‹ Précis de l'histoire de la ville de Gap, suivi de notes et éclaircissements et de notices biographiques sur les évêques de cette villeChapitre 10 sur 74 · M LA TILLB M OA». SI · texte numérisé non relu

M LA TILLB M OA». SI

paru dans la \iile avec une faible escorte qu aux cris de vive le dauphin , succèdent spontanément les cris de vivent Forcalquier et la Provence ! Des jeunes gens découvrent la bannière du roi de Sicile , et au nombre de cent cinquante, ils la promènent dans la ville , en criant : Voilà notre roi et non le dauphin. Saint-Arey, la rue Souveraine , la rue Peyrolière , la rue du Fraïsse, toute la ville enûn , sauf la Rue^Droite, se lève en masse et répète ce cri avec enthousiasme ; alors Gui-Pape, honteux et confus, remonte sur son âne, et prend la route de Grenoble T oreille basse, ne sachant comment résoudre à Tavantage de son seigneur et maître cette question de fait et de droit .

Malgré ces touchantes démonstrations , le roi René essuya un refus formel de nos consuls, lorsque, en 1^59, il eut à implorer leur assistance pour conquérir son royaume de Sicile ; il ne put obtenir ni la somme d*argentqo*il leur deman* dait pour équiper une flotte , ni les hommes de la ville en état de porter les armes, qu'il destinait à garder les o6tes de Provence. Sur ce refus, les

* Gui-Pape , question 560.— Villeneuve de Bargemont , HUioire de René Anjou, tom. 2 , p. 100.

Sf PRtot M l'histoiii

officiers du bon roi s'emparent des marchandises et des effets que les habitants de Gap aTaient dans ce comté ; les consuls recourent au parlement nouvellement institué à Grenoble , qui envoie un commissaire en -Provence , où il est emprisonné avec un citoyen de Gap qui raccompagnait. Le dauphin , dont nous avions relevé la bannière , accorde à nos consuls des lettres de représailles contre les sujets immédiats du roi René*; mais Ton ignore quelles lurent les suites de ce conflit enti*e nos deux prétendants à la souveraineté sur la ville deGap. L'année suivante commencèrent les troubles suscités par les prétentions exorbitantes du troisième et qui ne finirent qu'à la mort du prélat.

Les documents que j'ai pu consulter ne déterminent pas d'une manière bien précise quelles étaient les exigences de Gaucher de Forcalquier ; mais, vers Tannée 1^60, les habitants de Gap les repoussèrent, et en vinrent même aux propos outrageants envers leur seigneur évêque. De part et d'autre on prit les armes, et après des combats sans résultat définitif , 1^ parties belligérantes

< Archives de lliôleâ de ville , sac coU C, — tiui-Pape, QuesUont 151 el 560.

Digltized by

DB 14 VILLI 91 GàP*

eonvinrent d'arbitres pour terminer leurs différends. L'évéque fit choix du sénéchal de Pro- Tence , et les consuls de Jean d'Armagnac , gooverneur du Dauphiné. La résistance des habitants de Gap fut par eux traitée de rébellion ; ils les condamnèrent à une amende de douze mille florins d'or payables par la saisie de leurs biens et de leurs personnes ; et quinze des principaux citoyens furent mis au pouvoir de Févéque , à vie ou à mort selon sa volonté !

Alors ce mauvais pasteur fait dresser des potences aux cinq portes de la ville et élever un échaiaud devant Téglise de Saint-Jean-de-Jérusalem, où le brave Jean de Montorcier, chevalier, docteur ès-lois et citoyen de Gap, s'était réfugié avec plusieurs autres nobles personnages condamnés à mort par Févéque. La femme de Montorcier est accablée d'outrages par les gens de Gaucher et les soldats qu'il avait iàit venir de Provence. « L*on vit ces soldats dissolus , s*écrie u Juvenis , fouiller mesme , par un excès de <c cruauté inouïe, les parties honteuses des fem- « mes! ». Un rôle est dressé pour le paiement des 12,000 florins auxquels la ville avait été condamnée ; les habitants sont poursuivis malgré leur recours au Saint-Siège. Excédés des désordres et des dissolutions des soldats provençaux » la

M HÉG» DE L'HISfWlt

plupart quittent la ville, oà il ne reste que les malheureux retenus dans les prisons ou qui ont trouvé un refuge dans les immunités des ^lises; et l'on voit, pendant les rigueurs de Thiver, sept cenls familles errer misérablement dans la vallée du Ghampsaur où plusieurs de ces fugitife périrent dans les neiges. — Jean de Montorcier trouve enûa le moyen de faire parvenir ses plaintes au parlement de Dauphiné , qui fait défense à Gaucher de suivre Texécution de Kinique sentence. Un commissaire député par le parlement entre ensuite dans la ville avec les fu^ti&. Gaucher décline ses pouvoirs et lui dit fièrement qu'il ne reconnait d autre suzerain que le roi René, comte de Provence. Le temporel i^évéché est mis aus-sitôt sous la main delphinale, l'évêque est assigné à comparaître devant la cour , et les habitants de Gap recouvrent leur liberté, ^cepté leur vaillant défenseur, Jean de iMontorcier, qui se réfugie dans Téglise des Gordeliers. Gaucher £ût aussitôt élever un écha£aiud devant cette église ; mais le commissaire du parlement , Jean de Marcoux , parvient à enlever Montorcier et remmène avec lui i Grenoble. A peine ont-ils quitté la ville que l'évêque exige de nouveau le paiement des 12,000 florins ; alors Louis XI met les habitants de Gap sous sa protection et commet le

Page 1