qu'il n'avait pas encore l'es* pérance de voir ses amis remonter au pouvoir, il s'était jeté dans les bras de ces mêmes républicains. Enfin, le jour suivant, Guadet vint, au nom de la commission extraordinaire, lire un projet d'adresse au roi, où il indiquait assez clairement à quel prix la royauté pouvait compter sur Tappui de laGironde. Du choixdes ministres, y était-ildit, dépendait le salut de la couronne. C'était absolument comme s'il eût désigné Roland, Clavière et Servan : personne ne s'y trompa. Brissot vint ensuite appuyer, dans un discours à double face, ce projet d'adresse évidemment concerté dans les conciliabules girondins. Il tonna de nouveau contre les exagérés, combattit, comme des mesures trèsdangereuses pour la liberté, la suspension du roi, la dictature, la convocation des assemblées primaires, et conclut en proposant à l'Assemblée de charger sa commission des
HISTOIAB BB hk HAYOLUTIDlf
Banqiiet
Le manifette
dn dao de Bninswick.
Douze d'ex&mÎBer quels étaient les actes de nature à entriuner la dëchëanee, et si le roi s'en était rendu coupable. L'Assemblée applaudit fortetYotadans ce sens; mais dans les tribunes on cria : A bas ce scélérat de Bamavel L'éphémère popularité de Brissot était bien compromise.
C'est qu'en effet le temps n'était plus aux paroles, aux attermoiements, mais à l'action. Le même jour eut lieu, sur l'emplacement de la Bastille, un banquet civique donné aux fédérés. A la suite de ce banquet se tint» dans un cabaret de la rue Saint-Antoine, à l'enseigne du Soleil-^Or, une réunion à laquelle assistèrent, entre autres patriotes décidés, Lazousky, Santerre, Westermann, Simon et Fom^ nier, et où fut débattu et convenu un.plan d'attaque contre le château. Toutefois, l'heure de l'insurrection n'avait pas sonné encore. Pétion se rendit dans les faubourgs pour y prêcher le calme, et le lendemain il crut pouvoir répondre de la tranquillité publique à la barre de l'Assemblée, qui, sur la demande du conseil général, interdit jusqu'à nouvel ordre la sortie du royaume à tous les Français. On sentait qu'on était à la veille de grands événements. Les sections de Paris s'étaient déclarées en permanence, et un arrêté de lamunicipalité les avait autorisées à établir un bureau de correspondance destiné à devenir un des foyers les plus ardents de la prochaine insurrection. Une circonstance imprévue pouvait d'un moment à l'autre déterminer l'explosion.
Tout à coup, le 28 juillet, on répand dans Paris un mani^ feste du duc de Brunswick, générai en ehef des amées coalisées, adressé aux habitants de la France. Rien de plus impolitique que cette déclaration emphatique et menaçante. La ville de Paris et ses habitants étaient sommés de se soumettre sur-le-champ au roi et de le mettre en pleine et entière liberté, sous peine, pour les membres de l'Assemblée nationale, de la municipalité, du directoire et de la garde nationale d'être jugés militairement, sans
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espoir de pardon. Que si le chftteaa des Tuileries venait i être forcé ou insulté et la famille royale outragée, les souverains alliés promettaient d'en tirer une vengeance exemplaire, en livrant la ville à une subversion totale et les révoltés au supplice. Rien n^était assurément plus propre à exaspérer le peuple, et à le porter aux dernières extrémités contre ceux qu'il supqposait de connivence avec les auteurs de cet acte de forfanterie ridicule. Par une bien fâcheuse coïncidence, à rheure même où Ton rédigeait à Coblentz ce manifeste insensé , dans lequel on promettait aux traîtres toutes sortes de grâces etde faveurs, un desjourna* Étrange listes les plus influents du parti de la Gironde, le rédacteur ^^^^^ des Annales patriotiques^ Carra, qui déjà, aux Jacobins, avait parlé de mettre le duc d'York sur le trône de France, s'était imaginé de tracer du duc de Brunswick le portrait le plus flatteur, et de le proposer implicitement au choix du peuple comme le successeur de Louis XVI. Cela devait être plus tard son arrêt de mort, et devenir, contre ses amis de la Gironde, un texte d'accusation terrible.
La meilleure réponse à faire au généralissime des armées prussiennes et autrichiennes était la destruction de la royauté; tous les patriotes démocrates en jugèrent ainsi. Ânthoine, devenu maire de Metz, Legendre et Robespierre se prononcèrent dans ce sens aux Jacobins le 29 juillet. Mais, disait Robespierre, il ne suffisait pas de proclamer la déchéance de Louis XVL Qu'importait la disparition du fantôme appelé roi, si le despotisme, restait ? Il rédama donc résolument la convocation d'une Convention nationale, et, avant tout, l'abrogation du décret qui divisait la France en deux catégories de citoyens,décretqui était, à sesyeux, un crime de lèse-nation et de lèse-humanité. Ce discours de Robespierre, dont chaque parole battait si violemment en brèche l'édifice de la royauté, irrita profondément les Girondins et raviva leurs colères mal éteintes. Le lendemain, il se déchaînèrent contre lui au club de la
HISTOIRK DE Li AfiVOlillTION
ArriTée des
Marseillais.
Alarmes de la oonr.
Réunion, que, par une manœuyre assez semblable à celle des Constitutionnels, au temps de la dernière Assemblée, ils venaient de fonder en dehors des Jacobins. Isnard et Brissot firent rage; et le premier, avec son intempérance de langage habituelle, s'eiigagea à mettre tout en œuvre pour que Robespierre et Anthoine fussent traduits devant la haute cour nationale. Mais les Girondins n*avaient ni la force morale ni la force matérielle suffisantes pour comprimer les tempêtes déchaînées.
Dans la journée même étaient survenus de nouveaux auxiliaires de l'insurrection. Le bataillon des Marseillais avait fait son entrée dans Paris, en jetant à tous les échos de la ville l'admirable chant de guerre récemment composé à Tarmée du Rhin par un jeune officier du génie nommé Rouget de Lisle. A peine arrivés, ces patriotes du Midi eurent, aux Champs-Elysées, où ils avaient été menés par Santerre, une rixe avec des gardes nationaux appartenant aux bataillons des Petits-Pères et des Filles-Saint- Thomas, fort hostiles à la Révolution. Dans cette rixe ils eurent le dessus. L'affaire fit grand bruit. Saisie d'une double plainte , d'abord de la part des gardes nationaux qui prétendaient avoir été attaqués sans provocation, puis de la part des fédérés de Marseille, qui se plaignaient d*avoir été grossièrement insultés par leurs adversaires, l'Assemblée garda la neutralité ; elle se contenta de rédiger une adresse dans laquelle elle engagea les soldats-citoyens à la concorde et à l'union.
De son côté, la cour, fort effrayée, et s*attendant à être, d'un moment à l'autre, attaquée de vive force, prenait ses précautions. Le château s'emplissait d'armes, de munitions et d'hommes de bonne volonté décidés à mourir pour la défense du roi. Cependant l'insurrection continuait, et sans beaucoup de mystère, ses formidables apprêts. Un comité centrsJ, composé de cinq membres, siégeait en permanence dans une des salles du club des Jacobins, et des
OttAPITRB BUITIfilfB
conciliabules particuliers se tenaient dans divers quartiers, notamment au faubourg Saint-Marceau et sur le boule- Tard, au Cadran Meu, dont le propriétaire était un patriote dévoué. Tout le monde, d'ailleurs, semblait avoir hâte d'en finir. Les journaux royalistes rivalisaient d'emportement et de fureur avec les feuilles populaires. Si le Père Duchène^ par la plume d'Hébert, apostrophait Marie- Antoinette de talomnies indécentes, le Journal de Paris le rendait bien avec usure aux patriotes les plus sincères, et deux de ses rédacteurs^ de Pange et André Chénier, s'escrimaient à qui mieux mieux dans l'art de la diffamation.
Les sections parisiennes, ayant mis à l'ordre du jour de leiurs réunions la question de la déchéance, votèrent à la presque unanimité pour l'affirmative* La Commune tout entière suivit le mouvement. Le 3 août, une députation de août 1792. ses membres se présenta à la barre, au moment où les ministres venaient de saisir officiellement l'Assemblée du manifeste de Brunswick, et, par la bouche de Pétion, elle réclama la déchéance du roi comme le seul moyen d'assurer la tranquillité publique et le triomphe de la liberté* L'Assemblée reculait, épouvantée, devant cette grave mesure; elle se contenta de renvoyer le vœu de la Commune à la commission des Douze. Le lendemain, elle affirma sa résistance en cassant, surla proposition de Vergniaud, un arrêté par lequel la section Mauconseil déclarait ne plus reconnaître Louis XVI pour roi des Français. Mais il devait lui être difficile de comprimer plus longtemps le mouvement révolutionnaire, marée irrésistible qui montait toujours. De tous les points du pays arrivaient journellement des pétitions tendantes à la suspension du pouvoir exécutif. Comment, disait-on, le roi pouvait-il diriger une guerre contre des souverains qui se battaient dans son intérêt propre? Quelques adresses dans le sens contraire, comme celle de la section de l'Arsenal, ôtaient à peine à cette grande manifestation patriotique un caractère d'unani-
Qaestion
de la
déchéanœ.
Lafkyette ianooenté. '
Pjrologno du 10 août.
mité. En innocentant Lafayette, l'Assemblée allait encore froisser dayantage le sentiment public.
Le rapport sur la conduite du général lui fut présenté dans sa séance du 6 août par Debry, qui, au nom de la com* mission des Douze, conclut à l'accusation. Ces conclusions, énergîquement combattues par Vaublanc, et non moiss vivement soutenues par Brissot, furent rejetées à une trèsforte majorité: Un tel résultat, auquel on était loin de s'attendre, émut singulièrement l'opinion, et, sans nul doute, précipita le dénoûment. La fuite du roi, dont on parlaitdepuis quelques jours, eût peut-être simplifié les choses; le bruit même courut un instant qu'il était parti, mais il n'en était rien. D'ailleurs il lui eût été difficile de s'échap* per ; car si l'on voulait sa déchéance, on tenait aussi à le garder en otage, et le peuple veillait sur le château. On était arrivé à ce moment, prévu par Robespierre, où, l'Assemblée législative' refusant de prendre l'initiative des fortes résolutions, la nation se trouvaitb^duite à se sauver par elle-même. Le surlendemain du jour où Lafayette avait été innocenté, de sombres paroles tombèrent» à la tribune des Jacobins, de la bouche du député Goupilleau (de Fontenay), lequel, après avoir proclamé la nécessité d'une insurrection générale, réclama et fit voter l'impression et la publication de la liste des députés qui avaient voté pour ou contre Lafayette. La séance fut levée à onze heures du soir, après une courte harangue de Robespierre, qui engagea énergiquement la société à aborder avec courage la question de la déchéance. La déchéance ! on ne la croyait certes pas si prochaine. Quand les Jacobins se réunirent de nouveau, la royauté n'existait plus de fait.
La séance du 9 au Corps législatif ne présenta pas grand intérêt. Le maire de Paris s'y présenta vers la fin et informa l'Assemblée des précautions prises par la municipalité pour maintenir l'ordreetas^surer la sécurité du roi. Le mêmejour, par une circulaire sfgjiéede lui, Pétion engagea vivement
GBAPJTRE HUITIÈUS SS&
ses concitoyens à demeurer dans l'inaction et à conserver la tranquillité la plus parfaite. Il n'en était pas moins trèsinquiet, car il avait été averti par Chabot, grand partisan de l'insurrection, que le soir le tocsin sonnerait au faubourg, et il flottait, fort irrésolu, ne voulant se donner tout entier ni au peuple ni au pouvoir. Mandé vers onze heures au château, il s'y rendit, eut avec le roi une conversation tout à fait insignifiante, et alla se promener une partie de la nuit dans le jardin avec le procureur général syndic du département, Rœderer, et quelques-uns de ses collègues de la Commune. Les dangers qu'il courut furent tout à fait imaginaires. Dans la matinée il revint à l'hôtel de ville, après avoir été un instant à l'Assemblée où, interrogé sur la situation, il s'était contenté de répéter que toutes les précautions avaient été prises pour le maiiïtien de l'ordre. En réalité, son influence sur la marche des événements fut absolument nulle.
Pendant toute cette nuit cependant le tocsin sonna dans Paris, et les sections, qui siégeaient en permanence, nommèrent, sur la proposition de celle des Quinze-Vingts, trois commissaires chacune pour remplacer la municipalité en exercice, dont l'énergie ne semblait pas à la hauteur des circonstances. Parmi les nouveaux élus, qui formèrent la Commune insurrectionnelle du iû août, citons : Huguenin. Rossignol, Billaud-Varenne, Fabre d'Églantine, Hé-* berty Bourdon, Coulombeau, qui remplaça Royer comme secrétaire-greffier, Michonis, Real, Lubin, Mouchet, Boudier-René, Marie-Joseph Chénier,LaignelotetRobe8pierre. Ces trois derniers ne furent nommés que le il, le premier par la section de la Bibliothèque, les deux autres par celle de la place Vendôme. Vingt-huit sections seulement, en effet» terminèrent» cette nuit, leurs opérations électorales. Aussitôt nommés, les nouveaux conmiissaires, parmi les quels figuraient un certain nombre de membres de l'ancien conseil, se rendirent à l'hôtel de viUe où leurs prédéces-^
seurs, qui étaient en séance, leur cédèrent la place sans contestation. Un de leurs premiers soins fut de citer à leur barre le chef de légion Mandat, fort dévoué aux Feuillants, et auquel appartenait en ce moment le commandement de la garde nationale parisienne. Il était prévenu d*avoir, sans réquisition légale, donné des instructions à la force armée et doublé les postes du château. Amené devant le nouveau conseil, il se retrancha derrière un ordre du maire. Peutêtre allait-il être renvoyé absous, quand on apporta sur le bureau une lettre signée de lui, lettre par laquelle il enjoignait au commandant .de l'hôtel de ville de dissiper par la force, enfattaquant parderrière, tout attroupement qui se porterait vers les Tuileries. Le conseil, voyant là une trahison indigne,ordonna l'arrestation Immédiate du commandant général. Mandat fut malheureusement tué d'un coup de pistolet, tiré par une main inconnue, au moment où il descendait les marches de l'hôtel de ville, pour être conduit à la prison de l'Abbaye. Ce fut la première victime de la journée. Il était un peu moins de huit heures du matin. Lsjoaniée A cette heure les colonnes du faubourg Saint- Antoine du 10 août, et du faubourg Saint-Marceau, précédées des volontaires de toutes les sections, des fédérés brestois et du bataillon des Marseillais, étaient en marche vers les Tuileries, qui ne tardèrent pas à être cernées de toutes parts. Hérissé de baïonnettes, fermé comme une forteresse, le château présentait un aspect formidable, et, vraisemblablement, le peuple eût été repoussé avec perte, si toutes les troupes dont les cours, le jardin et les appartements étaient remplis, avaient été bien résolues à défendre la demeure royale. La reine avait beaucoup pleuré durant cette nuit. Néanmoins elle fit bonne contenance; elle se montra femme, sans exaltation ni faiblesse. Le roi eut de la résignation bien plus que de l'énergie. Vers cinq heures du matin il descendit pour passer en revue ses défenseurs et les exhorter, à une résistance . héroïque. Fâcheusement