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qui n*osa comparaître devant les commissaires
délégués par le pape , fut condamné par défaut le 13 mars 4367'.
Les débats entre l'évêque et la ville allaient
toujours croissant, lorsqu'un incident qui paraît de peu d'importance yintdéterminerrexplosion et rendre nécessaire le recours à la médiation de toutes les notabilités du pays et des envoyés du souverain pontife • et entre autres du fameux François Borelli , frire mineur et grand inquisiteur de la foi dans les provinces d'Arles, d'Aix, d'£mbrua et de Vienne , si connu par ses expéditions contre les Vaudois de Freissinières , de l'Argentière et de la Val-Pute (Val-Louise). C'est principalement par Tinsistance et la fermeté de ce terrible inquisiteur, né â Gap, que cette ville fut maintenue dans ses libertés et ses privilèges, recueillis tant des anciens titres que de Tusage et de la possession. J'ai déjà dit qu'elle avait le droit de s'imposer, sans être tenue de soumettre les rôles à Tbomologation d*aucune autorité supérieure. Or, Jacques d'Artaud s'était permis d'accorder à dame Françoise , femme de noble Pierre - Rodulpbe de la Bréoule , la décharge
'Archives de l'li(Me de vîUe , sac coté B.
raicis DE l'histoire
de sa colisalion sur une taille dressée pour les
fortifications de la \ille. Les consuls persistèrent à demander le paiement de cette contribution. De là. surgirent des débats où les TÎeilles prétentions de la ville et de révêché furent mises en question ; toutes les puissances dé Tépoque intervinrent , et on rédigea alors la transaction oo plutôt le traité de paix du 7 mars 1378, en vertu duquel le sei^eur évéque fut obligé de retirer ses lettres d*exempti6n , et la noble dame de Ta Bréoule de payer le montant de sa cote, comme les antres nobles, bourgeois et manants de la cité de Gap, toqs citoyens égaux devant 1^ loi municipale.
Cette grande charte des habitants de Gap , non octroyée , mais consentie par les parties contractantes , règle le serment qjoe les évèqucs doivent prêter avant d^entrer dans la ville , et rhonimage qui leur est dû ; mais il ne peut être exigé qu après qu*ils ont approuvé les li.bertés, les franchises elles immunités de la ville^ et donné un dîner honorable à tous les mâles qu'elle renferme , omnibus maribus ipsius ciw» tatîs. Elle s'occupe également des droits utiles du prélat, de Tadministration de sa justice, des droits politiques de la cité, du service féodal auquel elle est tenue , de son administration finan-
Oigitized
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cière, de la police municipale et de la police rurale , des droits de propriété des habitants , et de la sâreté de la place. Jacques d'Artaud jura sur les SS. Evangiles , tant pour lui que pour ses successeurs, de respecter et d observer invio* lablement toutes les conditions de cé traité , lequel prouve que la prétendue souveraineté de nos seigneurs temporels était alors fort limitée^
Toutefois, malgré la clarté de cet acte fameux dans nos annales, de nouvelles difficultés ne tardèrent pas à s'élever entre les hautes parties contractantes. Les ofûciers de Jacques d'Artaud n^en exécutèrent pas toujours les dispositions; aussi vit-on un jour d'hiver le peuple de Gap prendre les armes et chasser hors des murs de la ville ces officiers déloyaux.— Le prélat les suit, transfère à Lazer sa cour de justice , et fait citer plusieurs citoyens avec défense aux sergents de leur donner copie des citations. Les consuls en réfèrent aux envoyés du pape , et quelques mois après, Tévêque est cité à son tour pour se voir condamner à fournir aux portiers dé la ville
t Transaction du 7 mars iT»! s., Ms. aux archives de l'hôtel de ville. Elle est précéilée de la bulle de Clément VII , qui en approuve les dispositions, et transcrite en entier dans le Livre rouge, p. 310 et suiv., ainsi qu'à b suite d'une bulle de Pie II.
Voir la rotb J.
451 pRiois DE l'histoire
le pain et le vin qoi leur sont dos. Le Pape permet easuitc à nos magistrats de lever une taille de mille florins d'or pour suirre le procès contre* l'évêque , qui voulait au surplus se faire relever du serment par lui prêté en 1578, et faire an* nuler la grande charte coaune préjudiciable à son Église. Enfin, avec Tassistance de F. Borelli, un traité est signé au château de Tallard-le- Vieax , le 15 mai 1383. Jacques d'Artaud jure de nouveau le maintien de toutes les libertés contenues dans la transaction de 1378, pardonne les injures proférées contre lui par les habitants de Gap, s'engage à rétablir dans cette ville le siège de sa juridiction , casse les ofEciers qui avaient suscité le désordre, se soumet à contribuer pour Tentretien des murailles de la ville ; ^ de cettemanière , grâce à la protection du souverain pontife Clément Vif , la ville de Gap sort triom^ phante de la lutte*.
Cependant nous n*avons pas fini avec messire- Jacques Artaud de Montauban , car un nouveau traité de Tannée 139â nous apprend qu'un ancien différend élevé au sujet de la dîme du vin , fut repris et vidé à cette époque. Ce traité fut moins &yorable aux habitants que celui de 1383 , biei^
' Transaction tf« 15 mai 1383, Livie rouge , p. 143 et siUt.
Oigitizeci
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que l*inquisîteur François Borelli eût encore employé ses bons offices : indépendamment de la 18* partie des raisins perçue pour la dîme , la
ville dut encore fournir sept cuves d'une grande dimension à levéque et à ses chanoines \
Sept ans après [1399], messire Raymond de Baro, successeur de Jacques d'Artaud , s avançait vers sa yille épiscopale, après avoir fait hommagelige à Louis II , roi de Sicile et comte de Provence , pour tous les biens qu'il possédait dans le comté de Forcalqoier ; mais arrivé près de la porte Colombe, il la trouva fermée à double tour : ainsi le voulait la charte jurée pour lui en 1378. Gomme il en ignorait les dispositions , un colloque s'établit entre le prélat et le consul Justet de Bardonesche, perché sur le rempart avec bon nombre de conseillers. Après maintes explications, les officiers municipaux s'approchèrent de révéqoe et lui présentèrent , ouvert à la page 510, le précieux Ui^re des Ubertet , autrement dit LfVre roc/^e. Le nouveau seigneur temporel prêta le serment en tel cas requis ; l'acte en fut dressé près da ravelin de Porte-Colombe, Raî^et" Uum januœ Columbœ^ et alors il lui fut permis
* Transaction du 11 juinW}'^, aux archives de la préfecture. — Livre rouge , p. 142 et suiv.— A la suite de la bulle de Pie II. Voir la notb K.
44 pMÉcn m l'mistowk
d'entrer dans la ville\ Pour Tenlière exécution* du traité , le nouvel arrivant s'empressa-t-ii de donner à dîner à tous les masles de la éUde eitéh Le Livre rouge est muet à cet égard.
Ainsi se termina ce siècle orageux.
Le suivant 8*ouvre par Tépiscopat de Jean des- Sainls qui , au mois de février 1405 , sur la réquisition des consuls , dota la ville d'un règlement de police dont nous nous occuperons dans la suite. La plus parfaite harmonie existait alors entre cet évéque et les consuls ; aussi les vit-on s*unir contre le chapitre à l'occasion des droits exhorbitants qu'il exigeait pour les obsèques.
Mais cet état de paix entre les deux pouvoirs, fut de peu de durée « car, sous Léger d'Eyrargues qui prit possession de révèché de Gap en 1412, les querelles se renouvellent et durent trois années entières. Les syndics de cette ville font plusieurs voyages à Rome et à Constance où le concile était assemblé; ils obtiennent, en 1443, de Jean XXIII des lettres conservatoires de leurs privilèges, avec commission à larchevêque d'Em-^ brun , à Tévéque de Grenoble et au doyen de Gap
' Acie du 7 octobre 1599, Livre rouge, p. 155-156.
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de les faire rentrer en possession de leurs Liens injustement usurpés par divers seigneurs ecclésiastiques et temporels ; Févêque parvient à obtenir la révocation de ces lettres ; la ville recourt de nouveau au souverain pontife pour les faire confirmer, gagne sa cause en 1(^15; etTharmonie se ^établit^
Dans la suite, le prélat et la ville marchèrent tellement d accord que Léger y perdit sa seigneurie d'Byrargues. H parait qu'à cette époque les habitants de Gap avaient refusé de reconnaître la suzeraineté, de Louis Ui , roi de Sicile et comte de Provence, dont notre évêque était chancelier. Celui-ci retiré dans son château patrimonial fut accusé de félonie pour avoir été secrètement d'intelligence avec enx. Le comte- roi déclara révêque félon et lui enleva sa terre d'£yrargues pour la donner à Charles deChastillon, et somma la ville de Gap d'envoyer, à ses frais et à ceux du prélat, cent hommes d armes a Marseille pour la garde de cette ville qui, malgré nos cent soudards, ne fut pas moins prise et pillée par le roi d'Aragon'. — N'était-ce pas à l'instigation du dauphin
* lovenis » Mémoirtê inèâUt et nota autotn^ha.
* Nosindamos 9 HiiMre de Provenee , année iiiS , p. 565. — > CbMiet, Bittain du Dauphiné , lom. 8, Ht. 15, secC. 8,— Jofenis » Locoeitato.
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Charles IV que les habitants de Gap ayaicnt méconnu les droits de souveraineté du comte de
Provence? Quoi qu'il en soit, Henri de Sassenage, gouverneur du Dauphiné, avait également requis la ville , en iki9, de fournir cent piétons armés pour aller guerroyer du côté de >yons, ce qui prouve que nos ancêtres furent Armagnacs et non Bourguignons^ . Peut-être que nos cent hommes combattireal quelques années plus tard en faveur du dauphin , devenu roi de France , soixs Y éXmàdiTà à^Jehanne- La- Puce Lie ^ si indi- ^ement outragée par le patriarche de Ferney, «t si noblement vengée de nos jours par le ciseau de Tinfortunée princesse Marie d'Orléans !
La ville de Gap jouit ensuite d*une paix profonde jusqu'en Tannée ikki , où Ton voit le peuple se lever en masse, courir en tumulte à la maison épiscopale, et demander à Guillaume VIII
la déposition de son ofBcial, à cause de ses extravagances et des divisions qu'il fomentait entre révéque et les habitants. L'of&cial est déposé , mais bientôt rétabli dans sa charge. Le peuple se lève de nouveau, n obtient aucune satis&ction , cl les consuls s'adressent au légat du pape à Avignon pour en obtenir justice ^ L'obtinrent-ils?
^ Cboiier, tom. s, iiv. 12, section dernière.
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On l*i|j;nore ; mais ce prélat peu aimé durant sa sa vie , ét peut-être bien regretté après sa mort, eut pour successeur le plus hautain et le plus cruel de nos seigneurs temporels; celui sous lequel nos ancêtres eurent h souffrir les plus \iolentes persécutions.
Gaucher de Folcalquier, seigneur de Ccreste, issu en droite ligne de nos vieux suaserains les comtes de Porcalquier, fut éla évêque de Gap en ikk^ , et prit possession de révêché l'année suivante , après que ses fondés de pouvoirs eurent juré dans Téglise des Cordeliers de respecter et de maintenir les privilèges et les libertés de la ville. Nous verrons bientôt comment les habitants de Gap résistèrent aux exigences de ce prélat, et les désordres qui furent la suite de leur résistance. Je vais d'abord rapporter succinctement les événements politiques auxquels Gaucher et les habitants de Gap prirent une part active , avant que les liens qui les unissaient eussent été rompus.
Vers l'époque où cet évêque faisait son entrée dans la ville , le dauphin Louis 11 , qui régna en France sous le nom de Louis XI, transféra prè» du torrent du Turelet la foire de Saint- Martin qui se tenait auparavant dans le territoire de
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Montalquier , près de la Tourronde , céda à la ville la leyde cl les gabelles du sel , réduisit à cinquante les cent hommes d*armes qu'elle était tenue de fournir par les anciens traités , n'exigea pour tant de libéralités que mille écus •d*or et une rente annuelle de cinquante écus% et dans le courant de la même année, diminua généreusement les droits de lods des maisons de fa ruedroite, qui relevaient de lui depuis la porte Lignole jusqu'au quartier des Embaloses^,
Mais, quelques années plus tard, les habitants de Gap s attirèrent le courroux de ce prince en refusant de recevoir et de loger les troupes que le bon roi Charles, son père, envoyait au secours du duc de Milan. On dit même qu à Tinsligation de Gaucher, ils avaient tué un des capitaines et plusieurs soldats de la troupe royale. La tendresse filiale de Louis 11 ne tarda pas à se manifester: il fit saisir le temporel de Térêque et mil garnison dans les châteaux et les places de ce terrible
vassal. Gaucher fut obligé de sortir du diocèse ; les habitants de Gap et des terres épiscopales furent contraints de prêter serment au dauphin ,
* Archives (le riiùleî de \ille, Lcllrcs-palenles du 21 mat 1444, annexées à la bulle de Pie II. La leyde élait le droit de place aux foires et marchés.
* LeUres-palenles du 28 aoâl 1444 , Livre ruuge, p. 169-171.
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ti les plus zélés partisans de l'évèque , et entre
autres Pierre Grucl , son favori , furent traités en crinûneb. Cependant, par Ja médiation du souverain pontife , pris de qui Gaucher s*était réfugié, la réconciliation s'opéra, et tout rentra dans letat normal, après que le seigneur évéquedeGap eut demandé en toute humilité pardon à ce dauphin, dont les prédécesseurs se reconnaissaient en toute humilité les vassaux de nos prélats , pour les terres qu*ils possédaient dans leur diocèse ^
Nous étions tout-à-fait i*entrés en grâce en alors que Louis II demandait humblement (aucuns diraient cauteleusement) à ses très chers et bien amés hommes et citoyens de Gap de vouloir lui octroyer deux florins par feu , ainsi que Tavaient £ût les autres allodiaux de son pays de Dauphiné en rassemblée des trois états tenue à Dourgoin^. — Il paraît que les deux florins furent votés et octroyés par le Conseil de la communauté , car dans la suite le rusé chanoine de Notre-Dame d'Embrun favorisa constamment la ville de Gap contre les exactions et les violences
* Chorier, Histoire du Dauphiné, tom. Ht. 13, sect. II. — TraUé
du 5 avril 1452 , aux archives de la préfecture.
> Juvenis , noins inédili « où ia leUre de Louis XI esl reproduite leitueUement.
9ù ntos^B l'iistoiab
tle son évèque et les prétentions du bon René , comte de Provence et^e Fdrcalqaier, et roi de
Sicile m partibus.
Deux ans après , ce bien amé dauphin permit aux habitants de Gap , moyennant 200 florins , de puiser dans le torrent d*Ancelle autant d'eau qu'ils le voudraient pour arroser leurs terres déclives et brûlées par le soleil d'été. Puis , en 11^52, Gaucher de Forcalquier, rétabli dans sa juridiction, exigea d'eux une reconnaissance générale dont le titre existe encore et qui fut argué de faux et reconnu tel, lors du grand procès avec Charles-Salomon du Serre \
Deux autres prétendants à la souveraineté de la ville se faisaient alors une guerre sourde qui finit par tourner à lavantage du dauphin. En 1455, Louis XI nous envoyait le fameux Gui-Pape avec une mission secrète ; des troubles éclataient dans la ville , le roi René y accourrait , et voyait avec amertume le panonceau delphinal flotter sur la flèche de la cathédrale et sur la tour de la maison épiscopale. A peine le bon René a-t«il
I Traité du II juilkt 1450 entre les communautés d'AnceUe et de kt Rochette et la ville de Gap , dans lequel intervient le procureur général du Dauphiné ; aux archives de l'hôtel de \i\hi*'—Bec(mnaitsance du 19 avril 1452 , aux archiver de la préfecture.