BIOGRAPHIE
Il me reste à présenter la liste des hommes
nés dans la ville de Gap , qui , par leurs yertus ou leurs talents, ont échappé à Toubli qui pèse sur les ^nérations dont ils furent les contem* porains , et à faire connaître leurs titres à /7mmortalitéJ'en forme deux catégories, les grands et les petits , quoique le mérite des uns et des autres fût peut-être d'égale valeur.
Voici d abord la nomenclature de nos petits grands-hommes :
Albert, le gapençais, troubadour du xii^ siècle, chanta Willelmine de Malespine , la noble dame de ses pensées.
Guillaume ii , évêque de Gap et ensuite abbé de Saint- Denis, traduisit, vers la fin du même
siècle, la vie de Secundus et celle de saint Denis, écrite par George le Syncelle.
Claude de Ponnat, chanoine de Gap en Tannée 4300, est Fauteur, selon quelques historiens, du
M ratos dbx'bisvoiu
£auBeiix roman du Petit Jehan de Saintré ; mais Barbier, le plus savant de nos bibliographes, attribue cet ouvrage à Antoine de la Salle. Du .reste, Claude dePonnat appartenait à une famille qui, de tout temps, s'est distinguée par son amoar pour les lettres.
Jean Jovenis parvint par son mérite à la dignité de chancelier de Louis ii , roi de Sicile et comte de Provence.
Antoine Faure , né à Gap et chanoine de la cathédrale d'£mbrun , a écrit une histoire des Vaudois , qui autrefois se trouvait manuscrite dans les archives de l'évêché de Valence.
Claude Olier , notre premier vi-bailli , qui, en 1515, complimenta François i*' au village de la Rochette , était , selon Juvenis , Un très célèbre jurisconsulte et Tua des hommes les plus éloquents de son époque, ainsi qu'on le voyait par ses harangues , lesquelles ne sont pas venues jusqu'à nous.
Jean-André de Flandria dédia au précédent les oraisons élégantes et doctes qu'il composa contre les luthériens. Elles ont eu malheureusement le même sort que les harangues de Claude Olier.
Louis Saunier publia en 158^, des odes, des
DB LA TÎLLB DE GAP. 147
hymnes, des sonnets et d autres pièces de vers
français.
Jacques de Polight, mathématicien célèbre au temps d'Henri IV , fut chargé par ce prince d ouvrir un chemin à travers les Hautes Alpes.
Gui Armand, avocat, se fit estimer par ses connaissances et ses talents pour ia plaidoirie. 11 était en grande vénération à Grenoble vers Fan
Que dirai-je de plus de tous ces gapençais dont
les ouvrages ont péri dans la traversée des âges, ou nous sont inconnus?
Les suivants méritent une mention plus particulière»
Guillaume de SAIJNT-MARGëL , inquisiteur de Tordre des Irères-mineurs , de la suite du roi
de Sicile lorsque , en 1297 , ce prince transigea avec révéque Geoflroy de Lioncel, était né à Gap et appartenait à Tillustre femille de ce nom qui en est originaire. £n 1505 , il fut envoyé à Rome par Clément V pour mettre un terme aux guerres civiles et aux désordres qui régnaient dans cette ville. Ce même pape le commit en 1309 pour informer contre les Templiers du royaume, et même contre le grand-maître de Tordre. Jean XXll le nomma évéque de Grasse en 1317 ;
Ill8 PRÉCIS DE L'UlSTOlâE
ensuite il assista au concile de 1328 teno à
Avignon contre Tanti-pape Pierre de Corbario^
François BORELLÎ , né à Gap comme le précédent, comme lui appartenant a i^ordre des frères mineurs, et grand inquisiteur de la foi dans les provinces d'Arles, d'Aix, de Vienne et d'Embrun , était , d après les historiens ^ un homme d*une rare doctrine. Il s*est rendu célèbre par les poursuites qu'il dirigea contre les Vaudois de Freissinières , de T Argentière et de la Val- Pute (Val-Louise), dont il livra, dît Pcrrin , plus de deux cent trente au bras séculier, avec un grand nombre de femmes et de filles. Le zèle frénétique que montra ce grand inquisiteur ne doit pas nous faire oublier que c'est par sa puissante médiation que furent terminés les graves différends élevés entre la ville de Gap et son évèque Jacques d'Artaud , et que nos ancêtres durent à son civisme la grande charte de 4378
* Iii?eiii8, Mémolm inéiUi,
* Juvenis , Mémoires inédiU , el les divers traités intervenus sous l'espiscopat de Jacques Artaud.
Le P. Fonmitr, ( Histoire des Alpes-Maritimes J , convient que F. Borelli fit beancoop de proeédores eontre lesVtndois; mais il Inite dlmpoBiQre le ftit avanoé pu Perria que SO de ces hérétiques avaient été Hadoits etbrAlés yih à Gresoble. Il se fonde sur les procàtaies qu'il avait en son ponvolr, lesquelles sont d'nne longnenr et d'une euetituderemarqaables, et ne présentent rien de semblable.
DE LA VILLE OË GAP. 449
Guillaume PAREL , d après certains auteurs ,
était d*un médiocre savoir et d'un fanatisme outré que ses partisans même avaient bien de la peine à modérer. Sur ce dernier point , tous les biogrraplies se trouvent d'accord avec Juvenis qui le second a parlé dans ses Mémoires des prédications de ce rude héritique dans sa ville natale. On a cité avec avantage quelques-uns de ses ouvragées , entre autres , Le glaive de Vesprit* Les historiens ont signalé l'effet merveilleux produit par sa . parole éloquente. A Genève, dont il consomma la révolution politique et religieuse , le peuple se levait pour l'entendre , alors qu^il prêchait à Saint-Pierre au son de la grosse cloche , et se livrait ensuite aux plus violents excès contre les images des saints et les divers objets vénérés par les catholiques. Malgré sa démarche vacillante qui le faisait comparer à un cul- de- jatte , et sa barbe rousse coupée à bouc « qui tant prêtait à la plaisanterie des UberHns de Genève, Farel parvint à trouver une épouse à Tâge de 69 ans. INé à Gap, en i489 , il mourut à ?ieufchâtel où il exerçait le saint-ministère , le septembre 1565
Jacques HUGONIS , cordelier , mourut à Paris
«VMKLAROnS.
è9Q raicis DE l'histoikb
d*ane attaque d'apoplexie au mois de novembre
imk. Son nom est tombé dans l'oubli , et pourtant il rayonna avec éclat dans le cours du xvx* siècle. C'était un homme d'unè grande probité , d*une rare vertu et d'une doctrine tout opposée à celle de son compatriote Farel ; car il est écrit guil s* opposa extrêmement à 1 hérésie qui naquit de son temps. 11 était ûls d'un marchand de la ▼ille de Gap; mais celui-ci, tout marchand qu'il était, descendait de l'une desplus nobles et desplus anciennes Ëimilles du pap, puisqu'il était issu de Guillaume d'Hugonis , Tun des chevaliers qui suivirent le parti de la dame de Baux en la guerre qu'elle soutint contre Raymond Bérenger II, comte de Provence. Frère Jacques Uugonis fut un grand théologien, versé dans toute sorte d'érudition , et docteur de la faculté de Paris, tf Charles de Bourbon, avec une afflueuce de u plusieurs grands seigneurs , évesques , présiu dens et conseillers , et autres gens de toute « qualité , assistèrent à ses obsèques ; >» et les muses de la capitale s'empressèrent à l'envî de célébrer en français, en grec , en latin , en prose comme en vers , la gloire qu'il s'était acquise durant sa vie mortelle \
«iavenis, Mémoires inédUieiNàlet rnOogn^phtê^p, 91k 9è. Cet auteur a lecoeilli dans oe dernier ovfnfe un gnad neBtfm
DE. LA VILLe'dE GAP. *M
Ighacb ARMAND , né à Gap en i 562 , appartenait à Tune des plus honorables familles de cette ville. Son père y exerçait les fonctions de procareur du roi, et sa mire était sœur d'Alexandre
et de César de Bus , Tun , premier capitaine des gardes sous Charles IX , et l'autre , fondateur de la congrégation delà doctrine chrétienne. Ignace Armand entra chez les jésuites à Tâge de 17 ans, et fut tour-à-tour professeur de philosophie et de théologie , recteur du collège de Tournon et du collège de Paris. Il devint ensuite supérieur delà maison professe de Champagne et provincial de la province de Lyon. Lorsqu'il s'agit du rétablissement des jésuites en France , il fut député avec le P. Cotton auprès de Henri IV, ^ui dit pour lors que les jésuites luy aillent envoyé une teste et une langue. Le P. Armand mourut à Paris le 8 décembre 1638. Indépendanunent de divers discours qu'il fit imprimer, il a laissé
une Epitre contre le ministre Charnier ^ une
d'épiUiphes, de aomiels y dlnscripttoiis en numiieiir de P. Jaoqpei Bogonis. le ne iMine à tfanseriie le pliu eodffe dn
c Riche j'estoy et noble de lignage^ c Ibis je fis TOBU de simple pauvreté c Pour m'enridiir , mteobBr dnantage , f Lk.où jeeeis, et non oèfayesté. i
Claude Bihbt-Bbauvomiit.
PBtoS OB L HJSTOlftB
Paraphrase sur les épitres des apdires , et une autre Paraphrase sur les Psaumes**
Honorât RAMBAUD , grammairien, enseignait en 1578 la langue française à Marseille , et dédiait aux consuls de cette ville son livre rarissime De la desclaration des abus que l'on com-^ ïïnestenescrhant; ouvrage dans lequel il réforme entièrement l'orthographe, et où il fait usage de caractères nouveaux par lui inventés. L'exemplaire qui se trouve à la bibliothèque de Gap contient un sonnet manuscrit de M. Bleyn de Lyon, en rhonneur de notre grammairien. Ce sonnet est précédé des mois suivants : u J'ay receu en don « le présent livre de lauteur mesme , homme « honorable par sa blanche vieillesse , et granu dément louable par le bon-vouloir qu'il a de « profiter à tous. »
PiEBEB GAILLARD , archidiacre de Téglise cathédrale de Gap , ne doutait nullement des vérités de la religion, mais il n avait pas la même foi aux merveilles que Ton publiait sur N. D. du Laus, vers Tannée 1665. U se rendit dans ce lieu célèbre un jour où trente-six processions y
< Juvcnis, Noies autof/rophn t p. S8. Gni-AUardy MiM/MMqui du Dauphiné > p.
DB LA VILLE DB GAP. i53
arrivaient par dÎTeraes ayenues ; il fut tellement
ému du spectacle qui s'offrit à ses regards et des miracles opérés en sa présence que , dès ce jour , il ne quitta pins le Laus. H lutta -victorieusement contre les jésuites d Embrun qui traitaient^ dit Juvenis, ces miracles de bagatelle^ et les apparitions de la Sainte'Vterge comme des impostures ou des illusions de la bergère. La construction de l'église et du couvent fut faite sous sadirection, et il écrivit dans un journal que Ton voit encore au Laus tous les événements dont il fut témoin sa vie durant. Indépendamment de ses Mémoires manuscrits légua aux desservants du sanctuaire' , Pierre Gaillard écrivit un ouvrage ayant pour titre: Le chemin du vrai chrétien , suii^i d'un discours sur la Conception de la Sainte-Vierge • et le livra à Fimpression en 1679. Cet auteur était encore vivant en 1689 , époque à laquelle il eut à soutenir un procès en paiement d'une promesse ; mais j'ignore Tépoque oà il cessa de vivre « comme celle de sa naissance'.
Raymond JUVëlMS , IH" du nom et tant de
* IMke Mflortfgte fur Notre-JOime êu Lam. Manelllo 1819. Inreais, OmfiiiiMlloii d* PmMredti AUptê-M^rimuêiiP, Fou^ nieff p. 530.— Gid-Allard , Mlft>lM9ife AiDttiqiMM» p. I7S.
454 PRÉCIS DE l'bistoirb
fois cité dans cet abrégé , était procureur du roi au bai liage de Gap : vers la fin du xvii** siècle, il joignait à ces fonctions celle de subdélégué de rintendantde Grenoble. Ses vastes connaissances historiques le placent parmi les hommes dont la mémoire doit être conservée. Il fut Tami et le collaborateur du savant Artus de Lionne , et en
correspondance avec le P. Pagi, avec Moréri, avec Chorier qui cite souvent les Mémoires de notre auteur dans son Histoire du Dauphiné, histoire qneJuvenis entreprit de refaire etqu*il ne put terminer. Outre cette Histoire duDauphiné\ et ses Mémoires , Juvenis a laissé deux cahiers de notes également manuscrites sur Thistoire de la ville de Gap, que j'ai citées sous le nom de Notes autographes i ainsi qu*une traduction delà volumineuse Histoire des Alpes^MariUmes ou Coi" tiennes du P. Marcellin Fournier, laquelle se termine à Tannée I64â , et que Juvenis a continuée jusqu'à la fin du siècle. Cet auteur mourut à Gap, où il exerça plusieurs fois des fonctions munici* pales, le? janvier et fat inhumé dans Téglise
* La ville de Garpentras en possède le manuscrit original contenant i,S0O pages d'une écriture fine et serrée. Quelques cahiers de cette Biatoiie se tnmvent à la bibliothèque de Grenoble ; ils sont égalemeni autographes , mais ils ptésentenl betncoop de iMiuut, el ne ooalkBp nent que 39 2 pages.