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les arrêtés rendus par elle, il en est de regrettables san» doute, ceux notamment qui ordonnaient l'arrestation de quelques rédacteurs de journaux royalistes et la distribu* tion de leurs presses entre les imprimeurs patriotes; mais combien d'autres ne méritent que des éloges! Elle fit rendre la liberté à tous les détenus sur qui ne pesaient pas des charges suffisantes» et à tous ceux qu'on avait jetés en prison pour de simples propos contre le roi, la reine et Lafayette ; elle préserva le Louvre de la destruction, ne négligea rien pour mettre le pays en état de défense, et donna une nouvelle impulsion aux enrôlements civiques. . De son côté, l'Assemblée législative, revenant sur un Le id de ses décrets, qui avait assigné au roi le palais du Luxem- ^ Tflmpta, bourg pour demeure, laissa à la Commune de Paris le soin de décider elle-même où habiteraient Louis XVI et sa fa* mille, et la rendit responsable du roi déchu et des siens. Le Temple, avec ses hautes murailles qui le mettaient àl'abri d'un coup de main, parut un local convenable : dès le 13, le roi, la reine et leurs enfants y furent conduits par le maire de Paris. Tomber des Tuileries dans un coin du palais du Temple transformé en prison , quelle destinée ! Nul encore ne savait quel sort serait réservé au roi vaincu ; mais ceux qu'on voulait punir immédiatement, c'étaient les hommes dont les détestables menées et les perfides conseils avaient conduit le pouvoir aux abimes et forcé le peuple à se soulever. L'Assemblée avait tout d'abord décrété la formation d'une cour martiale pour juger les Suisses pris les armes à là main dans la journée du 10 août» Toutefois était-il juste de s'en prendre seulement à ces instruments passifs du despotisme, et se contenterait-on de renvoyer simplement les vrais coupables devant le tribunal <ïriminel ordinaire? La justice voulait que le même tribunal connût des mêmes crimes. Ce fut ce que, après de longues hésitations et sur l'insistance de la Commune, l'Assemblée se décida à voter dans sa séance du 17. Deux
2(i2 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION
Jours auparaTant elle avait décrété que Loms XVI, le» femmes et les enfants des émigrés serviraient d'otages àla nation et elle avait mis en état d'accusation les anciens ministres Duport-Dutertre, Tarbé, Montmorin, Bertrand de Moleville et Dnportail, ainsi qu'Alexandre Lamethet Bamave, convaincus de s'être concertés pour entraîner le roi dans des voies contraires à la Révolution. Tribunal Le tribunal criminel extraordinaire, appelé à juger les du 17 août, crimes de lèse-nation, fut nommé dans la soirée même du 17 par les électeurs désignés à cet effet et immédiatement convoqués dans une des salles de l'hôtel de ville. Citons, parmi les juges, Pepin-Desgrouettes, Asselin et Coffinhal^ ' On choisit Lulier et Real pour accusateurs publics. Robes-
{Âerre avait été investi de la présidence de ce tribunal. Il la refusa, en se fondant sur ce qu'ayant combattu depuis l'origine de la Révolution les criminels de lèse-nation, il ne pouvait être le juge de ceux dont il avait été l'adversaire. A ces fonctions importantes et lucratives, il préféra son poste de simple représentant de la Commune. Dans une circulaire adressée à tous les tribunaux de France, Danton disait : « Que la justice des tribunaux commence, et celle du peuple cessera. » Le nouveau tribunal entra aussitôt en fonctions et condamna successivement à mort le maître de langue de la reine, l'intendant de la liste civile, le journaliste Durozoy, le libraire Guillot; mais c'étaient là d'obscures victimes, et les grands coupables étaient épargnés. Cela, comme on le verra, ne fut pas étranger à Tépouf antable événement que nous allons avoir à relater.
Des nouvelles peu rassurantes vinrent tout à coup jeter l*alarme dans Paris et y semer de nouveaux ferments d'irritation. On apprit qu'à l'instigation de Lafayetle, le direcimre des Ardennes avait mis en arrestation les représen- -tants Kersaint, Antonelle et Péraldy, commissaires de l'Assemblée ; que le général avait engagé ses troupes à se :joindré à lui pour rétablir la constitution, et que l'ennemi
avait eQTahi notre territoire. Dans jces conjonctures TAs* semblée n'hésita pas à i:enouyeler les me3ures terribles auxquelles elle avait eu jrecours au commencement de sa cession, a Les jouri^ de la, justice du peuple sont arrivés! » s'écria Camion. Le 18, Laiayette était rappelé et le com«> piandement de l'armée du Nord donné à. Dumouriez, sur *répée duquel les Girondins foi^dèrent leur espoir, oubliant leurs ressentiments et les anathèmes dont ils l'avaient poursuivi deux mois auparavant. Le lendemain, l'Assemblée, sur un rapport de Lasource, décréta enfin d'accusation ce Lafaye^te qu'elle avait si longtemps couvert de sa protection, et elle enjoignit à toutes les autorités constituées, à tous les citoyens et soldats, de s'assurer de sa personne par tous les moyens possibles. Mais le général parvint à se soustraire par là fuite à une condamnation certaine. Dans la nuit du i 9 au 20, il quitta précipitamment son armée avec son état-major pour passer àVétranger. Arrêté aux avantposte^ autrichiens^ il fut jeté dans les prisons d'Olmiitz. Peut-être fut-il sauvé par là du déshonneur de se joindre aux Français criminels qui avaient pris les armes contre leur patrie.
Les plus modérés perdaient patience. L'Assemblée, dont les bancs de la droite se trouvaient d'ailleurs entièrement dégarnis, prit des mesures d'une sévérité inouïe, et, pour en assurer l'exécution, elle réorganisa sur un nouveau pied la garde national^. Elle plaça sous le séquestre tous les biens des émigrés, puis décréta la transportation à la Guyane de tous les ecclésiastiques qui sous quinze jours n'auraient point prêté le serment prescrit et qui, ce délai passé^ n'auraient pas évacué le territoire français, La nouvelle de la reddition de.Longwy, une des clef}$ du pftys, porta au comble l-exaspération générale. On cria à la trahison; le démon des noires vengeances ^'empara des esprits. Il ,y eut dans l'air comme des nuages de. sang. Saisie d'un sombre enr thousiasme, l'Assemblée vota une levée extraordinaire de
Lafdjrette
décrété
d'ancnsation.
Mmotci
sévères.
264 HISTOIRE DE tk R^ÔL^TiOH
trente mille hommes pris dans le département dé Paris et les départements voisins, ordonna à tout citoyen qni aur rait reçu un fusil de marcher aux frontières ou de remettre ses armes, décréta que tout citoyen qui dans une ville •assiégée parlerait de se rendre, serait puni de mort, et adressa aux habitants de Paris, une proclamation justifiée par les événements et bien faite pour éveiller dans tous les cœurs d'implacables colères.
■ Le i? août eut lieu une fête ftinéraire en l'honneur des victimes tombées le 10 pour la défense de la Révolution. On y évoqua, au milieu d'un appareil tragique, le souvenir de tous les massacres commis depuis trois ans sur tous les points delà France, au nom de la monarchie. Quoi de plus propre à exciter les passions vengeresses ! Et, comme pour irriter les fureurs populaires, d'imprudents royalistes eurent la fâcheuse idée, pendant la nuit,' de dépouiller de leurs draperies les statues de la Loi et de la Liberté élevées aux Tuileries sur l'emplacement où avait eu lieu la céréïionie. Le lendemain tous les ministres se rendirent à l'Âs-
DftDton
à la tribune, semblée. Danton monta à la tribune, et son langage fut l'écho des orages qui grondaient au dehors, a Ce n'est que par une grande convulsion nationale que nous ferons rétrograder-les despotes,» s'écria-t-il. L'Assemblée, dans sa proclamation, avait parlé de lâches et de traîtres: a il était important de s'en saisir, 9 dit le ministre de la justice; et» y en eût-il trente mille, il fallait, selon lui, qu'ils fussent arrêtés dès le jour suivant.
A cette voix, qui retentissait comme le bruit lugubre du tocsin, l'Assemblée autorisa les municipalités à opérer des visites domiciliaires et à désarmer tous les gens suspects; Le conseil général chargea six de ses membres de Texécution de cette mesure. Toute lanuittlu 29 au 30 fut consacrée ttux Visites domiciliaires. On saisit deux mille fusils et Ton -arrêta environ trois mille personnes, dont la plupart furent relâchées le lendemain même par les soins des se<%
tions chargëeâ de statuer immédiatemeût sar le sort des prisonniers. On éta^t au 90 août. Ce jour^là èutiiéu une scission violente entre TAssemblée et la Commune. Un Affkiw journaliste aux gages de Brissot, Girej-Dupré, dont nous *"y^P'^' avons déjà parlé, ayant, à propos des visites domiciliaïreSy • odieusement calomnié dans le Patriète français le conseil général delà Commune, celui-ci, au lieu dedédaigner laça* lomnie, cita 1 écrivain à sa barre. Girey-Dupré refusa d'obéir, et en appela à l'Assemblée, où il était à peu près certain d'obtenir gain de cause. En effet, sur un rapport de Vergniaud, l'Assemblée cassa l'arrêté du conseil général; à son tour, elle manda à sa barre le président et le secrétaire de la Commune, et oubliant qu'elle-même, en définitive, n'existait plus que par une tolérance du peuple^ elle dé* créta, après avoir entendu Grangeneuve, Gensonné et Guadet, que les membres du conseil général nommés les 9, 10 et 11 août cesseraient immédiatement leurs fonctions; et que» pour les remplacer, les sections de Paris nommeraient chacune deux citoyens dans le délai de vingt-quatre heures. C'était en prendre bien à son aise avec cette Com* mune, qui depuis vingt jours avait si puissamment contrî* bue au triomphe des idées démocratiques. Toutefois, l'Assemblée voulut bien, par une contradiction au* moins étrange, déclarer que ce même conseil général, dont elle prononçait Si brutalement la dissolution, avait bien mérité de la patrie.
Tandis que ces choses se passaient à l'Assemblée, le conseil général confiait à Robespierre, qui alors présidait sa section réunie en assemblée primaire, le soin dé rédiger une adresse destinée à rendre compte aux quarante-huit sections de Paris dé la conduite de la Commune depuis le 10 août. Lelendemain, dès qu'il eut eu officiellement connaissance du décret rendu contre lui, le conseil prit la résolution d'envoyer à l'Assemblée une députation ayant le maire i tt.tête, et il chargea Tallien, .son Becrétaire-greffier, dé
tMf HiaTWPtS M rL4 BAVOI.QTION
laâréda«tiotl'd'^I|^ a4re/96e OTçplicatâve. L'Assemblée» aor la iDotionidu t^rèseiitant Henri Lariyière,^ Y6Ad,it de déerétor que le 'président du conseil général serait amené a la barre, quand parurent les députés de la Commune. La Commune FétioiL ec^pliqua en peu de mots les motifs de leur dék la barre, jnarche, pui» Tallien prit la parole. Dans un style un peu déclamatoire et'emphatiquei le jeune secrétaire-greffier s'efforça de démontrer la légalité des actes du conseil gé« néral; il déclara» pomme le consul romain^que la Commune avait sauvé la patrie, et, quant aux visites domiciliaires, il prouva qu'elle n'avait agi qu'en conformité des ordres mêmes de l'Assemblée. U était dit, dans cette adresse, que, sous peu de jours, le sol de la liberté serait purgé des prêtres perturbateurs. Or, il s'agissait là purement et simplement de l'exécution du décret de déportation rendu, conformément à une motion de Vergjiiaud, contre les ecclésiastiques i\on assermentés; il est impossible à tout écrivaia de bonne foi d'y voir une allusion à la catastrophe qui allait éclater comme un coup de tonnerre, et c'est calomnier gratuitement que d'établir un rapprochement arbitraire auquel personne n'a songé à l'époque où les événements se sont passés. Manuel signala ensuite la contradiction existant entre le décret de dissolution de la* Commune et celui qui proclamait qu'elle avait bien mérité de la patrie. Le président — c'était Lacroix — répondit en quelques mots vagues et embarrassés; il promit aux pétitionnaires, qu'on examinerait iQur demande, et les invita aux honneurs de la séance. Le soir, le président et le secrétaire-adjpint de la Commune, Huguenin et Méhée, parurent à leur tour à la barre, et furent également invités aux hon^urs de la séance, après avoir dpnné des expIicationsdontl'Âssembléecrutdevoir renvoyer l'examen à une commission extraordinaire de vingt et un membres, nommée après le IQ août et présidée par Brissot» le propriépdve même ^\i Pùlriqie (rançqis. Ce n'était assux*ément j^
«HAPlTaBHUJTlftlC»
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lemoyea de rétablir la bonne harmoDie entre laCoiQmune et les meneurs de la Gironde.
. Cependant la crise touchait à son maximum d'intensité. J.amais la France ne s'était trouvée dans une situation aussi périlleuse. Les vieilles bandes de TÂllemagne, aguer* ries, fortement disciplinées, foulaient notre territoire, et nous n'avions a leur opposer qu'une armée désorganisée» de beaucoup inférieure en nombre, et, par Témigration, privée d*une partie de ses officiers. L'ennemi était alors 80US les murs de Verdun, qui vraisemblablement n'allait pas tarder à se rendre comme Longwy; trois jours de marche le séparaient à peine de la capitale. On ne croyait pas à la possibUité de l'arrêter. Dans le salon du ministre des affaires étrangères on entendit Kersaint, qui arrivait de Sedan où s'était porté Dumouriez, s'écrier, désespéré, que dans quinze jours Brunswick serait à Paris. Quelques girondins émirent même l'idée de proposer à l'Assemblée et au pouvoir exécutif provisoire d'abandonner la capitale et de se retirer derrière la Loire. Danton protesta vivement et empêcha qu'il ne fût donné suite à une pareille idée.
Dans ces terribles conjonctures, l'Assemblée nationale et la Commune de Paris se montrèrent à la hauteur des circonstances, et ne désespérèrent pas du salut de la patrie. La Commune songeait si peu à terroriser Paris que, le 1'' septembre, un de ses premiers actes fut d'ordonner la réouverture des barrières qui avaient été fermées pen^ dant quarante-huit heures, en exécution du décret de l'Assemblée sur les visites domiciliaires. Vers six heures du soir Robespierre donna lecture d'une adresse aux sections, adresse dont l'avant-veille le conseil lui avait confié la rédaction. Il y dénonçait les manoeuvres déloyales employées pour ravir au «conseil général la confiance publijqae, et rappelait tout ce que ce conseil avait fait pour s'en rendre digne. Ses conclusions surprirent plus d*une per-
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éonne. Il crût devoir engager ses collègues à se démettre de leurs fonctions, à prendre le peuple lui-même pour juge de leur conduite, et à se retremper dans de nouvelles élections. Car il n'y a pas d'autre signifidatiôn possible à don-ner aux dernières paroles que lui prête le procès- verbal écourté de la séance du conseil général : a Dans ces circonstances, il ne se présente à mon esprit aucun moyen de sauver le peuple, si ce n'est de lui remettre le pouvoir que le conseil a reçu de lui : » C'était tout simplement engager la Commune à se soumettre au décret de renouvel* lement dont elle avait été l'objet le 30 août, de la part de l'Assemblée législative. Manuel, tout en donnant de justes éloges aux principes développés par l'orateur, combattit vivement sa motion; il rappela à tous les commissaires des sections le serment qu'ils avaient prononcé, de ne pas abandonner leur poste tant que la patrie serait en danger, et il invita le conseil à ne point résigner ses fonctions ; ce qui fut à l'instant décidé.
Lm mMsacrcg * Le lendemain, dimanche, 2 septembre 1792, comment Septembre, cèrent, dans là salle de l'archevêché, les opérations de l'assemblée électorale chargée d'élire les députés de Paris à la Convention nationale. Le conseil général de la Commune venait d'entrer en séance quand il apprit offlcielleinent, de la bouche de Manuel, l'investissement de Verdun. Aussitôt, par une proclamation énergique, il invite tous les citoyens, en état de porter les armes, à se réunir an Champ de Mars, sous les drapeaux : et Qu'une armée de isoixante mille hommes se foriûe sans délai, et marchons i l'ennemi, ou pôuV succomber sous ses coups, ou pour Taccabler sous les nôtres. » Il nomme ensuite un comité militaire de huit membres, et décide qu'à l'instant le canon d'alarme sera tiré, le tocsin sonné et la générale bat* tue. Informée immédiatement de ces mesures vigoureuses*, TAssemblée législative y applaudit à outrance. Déjà, elle Venait de rapporter en partie son décret du 30 août, en
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décidant' que les commissaires des sections nommés depuis le 10 août, demeureraient membres du conseil gé* jiéral, et que, attendu Timmensité des travaux de, la Comjnune, leur nombre serait porté à deux cent quatre- vingtr dix-huit. Puis» les paroles de ses orateurs s'enflammèrent, prirent un étrange caractère d'exaltation. « Agissons, marchons..., il faut battre la générale dans l'opinion publique, » s'écria Lasource ; et Vergniaud : a Hommes du 14 juillet et du 10 août, c'est vous que j'invoque..., il n'est plus temps de discourir, il faut piocher la fosse de nos ennemis, ou chaque pas qu'ils font pioche la nôtre, d On voit comme, en cette heure décisive et solennelle, l'Assem* blée marchait d'accord avec la Ciommune. Elle venait d'apprendre de la bouche de Roland qu'une conspiration avait éclaté dans le Morbihan, quand parut Danton. On entendait déjà retentir par toute la ville le formidable tocsin qui sonnait comme un glas funèbre. « Ce tocsin , dit-il, c'est la charge sur les ennemis , de la France. Pour les vaincre, il nous faut de l'audace^ encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. » Au milieu des applaudissements, l'Assemblée, transportée, décréta, à la voix du ministre, que tous ceux qui refuseraient dé servir personnellement ou de remettre leurs armes à ceux qui voudraient marcher à l'ennemi, seraient déclarés infâmes, traîtres à la patrie et punis de mort. .Puis elle suspendit momentanément sa séance.; il était quatre heures.
A cette heure même un drame épouvantable s'àccom;» plissait dans Paris. La reddition de Longwy, la publicité, donnée aux pièces trouvées au château après le 10 août,; et qui établissaient la connivence de la royauté dans les machinations des ennemis de la Révolution, la lenteur de la! haute cour à juger les criminels de lèse-nation renvoyés; devant elle, l'acquittemeAt de quelques; aristocrates émé-; rites par le tribunal du 17 août, avaient violemment surexcité les esprits. Survint la nouvelle de l'investissen^ent
1270 HISTOIRE DE LA BÉVOLaTION
de Verdun; joignez à cela la proclamation de laCommunei l'invitation pressante aux volontaires de quitter Paris pouf courir aux frontières, les formidables décrets de l'Assemblée, les monotones décharges de l'artillerie et le lugubre appel du tocsin, tout ce qui enfin est capable de porter les hommes aux résolutions extrêmes et tragiques, et vous aurez une idée du désespoir sombre où étaient plongés les esprits. Quoi ! allait-on marcher contre l'ennemi du dehors en laissant derrière soi un ennemi plus impitoyable? Qu'adviendrait-il si, une fois la capitale dépourvue de ses plus énergiques défenseurs, les prisons venaient à s'ouvrir et rejetaient furieux les royalistes arrêtés à la suite de la journée du 10 août ? N'y avait-il pas à redouter de leur part d'épouvantables vengeances? Sous la désastreuse influence de ces craintes exagérées par la grandeur du péril où se trouvait la patrie, des sections votèrent la mort en masse des prisonniers. Aux prisons! s'écria-t-on; et ce bruit circula de bouche en bouche avec une signification sinistre. Le délire du crime s*empara des uns et des autres.
Les premières victimes furent une vingtaine de prêtres insermentés que des fédérés transportaient de l'hôtel de ville à l'Abbaye. Le sang appelle le sang. On tua aux Carmes, à l'Abbaye, au Châtelet, à la Force, à la Conciergerie, à Bicétre et à la Salpétrière. Le massacre se prolongea jusqu'au 5. Il nous est impossible, dans cette narration rapide, de raconter les péripéties diverses de cet exécrable événement. Avertie de ce qui se passait, l'Assemblée nationale prit des mesures assez molles. Sur la proposition de Bazire, elle envoya aux prisons quelques-uns de ses membres dont l'intervention fut absolument inutile. Le conseil général s'efforça au moins d'arracher à la mort les femmes, les prisonniers pour dettes, et tous ceux dont le détention était due à quelque cause civile. Du comité de surveillance de la Commune, où Marat avait été illégale-
CHAMtM HÙiTIÈIIB 'i 27t
ment introduit, partit Tordre de juger les prisonniersy c'est-à-dire de ne pas les égorger indistinctement. C'était laisser à quelques-uns d'entre eux une chance de sainte Des commissions de justice sommaire furent aussitôt ori ganisées, formidables jurys qui, d'un signe, d'un mot, dé-^ cidaient du sort des prisonniers. A l'Abbaye, présidait Maillard, l'homme des journées d'octobre. On voit encore sur les registres d'écrou les sentences du peuple libellées de sa main. Là le nombre des acquittés fut environ d'un tiers. Quiconque était déclaré innocent, devenait à Tins-» tant sacré; il était immédiatement mis en liberté, et malheur à qui eût osé toucher à un cheveu de sa tête. Ce fut ainsi que, comme beaucoup d'autres, tant à l'Abbaje,. qu'au Châtelet et à la Force, fut sauvé le gouverneur des Invalides, M. de Sombreuil, et non point parce que sa fille,) Jl qui l'on avait permis de partager sa captivité, aurait racheté ses jours en buvant un verre de sang humain. Ce verre de sang légendaire, inventé après coup, est una pure calomnie royaliste. Le tableau est assez chargé, santt Tassombrir encore à l'aide d'odieux mensonges.
A l'exception de trente-sept malheureuses, bien inutilement égorgées à la Salpêtrière, où elles étaient détenues pour fait de vol ou de prostitution , une seule femme périt dans les prisons de Paris, ce fut une amie* de la reine, la princesse de Lamballe. Bien qu'elle ne fût plus toute jeune, elle était belle et charmante encore. Un misérable lui coupa la tète, la mit au bout d'une pique, et promena dans les rues de Paris, aux alentours du Temple, cet épouvantable trophée. Quant au corps, quoi qu'aient raconté certains écrivains fan(aûi$téê, il fut porté intact au cimetière, par les soins du commissaire de police du quartier.
Maintenant ce qui est clair aujourd'hui comme la lu- Jugement tnr mière du jour, et ce qui est en même temps une çonsolar ^^ j*^»™*^ tien pour l'humanité, c'est que ces massacres de Septembre Sept«icbi«.
272 HISTOIRE i)B Là REVOLUTION
eurent rimprévd et rinst&ntaneité de la foudre. Les écrivains royalistes, et les artistes fourvoyés dans Thistoire, comme M. Michelet, qui les ont présentés comme le résultat d*ùn effroyable concert, ont, sciemment ou par étonrderie, altéré la vérité. Il efst certain aussi qu*à lepoque même ils ne furent pas envisagés avec Thorreur qu*à bon droit ils nous inspirent aujourd'hui. Roland étant venu dire à TÂssemblée que la journée du 2 était un jour sur lequel il fallait peutrétre jeter un voile, un des plus ardents journalistes, de la Gironde, Gorsas, écrivit dans sa feuille qu'il n'y avait pas à jeter un voile sur ces événements,' et il les qualifia de justice nécessaire. Les Girondins seront donc bien mal venus à en rejeter, avec une étonnante mauvaise foi, la responsabilité sur leurs adversaires de la Montagne; car ils étaient au pouvoir alors. Si Danton, qui parut approuver les massacres, ne fit rien pour les arrêter, ils n'agirent pas davantage, et c'est bien pourquoi* nous enteipidrons prochainement un Conventionnel illustre leur reprocher très-amèrement de ne point s'être jetés entre les assassins et les victimes. Quant à nous, qui jugeons ces tristes journées au point de vue de Thiunanité, il nous faut les déplorer et les maudire, et maudire aussi les réactions et les despotes qui portent, les peuples àrecourir à de semblables .exc€|s. , ^
Calomnie» L'image de .la patrie en danger n'apaisa malheureuse-
réciproqueB. ment pas l'âuftimosité qui régnait entre les chefs de la Gironde et les véritables démocrates, animosité que les premiers semblaient prendre à tâche d'irriter à plaisir. Dans la matinée mên;ie du 2 septembre le folliculaire Girey-Dupré accusait Robespierre, en l'accolant à Marat, de faire tous ses efforts a pour amortir le zèle guerrier des citoyens et les empêcher de voler au secours de leurs frères d]ar- "^ ' mes. »' Étonnez-tous^ après cela qu'il ait exposé à de terri-
^ , '"^ Ues représailles ceux dont il était en quelque sorte Tin-.
...... ., : ter^rètè. Leaoirmêm0,àlaCommuni,Billaud-Varenneet