DE LA V1U.B DE OAP
Bailli des montagnes pour examiner la fameuse sentence. Malgré les protestations de Gaucheri le
bailli fait ouvrir les portes de la ville et abattre les potences et les écha£iuds; cependant en 1564, nous Toyons encore la Tille et révéqne s'adresser de mutuels reprocbes au sujet des troubles qui continuent d agiter la cité« bien que les parties contendantes eussent consenti à prendre le pape pour arbitre de leurs différends. — ^Ënfin, comme H n'est pas de mal dont la Providence ou la mori* riment le remède , la mort et la Providence mirent un terme à tant de calamités. Gaucher de Forcalquier décéda en Tannée ik%k^ et fut enseveli dans la chapelle qu'il avait fait élever près de la petite porte de Valise cathédrale-,, à Tendroit où Ton Toit encore aujourd'hui les trois écussoDsqui reproduisaient ses triples armoiries, lesquelles ont été gratées en 1793 par les ennemis de la science héraldique*.
Tels furent les rapports de Févèque Gaucher avec les habitants de sa ville épiscopale , où , malgré ses déportements, il avait trouvé une
» Chorier, BUtoire duDauphinè , tom. 2, liv. 14, sect. 10.— Javenis et Rochas, Mémoires inédits. — Abrégé historique de l'Église et des éoéqtus de Gap. — Archive de l'hôtel d« viUe, êOC coU C— Livre des Ànnale$ du Ga^uciM de Gap, p. 53.
M PRÉCIS DE l'hISTOWE
trentaine de flatteurs , exemptés par Itn des rigueurs de la sentence arbitrale et de leur quotepart dans la répartition des 12,000 florins d or.
Les troubles étaient à leur paroxisme lorsque le souverain pontife Pie II (Eneas Sylvius), par sa bulle du iS^ mai iMi^ nommée bulle d'or par nos pires, Toulut bien confirmer les libertés et les franchises de la ville. L'année suivante , ce même pape nomma des ooHmiissaires pour connaître des plaintes portées par les habitants de Gap contre des clercs et des laïques qui leur avaient causé des dommages et les avaient accablés d'injures*. Et néanmoins, malgré cette protection de Fautorité la plus respectée comme la plus respect table de ce temps éloigné , le seigneur temporel qui régnait plus immédiatement sur la ville , n*en continua, pas moins d attenter à ses franchises et à ses libertés.
D'un autre côté , en 1465 , le dauphin cédait au comte de Provence ses droits sur la ville et
sur Montalquier, en échange de la terre de VandpUe ; pui3 il roqEipait le ti:aité , faisait arbora son étendard sur la plus haute tour épiscopale , çt Claude du Suau , seigneur de La Croix, le
< Mf9 <to M JA A» 15 «Mi 1461, m uddTes (le lliM de Mie du mùltérwûtîmf fbid.
DE LA VIILB DB QkP, 57
portait triomphalement dans la ville aux accla* mations des habitants , malgré les droits du roi René et l'opposition de l'évcque , à qui indépendamment des droits utiles , il ne restait guère , (et c*était beaucoup sous Louis XI ) , que la haute, la moyenne et la basse justice ^
Toutefois, lorsque le roi de Sicile eut trépassé, Gaucher de Forcalquier , sans s*inquiéter de la ▼engeance qo*en pourrait tirer le roi-dauphin , s'empressa de faire hommage à Charles d'Anjou » comte du Maine et successeur du roi René > pour toutes les terres possédées par l'Eglise de Gap dans l'étendue du vieux comté de Forcalquier. Louis XI n*ent pas le temps de se âcher , car il succéda Tannée suivante au comte du Maine , et la ProTence fut ainsi réunie à la couronne de France ^
Enfin le testament de Gaucher nous apprend que la peste avait régné pendant trois ans dans la ville de Gap et les pays circon voisins , et qu'au moment où cet acte fut rédigé , le fléau frappait
encore les habitants de la contrée. Ainsi cette inalheureuse génération , indépendamment des
' Choffier, EUUtin én DmpMni, tom. S, liv. 14, sed. n.
* Rochas , Mémoires inédits ^ p. 150, série.
S8 PRéCIS Dl L*il»T011K
persécutions de son seigneur spirituel et temporel, eut encore à supporter les fléaux du ciel !
Bn vertu de la pragmatique-sanction, le clergé de Téglise cathédrale s*empressa de donner un
successeur à Gaucher de Forcalquier. Son choix tomba sur Thibaud de la Tour ; mais Innocent Vlll , malgré la pragmatique , en nommait un de son côté et nous l'envoyait avec deux lettres de recommandation , Tune de sa part . Tautre de celle des cardinaux, adressées à leurs très chers amis les magnifiques consuls et habitants de la cité de Gap, L*une et l'autre exaltaient fort les mérites de ce prélat , {^iri singularis doctrince et integritatis^ lequel était issu d*une noble famille de Milan et se nommait Gabriel de Sclafanatis. Malgré de si puissantes protections, il ne put prendre possession de FévéchédeGap qu*en ii^95, époque à laquelle Thibaud de la Tour, soutenu
par le chapitre et par le sénéchal de Provence, fut pourvu de Févéché deSisteron^.
N'ayant fait son entrée dans la ville qu*en
^MwmàSfMémoiret inédits et notes autographes. Cet auteur nousa coDserré le teste des deux lettres : l'nne est da 3 des ides d'octolire- 1484, l'antre da 2S décembre sniTant.— Nostradamns, JETitloAr âê Frwenee^ ami^ 4486, parle d^m arrAt do GonseU de Profenoe qui déclara nulles les balles d'Ionocent Vin, fiilmliiées contre le compétiteur.
DB LA VILLE DB GAP. 59
Tannée 12^95, Gabriel de Sclafanatis n'eut pas l'honneur de recevoir dans la maison épiscopalc, où il s'établit à son arrivée à Gap , le jeune roi Charles Vllf, qui, en qualité d*héritier des conates de Provence, s'en allait, en i^94 , à la conquête du royaume de Nap]es^
Ce nouveau prélat , reconnu pour premier pasteur du diocèse et bien accueilli par les habitants de Gap, loin de chercher à restreindre leurs libertés et leurs privilèges, en augmenta Tétendue, lorsque, sur la réquisiiion des consuls ^ il traita avec eux, le 9h mars {k%%, €e pacte est assez semblable à la grande charte de 1578; seulement depuis cette époque l'élément aristocratique semble avoir prévalu sur l'élément démocratique , puisque les clercs, les nobles , les notaires , les of&ciers de la ville , les marchands et les autres citoyens n'exerçant aucun art mécanique, sont exempts des patrouilles. Du reste, tous les articles soumis an prélat furent par lui sanctionnés , à l'exception de celui qui interdisait à l'évêque
4e Gabriel de Sdafiuiatis el gui avaieot été affichées à Avignon ; c lequel c anest fut bien et beau exécuté enAvignoo, avec contre-afficbes et
c anti-placards, emplastrés anx aesmes cantons qui en avaient été c tappissez, par les officiers de PrOTence et de Cbarles, en barbe de oeuU < du Pape et de la cité ».
iJnvenis, Mimotns iMUt»
60 PHÉGIS DE l'hISTOIM
il acheter du poisson pour sa table à plus bas
prix que les autres habitants , et d'un second article bien plus important « par lequel nos consuls, par trop uêiiitaires, demandaient qn*il fût permis aux boutiquiers» de tenir leurs magasins ouverts les jours de fête , à lexception des an-* nuelles et des quatre fêtes de la Vierge. Au surplus les droits de leyde furent réglés par ce traité , et les produits partagés entre la ville et son seigneur*.
Mais si Gabriel de Sclâ^natis vécut en bonne intelligence avec les habitants de sa ville épiscopale , il n'en fut pas de même avec les ofQciers du roi-dauphin , qui , dès le commencement do XVI* siècle , avaient empiété sur sa juridiction» Au mois de février 1511 , des membres du parlement firent apposer les panonceaux delphinaux aux portes de la ville, et publier que le siège du baillage serait tranféré de Serres à Gap « avec ordre aux habitants de recourir de leurs appels devant le parlement de Grenoble. Deux neveux du prélat furent arrêté^ et conduits dans les prisons de cette ville, il fut lui-même accusé de trahison et obligé de se réfugier au château dcTallard. Ces^
♦ Trailé du 24 mars 1496 ; Livre rouge , p. 179 el suit.
Oigitized
Oe LA mLB Dl Ckf.
persécutions n*avaient d autre but que d^amener
notre évêque à consentir à la réunion de la ville de Gap au Dauphiné , réunion à laquelle il s'opposait vivement.
Le 8 septembre de cette même année 1311, les députés de la ville traitèrent avec le roi Louis XII, représenté par le procureur général de Grenoble. Le roi-dauphin fut reconnu pour souverain seigneur, et le parlement de Dauphiné pour juge en dernier ressort dans les causes d'appel. Le roi promettait protection à la ville de Gap envers et contre tous , maintenait ses libertés et ses privilèges, et déclarait que nul citoyen ne serait tenu de contribuer aux tailles et fouages delphinaux, ni de se rendre aux Etats de la province^ où Ton délibérait sur la levée des impôts ; disposition, soit dit en passant, qui fut très mal observée dans la suite. Eq&q , le siège du baillage était transféré à Gap, sans préjudice de la juri* diction ordinaire de l'évêque. — Ce traité, qui enlevait aux Juges d'appeaux de nos évéques le droit de prononcer en dernier ressort sur les causes à eux soumises ; qui , à côté do leur juge ordinaire, établissait une juridiction qui devait bientôt empiéter sur la leur ; qui semblait délier les habitants de Gap du serment de fidélité auquel ils avaient droit d après les
6S PRÉas DB l'histoim
aacicns titres; ce traité, dis-je, fut confirmé par un édit de Louis XII, du mois de février de Tannée suivante^.
11 fut un temps où nos prélats sommaient les dauphins de Tenir leur rendre hommage dans la cité épiscopale ; mais Louis XI avait changé tout cela. Aussi le successeur des Othon et des Gantelme se vit-il assigné lui-même pour comparaître à Grenoble et y prêter foi et hommage au roi'dauphin. Malgré Tappui du procureur général de Provence , Gabriel de Sclafanatis consentit enfin à traiter avec celui de Dauphiné , Jean Matheron , qui se rendit à Gap au mois d'août 1313. Notre évéque reconnut le roi-dauphin pour son seigneur suzerain et lui rendit hommage ; celui-ci le délia du serment qù*il avait prêté au roi-comte de Provence ; lui céda les vieux droits de cosse ou de consolât perçus sur les blés et les légumes ; lui laissa la haute, la moyenne etla basse justice ès villes et terres dont il était seigneur; lui permit d'avoir des juges d*appel devant lesquels seraient d'abord portées
* Traité du 8 svpUinbre , aux archives de la préfecture, et de J'hùiel de ville , Livre rouge , p. iiiS et suiv. Les consuls de cette époque éiaieol Pierre de Hontjeu , Claude Olier, avocat , et Antoine de Saim-Gemniii. — ÉéUâuH féorter 1519 , aax aidiives de I» Piéftctnre » et de l'hôtel de Ytlle » Uwe rouge ^ p. 251 et suiv.
toB lA VILLE DE GAP. 63
les causes en seconde instance; mais leurs décisions pouvaient être attaquées devant le parlement de Grenoble, qui jugeait en dernier ressort. De cette manière, révéque obtint la main-levée de son temporel , et la paix fut rétablie entre lui et le roi-dauphin , malgré le roi-comte de Pro- Tence ou son représentant ^
£n la même année , Bernardin de Clermont , vicomte dé Tallard , déserta également la bannière de Provence pour marcher sous celle du Dauphiné, et obtint les mêmes avantages que
révêque de Gap en fait de juridiction ^.
Deux ans après, un jeune et brillant monarque, successeur de Louis XU, François]", partant pour ritalie , évitait de passer par notre ville en suivant le chemin de traverse de Saint-Bonnet à LaBàtie-Neuve ; mais il ne put éviter la harangue de messire Claude Olier, devenu vi-bailli de Gap, qui le complimenta à La Rochette au nom de tous les ordres de la ville ^ François P' promit
* Traité du IS^ttlIM 1513, aux archives de la prélécture,et de l'hAtel de ville , Livre rouge , p. 288 et suiv. L'acte est reçu par Antoine FareJ » notaire. Étalirce le père ou le frère de ootre bérésiarqne 1
s Ghorier, BtiMredu DmtpMnit lom. 8, liv. 15, sect. 15.
* Imoiis, Mimoint InéHli.
6% ntm ne l'histoire
d*entrer dans nos murs à son retour de Milan
et il tint parole.
Le bon Gabriel deScla£einatis ne voulut pas terminer sa longue et honorable carrière sans avoir eu , crainte de prescription , quelque chose à démêler avec les habitants de sa ville épiscopale, il refusa de contribuer aux dépenses faites par les consuls pour les réparations des portes de la ville, et de fournir aux portiers d^icelles le pain et le vin dont ils avaient le plus pressant besoin. En un arrêt du parlement termina cette mince difficulté , en condamnant l'évêque^
Il mourut Tannée suivante , chargé d ans et d*ennuis , bien que dans le bréviaire qu'il fit imprimer en 1^199 , il eût ajouté à son litre de seigneur de Gap celui de comte de Ckarance , et qu'il eût mis une épée dans ses armoiries ; double innovation qui a fortement remué la bile de notre chroniqueur Raymond Juvenis *.
Nous louchons à une époque où les parties oontendantes auraient dû s'unir pour faire face à
Fennemi commun qui, peu à peu et 1 ou ne sait
comment , s'introduisait dan5 la ville de Gap par
* Arrêt du parlement du 25 juin 1525. Livre rouge , pag. 237.
> 4rtu.s de LioDue, Rolle des évesques de fiap.—Jv veois, Jtfémoim inéditê.
DE LA VILLE OE 6AP. 65
les cinq portes débarassées depuis long-temps des potences élevées par Gaucher de Forcalquier : je veux parler de 1 hérésie prêchée par Farel et par Calvin , que le successeur de Sclafanatis protégea d abord furtivement et ensuite avec le plus grand scandale.
Gabriel de Ciermont , des vicomtes de Tallard, fut pourvu du siège, épiscopal en Tannée 1527. Jusqu*en 1531 , il vécut en bonne intelligence avec les habitants de Gap ; mais à cette époque , ses officiers s'étant permis d'attenter aux privilèges de la cité , un nouveau traité devint nécessaire pour régler quelques points controversés. Le 10 octobre de ladite année, les consuls elles députés delà ville s'étant rendus à LaBatie-Neuve où Tévéque se trouvait ^ , il fut convenu , entre autres dispositions , que Gabriel de Ciermont , selon la vieille coutume , ferait Taumône aux pauvres de Gap et de sa banlieue , le dimanche et le jeudi de chaque semaine ; que ses ofûciers
« TnUé êu 10 œMn 1 S51 , au aiehif es de l'hôtel de ville » Me eofé G y et Ilofv rouff»^ p. ISS et aolT.
Pannllee députés de le ville, Too KUMiqiie le Ti4wllll Claude Olier, Jèan-Andié de FbDdrb et Bernard de Caxeneiirre, doetews ès-arta eteo nédediie ; Jacques Gautier; Georges de Saial4lafoel; et Jean Faim, !« consul. Ces députés souflHrenttpie dans cet acte Gabriel de dennont prit le titie de comte de Ghaianoe.
66 PRÉCIS DE l'histoike
ne pourraient Éaiire emprisonner aucun ciloyen qu*après i nformatîon et pour de» crimes capi taux, et que ni lui ni ces mêmes officiers ne pourraient imposer aucune taille aux habitants.
Ce n'était là qu'une réminiscence de la grande charte, trop oubliée de part et d'autre, et surtout par luniversîté de Féglise cathédrale qui prétendait à lexemption des impôts votés par la ville, en vertu des canons et des induits des souverains-pontifes; nne seconde transaction du 20 même mois déclara les canons sans force et les induits sans valeur : seulement , d'après les dispositions d'une sentence arbitrale de ik71, il fut permis à deux ecclésiastiques d'assister aux assemblées de la communauté. Mais , le débat se renouvela dans la suite , car le 2:2 décembre i^kk^ une nouvelle sentence condamna l'université au paiement de sa cotisation pour les biens-fonds qu'elle possédait dans le territoire de Gap^
Nous voyons ensuite [15^*8] des inquisiteurs intenter des procès aux habitants de la contrée , qui peut-être avaient ouvert leurs oreilles aux
* Transaction du 20 octobre 1 531 , Livre rouge , p^. 212 et suivanleB. — SmfeiiM orMfraie du 22 déDemdre 1544, mu «rehiveB de HiM de vifle, Sic coté
Oigitizeci by
doctrines des novateurs; le roi Henri II déclarer de nouveau les citoyens de Gap sujets et vassaux du Dauphiné ; les officiers du baillage être tenus par un traité de 1552, intervenu entre le roidauphin et nos consuls « de jurer « comme ceux de l'évéque , l'observation des libertés et des privilèges de la ville , ce qui était incontinent mis à exécution à Tégard de messires Gaspard Gautier, lieutenant particulier, et Benoît Olier, vi-bailli au siège de Gap. Dans la suite [^1558] ce vi-bailli se joignait au procureur du roi pour intenter à Tevêque et aux habitants de celte ville, unis cette fois dans la défense , un grand procès relativement h certains cas royaux du ressort du baillagc, que le prélat évoquait pour sa juri> diction ordinaire ^
£n cette même année 1558, la ville de Gap fut comprise» malgré les traités, au rôle des tailles et autres charges ordinaires et extraordinaires de la province. Au bruit de cette insultante innovation le peuple s'émeut; le conseil généra) de la communauté se réunit en la maison consulaire , proteste et se pourvoit au roi contre la décision des Étals de Dauphiné qui soumettait la ville aux impôts. En vain a-t-on invoqué la grande charte
< Juvenis, Mémoires inédUi elUfokt autogrt^het,-~Esk lS42f Ejnard («autier était juge de la ville.
68 pftiGis M l'histoub.
de 1578, la lettre de Louis XI à ses amés citoyens de Gap, le traité si explicite de 1511, et les lettres patentes de 1513, par lesquelles Louis XII , le père du peuple , avait ordonné que la ville de Gap serait rayée du rôle delphinal où elle avait été portée une première fois en ladite année, Sa Majesté passa outre , et dès -lors nous fûmes contraints de contribuer aux charges de TÉtat, nonobstant les remontrances du grand conseil
de la communauté
Deux années plus tard , des hommes du mouvement , au nombre desquels £gurcnt deux chanoines et deux citoyens du nom de Farel , se plaignirent de Tadminislration des consuls et demandèrent à grands cris la réforme électorale. Au lieu de s'arranger en famille, Taflaire fut portée au parlement qui, le 1"' février 1560, rédigea pour la ville une nouvelle constitution en cinquante articles : elle fut approuvée sans amendement, et tous les citoyens jurèrent de la maintenir et observer jusqu'à la fin des siècles. Par le premier article, les manants et habitants de Gap et de son territoire étaient admis à voter pour Télection des consuls , des conseillers et des autres ofiiciers do la communauté. Les suivants
' luvenis, MimotminiMi.
déterminaient Tordre des séances, les peines encourues par les électeurs qui n'assisteraient pas aux réunions « le mode de convocation du conseil général , la manière dont les votes devaient être exprimés, le nombre des consuls et des conseillers municipaux , et enfin tout ce qui peut se rapporter au gouvernement et à Fadministration de la cité. Mais dans ce règlement aucune mention n*est faite des rapports de la ville avec son seigneur évéque *.
C'est encore en 1560 que la cour de parlement rendit un arrêt qui prescrivait aux docteurs esarts et en médecine Bernard de Cazeneufve, Jehan Jube et Bernard de Flandria , de guérir leurs malades à un taux plus modéré que par le passé';
que les hu^ruenots commencèrent les hostilités, en brûlant les croix et les autres signes religieux du Mont-Calvaire situé à quelques pas de la ville ^ Telle est lorigine des longues dissensions qu'excita dans Gap, comme dans le reste de la chrétienté , la diversité des croyances.
< Bèglement poêm^ut du 15 fêmitr I560 , aus «dnwi de It pfélèéfediM, ec delliôtel <te viOe, lâonrougey p. S71> et «ilviDleE. VoniLAHonL.
* Arrêt de 1560, aux archives de l'hôtel de viUe, coffre, coté A, * Jofeois, MémgUm.iiUdUt, Samedi 90 jiim tSSO.
70 FRécis DE l'histoire
Dès le commencement de Tannée suivante, un grand nombre d'habitants refusèrent de payer un impôt voté pour solder les dettes de la ville. Les poursuites amenèrent une émeute, et les consuls
eurent la faiblesse de recourir de nouveau au parlement, bien que par les traités et la dernière constitution municipale, il n^eût point à s'occuper des charges locales. Par son arrêt du 50 juillet, la respectable compagnie sanctionna Timpôt extra- ' ordinaire voté par les représentants de la ville , et, sous ce rapport, tout rentra dans Tordre \
Le l** février, la ville et son seigneur, d'accord pour la dernière fois , transigeaient sur la propriété des fours banaux, et Gabriel de Clermont consentait à les rendre aux légitimes propriétaires*. Ainsi nous parvenons à cette époque d'exaltation, de fureur et de prosélytisme qui n'eut pour terme que la lassitude des partis et la tolérance religieuse de Tun de nos plus grands monarques.
Depuis bien des années la voix de Luther avait remué l'Europe ; le grand édiûce social élevé par le catholicisme était attaqué par sa base; le libre
« ArrU du M iitiUet 1561^ aux archives de la préfectnre.
* TiWuoUkm i« février 1 561 , aui aiehives de la pf^BClnic.
DB LA VILLB DE «AP. 71
examen cherchait h s^élever sur les ruines de
lautorité; Tépoquc crilique sous laquelle nous nous débattons encore avait commencé , lorsque parut dans les lieux qui Tavaient vu naître , deux jours après Timmense désastre causé dans la ville et dans la campagne par le déluge de Sainte-Marthe*, le plus fougueux des novateurs, le plus violent des iconoclastes , celui qui infatigable de corps , ardent d*esprit , intrépide de cœur et doué d'une volonté indomptable^ avait déjà consommé la révolution religieuse et politique dans la Suisse française et dans la ville de Genève , où il avait contraint le célèbre Calvin de se fixer : c*était Guillaume Farel ! Il fit d'abord retentir sa voix stridente dans le moulin deBurle situé près de la ville, sur le torrent de Bonne, le 51 juillet 1561 , et continua pendant quelque temps de vociférer contre les papolâtres et les théophages de la cité , (ainsi désignait*il les
< « J'ai vu dans les registres de Milhieu Amat , notaire à Lazcr, que c le 29 juillet, jour de sainte Marthe, de l'an 1561, entre 5 à 6 heures < après midi , il estoit entré une si grande quantité d*eau par une des c portes de la Tille , appelée Lignole , par le débonleiiiflDt de la rivière c de Bonne, que tovlela viOften avait presque été inondée, parlieiic flèieiiieDC la grande me de ce quartier qui resta remplie de sable, de c mesme que les maisons , cavea^ boutiques et écuries voisines; ce qui « Ait un présage des mau que cette ville soofbitbientost après par la « rage des bérétiques ». (Juvenis» JlfijmôlretifiiiMil»./
71 nia» db l'histoiik
catholiques), malgré les murmures des principaux habitants , et les pierres que les enfiints lançaient chaque jour sur le toit du moulin. Des menaces furent proférées par les Farélistes , et ils osèrent même s*^emparer de la maison d'école le 8 octobre suivant. Alors une assemblée convoquée par te vi-bailli devant le vicaire de révéque, protesta et résolut déporter ses plaintes au parlement si les réunions des novateurs continuaient d^avoir lieu. On signala en même temps dans rassemblée catholique une espèce de iête des fous que les chanoines célébraient indécemment dans lès rues , sur les places publiques et dans le sein des églises , depuis la veille de Noël jusqu^aux Rois. Cette fête qui sans doute avait excité les sarcasmes de Farel et contrit bué au succès de ses prédications dans la ville plus que ses innovations sur le dogme , iut dans la suite interdite par un arrêt du parlement. Mais notre entraînant réformateur, bravant les plaintes et les menaces de la majorité des habitants, aussi intrépide qu'il Tavait été à Genève dans les plus graves circonstances, porta Taudace jusqu'à prêcher publiquement dans Téglise de Sainte-Colombe d'où il avait chassé les catholiques. Cependant il fut arrêté par le \i-bailli , à qui la ville prêta main-£6rte d'après
Bt LA mLB DB GAP. 73
les ordres de La Motte-Gondrin , lieutenanUgénéral de la province en Tabsence du duc de Guise' .
La détention de Guillaume Farel ne fut pas de longue durée. La prison ou il était enfermé donnait sur les murailles de la ville : ses partisans parvinrent à Ten tirer en le faisant placer dans une corbeille qui glissa le long d'une corde attachée à la fenêtre et fixée en dehors des remparts. Peu de temps après , le lieutenant général est tué à Valence et son corps est pendu aux fenêtres de son hôtel; les protestants du Dauphiné s*emparent des principales villes de la province et se rendent maîtres de Gap le 1" mai loi>2. Farel rentre alors dans la ville, chante de sa voix rau* que le triomphe des huguenots , insulte par des imprécations ridicules et sacrilèges le vi-bailli mourant des suites d'une blessure , acquiert une grande créance parmi le peuple , et Tévéque luimême , Tévêque de Gap, le premier et Tunique renégat que le diocèse ait eu à rejeter de son sein, se rend en habits pontificaux au prêche de
Sainte-Colombe et y consomme son apostasie! — Cependant les Calvinistes abandonnent la ville le
' Higoet, Mémoire swr to réforme de Genève , p. 9.— JuveniSt Mi' moires inédits. Cet auteur rapporte textuellement la lettre adressée SU consuls de Gap par La MoUe-GoDdria , le 24 oorembre 1561.
74 psicis 1» L'HisTomi
â septembre ; Gabriel de Glermont la quitte également et n'o«e plus y reparaître, et Farel s'en
retourne à Ncufchàtel où il trépasse le i3 septembre 1565 ^
[1 563] Le jeune François de Bonne , sieur des Diguières , commençait à faire parler de lui dans le Dauphiné , lorsque Antoine Rambaud de Gap, plus connu sous le nom de Furmeyer, à la tête de quatre cents huguenots bannis comme lui de celte ville, se rendit maître du bourg de Remette alors entouré de remparts, en usant d'un grossier stratagème'. Le commandant de la place , retiré dans le clocher du couvent, sonna toutes les cloches , et avertit ainsi les habitants de la ville
* Juvenis, Ménwires inédits. Ce chroniqueur et le Livre den Annales des Capucins sont les seuls, à ma connaissance, qui aient parlé des pré-
dicBliont fie Fiardduii ta vUte mule. OnY* doigte enneur de Calvin ne Mit né en UM danale sein mèa» de la eiiéy on
au liameau des Farreanx , qni en toot temps a fUt partie de la commu-
nanlédeCap.
L'église de Sainle^iolombe était située piès de la porte de ee non; elle resta an pouvoir des prolestants jusqn^ la révocation de l'édit de Nantes; alors, elle Ait oédée au baittage^ Aiyonrdlinl, c'est une natsan élégante et confortable appartenant à M. ËUsée Roubaud » maire de Gap.
» Furmryer, feignant d'avoir été envoyé par Chaiidan , lieutenant de Laboril , gouverneur de Gap , s'approcha des habilauts de Romette et les avertit que l'ennemi n'était pas éloigné. Tandis qull leur parlait , ses soldats se saisirent des armes déposées an corps de garde établi prés de la porte, tuèrent quei(iues-uns de ceux qui la défendaient, et mirent les antres en fuite.
DE Là mLl Dl OAP. 75
voisine de venir à son secours. Les jeunes catholiques de Gap se lèvent , courent à Remette et enveloppent Furmeyer qui était sorti dé ce bourg. C'en était fait de ce capitaine et des traitres qui se battaient contre leur ville natale , si quinze gentilshommes bardés de fer, au nombre desquels se trouvait Lesdiguières , n*étaient inopinément venus à son secours. Deux jours après , la milice gapençaise commandée par ce Cadet de Charance
qui depuis mais alors il était catholique
fervent , la milice gapençaise , dis-je , revint à la charge , se battit vaillamment , fut vaincue « et Romette resta au pouvoir des huguenots jusqu'à l'exécution de Tédit d'Amboise^.
Tel est le commencement de la lutte qui s'engagea entre les catholiques de Gap et les protestants de la contrée et dans laquelle le panégiriste de Lesdiguières nous fait presque toujours succomber. Cependant la vive résistance de nos ancêtres lui arrache un aveu que je ne saurais omettre dans cette notice : « U n'y avait point de « ville qui lui résistât avec plus de vigueur que « faisoit celle-là , et c'estoit une pierre d'achop- « pement à la pluspart de ses entreprises* ».
' Vide] , Histoire du connétable de Lesdiffuières y liv. 1, chap» 5. —
De Thou , liv. 29.
* Videl , ibid. Liv. 5 , ch. Z.
raie» DB L'aitTOlU
L'édit d'Aïuboise du mois de mars 4563, qui sans doute ne fol connu dans le Gapençais que postérieurement à la prise de Remette , rendit pour peu de temps la paix à nos contrées. Des commissaires envoyés à Gap par le maréchal de Vieille-Ville , parvinrent à faire signer aux deux partis, le 16 septembre, une espèce de transaction qui , tant bien que mal , fut observée de part et d autre jusqu'au mois d'avril de Tannée suivante , époque à laquelle un nouveau règlement vint apporter des changements notables à
la loi municipale de 1560; car les protestants, malgré leur &ible minorité, obtinrent le droit de siéger au conseil et à l'administration de la ville en nombre égal à celui des (catholiques. A cet efiet, le pouvoir exécutif fut confié à quatre consuls ; mais le nombre des conseillers municipaux resta fixé àâ4, non compris les deux ecclésiastiques qui avaient le droit de siéger au conseil
* Règlement du 25 avril 156*4, aux archifes de la préfecture, el de l'hôtel de ville, Livre rouge, p. 295. — Il est dit dans ce règlement que Je nombre des catholiques pouvait être de six à sept mille , et celui des prolestants de deux ou trois cents seulement. La copie des archives tie la préfecture comme le Livre rouge de l'hôteide ville sont d'accord sur ces nombres. L'un et l'autre ne renfermeraient-Us pas une errear, . ttMitoode tasovtraUcenttprolesttau, oelliiidnlMlpwlIfBdeiB M Iroif millet Od poomil Ûln don qo*» 1864 , la populatton de Gep s'élevait ^ dix mille ftmes entiroe.
DB LA mu OB «Ar. 77
Malgré la paix d'Amhoise et le règlement politique que je viens de citer, le capitaine Furmeyer fut mis k mort , et sa maison rasée jusqu en ses fondements , dans le courant de Tannée suivante ; et de plus, s'il faut en croire Chorier, la peste vint se joindre aux horreurs de la guerre civile ^ De son côté, Lesdiguières qui 8*était emparé du commandement dans le Champsaur , faisait rendre la justice en son nom et en celui d'Albert de Champoiéon , s'emparait des biens d*ég1ise situés dans cette contrée, et n^avait garde d'oublier les quatre châteaux épiscopaux de la Fare , de Poligni « du Ployer et même du Giaizil , sous la dépendance duquel se trouvait sa terre des Diguières, sujette à hommage envers Tévèque de Gap'.
Ainsi s'élevait peu à peu la fortune du petit gentillâtre de Saint-Bonnet, qui venait d^épouser
Claudine de Bérenger.
Lesdiguières avait invité plusieurs amis à venir célébrer la fête de son mariage, sans y convier les jeunes gens de Gap; ceux-ci prennent la résolution
' Chorier, lîisloirc du Dauphiné, liv. 48 , secl, 9 el 10.
* Juvenis, Mémoires inédits. — Hommage rendu à Vévéque de Gap^ en i 542 , par Jean de Bonne , père du connétabk, cité par Arlus de Lionne.
78 pméen db CnisTaâB
de troubler la fête. Ils partent de nuit au nombre de deux eenis et arrivent sans encombre jusques aux confins de la communauté. Le rusé gentilhomme qui avait eu vent de leur entreprise €t s*était embusqué dans les taillis qui bordent le torrent de Laye , tombe sur nos jeunes ^ens, en défait une grande partie , éparpille le reste, enlève le butin qu'ils avaient fait en venant, et rentre a Saint- Bonnet en se félicitant do son beureuse counfée^*
La paix jurée à Moulins au commencement de 1566 fut sans doute observée dans nos montagnes puisque , en cette année , rien n^annonce qu'elle y ait été troublée; mais au mois de novembre de Tannée suivante, Gordes, lieutenant général de la province , ayant ordonné aux catholiques <le porter une croix blanche sur leurs habits pour se distin^juer des huguenots , ceux-ci , en vrais disciples de Farel, tombèrent sur les croisés en criant à bas les idolâtres I et malgré Vinay envoyé à Gap pour y commander, les troubles prirent une telle intensité dans cette ville que le vi-bailli fut obligé de se retirer a Serres où le siège de sa juridiction fut momentanément réta-
bli^
* Videl, HUMre du confiélodle de LMnuiktit Uv, I, ch. 6.
* Gboiier, HUMure du DaupkMy liv. iS« seeu 18 et 19.
MLàmUDBGA». 79
Si notre conscience Tavait permis, nous aurions passé sous silence, pour l'tionneur de notre cité, un événement à jamais déplorable , auquel nous refuserions d'ajouter foi si Yidel l'avait rapporté , mais qui malheureusement est attesté par un historien que nous devons croire impartial : c est la prise de Gap par les huguenots de Tallard! .
Les magistrats de cette dernière ville avaient chassé de leurs maisons les habitants qui , infidèles à saint Grégoire d'Amiiicc , leur patron , avaient embrassé ]a doctrine de Farel et de Gai vin .
Ces bannis , après avoir erré long-temps dans le
diocèse, se joignirent à quelques protestants provençaux qui s'y étaient retirés , et au bruit des troubles suscités par le prince de Condé en 1568, ils se présentèrent en bataille devant la ville de Gap, la forcèrent, et sans pitié ni miséricorde, nos implacables voisins égorgèieut près de cent catholiques qu^ils trouvèrent en armes sous Tenclos des murailles. Cependant, le 10 novembre, après s^étre emparés des biens ^ fruits et meubles^ et at^oir laissé les maisons toutes y^ides et si mal pourvues qu'il njr en aidait aucune de logeable^ ils quittèrent la ville et se retirèrent du côté de Veynes. Gorges, qui venait au secours des habitants de Gap avec sept compagnies, fut prié de
80 piiicis db: l'hutoiee
s'en retourner pour ne pas augmenter leur misère; les consuls écrivirent à messire £tieune d-Estienne, chanoine d'Aix et nommé par le roi à l'évèché de Gap, pour Tinviter à se rendre dans cette ville ; ce bon chanoine ne vint pas et leur fit espérer le secours tardif do comte de Tende , gouverneur de Provence; cependant Rosset, nouveau gouverneur de la ville , put j rétablir dans leurs charges les anciens officiers, en vertu d'un arrêt du parlementé
L'année suivante se passe en nouveaux préparati& de guerre et en pourparlers entre le goaverneur de la ville, qui voulait permettre aux huguenots bannis d'y rentrer , et les consuls Benoît de Flandria et Raymond Juvenis ( l*'du nom), qui les repoussaient de toutes leurs forces, dans la crainte qu'ils n*y dominassent de nouveau. Toutefois , ces bannis étaient rentrés dans leurs foyers en 1570 ; mais le peuple de Gap, toujours Jier et turbulent ne laissa pas s'écouler Tannée
* Juvenis , Mémoires inédils et Noies autographes. — Pour la prise de Gap par les huguenots d ^ Tallard , cet auteur s'appuie sur V Histoire des troubles depuis 15G5, liv. 4. — Quant à la rivalité qui a toujours existé entre Gap et Tallard, voirie charmant poërae de La Tallardiade, par M. Faure, de Ghabottes Gap;— 1818 et 1839. 11 est dédié à M. le baron de Ladoucelte , ancien Préfet des Hautes- Alpes.
* Bspressioa de Ghorier, mt. tom. S, liv. SO» sect. 6.
DU kà.VlUBDK si
1371 sans exciter des troubles et se livrer à des excès quçies cruautés commises dans la dernière guerre ne sauraient justifier. Des querelles particulières , on en vint à une sédition ouverte ; les catholiques attaquèrent les huguenots dans leurs maisons , en égorgèrent plusieurs et chassèrent le reste. Le gouverneur de la province , qui se rendit à Gap quelque temps après, punit les catholiques exaltés qui avaient renversé la maison du capitaine Furmeyer , et parvint à calmer quelque peu les esprits; mais il eut beau faire, ajoute l'historien duDauphiné, Le désordre était au comble^*
Hélas ! il ne dut pas cesser Tannée suivante lœrsque l'affreux massacre de'la Saint-Barthélemy fut connu dans notre ville! J'aime à croire cependant qu'il n y trouva aucun apologiste , qu'il n y fut invoqué aucune de ces^ maximes à Tusage de toutes les tyrannies, qui justifient les crimes par la nécessité^ et que Thorreur dont furent saisis les protestants fut partagée par les catholiques. A cette époque , la ville de Gap n'eut à déplorer aucun excès ; mais on y prit les armes , comme dans tout le royaume , dès le commencement de
< Chorier, mtMn émUma^M^ tem. Hy, 19 et 10, gect 6, 19 etto.
8i PltoS DE L'AUTOiai
Étiénne d*Estienne, nommé à révèché de Gap
après la fuite de Gabriel de Clermont , ne put jamais obtenir rinstitatibn canonique ; il 8*étail pourtant rendu à Gap en 1569, et y avait reçu tant d'affronts de la part des hérétiques qu*il avait été obligé de s*en retourner à Aix , où , comme je Tai déjà dit, il occupait une des stalles de Téglise cathédrale ^ Pierre l^aparin de Chaumont qui venait de quitter le casque pour la mitre , de déposer la lance pour s'armer du bâton pastoral , fut plus heureux dans ses dé-
marches que ne Tavait été Etienne d'Esticnne, Après avoir obtenu, au moyen d'une pension , le désistement de Tévéque apostat*, il arriva dans le diocèse vers la Toussaint de l'année 1572. Jamais prélat n'y $ubit tant d outrages et d'humiliations que Paparin , même de la part de ses
* Jiiv«iii8, Mémohti inidUt*
* TmUi âuli nmoHtn 1571; mUn GtOifM dê Onmm etFaparm âe Ckaimumt; Us. m aidiives de la iifélacUire.
Gel aele n'élait i>as eoimiide nos ebioniqa^iin» bien que Rodiif eofcoQl dire que Glermom evait 9^a son évèehé moyennaDl ime pensioa vUgèfe. Paperin en it racquisflioD an pris de deax mille livres lonmiito pajables ehaqoe année en denx tennea» Dana la sidte nn dififélend Relève enlie lea deux oantiactanta, eur Paparin qni avait perdu 2S mille Unes de leveiin ans guerres de religion, ne voulait plus servir la pfnriim alipiilée et en demandait la diminution. C'est dans les dossiers de cepfoete que J'ai traoré we espéditi4» dn oontiat en bonne et doe fimne.
M Là TILU M €A»« 88
co-religioDaires. 11 est facile d*eQ entrevoir la cause dans les plaintes qu*il adressa aux diTers pouvoirs de cette époque et qui sont écrites du ton mâle et fier de Thomme de gaerre, plutôt qu'avec ronction et la charité du pasteur des hommes, ainsi que dans les mémoires non moins acerbes de ses antagonistes. La guerre étant allumée dans le diocèse au moment de son arrivée, il s établit d*abord dans son château de La Bâtie-Neuve , et ne fit son entrée dans la ville épiscopale que le 15 décembre , après avoir juré d*en observer les libertés et les franchises*.
Malgré la vigilance de ce prélat, les huguenots s^emparèrent du château d*Avançon. Aussitôt il en informa le lieutenant général du Dauphiné , qui lui conseilla d'établir une forte garnison dans son château et sa inlle de La Bâtie-Neuve, afin d'empêcher les entreprises de Tennemi sur cette place. C'est ce que fit notre évéque , et jusqu^au printemps de 1575, les succès et les revers furent à peu près balancés de part et d*autre*.
En celte année mémorable, les catholiques de
'JMnofrvf fliaiii(icHlfd0l>i0v^ au anliifw dt
la prtflMtue^ineDis, IMti mOognfilm, p. 13.
Gap parcouraient le Ghampsaar aans trop d'obs« tacles ; ils allaient même jusque dans Saintfionnet, alors la Genève des Hautes- Alpes, et y faisaient toujours quelques prisonniers» Lesdiguières l'apprend au retour de sa brillante expédition de Freissinières ; soudain , il envoie le capitaine Anthoined^Embrun, commandant à la tour de Laye, se saisir de notre bétail qui paissait paisiblement à lentour de la ville. Mous n'étions pas gens à laisser impunie une telle insolence, La brillante jeunesse de Gap , commandée par Étienne Comte et le chanoine Lapalu , s*arme et court après le ravisseur qui fuyait du côté de Lara : tout promet une vengeance éclatante; nos jeunes gens , bouillants d*ardeur et de courage , son t sur le poi nt d atteindre le capitaine Anthoine, de Técraser et de ramener en triomphe les moutons dans leurs étables , quand tout -à -coup, Lesdiguières qui se trouvait sur ce point avec le chevalier La Croix de Tallard , marche à leur rencontre et s'écrie , d'après son fade historien : Messieurs de Gap « n attendez plus 9os gens / ils sont à nous. Bastien, un de ses capitaines, s'avance derrière un coteau qui le protège , et cherche à tourner les gapençais : ceux-ci voient le danger, s'arrêtent, font une courte oraison, reçoivent la bénédiction du valeureux chanoine^
et fondent sur Tennemi. Hélas ! le ciel , resté sourd à leur prière , ne seconde pas de si nobles efforts! L*homme le plus robuste de ee temps , LE Suis$£ avait désarçonné La Croix d'un coup de sa pique redoutable; mais le chevalier deTallard, se relevant promptement, le terrasse à son tour et finit par lui oter lak vie. Sur un autre point, Lapalu et Etienne Comte avaient succombé sous la lance de Lesdiguières ou de ses hommes d'armes! Toutefois « pajs de déroute : tous combattent vaillamment jusqu*à la mort, et leur sang précieux se mêle aux eaux limpides du Buzon , ruisseau vers lequel ils s^étaient repliés , et où finit le combat faute de combattants du côté des catholiques de Gap....! Le véridique Videl ose assurer que les huguenots ne perdirent qu'un seul homme dans cette fatale rencontre
C'était le jour de la Pentecôte de Tannée 4573
que les jeunes gapençais , vêtus de neuf, ayant le pourpoint blanc et le haut-de-chausses rouge, moururent pour la défense de leur religion et de leurs libertés municipales*.
Dans le courant de Tannée suivante, Laborel, gouverneur de Gap, à la tète de 1 ,500 hommes ,
^ Videl , aitUtire du connétable de LudiguièreSf Ut, 1, ch. 9.
86 raéois DB l^butoiib
alla au secours de la ville de Serres assiégée par Montbrun et défendue par les nobles capitaines
Beauregard et Cadet de Charance ; il fut défait
dans cette même plaine àe JUonS'Seleucus^ on
douze siècles auparavant avait succombé l'usurpateur Magnence. Bientôt après les assiégés furent contraints de se rendre, et Lesdiguières 8*empara, en s'en retournant', du châtcau'de la RocheHles- Arnauds. Cette prise importante termina la malheureuse campagne de lV7k dans les environs de Gap^ .
Cependant vers la Saint-Jean , Févêque , sur les instances de nos consuls^ ayant quitté son château de La Bâtie-Neuve, se rendit à Gap où il trouva installé Balthasar de Combourcier , sieur du Monestier, nouveau gouverneur de la ville et des montagnes , avec lequel il ne put jamais s'entendre. Paparin qui Taccusait de £stvoriser les hérétiques « était soutenu par les consuls et les habitants de la ville; mais les officiers royaux et surtout le vi-bailli avaient embrassé le parti du gouverneur. Or, le jour de saint Luc ( 18 octobre), le prélat est accablé d'injures dans la dicte viUe de Gap^ et il lui est tiré praditoire^ ment un coup de pistolet gui lu/ donne près la
* Videl, BiiMr€4u connétaMe de XeidHrutèm.liv. 1, ch. 9.
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BB hk VILLE M 6AP. 87
joincture du genoul , pensant bien tirer en un aultre endroit^. Paparin, dans les plaintes qu il porta de cet altentat , en accusa non seulement le vi-bailli Benoit Olier, mais encore Étienne de Bonne , sieur d'Auriac , qui , quelques années plus tard, défendit si brutalement le château de Tallard contre les entreprises de 'son cousin François de Bonne ; il en accusa enfin le gouverneur de la ville , bien qu'il se trouvât à Lyon au moment ou le coup de pistolet fut tiré par un assassin subalterne. Celui-ci fut arrêté avec quelques autres personnes « et renfermé dans les prisons de Gap ; mais , à son retour de Lyon , Baltbasar de Combourcier embrassa cette querelle; les prisons furent violées et forcées la nuit par ses gens ; les assassins en furent tirés, et bientôt après Tévéque encore souffrant de sa blessure se relira en Provence , moins exaspéré contre ses assassins que d'avoir vu le gouverneur s'emparer, au nom du roi , de son château de la Bâtie-Neuve , en chasser les hommes de guerre qu'il y avait établis ' , et
< Mémoires, Mude Pc^rin de ChaumotU^ aux arcbi?es de la préfecture.
* Selon Balthazar de Combourcier, dans un de ses .mémolies, œs bommes de guerre étaient non pat des soldati, mais de» vokim H violateurs de femmet et de fiUe»*
98 PRÉCIS D£ l'uISTOIRB
laisser les protestants s*en rendre maîtres ;
cl pourtant si ledict sieur évesque eut esté dedans avec ses gens et douze de ses amys , ils ny f eussent jamais entrés qu'il ne leur eust
cous té la moitié de leur armée *.
Ce qui dut blesser les susceptibilités des citoyens de Gap autant que cell/es de Févêque, ce fut de voir, au mois de mai 1576 , époque de Félection annuelle des consuls et des craseillers, le gouverneur et le vi-bailii se rendre en armes au sein de rassemblée électorale pour intimider le peuple et faire nommer des officiers municipaux à leur convenance. Ainsi , pour la première fois depuis Texistence de la république municipale , fut violée la liberté des votes , et cela , ajoute Paparin de Chaumont , dans le- but de Tempêcher de revenir dans sa ville épiscopale*'^
Q s'y trouvait pourtant dans la fatale nuit du 2 au 3 janvier de Tannée suivante [1577] oùLesdiguières , trop bien servi par Cadet de Gbarance
* Pièces du procès intenté par Paparin de Chaumont contre Balthazar de Combourcier , sieur du Monesticr , Étienne de Bonne , tieur d'ÀuriaCj et Benoit OlUff vi-baiUi de Gap , aux arctuves de la préfecture.
» Mémoire adressé au roi par Vévéque , sans date. Il y est dit que le gouverneur fit élire ung sien compère et ung aniUre ^e$t CréoHirt dudict vibaiUif, Ms. aux arch. de la préfecture.
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DB LA VILLB DE CAP' 89
qui s*était Youé à sa fortune après avoir renié
son Dieu et abandonné sa ville natale, parvenait à pénétrer furtivement dans «Gap par la porté Saint-Arey, tandis qu'une partie de ses gens s*y introduisait par lauberge des Trois-Rois. Aux cris des huguenots , iue ! tue ! Paparin de Gbanmont revêt à la hâte l'ancienne armure qu'il portait à Montcontour, sort de la maison épiscopale à la tête de ses gens, combat dans les rues, et ne pouvant résister au grand nombre de huguenots qui fondent sur lui de toutes parts., il se retire à la porte Colombe où il élève une barricade. Les habitants effrayés sont bientôt debout:, les uns restent dans leurs maisons et se cachent dans leurs caves, les autres prennent leurs piques et leurs hallebardes et à demi-vétus cherchent à seconder et à secourir leur pontife; quelques^ traîtres passent à l'ennemi, la maison épiscopale et celles des ecclésiastiques sont bientôt forcées et pillées , les chanoines qui n'avaient pas eu le temps d'en sortir sont faits prisonniers ; des combats partiels sont livrés en plusieurs endroits^ de la ville et les catholiques sont vaincus. Alors Lesdiguières se dirige vers la porte Colombe où Paparin faisait une noble résistance ; l'assaut est livré à la barricade , et le héros de la Rochelie et de Montcontour, le noble Paparin deChaumont,
90 PRécM D£ l'histoiai
nte met bas les armes qu*après aToir tu quelques chanoines tomber à ses côtés, et avoir reçu luimême une blessure dangereuse de la main de Lesdigaières l Le vainqueur lui permet de se
retirer à Jarjayes , village à deux lieues de Gap, que i evéque quitte bientôt pour se rendre à Sisteron. De cette ville, il porte ses plaintes au lieutenant-général de Forcalquier sur la trahison des mauvais catholiques qui avaient livré la ville aux huguenots. Une information £iite devant le juge de Sisteron reste sans résultat en ce temps de trouble et de désordre, et le malheureux Paparin, ne trouvant aucun refuge dans la partie de son diocèse située en Dauphiné, se retire à la Baume-lès-Sisteron qui devient , durant plusieurs années , le siège de révéché de Gap ; ainsi Je seigneur suzerain de douze châteaux épiscopaux se voit réduit pour tout revenu aux dîmes de cette chétive paroisse
entre autres oeliil qui a pour titre : Fakit H Mift inimiis vMUMêê pnpôikpOMr evirv sur iceiUxiiifurméf mÊêomUtaeommUtkm laxée par M» li libmtaumt nàiinU au ttêgê d$ Fonaiquiery sur Vobddion, inliiionjViolUisieei,muUies, saecagemenls perpétrés à la ville de Gàpf contre les coiÊpabUSf Imm oiMC^df , oiW» it odMmu. Sigaé P. éveaqoedeGap. ,
Les événements qui ont précédé et suivi la surprise de Gap par Lesdiguières au mois de janvier 1577 , et qui sont conlirmés par l'enquête qui eut lieu k Sisteron, ne s'accordent nullement avec le réeit de Yidelque je me suis bien gardé de suivre en eette Giiconstance.
DB LA TILLB M Qàf, 91
Cependant les huguenots , maîtres de la Tille de Gap veuve d'un grand nombre de ses habitants qui avaient suivi leur évéque , les huguenots qui déjà avaient réduit en cendres la plupart des châteaux épiscopaux situés dans le diocèse , se livrèrent dans cette ville aux plus honteux excès, et détruisirent tous les monuments que nous avait légués la puissance romaine ou qui avaient été élevés par la piété de nos ancêtres. Ainsi furent ruinés de fond en comble la maison épiscc^le et celle du chapitre , les couvents de Saint- Dominique, de Saint-François, de Saint-Antoine, de Saint-André, de Saint-Arey, la commanderie de Saint- Jean-de- Jérusalem et , ce qui est à jamais regrettable, cette superbe cathédrale d ordre gothique, et ce temple romain d'une structure merveilleuse devenu l'église paroissiale de Saint-Jean-le-Rond , sur la perte desquels notre savant Raymond Juvenis a fait entendre ses tristes lamentations* !
Lesdiguières régna pendant trois ans sur ces décombres et sur tout le Gapençais, à l'exception de la ville et du chftteaa de Tallard où commandait cet Étienne de Bonne , seigneur d'Auriac ,
' IkwiMwiift JMTt. toi aidihrasde h |«éft^^
9S PKÉGIS OB L'uiSTOiftB
signalé bien des fois comme mauvais catholique par Téréque Paparin. G*est durant cette période
que fut commis un de ces actes de cruauté trop communs dans les temps d anarchie et d exaltation religieuse ou politique, que la nécessité la plus impérieuse ne saurait jamais justifier ^ je veux parler du guet-apensdu château deTalIard, de rafTâire de la muscadelière, lorsque les soldats de Lesdiguières furent inhumainement égorgés à mesure qu'ils pénétraient dans le château où , d après lassurance de deux citoyens de Gap qui s'y étaient réfugiés, ils croyaient trouver des trai-^ très prêts à les seconder^
Malgré la paix de Poitiers qui assurait aux protestants Texercice de leur culte et approuvait leurs prises d'armes , les habitants de Gap , sortis de la \ille en 1577 , ne purent rentrer dans leurs foyers , et Lesdiguières , proclamé chef des gentilshommes du Bas<Dauphiné par le prince de Gondé qui s'était rendu à Gap en la même année , continua de guerroyer contre son cousin d'Auriac, et chercha à se venger du cruel affront que celui-ci lui avait taÀt subir à Taliard. Après divers combats le Pompée de la Rochette
* fidel, IKfMredIi eoiifiAMIedr leid^flittièriM , liv.S , du 7.
DB tk VnLB DE GAP. 9$
tomba au pooToir du César de Saint^Bonnet* ; mais la paix deNérac lui fit recouvrer sa liberté, et £t changer de face à toutes choses.
Néanmoins ce fut pour peu de temps , puisque en 1580 les hostilités étaient reprises en Dauphiné. Le duc de Mayenne qui s'y était rendu avec une puissante armée, put secourir Tailard bloqué par Lesdiguières , et Vannée suivante , imposer la paix aux protestants du Dauphiné
Pendant ce temps , l'évcque toujours domicilié à la Baume demandait aux états de la province le libre exercice du culte catholique dans le sein de sa ville épiscopale; il rédigeait de superbes statuts synodaux où la louange n'était épargnée ni à la reine-mère , estant telle quelle nest pas seulement digne de commander en tout grand et ample royaume ^ mais en toute la terre , ni à son fils Henri IIP, qui est prince magnanime, vertueux^ dévot et plein de piété et bon zèle, en la religion catholique ^ comme nous t avons veu estant auprez de sa Majesté dès sa jeunesse; il formulait des plaintes contre les mauvais catholiques de Gapt
' Videl dit quelque part, en opposant EUeane de Boone in Lesdiguières, le Pompée de cet aulre César»
* Videl, EM. du eonn^laftte de Letdifiuièrei^ Uv. S, cb. 3.
94 PBias DB l'bistoiu
et obtenait du grand-prieur de France la permission de contraindre les personnes qui s'étaient saisies de ses revenus à les lui restituer ; mais le spoliateur Lesdiguières à qui la paix de Mayenne avait assuré les places de Nyons et de Serres, ne s'émut guère , je pense , des ordonnances de M. le grand -prieur. Au mois d'octobre 1581, noire cvêque rentrait dans Gap, à la suite du prince lorrain , avec les habitants qui en avaient été expulsés quatre ans auparavant ; il bénissait le duc de Mayenne qui le délivrait de la tyrannie du renard des montagnes^ et qui , par l'entremise de Saint-Jullin , nouveau gouverneur de Gap , faisait détruire le fort que Lesdiguieres avait élevé sur Poy-Maure ; et ensuite le prince partait pour Grenoble après avoir été éloquemment harangué par les consuls de la ville de Tallard. A peine avait-il quitté nos contrées que les huguenots s'emparaient de noavean des revenus de l'évéché, et qu'ils formaient le dessein d'enlever notre évêque. 11 parvint cependant à se soustraire à leurs embûches en s'évadant la nuit par Taqueduc de Porte-Colombe S
' Hemonirance aux trois estais à Grenoble y Ms. au aidibeBde It iwérectiire.— staMê tytukbim dnl maiim , U8.im,^ Bt^wiU
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OB hk VIU.B Dl M. 95
Au mois de février de Tannée suivante , les catholiques de Gap résolurent de chasser à leur tour les protestants de leurs maisons , et peutêtre eAt-on vu dans cette ville une parodie de la
Saint-Barthélemy, si Crussilicu qui y commandait en labsence du gouverneur^ n eût déjoué ce complot
L'évêque , retiré de nouveau & la fiaume-lls- Sisteron, y dressait des remontrances pour justifier le retard qu'il apportait au paiement des décimes imposés au clergé de son diocèse; il entamait conti-e la ville de Gap un procès qui devait avoir une durée de quarante ans; il subissait la dernière des humiliations en se voyant condamné à reconnaître l'ancien gouverneur Balthazar de Gombourcier, le plus màmtùs des mauvais catholiques ^ pour chevalier d'honneur et sans reproche ; il convoquait ensui te à la fiaume une assemblée du clergé pour délibérer sur les décimes, et dans la délibération, il usurpait le titre de comte de Gap qu'alors « moins que
âB l'évesque de Gap au grand-prieur de France , Ms iôtd.— Chorier, HUtoire du Dauphinéy lom. 2, liv.20, sect. 5.— Livre des annalet det Capucim de Gap^ p. 58.— Videl, HUtoire de Letdiguières , Uv. 3, ch. 4.
*QMiÊtj EMùên dm ikmpkiné^ tom. 3 , Uv. 90, seel* 6.
96 PBiCIt DE L*HI8T01M
jamais , nos magistrats municipaux étaient disposés à reconnaître , et contre lequel a fulminé notre docte et pieux JuyenisS
En Tannée i58<^ , tandis que trois gentilshommes de Gap, qui , comme beaucoup d*autres, aboyaient peut-être après les richesses du clergé, Lavillette-Saint-Germain, Beauregard et Cadet de Charance combattaient pour la réforme ; la ville et son évêque écrivaient mémoires sur mémoires pour défendre sur le procès énormissime dont je viens de parler, ou pour en soutenir les conclusions.— £n 1585, Gap se déclara pour la ligue et les hostilités furent reprises et suivies avec acharnement dans les Hautes-Alpes. — L année suivante , Lesdiguières soumit TEmbrunais et le Briançonnais i et la ville de Gap, plus que jamab prononcée pour la sainte union catholique^ eut pour gouverneur le fameux Bonne d'Auriac ,
* Requeste au parUmeni^ présentée ii^ar l'évèque le 14 juillet 1582.^ EaBpUfU fMUfii à £0 vHU de Gap (0 30 du même moit^ Déclaration ée Paptuin †CSIatnmmf m fÊonar 4$ IMUnuar 4$ ComèmareUr, «iwr liii Mùtmtttr^ dn S8 avril 1S8S.— Ifoeét-wrAol 4ê VoMÊimMée 4Mk eler^è rimie à ta Baume le 31 ooâl 1685. miss, aux areUm de la préfecture.
L'acte du 51 août 1583 est le premier où un évèquc de Gap ait osé prendre le titre de comte de celte ville. Dans les ordonnances synodales 4e 1579» Paparin s'était borné à se dire comte de Charance.
BE LA VILLE DE GAP
remplacé ensuite parTajan, cousin de La^a-
létte, lieutenant-général de Provence. Celui-ci vint rinstaller, après avoir tenté vainement de forcer le pont de Brion défendu par Cadet de Cha^ance^
Nous touchons au moment où nos ancêtres
eurent à subir les plus rudes épreuves. Lesdi-
guières , vainqueur de toutes parts , cherchait depuis ]ong>temps un moyen d*imposer h la ville de Gap un joug qu'il lui fût impossible de briser: il le trouva en reconstruisant la forteresse de Puy-Maure qui la domine vers le nord-ouest. Les travaux , commencés au printemps de Tannée 4568, fiorent terminés en dix jours, malgré les fréquentes sorties des habitants et les escarmouches journalières qui commençaient dès Taurore èt ne finissaient qu'au crépuscule. — Saint- Jullin que nous voyons de rechef gouverneur de la ville , se trouvait alors en Provence. Informé de ce qui se passe , il s'empresse d*accourir. Attaqué à Gurban par Lesdiguières et repoussé jusqu*à Claret , il implore le secours de Lavalette qui aussitôt se met en route avec plusieurs compagnies de gens-d'armes , et tous parviennent à s'introduire dans Gap. Les habitants
* Videl , OMotn du wimikMê de Lnêi^^iitèm , Ht. S , cb. 9.
sentent redoubler leur courage , car ils possèdent
dans leurs murs Télite des soldats de la Sainte- Ligue; ils font une sortie, attaquentLesdiguières« et sont battus. ... à leur accoustumée, ajoute Tinsolent historien qui , quelques lignes plus haut, avait été forcé de signaler leur courage , leur constance et leur inébranlable fermeté* ! — Lavaiette passe quelques jours à examiner le fort de Puy-Maure , ne voit ou ne veut voir aucune possibilité de s'en emparer, retourne en Provence» et laisse la ville à ses propres forces. Mais loin des habitants la pensée de livrer au plus cruel ennemi de leur religion une place aussi importante pour TUnion catholique que la vieille capitale des Trîcoriens ! Chacun connait le poste que son patriotisme lui assigne et s y rend exactement chaque matin. Leurs moulins sont détruits par Tennemi ! N'importe : Tindustrieuse nécessité leur suggère un moyen d'échapper à la famine ; ils suppléent à rinsu£Bsance de deux moulins à bras qui leur restent, en se servant de leurs moutardiers pour broyer le grain : le pain ne leur manque pas , « et Lesdiguières n'en j< pouvant deviner la cause y envoie un homme
* Videl, Histoire du connétable de Lesdiguières , liv. 3, ch. 3. — Le passage auquel il.est fait allusion est rapporté plus haut , p. 75.
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t»i LA, mu in 6AP. M
« exprès pour l'apprendre , comme il fit avec « autant d*admiration qae de déplaisir
Les combats entre la ville et le fort de Puy*
Maure se renouvelèrent fréquemment pendant
Tété de 158S ; mais un échec éprouvé aux barricades du fameux moulin de Burle , premier témoin des prédications de Farel dans sa ville natale , et les ravages causés dans la campagne par les soldats de Lesdiguiëres , forcirent les habitants de Gap à convenir d'une trêve pour six mois*.
r^os consuls montaient à Puy-Maure et M« de Bonne descendait souvent dans la ville pendant
la suspension des hostilités. Le délai assigné par la trêve était sur le point d'expirer lorsque le caustique chef des huguenots rencontre nos dames s ébattant dans un verger et dansant au son de la voix de Tune d'elles. Lesdiguiëres accuse Mes^ sieurs de Gap de peu de galanterie et promet à ces dames ses violons pour le lendemain. £n efiTet» dès Taurore les violons du galant chevalier sans peur, sinon sans reproche , tirèrent avec grand bruit et force ruine de cheminées ^ car la trêve, avait expiré cette nuit même. Les consuls ,
* Videl , Histoire du connétable de Letdiquièm, II?. S , ch»p. 3» «Videl^tococttoto.
100 PaécIS DB L'flMTOmB
étonnés de cette brusque incartade , courent en
demander raison à Puy-Maure , où Lesdiguières débute par des railleries et termine par des menaces. N*étant pas en état de résister, les consuls consentent à donner des otages , et la trêve est prolongée pour un mois^
C'était en Tannée I S89 , al tems que prés fta^ rissent ^ que les lionnes gapençaises du xvi^siicle dansaient le rigodon dans les prairies de Camargues ou de la porte Saint-Arey, et que Monseigneur (les Diguières abattait les cheminées de la rue Souveraine. *
Le IV août de la même année , frère Jacques Clément, parricide ou martyr, selon Fopinion qui a raconté son action infâme, plongeait son couteau dans le flanc d'Henri 111, et le roi de Navarre était appelé par sa naissance au trône de France. Alors si le courage de nos ancêtres ne faillit pas, leur inteltigence fut prise en défaut. Lesdiguières leur fit entendre que toute querelle de religion avait cessé : ils se soumirent , le gouverneur sortit de la ville , et la garde en fut confiée à la fidélité, de bien fraîche date, des habitants^ Dans
« Vklél, BUUârt ûm WMiikMêdtlMHguUr$êf Ut. S, eh. 6.
* Ibid,f iiv. 3, ch. T.—JuTenis, Noies autographe* f p. 25.
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Dl Là mLB Ol «ât. iOi
la suite la ville et le fort de Puy-Maure furent donnés aux protestants comme places de sûreté ; une garnison y fut entretenue aux frais du roi ; et le fameux édit de liantes fut publié.
Nous respirons enfin^soos la charte de la réformation ; chacun rentre. dans la plénitude de ses droits ; les protestants font publiquement leur prêche dans le temple de Sainte-Colombe , et Monseigneur Paparin de Ghaumont peut , sans ohstade , chanter le Te Dewn dans sa cathédrale quelque peu restaurée.
Déjà le prélat avait fait sa paix avec Bonnç
d' Auriac qui , comme son cousin, ne s'était pas retiré le$ mains vides des guerres de religion. Au mois de janvier i59(( , Paparin Tavait tenu pour bon catholique et lui avait vendu sa seigneurie de La Bâtie-Neuve*; mais notre évèque avait tenté vainement de faire rendre gor^je à Lesdiguières ' qui sans façon avait exigé 850 écus de son receveur*. Peut-être le héros dauphinois trouvait-il un meilleur emploi de cette somme en la consacrant âi parfaire le trousseau de noble damoiselle Madelaine de Bonne, sa fille, qu'il mariait
* Acte du 28 janvier 159.4, p<mé à la Baume-lès-Sisteron , aux archives de la préfecture.
'Prock^urbal duZjmwUr 1594, ibidem.
lOÎ PftÉClS DB l'bUTOIAE
Tannée suivante avec le marquis deÇréqui , et dont les noces furent célébrées au château de Puy-Maure, devenu son séjour ordinaire*.
Au mois de novembre 1596 , le président Postier, commissaire nommé par le parlement , était venu à Gap pour y expliquer , corriger et augmenter le règlement de 1560 où se trouvaient déterminés les droits des protestants et ceux des catholiques* Il fixait les gages des consuls de l'intérieur à 13 escus et 20 sols^ ceux des consuls de la banlieue à la moitié de cette somme , et le salaire du procureur et du secrétaire de la ville au maximum de 20 francs, qui font 6 escus deux tiers* M. le président réformait ensuite quelques points de la loi électorale , et prescrivait à Fabbé de la jeunesse de ne souQrir destre suivy et accompagné , Mont à la maison consulaire , d'aucun enfant de famille , puisqu ils ne peuyent Yapoir voix*.
A Tépoque où Henri IV dressait Tédit de pacification, Paparin de Chaumont qui avait quitté
la Baume, transigeait sur les droits de fournage
* Chorier, BUtoire du Dauphine , tom. 2, liv. 20, sect. 24.
* Règlement politique du 26 novembre i^9e , aux archives delà préfeciure , et de l'hôtel de ville , Livre rouge, p. 305 et suiv.
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n LA VILLB Dl «A#.
et de consolât , avec les consuls de sa ville épîsoopale où une maladie contagieuse exerçait ses ravages * ; ensuite , malgré son grand âge , il visitait les églises de son diocèse situées en Dauphiné : il voyait avec douleur les paroisses privées de pasteurs , et les dix onzièmes de la population restés fidèles à la foi catholique , deslaissez de la pasture spirituelle , car les bénéfices . étaient tombés ès mains des gentilshommes protestants et même des seigneurs catholiques : comme leurs adversaires , ils trouvaient sans doute que ce qui était bon à prendre était bon à garder
Au mois de novembre de Tannée suivante « notre évéque adressa ses doléances aux sieurs de
Lesdiguières , d Yllins et de Vie , commissaires nommés pour l'exécution de Tédit de Nantes , et demanda , entre autres chefs , le rétablissement de la religion catholique dans son diocèse. 11 obtint la plupart des fins de sa demande ; mais
* Tran$(Kti(ms deti^et 22 amil 1598, aax archives de la préfecture. Au bas du premier de ces traités , on lit en note : Il y a dans la ville de Gap et son terroir 3,500 âmes. Combien les guerres civUei en avaienk diminaé la population f à la note est exacte !
* Btquule dê r^f^w dt Gûp mm commistairu dHiguêt pour teaéeiÊtUmdêriàtt d$19mU$f du 8 «ooMidfvlSW, sn archives de la préfecture.
lOft raicis DB l'hutoibi
il eut- la douleur de voir dire et prononcer
qu'il n*y avait pas lieu d'interdire le libre exer^ cice du culte prétendu réformé dans la ville de Gap*.
Peu satisfait sans doute de cette décision» Pa-
parin retourna à la Baume-lès-Sisteron , où il termina sa longue et orageuse carrière le 1*' août 1600 , époque à laquelle son assassin ^rai'
ou prétendu, le gentillâtre de laRochette, Etienne
de Bonne d'Auriac , acquérait d'Henri de Clermont-Tonnerre ta fiimeuse vicomté de Tallard*.
La prise de possession de l'évêché de Gap de la part, de Charles-Salomon, du. Serre « ooadjuteur de Paparin , et un règlement politique dressé par les commissaires délégués pour l'exécution de Téditde Nantes , ouvrent le xvii* siècle. Je me borne à. extraire de ce règlement qui difiFère peu de celui de 156^ , les articles relatifs à l'organisation municipale et au mode d'élection des consuls. — Le conseil particulier
* Bequeste du 8 nowmdre 1589 , àé^ citée ^ ei^maige de laquelle a» troo?e la dédsioa dea ooounissairea.
^IlMvdMiifiiialef ibveqnieliif, |».89.— Artnadelioiiiie» MMe vm LA non N.
de la Tille compreDait 3f| citoyens. Deux conseillers étaient pris nécessairement parmi les ecclési^tiques , et les vingt-deax autres , choisis par égales portions entre les catholiques et les protestants. Ce conseil formait une liste de douze candidats au consulat, et le peuple procédait sur cette liste à Télection de deux consuls , dont Tun était catholique et Ije second de la religion réformée. Le troisième pouvait être de Tune ou de Fautre croyance , et Téiection en * était laissée au lihre suffrage du peuple. Le règlement s'occupe ensuite de ladministration financière de la ville, de rinstruction publique et de Tobservance des fêtes. Les catholiques pouvaient faire des processions en ayaiit soin de ne pas troubler les protestants dans l'exercice de leur culte. L'abbaye de Mal'gouvert était supprimée et les charivaris défendus ; mais les commissaires se gardèrent de prohiber les danses ; seulement les propriétaires des maisons où se tenaient les bals étaient responsables des scandales qui pourraient s*y commettre. Enfin, il était défendu aux religionnaires de tenir des assemblées sans la permission du magistrat'.
* Régiment du 16 avril 1601 , aux archives de la préfecture , et de llidtel de liUe, Livre rmme^ p. 515 el suîv.
106 PRbCiS DE l'h1ST01R£
Ainsi , à la fin comme au commencement denos discordes civiles , les fonctions municipales étaient départies d'une manière égale entre les protestants et les catholiques, les droits des uns et des autres également garantis, et leurs croyan« ces également respectées. Que ne pouTons-nons effacer de nos annales les trente années de troubles et de dévastations qui séparent les règlements de î^6k et de 1601, dont les dispositions sont près* que identiques !
Je dois considérer le successeur de Paparin de Chaumont sous deux aspects différents. Je présenterai d abord très sommairement le seigneur spirituel travaillant sans relâche à effacer les traces des guerres religieuses, et ensuite /e contre de Gap^ armé de tous les parchemins qui avaient échappé à la fureur des religionnaires, cherchant à ressaisir la plénitude de cette souveraineté tant disputée à ses prédécesseurs dans les siècles qui viennent de s'écouler.
Dès Tannée 1603 , Charles-Salomon du Serre eut la douleur de voir réunis dans sa ville épis* copale des ministres de la religion prétendue réformée venus de toutes les provinces de France, et même des luthériens sortis du fond de TAUemagne. — Pendant que le synode protestant.
01 LA VILLE Dl CAP.
ind^ndaininent de divers articles dogmatiques,* déclarait qae te pape était Vanteckrist , le fils de perdition ^ la beste vestue d écarlate que le Seigneur déoonfiroitf notre évéque Élisait réfuter dans la chaire de sa cathédrale les paradoxes des ministres réformés « et assistait à des processions journalières avec tous les curés de son diocèse convoqués à Gap dans cette conjoncture. Il fit même venir des capucins de Provence qui , sur la fin de Tannée et au commencement de 1604 . par leur parole entraînante, ébranlèrent les croyances des hérétiques et opérèrent plusieurs conversions. Le zèle des vrais croyants fut tellement exalté que la confrérie des pénitents blancs alla processionnellement à Marseille , vers la fin de cette dernière année , pour entendre le plus éloquent de nos capucins qui devait prêcher les Ayents dans la ville des Phocéens, Pendant son séjour à Gap, ce prédicateur avait mis un terme aux diflérends survenus entre l'évéque et son chapitre au sujet de la femeuse bulle d^Alexandre 111 , par laquelle nos chanoines échappaient à la juridiction du prélat ^
* Livre des Annales des capucins, p. (iO et 68. — Bossuet, Histoire des variations,-^ Sentence arlHtrale du 5 février 1604 , aux arcbives delà préfecture.
Les pères de Saint-François parvinrent ensuite en 1613 et 161^ , avec la permission de Monsei*gneur de Lesdiguières , à s'établir dans Gap , malgré les menaces et les Toies de £iit des protestants, et surtout malgré le sieur du Villar , huguenot invétéré et gouverneur de la ville.
Sans le secours des bons catholiques du quartier de Saint-Arcy, ce gouverneur eût même percé de son épée le P. Marcel gardien du couvent que les Capucins élevaient près le tôrrent du Turelet*.
Au mois de mai un nouveau règlement
fut dressé à Puy-Maure, toujours pour l'entière exécution de Tédit de Nantes. Les dispositions en étaient bienveillantes et tendaient à concilier les droits des deux partis ; mais révêque déclara qu il ne pouvait y acquiescer, car il était devenu run des che& les plus ardents de la réaction catholique qui s'opérait à cette époque'.
Les années suivantes jusqu'à 1618 où un nouveau synode protestant fut convoqué et se réunit à Gap , se passèrent , de la part des capucins , & parcourir le diocèse et à y prêcher la parole di» yine; ils pénétrèrent jusque dans le Dévolu]:
* Livre des Anîiales des capucins t p. 76 et suiv.
* BigkmeiU du 13 mai 1614 , aux aiditm de ta préfecture.
OB LA VILLE DE GAP. 409
contrée âpre et sauvage dont les habitants, effrayés à la vue de leur costume bizarre , crurent que le capuchon conique qui s*élevait sur la tête des pères de Saint- François , coiffait des têtes de même forme. D'après les annales de ces pères , le synode de 1618 ne tourna qak la honte des huguenots qui , exaspérés du succès de leurs prédications, les menacèrent d'abattre leur couvent avec le canon de Puy-Maure ^
Quelques années après , le plus acharné de nos anciens ennemis, le maréchal duc deLesdiguières, abjurait le Calvinisme entre les mains de Guillaume d'Hugues archevêque d'£mbruu, et recevait, immédiatement après la cérémonie, Tépée de connétable de France^. A son exemple et sur les éloquentes exhortations de nos capucins , les huguenots , gentilshommes et roturiers , revenaient en foule au giron de TÉglise;. et Ton 8*étonne de voir parmi les nobles dames converties dès 1.643, la dame du Serre , mère de notre évèque et sœur du, très zélé catholique Bonne d'Auriac , ainsi que Tépouse de Daniel du Serre, sa belle-iille^
I Lhre éet AimtOa des] capudfu, p. 80 et SS.
* Mémoiret ehranologiquei et dogmatiques, par leP.d'Avrigm.toia. «, p. 522.
s Livre dts Annales des capucins , p. 70, S9 etSO.
410 PRÉCIS DE L UISTOIRB
Le gouTernear de Gap , au contraire , restait fermement attaché au protestantisme. Il défendit de nouveau , soubs des prétextes nudi^ deux , h nos pénitents blancs , sous peine de la vie , de sortir de leur chapelle avec leurs habits et de faire des processions ; alors l'évéque commanda à M. de Gamargues , recteur de la confrérie , de tenir prêle sa compagnie pour raccompagner & Embrun le jour de la Nativité de Notre-Dame. Le 8 septembre 1629, l'on vit défiler en bon ordre devant Jes huguenots , deux cents pénitents en habits resplendissants de blancheur, ayant à leur tête le pasteur du diocèse revêtu lui-même du sac de la confrérie. La procession put parcourir sans encombre Tespace qui nous sépare de la ville métropolitaine des Alpes- Maritimes , et retourner à Gap sans éprouver le moindre obstacle ^
Ainsi , à travers les prédications , Jes conversions, les processions et quelque relâchement dans les mœurs dont les détails ne sauraient trouver place dans cet abrégé, nous parvenons à 1 année 1630 , et ensuite nous rétrogradons vers i60k pour considérer Charles-Salomon du Serre sous le rapport temporel.
* Livre des Annales des capucins , p. 65.
La ville de Gap qui , dorant les guerres de -
religion , avait été obligée d'emprunter des sommes énormes, leva, par Tordre de laigle perché sur le rocher dePuy-Maure (c'est de Lesdiguiires que je parle) , des impôts directs et indirects afin d'en opérer le remboursement ; ce qui amena d'abord un premier procès entre elle et le clergé, lequel fut terminé par deux transactions du mois d'avril 1611. L'évéque fut déclaré exempt du paiement de l'impôt indirect appelé Rè^^e ; le clergé séculier et régulier ne fut tenu à aucun droit d'entrée pour les comestibles destinés à son usage; l'université de Téglise cathédrale cé.da à la ville, sous la rente annuelle de 500 livres, les fonds par elle possédés aux quartiers de Montalquier et deColombis; la ville s engagea à rembourser la valeur de Targenterie qu'elle avait empruntée à Téglise cathédrale et qu'elle n'avait jamais rendue , ainsi que 28 quintaux de métal pour fondre de nouvelles cloches. Ces légers différends se trouvèrent ainsi terminés
Mais déjà à cette époque la communauté était
' Ùrdnmanees de Letdioufèrei dtmti^f à Puy-Maure lei 26 nuan ef se antril 1611.— lYotiMCdoitt des S6 etVl avril teti, ans archives delliôiddevnie.
IIS PRÉCIS DE l'hISTOIRS
engagée dans une instance d*one toat autre portée. Charles-Salomon du Serre avait repris, en 1606, les poursuites dirigées jadis conU'e elle par Paparin deChaumont : il ne s^agissait de rien moins que de rétablir dans leur ancienne splendeur les droits utiles et honorifiques des ligueurs évêques et, tout récemment, comtes de Gap. Le tremblement de terre qui , le 31 janvier 1612 , ébranla toutes les maisons de la ville et ruina une partie de ses murailles vers la Porte -Garcine , n*était pas de nature à suspendre le cours de cet énorme procès*»
J ai déjà mentionné un règlement dressé en 161 fi pour Texécution de Fédit de Nantes. A la même époque , les consuls de Gap en présentèrent un second aux commissaires La Roche et Lesdiguières pour Tadministration des affaires publiques de la ville. Comme il ne modifiait en aucune manière Tancienne loi électorale de la cité , je ne m*y arrêterai pas davantage ''et je passerai , sans autre transition , à Tissue des graves différends élevés entre les consuls , manants et habitants de Gap , et leur seigneur spirituel et temporel.
• Juvenis , Noies autographes , p. 26.
s Règlemeni du 14 r/iat 1614, aux archives de l'hâtel de ville. Voir la note O.
Après avoir fouillé pendant quatorze ans dans
tous les coins et recoins de la maison consulaire ; après avoir sorti de leurs étuis les parchemins constatant les droits, les franchises et les privilèges de la ville et communauté, et les avoir lus, relus et commentés ; après avoir feuilleté cent fois le LiVre des libériez qu'aucuns nomment le Ui^re rouge ; après s*étre inscrits en faux contre divers actes produits par Charles-Salomon du Serre , et notamment contre la prétendue reconnaissance de 1305.; après avoir combattu victorieusement les arguments délayés dans les immenses mémoires manuscrits et imprimés de révéque qui, de son côté, avait tiré delaBaumelès-Sisteron où Paparin les avait fait porter avec les reliques de saint Demetrius et de saint Arnoux, les titres établissant ses droits à la souveraineté de la ville et de son territoire ; après avoir plaidé i outrance devant les cours d*Aix et de Grenoble, nos consuls consentirent enfin , en 1622, à ce que le disciple bien-aimé du grand Gujas, le &meux président Expilli, vînt mettre un terme aux tortures des Saumaises laïques et ecclésiastiques de la cité , en réglant définitivement les droits de TEtat et ceux de TËglise.
Le premier article du traité de paix mettait au
iik PRÉCIS DE l'hISTOIIB
néant les injures que, pendant les hostilités, les hautes parties contractantes s étaient jetées à la téte , à Texemple des héros d'Homère.— Les suivants réglaient les droits utiles du seigneur comte, et les obligations auxquelles il était tenu. 11 fut décidé que la dtme sur les agneaux, le cbanyre, les aulx et les oignons n'était nullement exigible, * et que le pulvérage et la jouissance des tours et des remparts de la ville appartenaient à la communauté. — £t quant à 1 hommage résultant de la prétendue directe universelle du prélat, hommage qui répugnait si fort à nos consuls comme à tous les citoyens de Gap, puisqu'il était prouvé jusqu'à révidencc que nos personnes étaient libres et nos terres allodiaies , messire Claude £xpilli décida qu'il fallait se soumettre k le rendre, mais h la manière des nobles , more nobilium ; car tout homme qui s'était donné la peine de naître dans Gap et sa banlieue, était noble z)7^o fado ^
Après ce traité dont les dispositions furent
* Dossiers du procès intenté parCh.-Sal. du Serre aux contuls^ manants et habitants de Gap , aux archives de la préfecUne. — Transaction du 2 mai 1622 , ibid.
Los commissaires dépuUhi par la ville pour trailpr avec révèque éCaieot (l'abord les trois consuls Jean Latelle, François Léaotier-Faiire etPiene Blanc; ensaite nobles Cbarles de Tartolles, sienr deSagnon, et Jean
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DE LA VILLE DE GAP. liS
suivies jusqu a Tépoqae de la révolution ^ et qui
YÎnt clore les luttes élevées entre la ville et ses prélats dès le xii*" siècle, rien de remarquable ne survint dans Gap jusqu*& Tannée 1629 ou Louis Xlll y ût son entrée solennelle, et fut complimenté par les consuls Antoine Buysson , Jean Millon et le capitaine Charles Spie , vêtus de belles robes de velours achetées à Sisteron ; car , avait dit , dans une réunion du conseil municipal , le cha* lioine Paul de Beauvois , ce vieux témoin des guerres civiles : « 11 &ut que la ville se montre au «. Roy comme ses vrais vassaulx et ses subjets , ^ et à cet effet qu on fasse ière une robbe de ve- « Jours au premier consul , (le conseil décida « que chacun des trois consuls aurait sa robe « de velours ) , qu*il soit faict arcs triomfans
« aux portes de la ville , et emprunter quel-
« ques pistolles pour secourir ceulz qui en auront « besoin ». Le bon chanoine n*avait oublié que le cardinal de Richelieu et son Émincnce
Abon, sieur de Reynier; Raymond JoTenis, procureur du roi , père o« micle du chroniqueur du même nom ; les avoctts Jacques Velliu , Jacques Baud, Hélic de Philiberl , el Jean Arnaud ; sires Georges Rochas , Claude Philibert, Henri Comhassive , Michel Miitoiis el Jean Rochas ; les capitaines Paul BeUoD et Marlio Rolland ; et enfin le seigneur de Montalquier.
Voin LA non P.
116 PRÉCIS DE L'uiSTOias
grise lé R. P. Joseph de Paris , qui accoinpa« gnaient Sa Majesté , et qui furent témoins du désordre survenu à la porte Jaussaude par laquelle le roi entra dans la ville; car Louis-le-Juste ayant refusé de se placer sous le dais que les consuls avaient emprunté de Févéquc , ses valets de pied s'en saisirent et le secouèrent comme ils auraient &it d'un jouet d enfant : alors les valets de ville tombèrent sur les valets de cour et leur arrachèrent le dais ; mais , hélas ! dans la lutte les quatre pommes qui lomaient furent brisées, et la ville se vit dans la nécessité d'en acheter et d'en faire dorer de nouvelles à ses frais et dépensé
Louis XIII fut complimenté de nouveau sous
les arcs triomfans à son retour de sa brillante expédition du pas de Suze ; et tout cela n'eut pour la ville de Gap d'autre résultat que devoir sa dette s'augmenter par les réquisitions énormes dont elle fut frappée pendant cette guerre , à laquelle vint se joindre un fléau bien autrement
* Registre des conseils gènéraui cl particuliers de la ville de Gap, années m-lS et iG-î9 , aux archives de l'hôlel de ville.
C'est le 1!» février 1G29 que Louis XIII fit son entrée dans Gap. Mais qu'aurait dit Tallard s'il avait su qu'à celle époque s;i su|)erl)i* rivale n'avait ni velours pour habiller ses consuls , ni une pislolle pour faire l'aumôoei ni un dais pour recevoir le roi de France !
DE Là VILLB DE GAP.
redoutable , qui n^atteignit ni le P. Joseph , ni le cardinal , ni le roi, bien que celui-ci n'eût pris aucune précaution pour éviter le danger ^
La peste , puisquil faut [appeler par son nom , régna dans les Alpes dès 1629 ; et malgré
les mesures de précaution ariêlces par nos magistrats municipaux , elle pénétra dans la \ilie le 3 juillet 1630. La charité chrétienne ne recula pas devant la hideuse maladie : les capucins surtout affrontèrent avec courage ce nouveau genre de martyre. La plupart d'entre eux succombèrent et, au mois d'octobre , sur cinq mille personnes qui avaient. été atteintes de la peste, trois mille estoient passées à une meilleure i^îe, munies des sacremens de f Eglise et assistées chresliennement et charitablement de nos religieux , dit , en terminant ce terrible épisode de notre histoire locale , le rédacteur du livre des Annales des capucins de Gap*.
L*année 1653 vit se consommer, par ordonnance de monseigneur le cardinal , la destruction
«IMimt.DélibéfalioiiâaSiiiani6t9.
• BegMre des ostmMèe* tenues au bureau itabU pour la sanlif en 18S9 elieso, aux archifes de lliôtel de TiUe.
Le iioiii.de8 codsqIs élus pour ces deux années mérite d'être dté , même dans imprécis. — feS8: noble Baldtaiar d'Abon , l'^oonsnl; Espérit de Gaieneiifîe, 1" consul ; Alexandre Villar, consul Ibresder.—
119 PBÉGIS DS L'illirOllB
de Ja citadelle et do château de Puy-Maure^ élevés jadis' par Lesdiguières. Charles -Salomon du Serre , qui était devenu paralytique , mourut le i6 mai 1637 , et son oraison funèbre fut prononcée par le gardien des capucins. Ce bon pire rendit le même office à la mémoire d'Étienne de Bonne d'Auriac qui venait de terminer en Piémont sa brillante carrière; et , en Tannée i6kO » le célèbre Artus de Lionne, notre nouvel évêque, fit son entrée dans sa ville épiscopaie^
il siégeait depuis quatre ans , lorsque les jésuites du collège d*£mbrun tâchèrent de s'établir dans Gap , sous le prétexte qu*ils seraient plus à portée de percevoir les rentes et de traiter les autres afEaiires du prieuré de Saint-André uni par le pape à leur collège. Les Provinciales , ces importunes menteuses , n'avaient pas encore paru ; et néanmoins le conseil municipal, le chapitre de
1630 : Gaspard Jufenis , t^eoMul ; JetfkJieUoii , 9»ooii8iil ; Jean-Uw Ejnud, 3« coDsul.
— Livre des Annales des capucins, p. 92 et suivantes. — Ce manuscrit contient les détails les plus touchants sur la conduite tenue par ces religieux et par les principaux citoyens de Gap, en cette triste conjoncture. Mais n'y a-t-il pas exagération dans le nombre des i)ersonnes atteintes de la peste . et dans celui des habitants qui succombèrent? Le rédacteur du Livre des Annales a une singulière propension à enfler ses chiffres : ne dit-il pas , dans un antre endroit , que TaUstnl a une population de deux à trois mille âmes !
* lÀwe dei Annale* de* capucin* , p. 65 et 104,
m hk TILLB DE «AF. 149-
la cathédrale et les religieux des couvents établisdans la ville , consultés par 1 evéque, repoussèrent unanimement la demande des pères d'Embrun , malgré le zèle, par trop moliniste de quelques dames de la ville , et les prédications éloquentes du R. P. Bertaudqui, dans un dernier sermon {uréché à la cathédrale, s'écriait : <« Groyez- « vous, mes frères, que si saint Dominique et « saint François ctoient encore vivants, que l'un « fut prieur du couvent des PP. dominicains « de Gap , et l'autre gardien du couvent des cor- « deliers et des capucins, ils nous eussent rebutés « comme Font £aiitles religieux de ces couvents? « IVon , sans doute ; ils nous auroient dit a[jréa- « blement: venez, mes frères^ travailler avec « nom , et les- auroient reçus à bras ouverts , au « contraire de leurs enfants qui les rebutent. » Gette touchante prosopopée n'exerça aucune influence sur Tesprit de nos religieux , et les Pères d'Embrun s'en retournèrent comme ils étaient venus, moins Tespérance de réussir dans leur entreprise*.
D'après ce qui précède l'on pourrait croire
* Livre des Anmles des Capucins , p. 118 et suiv. — Délibération du 19 mars 1644, prise par le Coiiscil viunicipal de la ville de Gap, présidé par Raymond Juvenis , premier cansul et procureur du roi aubaillage, (C'est l'hislorien.")
Les dames ) qui en matière de dévolioD ne sont pas les dernières à
190 PBtoS DB L'BISfOUB'
que, vers le milieu du xvii* siècle. Ton s'occupait dans Gap des querelles du jansénisme plus que de Thérésie de Farel et de Calvin. Mais les huguenots de cette ville , oubliant que la confrérie des pénitents blancs avait obtenu du roi , en 1616 et 1622 , rautorisation de faire des processions publiques, se livrèrent à un acte de violence inexplicable pour une époque où les querelles religieuses du siècle précédent semblaient entièrement éteintes. Vers Tannée , au moment où la procession des pénitents défilait devant le temple protestant, les respectables frères furent assaillis tout-à-coup par M, deBeauregard et par d autres notables calvinistes qui , 1 epée è la main , n*eurent pas beaucoup de peine à les mettre en déroute. Les protestants les poursuivirent jusque dans leur chapelle élevée sur les ruines de Sain t-Jean-lc- Rond , où ils commirent
Ascourir doctement sur les droits de t^glise, croyant peut-être wmA ' selon Texpression du bon père qui a rédigé le Livre des Annales , qp» la Tille allait se peupler et s'enrichir par l'arrivée des Jésuites , firent des quêtes dans toutes les maisons , ne demandant que de l'argent ,
du linge et toutes sortes de meubles pour leurs bons pères de la compagnie de Jésus. < M. de Lionne en témoigna son mécontentement à la demoiselle de Mont-Gardin, à la dame de Manteycr , Anne de Lamaçon, et à la dame du sieur Antoine Rochas, laquelle était de la maison de Pontevès de Riez >. ( livre des ÀnnaUs des capucins f LococilaU).j
les profanations les plus révoltantes. Cet inconcevable délire se montrait sous le pontificat d*Artus de Lionne , alors qoe Hugues de Lionne , son fils , était ministre d'état du roi trèscbrétien , et le confident intime du cardinal Mazarin au &ite de sa puissance ! Le procès auquel il donna lieu fut terminé par des excuses faites à révêque , en présence du sacristain et du recteur des pénitents* ; et depuis lors , protestants et catholiques vécurent en assez bonne intelligence jusqu'à la révocation deTédit de Nantes , époque à laquelle les premiers sortirent en masse de notre ville , avec leurs femmes , leurs enfants , et , selon la phrase d'obligation , avec leurs capitaux et leur industrie.
La suite du règne de Louis xnr jusqu'à Tannée 1692 ne présente pour notre ville aucun fait de nature à trouver place dans cet abrégé. Toutefois , je mentionnerai le vieux procès existant entre nosévéqnes et leur chapitre, lequel fut repris par Pierre de Marion , successeur d*Ârtus de Lionne» et suspendu par un arrêt conventionnel de Tannée 1673 ; puis repris de nouveau par Charles-Bénigne d'Hervé , et terminé par une
* Registre de la confrérie des pènilcnts blancs de la ville de Gap. Reialiou écrite eo 17!21 par le F. Ruure, recUur indigne.
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transaction de 1787. — Présenterai-je maintenant la ville de Gap et toute la contrée des Alpes ao courant au Laus au récit des merveilles opérées par rintercession d'une simple bergère de Saint- Étienne-d^Avançon , nommée Benoite Rencurel*; les protestants expulsés du consulat et des autres fonctions publiques de la ville par arrél du conseil du 2 mai 1681, et leur temple, où jadis Guillaume Farel séduisit par sa yébémente éloquence le seul de nos pontifes qui ait erré dans la foi , détruit de fond en comble après l'édit de révocation?... Ces détails nous mèneraient trop loin.
Mais voici le moment où va s'accomplir la ruine de lantique cité des Alpes. Louis xiv avait à se défendre contre l'Europe coalisée , lorsque les alliés commandés par le duc de Savoie passèrent les monts au mois d août 1692. Ce prince s'empara de Guillestre et d'Embrun, et une partie de son armée arriva le 29 à Gap où ellé entra sans résistance. Le maréchal de Gatinat , n'ayant à lui opposer que des forces bien inférieures, s'était placé au Pertuis-Rostan et n'avait laissé pour observer l'ennemi que six mille
'Von i^KonQ.
DE LA. VILLB OB GAP. 125
hommes de cavalerie qui furent contràints de se replier vers Corp ; de sorte que notre ville se trouva à la merci de Farmée alliée.. Les généraux du duc usèrent largement du droit de la guerre ; ses soldats portèrent la dévastation dans toute la contrée, et en partant, le 12 septembre, ils brûlèrent non seulement la ville de Gap, après ravoir pillée , mais encore les bourgs et les villages d'alentour qui ne s'étaient pas racUetés par de fortes contributions. Alors fut également incendié et démantelé ce superbe château de Tallard , Forgueil du Gapençais , possédé a cette époque par Camille d'Hostun moins connu par ses triomphes que par la défaite d'Hochstet* ! Nos traditions attribuent Tembrasement de la
* Registre journalier commencée» 1690, aiix afchives de Vhm de ville. — Rocbas , Mémoires inédOi,
La vicomté de Tallard appartenait anciennement à la famille des princes d'Orange , qui en fit don , en 121S . à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.— Elle relevait du comité de Forcalquier comme l'Embrunais et le Gapençais , et comprenait, indépendamment do la ville cbef-lieu , les communautés de laSaulcc, Lardicr et Valença, NctTes el Pelleautier.— En 1232 , l'ordre de Saint-Jean-tle-Jcrusalem échangea Tallard el ses dépendances contre le comté d'Alife en Sicile , appartenant ^ Araaad de Trian, neveu du pape Jean XXII.— Le 29 juin 13ÎM), Louis, roi de Sicile , comte de Provence el de Forcalquier, oonfinna Araaad de Trian dans ses droits et ses posseasiiMis, lui inféoda toutes les régales de la vieomté , à charge dlMmiiiiage et moyennaot dii mille florins qui ftuent employés k lever des troupes pour le serfice du oomle-ni.— Tallard passa ensuite en la possession de Louis de Trian , fils d'Arnaud ; puis, en
12% pfticis De l'histoire
ville * soit à Timpéritie des consuls qui auraient exigé une quittance de Timposîtion offerte et acceptée , soit à rélourderie des députés qu'elle envoya au-devant de Tarmée ennemie. L'on pense qu'en usant de prudence et en montrant quelque fermeté, on eût évité le pillage et T incendie , comme Tévita le village de la Saulce , en payant sept à huit cents livres de contribution^.
La misëre dans laquelle furent plongés les habitants de Gap ne fut nullement soulagée par Texpédition du maréchal de Gatinat qui , Tannée suivante , fut vainqueur à la Marsaille et
Tannée 1400, en celle d'Antoine do Sassenage , par son mariage avec Anne de Trian , (ille de Louis. Celle-ci était dame de la Cour d'Amour deKomanii), — Françoise de Sassenage, fille d'Anne de Trian , s'élant mariée en 1439 avec Antoine de Clermonl-Tonnerre , la vicomté de Tallard resta dans cette famille jusqu'en l'année 1600 , époque à laquelle elle fut ac(|ui.se par Eli( nnc de lionne d'Auriac. — Catherine de Bonne d'Auriac éj)Ousa Rojjer de la Beaunie d'ilostun eu 1G50. Ce mariage donna le jour à Camille d'Hoslun, maréchal dn France, qui en 1712 obtint que la vicomté de Tallard fut érigée en duché-pairie. — Le duché de Tallard passa successivement par suite de mariages ou de dispositions testamentaires à la dame de Sassenage , à la dame de Veynes, au comte Gabriel de Berenger, tué sur le champ de bataille à Dresde le 30 avril 1813. — M. Raymond-Ismidon-Marie , marquis de Berenger , et demoiselle Gabrielle-Marie-Rosalba de Berenger , ses enfants , possèdent aujourd'hui Tallard et ses dépendances, et oontiouent, malgré les lois de la révolution , d'y exercer les droits féfdins , ainsi qnele pnrafent les procès par eux intentés à leurs sujets de la Sanloe et de Lardier , relativement aux ailuvions de la Durance.
« Compte comulaire de la communauU de la Smlce,
M LA VILLE DE GAP. 425
brûla la Vennerie » maison de plaisance du duc de Savoie, près de Turin, en représailles de Tincendie de leur ville. Ceux qui ne jouissaient pas de quelque aisance en quittèrent les ruines et allèrent mendier leur pain sur une terre étrangère ; quelques-uns s'élablirent dans les villages Toisins; d'autres se bâtirent des chaumières à travers champs ; en telle sorte , dit un mémoire du temps , çuon ne compte pas les habitants de la pille au tiers du nombre gui la composoii anciennement^ .
Les traces de ce funeste euibrasement se montraient encore dans les divers quartiers de la ville , avant la révolution de 4789. Il est \rai qu'à cette époque le chaume qui , vers le milieu du mn* âiècle , couvrait un partie des maisons , était déjà remplacé par Tardoise ; mais que la population se trouvait loin de Tétat prospère où nous la voyons aujourd'hui !
L'épiscopat de Charles-Bénigne d'Hervé , sous lequel Tenaient de se passer de si tristes événements , vit se terminer ^ par ordre du grand roi ,
* Livre des Ànnairs des Capucins , p. 208. — Mémoire dressé par M.de Malissoies le 8 niai 1706» Ils. aux archives delà préfecture.— > Rochas, JHémoiret inédiis.
IS6 PRtos DE L'HISTOni
un (lifiEérend qui , depuis un demi siècle , s était élevé entre les comtes souverains de Gap et le représentant de Louis xiv dans la cité. Il s'agissait de savoir qui« de i'évéque ou du gouverneur, avait le droit d*allumer le premier les feux de joie ; et certes , sans parler de ceux, de la Saint-Jean , ils étaient devenus fréquents dans ce siècle de gloire et de conquêtes ! Deux décisions royales portées en 1678 et 1688 , furent renouvelées en 1695 : Tévèque et le gouverneur durent marcher de pair et allumer simultanément , sur les ruines encore fumantes de la ville de Gap , les feux de la Saint-Jean et ceux ordonnés à Toccasion des réjouissances publiques ; et la paix entre les deux wuverains fut rétablie à jamais*.
Ainsi je clos lexvii* siècle, pour aborder celui
de la bulle Unîgenîtus et de la banqueroute de Law , de TEncyclopédie et de la Raison par
alphabet, de la perfectibilité rétrograde de
Rousseau et de la perfectibilité ascendante inventée par le neveu de Tun de nos évèques ( M. de Gondorcet)* Il fut appelé le siècle des lumières et de la tolérance , et se termina par Timmense
< VouitT relaUfau différend Hmé enire le$ Mqua «I lef gomernewndeGapi fur ift fèuxdêjolêt eonlmmtlA pièeet numutâertteit -aux arehives de la fwéÎBeliiie.
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De LA VILLE DE GAP.
révolution qui a cfaangé la face de 1 Europe : pendant sa durée se complétèrent les doctrines de Farel et de Calvia , et la ruine de nos franchises municipales.
A révêque gallican Hervé, dont la conduite devint fort équivoque lorsqu'il eut atteint la 50* année de son âge, et qui fut relégué à Condom par Louis xiv, succéda en i 706 le saint des Alpes, François Berger de Malissoles. Nous lui devons la restauration de Téglise cathédrale ruinée par les troupes alliées lors de Tinvasion de 1692. H publia en 1712 des ordonnances synodales qui témoignent de la pureté de ses mœurs et de la rigidité de ses principes , bien qu*il fût tris zélé moliniste , comme on le voit par les craintes continuelles que lui inspiraient les professeurs doctrinaires de son séminaire . dont il suspectait Forthodoxie. En 1720, il reçut dans sa ville épiscopale de fort nobles personnages parmi lesquels nous remarquons le père du célèbre ami des hommes Jean-Antoine de Riquetti , marquis de Mirabeau , et Françoise de Castellane , son épouse ; Hippolyte de Pissanis de la Bouillie ; le président Claude Souchon Despraux , et la sœur Lucrèce du Saint-Esprit , sa fille , paralytique, qui fut guérie miraculeusement après une neuvaine feite au Laus par sa famille. Tous
PBÉCIS DE l'hUTOI&B
fuyaient devant le ûéau qui alors désolait la Provence.
M. de Malissoles siégea àu concile tenu à Embrun en 4727 , où le vieux et tenace Soanen , évéque de Senez , fut condamné et déposé. Dans les actes de ce concile , notre évéque prit le titre de prince du Saint-Empire conféré à l'un de ses prédécesseurs par Frédéric I" : il mourut à Gap le 21 septembre 1738, rempli de jours et de mérites , et en odeur de sainteté , ajoute Eochas dans ses Mémoires. Pendant son épiscopat , il eut la douleur de voir des protestants nouveaux convertis , aller clandestinement à Genève pour s'y marier ; il en porta ses plaintes au régent luimême , et ensuite au ministre Voysin, à l'intendant de Grenoble , et au chancelier d*Aguesseau. On lui donna les moyens de sévir contre eux ; mais s'il levait la main ,.en bon père il frappait toujours à côté^
Claude de Gabannes , qui prit possession du siège épiscopal en 1759 , et qui marchait sur les traces de son pieux prédécesseur , vécut très-peu de temps ; il eut pour successeur en 1742 ,
'Correspondance aux archives de la préfecture. Enire autres lellrcs, voir celle du 11 novembre 1721, sigoée Daguesseau , sans aposlrophe.
Ol LA VlIXl DB 6AP. 4t9
iacques-Marie de Caiitat de Gondorcet, ancien officier d'infanterie ou de cavalerie , et amateur , dit M. de Rochas , de la vaine gloire. Dès la première année de son entrée en exercice , il fit ouvrir un registre au palais épiscopal dans lequel tous les membres de son clergé , voire les pères de la doctrine chrétienne , furent tenus de souscrire une déclaration portant qu'ils reconnaissaient la constitution Unigeniius comme dogmatique et comme une loi irréformable de l'Eglise. Au lieu des francs vauriens que l'on trouvait à chaque pas dans la ville ayant son arrivée , il ne dut plus rencontrer que des hommes pieux et d'une conduite exemplaire , convertis pendant le carême de i 7(^2 par les prédications du P. Joseph de Châteaaroux. « Autrefois , dit « le rédacteur du LiVre des Annales des Capu- « cins , il y arrivoit beaocoùp d'accidens dans le « carnaval ; et cette année le carnaval a été pres- « queaus.«ii réglé que la semaine sainte.... G*est « effectivement le seul doigt de Dieu qui a opéré « toutes ces merveilles; car qu'une communauté « de capucins, et la plupart jeunes gens aient « renversé une çille comme Gap pour les vices y u c'est un miracle visible 4e la grâce de J. G. ! » Les moeurs de la régence et du Parc-aux-Cerfs avaient-elles donc pénétré jusqu'au sein des Alpes?
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Durant son administration M. deCondorcet vit réunies dans sa ville épisoopale les armées française et espagnole qui devaient pénétrer en Italie aÛD d'assurer à rinfantDom Philippe la possession du duché de Parme. Avant de la quitter, elles avaient communiqué une maladie contagieuse sons laquelle succombèrent plus de douze cents habitants do la ville ou de sa banlieue. Au mois de juillet il^k , il put être témoin de Tinauguration de la caserne par les consuls de Carmargnes , Vallon-Corse et Guignes de la Garde qui en posèrent la première pierre , sinon en grande robe , du moins en chaperon de velours; mais déjà peut« être à cette époque , M. de Condorcct était-il parti pour Auxerre , où il venait d'être transféré.
A M» de Gondorcet succéda , en 1756 , le dénicheur desaints, Pierre-Annetde Pérouse.Ce savant ivêque raya sans façon de son bréviaire . le fondateur deTéglise deGap, les martyrs Eredius et Territus, et le saint confesseur Constance; et, ce qui est moins tolérable* il ne voulut jamais reconnaître comme authentique Thistioire du grand St. Grégoire d'Amnice, patron de Tallard. il réforma les chanoines peu réguliers de N. D. de Chardavon établis à la Baume-lès-Sisteron ; puis il mourut eni76âetfut inhumé dans Téglise cathédrale tout près de M. de Malissoles , son oncle.
1» LA mu 1» eâv.
François de INarboiine-Lara , qui vécut à la cour plus que dans son diocèse , suceèda à M. de Pcrouse, etfut transféré à Evreux en Tannée 1775, après aToir ioadé dans Gap un grenier d abon* dance qui penche vers sa raine. .
M. de Jouffroy-Gonsans , de la même famille que rinventeur des bateaux à vapeur Jou&oy d*Albans-et le philosophe Jooffroy mort en iSk% vint ensuite pour être témoin du terrible ouragan de 1777. Dans la nuit du 21 au 22 septembre les vents du nord et du midi extraordinairement chauds s'entrechoquaient avec violence. Vers les neuf heures du soir , toutes les cloches de la ville firent entendre des sons lugubres pour appeler les fidèles à la prière ; mais le courroux du ciel ne fut nullement appaîsé : pendant la nuit les vents déchaînés exercèrent leurs ravages , et , dès Taurore , les habitants de Gappurent voir les toits de leurs maisons de ville comme de leurs maisons des champs entièrement détruits , les arbres arrachés par leurs racines ou brisés vers le tronc, et, ce qu'il y eut de plus étrange, vingt toises du mur d*enceinte du parc de la caserne /ren* versées ou plutôt enlevées d'une seule pièce jusqu'en leurs fondements et portées dans le champ des cordeliers. « Les anciens se rappellent ,
4At PKtot M 1.'WST011B
« ajoute M. de Hochas qui fut témoin de ce dé- « sastie, que le â8 décembre 1719 « on avait « essayé pareille tempête ; mais elle ne caofià pas u tie si grands dommages ^ »
Enfin, nos pères virent, de 1778 à 178^^ , siéger à Charanoe Jean*Baptiste-Marie de Mallié de La Tour-Landry , descendant , disait-on , de ce sioambre dont parle Grégoire de Tours , de ce brillant maire du palais qui aida la belle Frédégonde à se défaire de Tincommode Chilperik. Noire prélat^ revenu depuis long temps des écarts de sa jeunesse , mourut à Paris , où il s'était randu pour assister au sacre de Tempereur Napoléon , au mois de décembre 1801^. Jamais obsèques plus brillantes n'avaient illustré la mort d*un évéque « oar tous les prélats de France et ceux d'Italie qui avaient suivi le souverainpontiie Pie vu, assistèrent à ses funérailles. C*était bien prendre son temps pour mourir.
Ainsi nous arrivons à Tépiacopat de M. de Vareilles.
Au xviu'' siècle, que nous venons de parcourir rapidement , qu^en était-il de ces privilèges ,
*Rodias, Mimo4m inédits , p. 147, 2« Série.
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de ces immonités qui avaient été i objet de tant de querelles et fiaiit verser tant de sang dans le moyen-âge; de cette puissance féodale unie à la puissance ecclésiastique qui avait si souvent tenté de nous les ravir? Hélas ! tout était tombé devaat Tunité gouvernementale de Richelieu et de Louis* le^Grand. Prélats et citoyens , devenus sujets , subissaient la loi commune. A Touverture de chaque règne, la ville de Gap s'empressait d^ faire approuver ses vieilles libertés tombées en désuétude; mais la création des maires p^pé* tuelsen 1692, année doublement funeste, ei des conseillers-consuls en 17^3 , avaient déjà notablement altéré notre loi électorale et municipale, qui fut entièrement ruinée par Tordonnance du mai 1766. Toutefois , il nous restait un cérémonial à défendre, et nos magistrats n*avaient garde de l'oublier.
Le 2 juin 1740 , ils obtinrent un arrêt du parlement qui leur accordait le droit d'entrer dans le chœur de Téglise cathédrale par la grande porte du sanctuaire, pourvu que la cérémonie ne fttt pas commencée, etde'nVn sortir qu'après l évêque; droit contesté quelques années plus tard, et que les consuls firent hardiment recoii«naître en requérant un serrurier de forcer la
^andepodMe de la baluatrade « ea pirésence du premier pasteur du diocèse et de son «lergé.
Lorsque, en messire Jacques-Marie de
Oaritat de Gondorcet vint prendre possession de l'évêché de Gap , ne viUon pas M° François Barbier , avocat et premier consul de la ville prendre au collet ce rejeton, vrai ou prétendu des anciens rois de fioiii^ogne * , le forcer de descendre Tescalier de son hôtel et d'accompagner le corps municipal jusqu'à la porte d'entrée d'icelui , sdon les us et coutumes recueillis tant des anciens titres que de la possession ?
Depuis long temps, le concile d'Embrun sem*
blait avoir mis un terme aux bruyantes querelles du jansénisme ; mais les fortes tètes de la cité avaient touché à Tarbre philosophique du xviu' siècle dont le fruit avait singulièrement altéré les croyances religieuses , lorsque éclata la révo* lution^. La génération qui nous précède, croyant
< La fimille de Gsrilal piéCendait descendre des andeiis nis de Bour- SQgiie. M. de Goodoroet , éiêqae de Cip et ensoiiB d'Aosme el de lâtàm, était l'onde dn marqids de Coodonet» l'une des vidiines de la réfokition da 31 mai 1795.
* Nos pénitents au nombre desquels flgurait la haute bourgeoisie de la ville , avaient-ils repoussé les dogmes philosophiques du xvili» sièdet Je me plais à le croire; mais^ quelques années avant la révolution ils avaient adopté la langage de certains philosophes. En 1785 f ils prirent
ressaisir les vieiliesiiberlés municipales ei humi' lier a son tour , ces prélats qui les avaient tant disputées à nos ancêtres, en embrassa les princi* pea avec nûe ardeur et un enthousiasme difficiles à décrire. Le jansénisme , soHî de son encp>ur' dissemeiàt, et le voltairianisme , alors ^ son
lifésoIntloiidelbiideriin'JtoipiMcieiawfi^^ el de oeotriboer à MB éttkUifldemeDt pur m annitee helM)oa»daire de x deniers qui serait veraée par diaque firère et par diaque sœur et dont le produit était * destiné « àftlre sopporler an pauvres, avec le moins de peine, l'incom- « inDdMdelearttenaUMirevpe* et teur rotmir daoa le besoin tout c ce qui peut leur être nécessaire pour mourir avec les secours c humains. > Dans le |ffOspectus de celte bonne œuvre , présenté à B^. de Yardlles et approuvé par ce prélat le 12 mars 1786, on voit la philantropie substituée à la charité , et Dieu fkire place h l'Etre suprême dont pourtant TexisteDee ne fut décrétée qu'en 1794. On y trouve encore une fort belle maxime qui , en morale , fut le dernier terme de Coufucius , de Socrate ou de Marc-Aurèle : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on le fit à toi-même. Elle est présentée par les pénitents comme extraite des livres sacrés; mais le précepte évangélique ner nous laisse pas ainsi dans un état passif: il proscrit non seulement de ne pas nuire au prochain, mais de lui faire tout le bien dont on est capable, car il est écrit : Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu'Us vous fassent : c'est làlaloi cl les prophètes (Math. VIL— 12.) La maxime philosophique trop bien commentée est le fondement de la morale des Intérêts M'émgile au contraire impose le dévouement et robligation de pratiquer la charité, dont la philantropie , a dit Châteaubriaud , n'est que l'inéfi»ce parodie.— Du reste si la confrérie de Gap a été dissoute en 1842 ce n'est pas que les respectables frères eussent ené dans lu foi : d'aulres causes ont motivé l'ordonnance épiicopale qui l'a suppfinée.
Voir le Mémoire des pénitents d; la ville de Gap, rédigé par H. XATier Blanc, avocat.— Gap, i. Allier ,
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apogée , présidèrent à l'élection de i'évêque codstitutionnel au mois de mars i791« L'élu iiit pro* mené en triomphe dans la ville de Gap , devenue le chef-lieu des Hautes* Alpes, malgré les fulminations de rarchevèque d'Ëmbnin et les remoatrances toutes paternellesdu respectableLa Broue dé Vareilles, évéque dépossédé du diocèse. Dans une violente diatribe de cette époque , Tun est comparé à Catilina et à Mathan , et accusé d'hypocrisie , .de.noirceur et de scélératesse : les écrits de l'autre ne présentent au pamphlétaire qu'un > galimathias prolixe et digne du feu S On ne Élisait pas mieux aux. tenips de la ligue et de la fronde ! •
Je ne signalerai pas les fluctuations de la ville de Gap pendant les diverses phases de la révolution : il. suffira de dire qu'elle éprouva de bien cruelles déceptions en i 793 , après avoir applaiidi à son député à la Convention nationale', qui, n'écoutant que la voix de sa conscience» avait en , comme ses collègues des IIaute»»Alpes, le
* BépUqtte à H kêên éÊM.êHifyitêÊk, irtN W iawl ûnlmêfue dTEmbrun; aum ékettwrt êu é^^mrmmi éht Mnêu AI^^ê. Qa^t
1791. • vbu LA non R.
' M. Ignace de CMeneave, évéque eoutitutioiiaèl des Hrales-Alpeft.
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.ML4vtijaM.«Éft.- 487
courage de voter contre ]a mort du roi. £lie âe montra avec éclat pour les firondina en oonve-
quant ses assemblées primaires à TelTet d'envoyer des députés à Bourges i mais bientôt elle se vit forcée de courber la tête sous le joug de la Montagne. Toutefois , pas Une goutte de sang ne fut Terséeà.cette terrible époque ; la TÎUe et le département derinrent , an contraire , le refuge des proscrits des départements voisins ; et la réaction , si violente dans une ville rapprochée de la ndtre , fut presque inoffensive dans les Haules-Alpes qui offrirent encore un asile aux proscripteurs des années précédentes.
Sous l*empire, la fumée de la gloire n*ayait pas tellement enivré les habitants de Gap qu*ils ne se permissent de faire de lopposition contre Fautorité de cette époque, non moins exigeante en fait de cérémonial que l'autorité des temps anciens. On eût dit que le sang des gapençais du moyen-âge coulait encore dans les veines des gapençais du xix" siècle , alors que le premier magistrat municipal combattait vaillamment pour ses honneurs et ses prérogatives, plutôt par instinct que par une connaissance bien claire de la tradition. A la vérité , la tonte-puissance ministérielle le faisait succomber dans la lutte ;
IS6 MiAGIkWAr'MMttU
maisau&sitôt ii abdiquait Eèrement les pouvoirs dont il avait été invt8tî«
,[1815] Bien que j'aie à peine effleuré les événements dont notre ville fut le théâtre aux épo« ques orageuses de la révolution , je ne puis passer sous silence lanxiété dont elle fut saisie , la erainte ou la joie qu*elle éprouva, le 4^ mars I81B, en apprenant ,^ dès le matin , que Tempereur Napoléon venait de débarquer à Cannes. On en doutait encore le lendemain à 5 heures do soir lorsque le valeureux Cambronne se présenta à rhôtel de ville pour demander les vivres et le logement pour la faible armée impériale qui se dirig^t jsuf . Gap. On n-ea douta plus quand Napoléon lui-même, célère comme dans ses jeunes années , £t son entrée , à 6 heures , par cette même porte Colombe que Tévéque Raymond de Baro avait trouvée hermétiquement fermée en 1399. Le prjéfet avait quitté la ville , npn^ani^ avoir publié une violente proclamation contre le fugitif de l île d'£lbe; mais le corps municipal r<esta à am poste « et » sans trop de cérémonial , fit sa visite à Tempereur qui alors seulement i^ommepçait à éprouver quelque sécurité, Napoléon coucha i Gap et n*eii partit que le 6 mars à deux heuies de 1 après-midi. Pendant la nuit
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DB Lk VILLI M OAT. IS&
furent imprimées ces proclamations sémi-iibéraleft dftiées du golfe Juan , qui, portées dans tontes les dircclions par des courriers gapençais , parvinrent bientôt jusqu'aux extrémités de la Fl*âno^; «et le SOînars le drapeau tricolore flottait aux Tuiknes !
De nos jours la prospérité matérielle va toujours croissant dans la vjlle de Gap, L*agriculture, dont les produits seront plus que doublés par le canal d'irrigation qui, au moment où j'écris, est le sujet de toutes les conversations et Tobjet de la sollicitude de nos magistrats , y reçoit d*importantes améliorations ; Tindustrie manu* façturière commence à s'y développer ; les arts mécaniques y fleurissent ; èt Tébénisterie surtout peut rivaliser avec celle de Grenoble , de Lyon et de Marseille, non par ses produits , mais par sa perfection.
Avec cet accroissement de richesses , comment se fait-il que la population de la commune ne s'élève en ce moment qu'à 8,599 ames , dont il faut déduire 835 âmes de population flottante', tandis que ; d'après les auteurs modernes qui se sont occupés de statistique, elle en comptait
' Recensement de 1841 .
16,000 au commencement du xvi" siècle^ ? On . indique pour eaum de cette dépopuiatioii les guerre» de religion , la peste qui ravagea la oon* trée en 1650 , les guerres de Louis xiv , la révooation de Tédit de Nantes , et le sao de la ville en 1692; maison ne justifie par aucune auto-rité un chifire qui me parait trop élevé ; car , tout en admettant que les maisons de la ville et de la campagne , dont le nombre s'est fort accru de nos jours, pouvaient contenir une aussi grande quantité d'habitants , Tétat de Tagriculture , du commerce et de l'industrie manu£aicturière était loin de présenter , dans ces temps reculés , des ressources suffisantes pour une population plus que double de la population actuelle. Du reste , je crois avoir établi , par le règlement politique de 156^, qu'à celte époque, elle ne pouvait s'élever à plus de 10,000 âmes.
' Voiries Annuaires publiés par M. Farnaud , et VnUloire , topo*' graphie, anliquilésy etc., des Hautes- Alpes, par Ladoucelte , p. 374.— Rochas, dans ses Mémoim ^ l'-iGl, l'^ilHe, ne porte reDdenne popnlatioii de !• idlle qiA m/trm iO^OOOémet.
M lA mu m «A»