CHAPITRE HUITIÈME
pour lui, à part une foule de royalistes, répandus dans Fin; térieur du château, à part sa garde soldée, toiyours à son service quoique licenciée, à part quelques centaines de gardes nationaux fidèles et le régiment des Suisses, ferme comme un roc, tout le reste était de cœur avec l'insurrection. Le. procureur général syndiq du directoire s'étant iassuré par lui-même des dispositions peu bieQveillantes des canonniers de la garde nationale, engagea .vivement le roi à se réfugier avec sa famille dans le sein de l'Assemblée. « Là seulement, lui dit-il, vous et les vôtres vous serez en sûreté. » Louis XVI se décida, non sans hésitation, à suivre cet avis, a Monsieur Rœderer, s'écria alors madame Elisabeth, en proie à une indicible émotion, vous répondez de la vie du roi. — Oui, sur la mienne, » reprit le procureursyndic. Peu d'instants après, la famille royale, suivie des ministres et de quelques-personnes de son intimité, faisait son entrée dajis l'Assemblée, a Je suis venu, dit le roi, pour éviter un grand crime. »• L'Assemblée, dominée par les Girondins, songeait si peu alors à renverser la royauté, que son président, — c'était Vergniaud, -r- s'exprima en ces termes : a Vous pouvez, sire, compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale ; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées. » Mais déjà le peuple avait prononcé son arrêt, et une fusillade terrible apprenait à ses représentants qu'entre
lui et la monarchie un combat à mort était engagé '
L'attaque du château avait été précédée d'un sanglant et regrettable épisode. Quelque^ royalistes arrêtés pendant la nuit, et parmi lesquels on copiptâit l'ex-garde du corps Vigier et le journaliste Suleau, un des plus implacables ennemis de la ÇLévolution, avaient été égorgés et leurs tètes mises au bout d'une pique ; mais qe massacre, dû à une bande de furieux, ne saurait en rien atténuer la gloire du peuple généreux qui venait risquer sa yie pour le triomphe, des principes révolutionnaires. Qui, des défenseurs ou des as- ■ • ' • • - - • V • 17- -
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saillants du château, ouvrît le feu ? C'est une qué^îon fort 'débattue encore, et dont la solution importe peu à This- 'toire. La lutte était inévitable. Deux heures durant on se battit avec un égal acharnement et une égale bravoure de 'part et d'autre. Abrités derrière de fortes murailles, les Suisses tiraient avec un grand avantage sur les insurgés, dans la masse desquels ils faisaient de profondes et sanglantes trouées. L'héroïsme du peuple finit pourtant par l'emporter. Le château fut forcé et pris ; ses défenseurs 5é retirèrent dans toutes les directions, en continuant une fusillade qui ne laissa pas de causer beaucoup de dommage à leurs adversaires. Aussi les pertes cruelles subies par les vainqueurs, beaucoup plus fortes que celles des vaincus, expliquent-elles seules le peu de clémence dont ils usèrent à l'égard de leurs prisonniers. A onze heures, le peuple , «tait maître des Tuileries et tenait dans ses mains les des-
tinées de la monarchie. Cette victoire lui appartenait bien en propre. Aucun des révolutionnaires éminents n'avait paru dans ses rangs. Ceux qui ont écrit que Danton et Camille Desmoulins avaient pris quelque part à la journée du 10 août en ont imposé à l'histoire. Si la feinme de Camille trembla pour les jours de son mari, comme elle Ta écrit dans un journal tracé de sa main, ce fut très-gratuitement. Quant à Danton, il se montra fort réservé dans les jours qui précédèrent le combat suprême. Une seule fois, aux Cordeliers, on l'avait entendu engager les citoyens passifs à se joindre aux citoyens actifs pour défendre la constitution. Aux Jacobins, il resta muet, et dans la journée du ' 10 août on n'entendit parler de lui que par le décret qui lui donna une part de bénéfice dans la victoire du peuple. Suspensioa A. la nouvelle de cette victoire, l'AssemWée législative <î« pouvoir décréta, entre autres mesures, la convocation d'une Conven» tion nationale et la suspension du pouvoir exécutif jusqu'à nouvel ordre. Rapporteur de l$i commission des Douze, sur la proposition de laquelle votai l'Assemblée, Yergniaud
«XéCQtif.
Les GironâiM ^montent
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pouvait à peine maîtriser sa douleur. Il trouva bien rigour rense cette suspension provisoire, qui n'impliquait pas d'ailleurs à ses yeux la chute de la royauté, et que les patriotes venaient d'acheter si cher. Louis XVI, placé avec les siens derrière le fauteuil du président, dans une tribune nommée la loge des tachygraphes^ où il but et mangea de bon appétit, assista sans grande émotion à l'agonie de sa royauté. Coup sur coup l'Assemblée vota : la permanence de ses séances, l'établissement d'un camp sous Paris et l'envoi de commissaires extraordinaires aux armées. Elle décida ensuite que Roland , Clavière et Servan reprendraient possession des ministères de Tintérieur, des finances et de au pouvoir, la guerre, puis, par voie de scrutin, elle appela Monge à la marine, Lebrun aux affaires étrangères, et Danton à la justice. Ce dernier seul, dans le nouveau ministère, re^ présentait l'idée insurrectionnelle, Monge et Lebrun étant des créatures de la Gironde. Les Girondins ramassèrent donc dans le sang du 10 août ce pouvoir, objet de leurs ardentes convoitises; et ce furent eux qui, après avoir, par la bouche de Vergniaud, promis de maintenir les autorités constituées, profitèrent de la défaite du gouvernement.
C'était jour de séance aux Jacobins. La société se réunit plus tdt que de coutume, sous la présidence d'Ânthoine. Robespierre proposa, dès le début» les moyens les plus pro* près à assurer à la nation tout entière les bénéfices d'une victoire dont l'honneur revenait selon lui, non pas seulement au peuple de Paris, mais à tout le peuple français. Convocation d'une Convention nationale directement nommée par le peuple, participation de tous les citoyens sans distinction à la vie politique , décret d'accusation contre Lafayette, telles étaient» suivant lui, les principales mesures dont les sections devaient réclamer de l'Assemblée législative la prompte exécution.
Le lendemain l'Assemblée abrogeait l'injurieux décret ^ni divisait les Français en citoyens actifs et non actifs, sans
toutefois relever de l'incapacité électorale les personnes vi- . Tant en état de domesticité, et elle invitait les électeurs nommés par les assemblées primaires à se réunir, le dimanche 2 septembre, à leffet de procéder à Télection des députés à la Cionvention nationale. Ainsi, elle maintenait le suffrage à deux degrés. C'est qu'en effet, n'étant pas franchement révolutionnaire, elle flottait- irrésolue entre la Montagne qui la poussait en avant et ceux de ses membres qu'animait encore un secret espoir de sauver là monarchie constitutionnelle. Il lui fallut bien cependant, sur beaucoup de points, satisfaire aux exigences du peuple, lequel donna à la révolution du 10 août sa signification réelle en détruisant tous les emblèmes et attributs de la royauté, et en jetant bas les statues de Louis XIV, de Henri IV et de Louis XV qui décoraient la place Vendôme, celle des Victoires, le terre-plein du pont Neuf et la place Royale. Pour remplacer l'ancien directoire du département de Paris, dont l'esprit réactionnaire et les conseils pernicieux avaient été si funestes à Louis XVI, l'Assemblée avait décrété qu'il serait nommé un administrateur par section. Mais prendre en dehors du conseil les administrateurs du département, n'était-ce point s'exposer à créer une rivalité dangereuse pour la bonne administration de la ville? La Commune le craignit; et, sur des observations présentées en son nom par Robespierre, l'Assemblée législative décida, d'assez mauvaise grâce, que désormais le directoire ' ne serait plus qu'une simple commission de contributions publiques. Actes Le véritable pouvoir révolutionnaire était à la Ck)m-
de la mune , qui se montra d'ailleurs animée dés plus pures et des plus patriotiques intentions. Dès le soir même de la victoire du peuple, elle chercha à apaiser celui-ci, et l'engagea à suspendre ses vengeances, en lui promettant rétablissement d'un tribunal destiné à juger et à punir ceux qui avaient conspiré la, ruine de la Révolution. Rien ne saurait donner une idée de sa prodigieuse activité. Parnji
Commune.