NOT£S
« Alors le sieur de SagDon , ftDcien premier consul , prie humblement le seigneur de Montalqnier de vouloir bien accepter la charge qui yient de lui être confiée ; et ensuite, tant an nom des anciens officiers de la ville qu'en
celui de tous les aultres maiiants , habitants et forestiers d'icelle^ il donne tout pouvoir d'exercer leurs charges aux nouveaux, élus, et promet d'avoir pour agréable et tenir ferme tout ce qai sera iait par eux* 11 adresse de nouTcaux compliments à Mgr le gouTemeur : celui-ci les lui rend et le remercie de» peines que lui et ses collègues ont bien youlu prendre pendant les deux années qu'a duré leur administration. Puis , maître Jean-Ariey Rostaing clot son procès-verbal, le signe avec paraphe , et écrit ces mots à la suite de sa signature : Finis laus Deo ; car le registre est terminé avec la carrière administrative de ce pauvre secrétaire
c n est neuf heures ; la bmrloque sonne à la tour de la
maison de ville, et les 159 membres préseuls du grand conseil de la communauté vont souper à cette heure indue, et se coucher immédiatement après ce dernier repas , les uns satisfaits de l'emploi de leur journée , les autres déçus de leurs folles espérances*. »
* AKbives de lliâtèl de vUle , Registre ûu. oomdli • foui firfn^raiite que parUevIlferi tmm dam la maieon de vUU , euméee îM, 16IS et 1614. FM 761 à 790. — Tout ce «lue l'on vient de lire est euctement estrait de proeès-verbAl de la séance, lout Josqii'ita ncm du erienr foblio. n. est saperfhi d^joeter que les mois entie poentiièses ne ^ iMNiventpis.
^Lettres MiUei tut rkUMre 4$ le v&k deOdp, 2-«pirUe, lettre XII.
S46 IIOTB».
(160G - 1622.) Procès entre ia ville et Ch. M. du Serre. -Transaction du 2 mai 1622. Manière dont cet évéque parvistà répiflcopal.— La dane de loBtganlui et leueir deOliilaui-fiaillard.
Les conclusions de l'évéque Ch. Sal. du Serre relativement à la directe universelle , étaient formulées, dans un de ses mémoires , de la manière suivante :
« La dicte communauté et habitants de Gap seront condamnez de faire et prester hommaige audit seigneur évesque en qualité de comte et seigneur temporel de la dicte ville de Gap et son terroir , à cause de sonévesché^ et ce tant en général qa*en pa^iculier, à sçavoir: les nobles teste nue à joinctes mains entre celles dndict sienr éraque ^ avecq le baiser requis ; et les plèbes , à mains joinctes aussi entre celles dudict sienrévesque, à genoulx et baisant le poulce , suivant la forme des anciens hommaige» et mesme de celluy de l'an mil trois cent cinq ; à qnoy ils satisferont dans deux mois , à peine de dix mille livres d'amende dès maintenant desclarée , et d'estre procédé contre enx par les peines du droict »
La dicte communauté , dans un de ses énormes factum , soutenait que la ville et divers citoyens de Gap avaient des directes qui ne relevaient nullement de l'évéque ; que la directe de ce seigneur tem|>orel était réstrèinte
aux reconnaissances particulières passées en sa faveur ; que le surplus de la ville et du territoire était de sa nature franc et allodial, tenu et réputé tel par la coutume et par la possession immémoriale ; que les possesseurs ne refevatenl que de DIEU, Enfin , les consuls ajoutaient
NOTES
dans un autre iiiénioii c : « Les habitants de Gap ont esté toujours nourris et eslevés à l'obeyssance de l'Eglise et du Roy, et en ceste escole ont appris de s'opposer coarageasement contre ceulx qui veulent non seulement enyahir leurs biens , mais asservir leurs libertés , non par les voyes ordinaires, mais par la supposition de
pièces qui portent Id bonté eseripte »»le m'arrête
dans la crainte que nos magistrats municipaux ne perdent iout-à-fait le respect qu'ils doivent à leur seigneur suzerain.
fnineliiidiS MÎ 1(22.
Vers la fin du mois d'avril 4692 , la ville de Gap eut
rhonneur de recevoir dans ses murs le chevalier Claude Kxpilli, seigneur de la maison Fort et de la Poype, conseiller du roi et président au parlement de Grenoble. Par ses avis et son intermédiaire intervint la fismense transaction du 3 mai suivant , laquelle mit fin aux dissensions qui avaient si long temps troublé les esprits , et termina tous les procès suscités à la ville. Cet acte fut respecté jusqu'au moment où l'assemblée constituante en eut aboli les dispositions, eu \ertu de l'autorité plus que souveraine dont elle se trouva investie pour faire disparaître les dernières traces de la féodalité.
4* Les consuls reconnurent qu'en parlant dans leurs écritures de subornation de témoins , ils n'avaient jamais entendu désigner comme suborneurs ni le seigneur évéqne , ni aucun de ses procbes.
2« La dime des grains fut fixée à la quote vingt-quatrième.
5* La communauté, afin de rendre meilleure la condition
MOTBS.
de l'Eglise , promit de payer è l'éyÂque une pemSon dn-
nnelle et perpétuelle de deux cents livres , et au chapitre une rente de cent livres. Cette rente devait tenir lieu de la pension stipulée dans la transaction du 19 avril
4* Pour remplacer l'aumône que les évêques étaient tenus de faire aux pauvres de la ville le dimanche et le jeudi de ehaqne semaine , il fût convenu que désormais
l'évéque livrerait annuellement au bureau de charité quarante charges de blé métayer provenant de la dimc.
5° Le droit de fournage revenant à l'évéque et au chapitre fut ûié à la quote vingt-quatrième , avec défense aux fourniers, à leurs femmes, à leurs i^ets , lévriers et servantes de rien exiger en sus du droit , ainsi établi.
6° Les pâtissiers et les boulangers furent autorisés à se servir de leurs fours pour leur usage , et à jouir de leur ancienne franchise en payant annuellement trois livres au seigneur évéque.
7* Les habitants de la banlieue purent également continuer à construire des fours en leurs maisons; mais pour chaque four il élait dû à l'évéque une demie émine d'avoine , ou six sols par famille payables à chaque fête de Noël.
8* Les habitants de Gap evirael tiifra muros, continueraientà jouir du privilège de ne payer aucun droit de cosse on de consolât pour tous les grains qui seraient vendus
par eux , à rexception des voituriers et des personnes qui exposeraient et vendraient à la grenette les grains qu'ils auraient achetés dans les marchés voisins. Le droit de cosse sur ces revendeurs et sur les étrangers fut fixé à la quote vingt-quatrième.
noTis,
9° Le droit de pulvérage , la propriété et la jouissance des tours et des remparts de la ville, étaient reconnus appartenir de plein droit à la communauté.
lO** Les gages des portiers restaient à la charge de révèqae : ces gardiens étaient nommés par lui sur la présentation des consuls.
Il* L'éyéque était tenu quitte de sa.cotisation dans les divers rôles dressés pour les dépenses communales , sans préjudice des contributions à venir , auxquelles il participerait à la forme du droit.
ly 11 était au surplus stipulé que la dîme sur les agneaux , le cbanyre , les aulx et les oignons , n'était pas due et ne pourrait jamais être exigée par le seigneur évéique.
£t rhommage ?
Honneur aux consuls Jean Latelle , François Leautier- Faure et Pierre Blanc ! Grâces immortelles soient rendues
aux autres citoyens, manants et hahitantB de la diète wUe et son terroir , députés d'icelle pour traiter avec Monseigneur messire Charles-Salomon du Serre , évêque comte et seigneur de Gap et de Gbarance !
Vainement il prétendit, le diei seigneur ivesque , qu'une
distinction essentielle devait exister entre la noblesse et la roture dans la forme de l'hommage ; que les uns et les autres ne devaient y voir qu'un acte de respect et de révérence ; qu'il ne demandait pas aux citoyens de Gap de se soumettre à des devoirs bizarres» à des coutumes extravagantes comme on le voyait en d'autres pays où la prestation de foi oblige le vassal à contrefaire l'ivrogne et à chanter une chanson grivoise à la dame du château ; qu'il ne demandait pas qu'on lui présentât des allouètes
NOTES
sur on char Irainé par des bœafs, ainsi qu'on le pratiquait ès temps anciens dans la baronnie de Menteonloar^ et
moins encore que chaque manant vint en sa présence facere umim saltum , unum suffletum et unnm bumbulum^ comme y était tenu certain gentilhomme envers le roi d'Angleterre ; qu'il ne craignait nullement qu'à l'exemple du duc Raoul de Normandie, les nobles de la cité de Gap , au lieu de lui baiser la bouobe , ne lui mordissent le pied et le fissent tomber à la renverse» comme icelui le pratiqua envers le roi de France , mats qu'il n'exigeait de ses nobles vassaux qu'un signe de confiance et d'amitié; et de la plèbe , de lui baiser simplement le pouce , ayant les deux genoux en terre , ainsi que le porte la coutume du DauphinéS* les consuls et les députés de la ville, malgré les insistances du prélat, parvinrent à démontrer à M. le président Expilli que tout citoyen de Gap était noble pourvu qu'il fût né dans la ville et dans sa banlieue, ce qui fîit reconnu par la clause suivante :
« Les dicts consuls , au nom de tous les habitants de « tous ordres de la dicte ville , son tenroyr et paroisse , « jurisdictiables dudict seigneur évesque , et à rayson « de sa dicte jurisdiction , fairont hommaige et preste- « ront serment de fidélité entre les mains dudict seigneur « évesque et de ses successeurs, avec honneur et respect • More nobilium , lorsqu'ils en seront requis par ledict tt seigneur, et au changement de chasque seigneur « évesque*. »
« SaIvai]igdeBofi8iéa,lJ9hwi9«d0t/^fl mA^^ ch. 4.
* Transaction du 2 mai 1623 , aux aicbives de la préfecture. Ble ft!t reçue par If* Bnmet-Btoeaid et Handaïqui , notaires , ci publiée fu la Chambre,
NOTES
Malgré cette honorable reconnalttance , les consoto et les députés de . la ville n*oiit>ils pas mérité de justes reproches de la part de leurs descendants, pour avoir laissé tomber en désuétude et n'avoir pas renouvelé cette
disposition de la grande charte de 4378, qui voulait que le seigneur évéquc , avant d'exiger l'hommage , offrit un diner succulent à tous les mâles de la cité, honorabile prandium amnibuêmaiiiibus iptius civitatUi
Muâèn dut Gk.-Sal. da Serre ^int à l'épiscopat. — U daae de MonlgudiA et
le neir de Ciiiteau-(i«illaid.
Quelques mots de FAvant-propos me forcent de justifier ce qui a été avancé sur la manière dont Charles- Salomon du Serre parvint à l'épiscopat. Juvenis , ce zélé défenseur de la religion catholique , qui jamais ne s'est montré le contempteur des bons évéques , bien qu'il ait blâmé sévèrement ceux qui , abusant du pouvoir temporel dont ils étaient investis , n*ont cherché qu'à accroître leurs richesses et à s'attirer des hommages qui ne leur étaient pas dus , Juvenis doit-il être accusé de mensonge ou d'exagération dans le récit suivant , rapporté textuellement d'après ses iVofM mUographes ? Ses emplois , ses écrits et ses liaisons avec les grands personnages de l'époque où il vécut ne permettent pas de le penser. Du reste , voici son récit :
« M. Paparin , dit-il , estant sur la fin de sa course , le sieur de Chastean-Gaillard, (sov neveu) pensant à un establissement , rechercha une jeune et belle femme ,
fille du sieur de l'Escuyer de Vaumeil, qui, estant atteint de la lèpre, alla au fleuve Jourdain et en guérit par l'ablution de ses eaux salutaires. Elle avoit pour mère damoiselle Isabeau du Plessis dont le père avoit esté massacré
NOTES
à Tallard dans l'église par les hérétiqaes lorsqu'ils prireot d'assaut ce lieu , en haine de ce qu'il estoit trop bon catholique. Ladite damoiselle de VEscuyer estant yeure du sieur de Saint-Jaume , de la maison de Montgardîn ,
ayant esté fiancée audit sieur de Ghasteau-Gaillard , iceluy voulant conserver l'évesché de Gap à sa maison, il fît entendre à Dom Grégoire du Piessis , oncle de ladite damoiselle et frère de sa mère, qu'il luy feroit passer par son dit oncle une résignation de ladite évesché en sa faveur. Mais ledit du Piessis , préférant les douceurs de la vie contemplative qu'il avoit gousté depuis quelques années dans la chartreuse où il estoit religieux. , rejetta les offres dudit sieur de Cliasteau-Gaillard , lui dit qu'il estoit plus amoureux de sa retraite que d'une mitre , et qu'ayant renoncé absolument an monde , il ne vouloit point d'évesché ni ouir parler de son mariage. Ainsi les offres dudit de Chasteau-Gaillard estant rejettes, il s*en vint à Montgardin pour y voir sa fiancée, et ayant eu permission de l'espouser , on passa la nuit du jour qu'on avoit choisy pour cette cérémonie avec beaucoup de joye, de danses et festins, mesmes on remarqua que la fiancée et sa fille de chambre ne firent que danser et chanter; mais le lendemain au matin « comme on Talla voir pour exécuter le mariage , on la trouva bien changée t car elle dit k ses parents qu'il falloit qu'elle mourut et non pas se marier , qu'il n'y avoit plus de remède , et qu'on luy fit venir un preslre ; ce qu'ayant esté fait , elle et sa fille de chambre s'estant confessées Tune après l'autre moururent presque en mesme temps. Ainsi les noces s'estant changées en deuil, le sieur de Chasteao-Gaillard se retira; et s'estant marié à une fille du sieur du Serre du Champsaur et delà damobelle de Bonne, sœur du sieur d'Auriac»
HOTES
H at passer une résignation à Charles-Salomon du Serre, frère aîné de la dite damoiselle , qui s'obligea par promesse signée de sa main de rendre à l'un des enfante de ce mariage la dite évesché dès qu'il seroit en estât de la posséder , et qu'au cas qu'il manquast à sa parolle , il se soumettoit à la punition de Dieu *. Ledit sieur Paparin , ayant résigné de la sorte , mourut bientost aprez, et on garda son corps fort long temps mort qu'on sala pour #)nner loisir audit sieur du Serre d'obtenir le brevet du Roy, qu'il eut parla faveur du duc du Maine, duquel il venoit seulement d'estre page ; et à la suitte, envoya à Rome pour avoir sa bulle le sienr Honoré Buisson , sacristain de Gap, qui , pour achever entièrement la scène malheureuse de celte symoniaque tragédie , jura que Charles-Salomon du Serre avoil l'âge compétent pour estre évesque ; ce qui esloit véritable , d'autant que luy et son frère qui portoit auparavant un de ces noms , avoientlHen cet âge entre tous deux , quoique ledit sieur évesque n'eut pas atteint la SN^ année. Ayant trompé doncques le pape par une si grande imposture , ledit Buisson rapporta ses bulles au dit sieur du Serre, lequel retint toujours depuis les noms de Charles-Salomon , etc.
« Cet évesque avoit plus de générosité que de sçavoir et plas d'inclination aux armes qu'aux lettres ; il estoit
* Paparin de Chaumonl maria, le 26 juillet 1594, damoiselle Suzanne du Serre avec M. de Château-Gaillard , son neveu, et lui donna quatre mille écus à prendre sur Vévénemenl de l'arrêt qu'U espénil obtenir contre les consuls de Gap , de la BâUe-Neuve et de laBfttie-yieille; donation fort mal hypothéquée comme la fflilte le proaTO. (ArdilTCSde de lu préfecture. Pièces du proekmUremmire Paparin dt(»aMmmi H messire Bcmcuar de Combwireltr, tm).
MOTES
plus vigoureux poor le soustién de la religion qa*il n'avoit d'iocliiiatioii à la cultiver par sa piété , car il estoit très indévol ; et mesmes on avoil souvent remarqué que se faisant réciter l'office pendant son indisposition , il faisoit tenir de l'autre costé son jeu de cartes à quelqu'un de ses domestiqués , auquel il avoit plus d'attention qu'à son bréviaire , ensorte qu'il en remarquoit jusqu'aux moindres fautes , et ce que celoy qui jouoit contre Iny avoit on ponvoit porter. H tomba paralytique et perdil^
de ses membres en l'an {sic) , en mesme temps qu'on
fulmina dans Gap un monitoire que la communauté avoit obtenu sur la subornation qu'on avoit fait faire des témoins qui avoient depposé à une enqueste qu'il avoit fait faire pour la cotte du dixme, pour laquelle ils estoient en procez. Ce fut après avoir porté le Saint- Sacrement à la procession de la feste-Dieu d^Aix où il plaidoit contre ladite ville ; et ses amis attribuoient son mal à la chaleur qu'il avoit souffert en portant une custode d'un fort grand poix en une saison si bruslante et un si long espace de temps. Quoi qu'il en soit, il faut craindre les foudres de TEglise lorsqu'elles sont lancées justement ; car , c'est contester avecque Dieu en jugement que de ne pas appréhender l'anathème de son épouse , A fiide irm
J'ignore si M* de Ghàleau-Gaillard eut des enfants de
^n mariage avec la sœur de notre imberbe prélat ; mais a'il lui naquit des hoirs mâles , il est certain que Jamais la couronne de comte de Gap ne fut placée sur la téte d'aucun d'eux; car, malgré la déclaration qu'on lui fit
' Juveois, Notes anUoftraphes , pag. 69 et sniv»
NOTES. â55
souscrire , Cliarles-Salonioii do Serre ne réslgn* jamais , régna pendant de longues années, et eut pour successeur immédiat le célèbre ArCus de Lionne.
Mais que dirons-nous de la fin tragique et mystérieuse de la première fiancée du sieur de Chàteau-GaiUard ? Quel beau caneras pour y. broder un superi>e roman bistorique propre à fsire couler des torrents de larmes des yeux de nos tendres épouses et de nos impressionna-^ bles damoiselles, à ébranler les nerfs d'airain des lions du xix" siècle ! La viUe de Gap n'attend plus qu'un Walter Scott pour voir se développer la tragique bistoire delà noble et belle dame de Montgardin, et lui donner le pendant de Fiancée de Lamermoor*
11 n'est pas dans les Ilautes-Alpes et dans cette partie de l'ancien diocèse de Gap qui s'étend dans Tlsère et les Basses- Alpes , de maison brillante ou de chétive cabanne, où l'on ne trouve le Recueil historiquê des m«rveiUe$ qw Dieu a opérées à N. du Laus près Gap, et des principaux iraUs de la vie de Benoite Reneurel surnom* mée la bergère du Laus ^ écrit vers Tannée 1793 par un. anonyme avec une onction , une naïveté» une pieuse et touchante simplicité, que l'on ne rencontre pas peut-être dans l'ouvrage plus correct et plus élégant qui a été publié récemment par les missionnaires de Provence ,
«OTBS.
SOUS le titre de Notice historique sur Notre-Dame du Lauê (Maneilte 48S9). Maïs, ce que l'on ignore sans doote e*est
que Raymond Juvenis, témoin des merveilles qui pendant la dernière nioilié du XVII" siècle relenlirenl dans toute la contrée, a été le premier historien de la bergère du Laus. Notre chroniqueur n*a pas tout dit sur Benoîte Rencurel puisqu'elle lui survécut de plusieurs années. Sa relation écrite à mesure que les faits parvenaient à sa connaissance, est presque de tout point conforme aux deux ouvrages que je viens de citer; cependant elle en diffère en quelques endroits. Il nous dit d'abord que la Bergère , alors âgée de quinze ans, était lilie de Guillaume Rencurel et de Catherine Matheron, de Saint-Etienne-d'Avançon» mais il ne parle nullement de la voix qui se fit entendre au bas de la montage de Saint-Maurice : il raconte ensuite qu'une dame radieuse tenant un enfant par la main apparut à la bergère au lieu appelé les Fours; que cette dame s'approchait de Benoite , et ensuite reculait, et disparaissait dans l'ouverture d'un rocher» etc. Le fragment suivant du récit de Juvenis nous apprend que des méfiances se manifestèrent sur les récits de la jeune pastourelle, el nous fait connaître les épreuves auxquelles elle fut soumise. Cette citation sera terminée par des vers latins qui ne laissent aucun doute sur la foi vive et sincère de notre savant historien aux. merveilles du Laus.
t On ne parloit que de cette dévotion et des miracles qui se foisoientauLauz; on Hiisoit déjà le projet d*une église, chacun en jugeoit suivant son inclination ou son
caprice. Il yen eut qui se déclarèrent contre cette dévotion et qui traitoient ces miracles de bagatelle, et les apparitions de la Sainte- Vierge pour des impostures ou des illusions de la bergère. On croyoit mesme qu'il y avoit
NOTBS» 257
quelques émulations en quelques ecclésiastiques d'Embrun, dans la crainte qu'ils ayolent que la chapelle du Lauz ne divertit toute la dévotion que Ton avoit eue
depuis tant de siècles à la cathédrale. — Voicy un combat entre l'ange de Perse et l'ange des Juifs ; on s'échauffe ; on se plaint en public et en particulier. Antoine Lambert, vicaire et officiai de Tarchevesque part d'Ëmbrun (4 septembre 4668) avec André Gérard, recteur du collège, Jean Bonnafoux , prestre et chanoine créé de la métropole, curé des paroisses de St-Marcellin et de St-Donnat, secrétaire archiépiscopal, et d'Esprit Lambert, advocat au parlement, neveu du vicaire ; Jean-Baptiste de Lafont, seigneur de Savine, se joignit à eux; et estant tous de compagnie au Laus, ils publient à leur arrivée que le vicaire estoit là pour s'informer de ce qui se passoit en ce lieu, pour examiner si le bruit qui conroit de l'apparition et des miracles étoit véritable, ou s'il n'y avoit point par hazard de simplicité ou d'imposture, et qu'il estoit résoleu d'interdire cette dévotion à moins qu'elle se trouvât soutenue par des miracles certains et infaillibles, n sembloit que le recteur estoit plus déclaré que tout le reste contre les miracles et les apparitions» ilenparlolt avec aigreur et de la manière qu'un homme sçavant, solide et pieux doit faire pour ne pas donner de crédit à la trop grande crédulité ou à l'imposture. On fait venir la bergère; on luy parle; on l'examine juridiquement* Le vicaire luy déclare qu'il ne pouvoit plus souffrir que l'on continuât à moins que Dieu et sa mère lui fissent connoitre que c'étoit leur volonté par quelque témoignage extraordinaire , et qu'elle devoit se mettre en estât, si ce qu'elle avoit publié estoit vray, d'obtenir celte grâce de l'un et de l'autre. Pierre Gaillard chanoine de la cathédrale de
HOTES
Gap, qui estoit en ce temps là l'un des directeurs de la diapelie et passionné pour cette dévotion , pour les miracles et pour la visioD de la bergère , parloit sans-cesse eo leur fareur; le recteur lui estoit toujours opposé : il parle en sa présence à cette fille et il lui dit d'un ton de yoix fort élevé que le yicaire estoit Tenu pour interdire la dévotion, qu'il falloit> qu'elle fut trouver la Sainte- Vierge , et qu'elle luidit: Sainte-Vierge, celui qui peut commander est ici: si vous vouiez qu'on continue de vous honorer en ce lieu , priez votre fils de faire un miracle pour affermir cette dévotion. La bergère obéit ; elle eut recours à cette puissante et divine mère» et elle obtint ce qu'elle luy demanda. En effet, il survint une pluye qui obligea Sa- ^ine de se retirer à la haste; elle continua deux jours entiers et elle fut si extraordinaire qu'elle contraignit le vicaire, le recteur et les autres qui étoient venus avec eux d'arrester au Lauz encore ces deux jours, qui estoient le 6" et le 7* de septembre. •
L'on sait comment les émissaires d'Embrun furent témoins le 7 septembre 1665 de la guérison miraculeuse de Catherine Vialde Saint-Julien-en-Beauchéne; ce qui fit sortir victorieuse la bergère du Laus de répreuve à laquelle on l'avait soumise. Juvenis continue:
« La dévotion du Lauz augmentoit de jour en jour ; on n'y voyoit que processions , que pèlerinages ; et en ce temps-là je fus obligé par un de mes amis, à l'occasion de toutes ces choses et de tout ce qui s'étoit passé en ce
lieu, de faire cette inscription:
c Quiaquis immiciilate Deipftrae coltores Bucaooede!
Nec horrore lod deterrearo!
GdiimlNieflt « In ffonuninepebne et inoftverna maoeris»
Hic Gam heteti horridaque opilUme GonBoeseU saptentiae maler Né niieiQ t IittipientilHisloqiiitur ipsa sapientia ,
Panpemmque ilhnninatrix est.
Mbal ipaa optima parens^nesepa numeo samn Divino Ib jmiaiiiate qno aafielliim Interdum perftiaditiir. GonliBrtim cnireniiitin odorem frequenles popali, Etiamasailiasiiiii; PancluraBatunuiiie inveDerimt.
Aiquaemults non potoeniDt extijigaere chariutem, Et si quandoqne isUile nooiilloram resUmerint incndoUlateniv Odora colnmbae ocnli bac in arida Heggbone .
Pisdnassalabenimae sunt Bonis qua aegris omnigeois {urodest :
Quin expiscati quam plurimi nooenles
Tanta verbi Hami UleodMea.
Ptentissimae gcoitrici hnc nuper loeatasedes 9 - Quam Hypapantea lemmala
Praedpiti voto Ut cumque posuerant Laudenses
Caeca pncsentium spe , Qusc tandem effusissimè iUnzit;
Cum bic diutius lalcre Immortalis solis lumen illud nequiverit.
Hacte ergo ! Propera ! fruere deUciis
Queis haec sancta sedes Prxsentia tuitx b^eûcùe scatet. »
c PP.1L J.G.R.A.C.T. D.K.H(K E, An R. 8. M. DG. LXVn. »
Un siècle et demi renfennant le XVm* tout entier »
deux invasions et des révolutions sans nombre ont passé sur le Laus depuis les apparitions de la sainte Vierge et
nom.
la mort de la sœur Benoîte, survenue en 1718 ; Ce sanctuaire a eu ses jours de deuil . de tristesse et d'abandon , et cependant, dans ce désert caché au fond des Alpes, les popolations s'empressent lonjoars d*accoarir, eyes
ronde de s'y montrer en grand nombre surtout aux fêtes
de Pentecôte. Toutefois, puis-je présenter comme on modèle de piété ces dames gapençaises mollement assises sur des bourriques, escortées par ces jeunes dandys à cheval sur des ânes, qui descendent le rocher du Laus au moment où les processions vont retourner dans leurs paroisses? Malheur au sanctuaire le jour où un chemin large et bien pavé permettra aux cabriolets d'y arriver commodément du côté de la route départementale et du * clicinin de grand vicinalilé qui borde la Vence! Alors la curiosité y attirera plus de monde que la dévotion ; les pieds nus et les couronnes d'épines du XVIV siècle seront complètement oubliés; tout Gap y viendra dévotement en voiture; Chorges ^t Tallard, qui ne voudront pas rester en arrière, y déploiront tout le luxe de leurs équipages.
Vmêm Mf gage
Frai$iii-liMri Ls Bme de VaraUes , éTéqoe de 6af.
Je suis heureux de pouvoir consacrer une note à la reproduction d'un document dont je connaissais Texistence, que jusqu'à ce jour j'avais tâché vainement de découvrir , et que Ton a eu robligeance de confier à
processions
NOTES. 964
réditear de cet ouvrage; c'est la lettre écrite au moi) d'avril 1791 par M. de Vareilles à M. de Gazeneuve qui
venait d'être nommé évêque des Hautes-Alpes par les électeurs de ce département. La fermeté sans aigreur , l'onction et la charité vraiment chrétienne de cet ancien pasteur contrastent si fort avec les écrits virulents de quelques écrivains de nos jours qui se disent catholiques; la clarté, la correction et même la suavité du sfyle de cette lettre, réfutent si complètement ce que Tauteur de la Réplique à M. de Leyssen a osé avancer contre les écrits de notre prélat, que nous n'hésitons pas à la donner ici textuellement, sans trop blâmer toutefois M. de Gazeneuve d'avoir accepté la dignité qui lui était conférée par les électeurs et à laquelle il renonça volontairement dans la suite, entratné qu*il fut alors comme la plupart des prêtres du diocèse qui prêtèrent serment à la constitution civile du clergé, par les idées dominantes d'une époque d'exaltation et d'irréflexion, dont aujourd'hui plus que
jamais Ton peut se faire une idée exacte.
LETTRE de M. l'évéque de Gap , à M- de Caseneuve , chanoine de VÉglise Cathédrale de Gap^ nommé à l'Évêché des Hautes-Alpes par MM. les Élecleurs du Département.
Gap, le uwarUim.
f Volve ttfivée dans celle villes Monsieiir', et les insignes que vous portes de le dignité épiscopale » noosaiiiiieimeBtqDe, m une nomimlioii
PérÊdié piéieiidii des Bantes-Alpes» que tout caUioliqiie ne peut regarder que comme nulle, tous avec obtenu une consécration également illicite; et nous annoncent, sans doute, en même temps voire prodiaine installation dans l'église métropolitaine dllnibfan. Vous n*ignoreE pas les obstacles sans nombre que vous opposeront, et le
NOTES
BoUe courage de lloMelgneiir rardieTèqiie , ei la fameié de Mm lespee» Uble dMigé» fli le KUgkn édairée du plos grand nombre des fldèlel ; les uns vous regarderooteomme un usurpateur qui vient s'aneoirnnio siège qui n'est pas yacant ; guidés par les lumitoes de leur conscience et
de leur religion , les autres ne verront en vous qu'un intrus, qui n'est pas entré dans la bergerie par la véritable porte ; et vous ne serez aux yeux de tous, qu'un pasteur mercenaire', un faux pasteur, portant, à la Térité, l'habit de vrai pasteur, mais n'ayant aucun des traits qui le caractérisent et qui doivent mériter la confiance du troupeau.
t En suivant, MoMieiir«le8 principes que tous avez adoptés, et qui
sont aussi éloignés de ceux de la discipline de l'Église qu'ils sont lapprochés de ceux du schisme , vous prétendrez sans doute , exercer votre juridiction sur la partie de mon diocèse située dans le département des Hautes-Alpes; j'ai manifesté publiquement ma fa^on de |>etiser à cet égard, par la lettre que j'ai écrite à l'assemblée de Me<;<iieiirs les électeurs du département , le 5 mars dernier , et dont je joins ici un exemplaire. Je Suis ferme dans mon opinion; elle est trop fondée, i>our être susceptible de variation. Je suis le véritable évôque de Gap; les anciennes limites de ce diocèse sont aussi celles de ma juridiction ; ma nomination et ma consécration sont également canoniques et régulières. Je n'ai été ni nVU mérité d'être déposé. Je n'ai donné ni ne donnerai ma démission; Je ne me rendrai point conpable de désertion. Les liens qui misllaciient mon peuple et à mon ^Use, sont trop sacrés pour que j'abandonne l'to et Tanlie au horreors dn scUsme ; liien loin de rompre ces nœuds» les tribublions ne feront que les resserrer. Mon coeur sera to^ova onrert à cens de mes Hdèles diocésains «lui eontinneront à teeoniir àmon anlorilé dans tenta besoins spirituels; et Je répondni à leur confiance • en leur donnant Ions les secours qnlls ont droit d'attendre de mon ministère.
c VoQsdevea, Monsieur, méconnaître assez, pour être convaincu que la fermeté que Je vons annonce est invariable; céUe que J'ai montiée depuis le eommencementde la révolution, et dont voua aves été témoin, ne peut vous laisser surcelaaneunBdontes; mais autant Je suis inébn»labie dans mes principes, autant snis-Je aélé pour la tranquillité pu-. bKque , et soumis à mes supérieurs légitimes : ainsi, en maintenant mon autorité de tout mon pouvoir et avec le courage qui convient à un évèque , je la maintiendrai aussi avec toute la pnidence et la sagesse de l'Évangile. Mais si vous entrepreniez sur mon territoire, alors mon
NOTES. 263
inacttoo serait faiblesse ou làcbelé, el deviendrait criminelle ; alors vous me forceriet à user contre vous de toute la sévérité de mon ministère, et àappeler à mon secours les foudres et los ana thèmes de l'Église. Ainsi» en vous disant que je ne donnerai pas ma démission, je veux seulement vous faire entendre que je persisterai à Hre évôque de Gap, tant (jull n'y aura que les décrets de rassemblée nationale qui auront prononcé que je ne le suis, ni ne dois l'éire. Mais si l'Église, dont mes supérieurs dans l'ordre hiérarchique sont le seul et véritable organe , m'engage à renoncer à mon siège j si celte autorité, à laquelle je déférerai aveuglément, el que je respecterai jusqu'à mon dernier soupir , me dit que le bien général exige que je donne ma démission , je le jure devant Die u , je la donnerai, et je In8{gneni ail le &ut de mon sang , de ce même sang que Je eenisprâtàferser pour ta défense des Téiités que je professe, et peur le salut de mon peuple; j'ajouterai ce pénible sacrifiée à tons ceox que j'ai d^ fidts ; j'espère qnll sera aosal méritoire devant Dieu , qall se» sensible à mon coBor.n m'en coûterait sans doute infiniment pour* me séparer d'nn troupeau auquel j'avais consacré le vesie de mes jours* pour m'éloigner d'tane église que j'si dft regarder comme ma fidèle épouse» efilaqnélie J'alvonémes plus tendres afiSsotions; mais» je le répèle» avec toute la sincérité d^m coBor droit, avec toute la simplicité dlun dirélien» avec la firandiise et la véiiié d'un ministre de l'Évangile , quels souverain pontife» qu'un concile national on provincial ordonnent ou conseillent» mon sacrifice est prêt.
cette église, Honsienr» l'éi^isede Gap» que je préside senleroent depnîs peu d'iannées» et pour laquelle iMen seul connaii toute l'étendue de mon attachement» doit aussi tous être Uen chère; tous Iles né danssQii 8ein;eUe a reçu vos premiers voui» en vous adoptant an nombre de ses enfimls» TOUS avez été âevé à l'ondire de ses aulels»èlle TOUS donna les premiers principes du diristianisme ; Toudifes-Tous dédiirer les entrailles de Toire propre mère? Après lui avoir juré comme moi» une fidâitéinTiirtable» tous I'^tck servie kmg-lemps; TOUS ètiei un de ses prindpauz ministres ; elle sTalt droit de tous regarder comme un de ses plus xélés défenseurs; par quelle Iktililédè- Tiendriei-Tous un de ses plus cruels ennemis? Vous aves étudié sa tnditiaQ» vousaives étudié sa doctrine ; mérita-t-elle jamais à vos yen la persécution qu'elle éprouve» la proscription dentelle est menacée? Et pounie»*vous concourir à sa destruction ? Quel avenglemcntl Ne serais-ce pas oeini prédit par le prophète : Atidite calf , et tmHbHspereipe terra
NOTES
quoniam Dominus locutut est: FUios enuiriviei eX(Ut€tvi, ipst autem ipreverunt me, Isa. It: Gieux, écoutez; et toi» terre, prête l'oreiUey c'est le Seigneur Dieu qui a parlé, et ses paroles méritent toute notre iUenli(Mi;voidceqii11a dit: j'ai nourri des aiftBli,|e les ai élefé8»c» après cela ils m'ont accablé de mépris, et se aoDtiévQlléii«MdM moit
J'ai riiouncur d'être , Monsieur ,
Votieiiès-buBlile et Iràsmbâssaiil awiteuTy
f F. !!.£▼• de Gap»
CnHanMPaK); m |iélinliin; le nppHse 4e8flmt, fk In l^iaidei pophim le la Snile-Craix de It Sndee, de h fMbÛB de rEpioe, de h clufeUe
de SiiiQl-Haia el des Cam de Fuidon*.
La: trop courte notice consacrée dans le texte à Guillau-
me Farel , l'homme le plus étonnant qu'ait produit la ville de Gap , ne saurait donner une idée exacte de ce pion%\i&r delà réforme en Suisse et en France ^ vif y ardent, homme d'aUaquB et de bataUU , qui frappa dê la haehe les finréU séeiMres*^ Je me peimets de lui donner id un complément de quelque étendue.
* En terminant le Précis historique , j'ai avancé un peu étourdiment qu'aucun de nos hommes remarquables n'a¥ait trou?é place dans la Biographie universelle. II fallait en excepter Guillaume Farel. Son nom ^ure au tome XIV, p. 152 de cet interminable dictionnaire.
«Heried'Anbigiié, flifsfo^40 lafi^/bfNMlAmd»XFI»sae(0> tom.. lU.
HOTES. S6
Et d*abord, Farel est-il né dans le sein de la ville de
Gap, oa bien au hameau des Fareaux qui de tout temps
en fut une dépendance V
£tait-ii noble d'extraction, ou bien simple roturier?
Tons les biographes de ce grand hérésiarque , le manuscrit de Genève , la Biographie universelle et noire chroniqueur Juvenis , disent simplement qu'il était né à Gap; le Livre des Annales des Capucins , écrit en 1658, et copié par M. de Rochas» est le seul qui le fasse naître au hameau des Fareaux: • Il y avoit, porte ce livre, « un Guillaume Farel , mesnager , natif et habitant au « terroir de Gap , à un masage qui est allant au Champ- « saur qu'on appelle encore les Farels , environ une lieue « de la ville de Gap, lequel commença à dogmatiser le « menu peuple etc.» Malgré un texte si précis,, je penche pour la première opinion, el je crois qu'il était fils ou petit-fils deFhinçois Farel qui» en qualité de notaire, recevait le 26 juin 1458, un acte de donation dans la ville de Gap , et frère d'Antoine Farel , également notaire. Celui-ci écrivit l'acte de l'hommage et du serment de fidélité prêté par Gabriel de Sclafanatis au roi dauphin le 19aoùtlS13'. Toutefois, je dois déclarer qu'il existe encore au hameau des Fareaux deux fiimîlles du nom de Farel ; mais hélas! les arrières-neveux de celui qui professa l'hébreu , le grec et le latin au collège du Cardinal Lemoine , ne connaissent qu'imparfaitement la langue française , ne font usage que du patois de Gap» ne savent même ni lire ni écrire et ne possèdent aucun document
«Andin, ru de CaMn, p. 17, dit que notre hététiqne était fils d'an noudie deGsp, appelé Fueau.
MUTES.
sur l'iUusIre hériitique da XVI* siècle! La première question reste done è peu près insoloMe.
Quant à la seconde, je m'étais toujours déclaré pour la roture d'après le passage que je viens d'extraire du Livre des Capucins, et même en admettant que Guillaume était le très proche parent des deux Farel qui ezerfaient dans Gap l'offifioe de notaire vers le milieu du XV* siècle et au commencement du XVI* ; mais ma fol a été ébranlée en lisant l'ouvrage de M. Merle d'Aubigné sur la Réformation. Cet auteur persiste à faire sortir Guillaume Farel d'une famille noble, et, à cet effet il transforme en vieux chàtelet la modeste chaumière des Farel de nos jours; il s'appoye 1* sur Bèze qui a dit quelque part, GuiUdmum Fardlum, âdphinaiumt nobUi famUià orfum; 9* sur une lettre de Calvin au cardinal Sadolet , dans laquelle il fait ressortir le désintéressement de Farel issu de si noble maison; 3'' sur le manuscrit de la bibliothèque de Genève, où il est dit: < Farel geiUUhomme de condition^ doué de ^na moyens lesquels il perdit pour sa religion « aussi bien que trois autres siens frères. • Gomme je n'ai k opposer à tant d'autorités que le silence des chroniqueurs gapençais, et le mot ménager du Livre des Capucins, je tiens les Farels des Fareauxpour bons gentilshommes y. quelles que soient leur pauvreté et leur ignorance actuelles.
Or, qnll fftt de noble extraction ou simple roturier,, qu'il soit né an sein de la ville de Gap ou qu'il ail vu lejour sur le plateau de Bayard, Guillaume Farel professa
dès son jeune âge les langues mortes au collège du cardinal Lemoine ; il sema plus tard les principes de la réforme
KOTU. S67
à Meaux, à Bàle*, à Berne, à Montbeillard , i\ iNeufchâtel, à Metz, à Gorze et principalement à Genève où il força le fameux Calvin de se fixer. Partout il montra un zèle liuiatique pour la destruction des images et des monuments élevés par le eatholicisme.
Notre réformateur avait étudié la théologie , la philosophie elles langues grecques et hébraïques, sous Jacques Faber d'Etaples et maître Girard Uouf. Chaque jour, ils priaient dévotement et disaient leurs heures devant une image delà Sainte-Vierge, car alors, a écrit plus tard Guillaume Farel, « ils étoiont encore en lacqs du pape « « et tenoient les choses les plus détestables de la papauté, « comme est la messe et toute idolâtrie papale. »
Vers l'année 1895, il se rendit dans les pays réformés les plus voisins de la France. 11 contracta une étroite
amitié avec Bucer et Capito à Strasbourg ; Zuingle , à Zurich; vEcolompade, àBâle; ctBerthold Ilaller, à Berne. Ces réformateurs de l'Alsace et de la Suisse allemande, « l'ayant reconnu , dit Farel dans son journal manuscrit, « d'une singulière érudition j piété et xéle, bien exercé « ès saintes écritures , de bon conseil et d'exécution, « ferme comme un rocher à la vérité , et d'une vie tota- • lement chrétienne , trouvèrent à propos d'appliquer son « ministère envers les peuples de sa langue, lui donnèrent
* Vdd im ordre curieux da sénat de Bftte : c FaiaoDS aavoir inx cués, tox diéologi^s, ans écoliers, qu'ils aloit à M trouTerà la dispute instltnée p0 nudire Fard, Me de quoi ils nteont pas la penuission de monilre leurs giains aa moaUD , de caiie leur pain an ftmr et d'adieter leur viande et leur habage an mardiéde la ville >. ( Aiidin , Vie 4e CaMn , tom. I, p. 186.)
• la main d'association, el le disposèrent de .mettre la « main à rœuvre. • C'était en i524.— Déjà à cette époque, ajoute l'audacieux apostat : « il avait renoncé à « ce songe papal du Dieu de paste: ce bon père demisé- « ricorde à la fin l'avait retiré d'ane si dangereuse « idolâtrie et abusion. ■
Etant allé à Montbelliard , en Tannée 4527 , les prêtres de cette ville lui refusèrent rentrée de leurs églises. Alors, il se mit à prêcher dans les maisons et dans les mes.
• Adyintanjoor que lesprestres faysoient lenrproces- « sion et portoient la chasse qu'ils appelloient de Saint- « Anthoine, ayant après eux grande suite de peuple « selon la coustume. Farel les rencontra sur le pont ; « voyant deux prestres qui sur leurs épaules portoient « la susdite chasse qui marchoient les premiers» l'enleva « et jetta en l'eau du pont en bas, puis par grand zèle et « hardiesse adressant la parole au peuple dît: povres « idolâtres, ne lairrez-vous jamais votre idolâtrie P Le « peuple et les prestres voyant cela furent tout estonnez « et si animez qu'ils se ruèrent contre luy , et l'eussent « tué si, ce jour , Dieu, par une spéciale providence, ne « l'eut préservé. »
Cette violence le força de quitter Montbeillard. Il tourna alors ses pas vers Neufchâtel où il lui fut permis de prêcher publiquement; mais, afin d'avoir des auditeurs, il se revêtit d'un surplis de prêtre. « Ainsi il se transfi-
• garnit au commencement, sans idolâtrie, de plnsieurs « manières, pour avoir entrée de prescber en langue « françoise» » Malheureusement pour lui , Farel était connu de plusieurs personnes qui l'accusèrent d'avoir porté le trouble à Bàle et à Montbeillard : il fut contraint de
NOTES
descendre de la chaire, de quitter la ville et de se réfogier à Aigle.
Une procession parcourait les rues de cette bourgade au momeut ou notre fugitif y entrait. Apercevant le prêtre qui portait le Saint-Sacrement, il perce la foule, tombe sur le dais, s'empare du soleil dor, le foule aux pieds, et s'enftiit! Puis il rentre k Aigle et se fait maître d'école, apprenant aux petits enfants à ses propres dépens. » En celte sorte, de petit à petit il print avec « eux cognoissance et commença à prescher l'Évangile ; « mais il fut bientost descouvert. »
Nous retrouvons Farel dans l'église de Tavanes, bourg voisin de Berne où il avait porté la parole après avoir quitté Aigle et ensuite Morat. Par une bizarrerie assez commune en ces temps où la nouvelle doctrine cherchait à supplanter l'ancienne croyance, un prêtre était encore à l'autel où il célébrait la messe, lorsque notre zélé compatriote se démenait en chaire. 11 parlait avec tant de véhémence et d'efficacité qu'incontinent le peuple abattait les images; de manière que • le povre prestre qui chan- « toit sa messe ne la put parachever, mais tout estonné « s*enfuit en sa maison estant encore revestu de ces « habits avec lesquels on chante messe.»
Je ne suivrai pas Farel dans toutes ses courses avantureuses; je dirai seulement qu'il vint de nouveau à r<ieuf chfttel et qu'il fut plus heureux dans ses prédications qu'il ne l'avait été quelques années auparavant. De Neufchâtel il passa à Valangin où il obtint par la violence un succès éclatant, • le jour qu'on appelle Nostre-Dame a d'Aougts. » Il était alors accompagné d'un jeune ministre nomiiaé Saunier, né, comme lui, dans la ville de Gap.
Lo Ueu de sa prédication était encore l'église paroissiale , et le prêche avait lieu an moment même où l'on y célébrait la messe. Le jeune Saunier voyant que le peuple de Valangin reste attaché à son curé , se sent ému d'un zélé
arden! , et, profitant du moment où le prêtre élevait l'hostie consacrée, il s'élance surlui, arrache de ses mains le corps du Sauveur, et se tournant vers le peuple il s'écrie : « Ce n'est pas icy le Dieu qu'il vous faut adorer, < il est là sus au ciel en la majesté du Pére , et non entre « les mains des prestres comme vous cuidez et comme • ils donnent à entendre! »
Cette insultante profanation excita le courroux des habitants de Valangin; on sonna toutes les cloches, et nos deux réformateurs se virent contraints de fuir pour retourner à Neufch&tel. ils se trouvaient prés d'un château dépendant de ce bourg, lorsqu'ils se virent assaillis dans un lieu étroit par une vingtaine de personnes, hommes, prêtres et femmes qui les accueillirent d'abord à coups de pierres et les rouèrent ensuite de coups de bâtons» « Alors les prestres n'avoient pas les « gouttes aux pieds et bras; » aussi s'en fallut-il de peu* que nos réformateurs ne perdissent la vie l'un et l'autre, jls furent pris et renfermés comme prisonniers au château de la dame du lieu , après avoir été conduits devant une petite chapelle, où Ton ne put jamais les faire consentir à se prosterner devant l'image de la Sainte-Vierge.
Après avoir propagé la réforme dans toute la Suisse , et au retour de l'assemblée des églises Vaudoises qu'il venait de présider dans la vallée d'Angrogne , Tarel se rendit à Genève avec son compagnon; c'était en l'au' née Cette ville était peu disposée alors à embrasser
Non». 271
la nouvelle croyance ; mais ils y prèclièrent secrètement, et ne tardèrent pas à voir le nombre des auditeurs s'augmenter de jour en jour. Sur la plainte du grand vicaire , Farel et Saunier furent cités devant le conseil épi8G0i»al et le chapitre pour s'expliquer sur leur doctrine» Là, en présence des deux syndics de la ville, le grand vicaire adresse à Farel ces pressantes interpellations :
• Farel es-tu baptisé ? — Pourquoi troublcs-lu toute la
• terre? — Qu'es-tu venu faire ici? — De quelle autorité « préciies-tu?
Et notre imperturbable gapençais de répondre : « Je < suis baptisé au nom du Père , du fils et du Saint-Esprit.
« Je ne trouble ni la terre ni cette ville; c'est vous qui
• avez troublé le monde entier par vos inventions humai- « nés , vos vices et vos dissolutions. Je prêche Jésus- « Christ mort pour nos péchés à tous ceux qui viennent « m'entendre. Mon autorité vient de Dieu , dont je suis « serviteur, et non des hommes; je suis prêt à exposer « ma foi devant vous, et à la maintenir jusqu'à la der-
• nière goutte de mon sang. »
Irrité de tant d*audace , le grand vicaire signifie à Farel l'ordre de sortir dans trois heures de Genève, sous peine de la vie; mais le novateur se plaint d'avoir été condamné sans qu*il eût discuté sa croyance. L'un des chanoines Tinlerrompt en criant: BUuphemavit , r$u» esi morU, — ^Servez->vousdes paroles de Dieu , réplique Farel, et non des paroles de Gaïphe.— Et alors de tontes parts : Frappezy frappez! au Rhône ! ait Rhône! Farel est assailli, renversé , battu; on a de la peine à le tirer tout meurtri des mains des chanoines, et avec Saunier il fuit de Genève.
27 â ROTES.
La seconde entrée de Guillaime Farel dans cette ville CQt lieu en l8S4y et cette fois , ses prédications y obtinrent le plus éclatant snecès. Malgré sa frêle stature , son
teint pâle et brûlé par le soleil , sa barbe rousse et mal peignée , ïe peuple se levait pour l'entendre alors qu'il prêchait à Sainl-Gervais , à Sainte-Madelaine ou à Saint- Pierre; son œil de feu et sa parole véhémente entraînaient les populations * . Ses prédications eurent un résultat si puissant que les Genevois se livrèrent aux plus violents excès contre les images des saints et les chasses bénites: les croix, les tabernacles, les statues, les tableaux , tous les monuments des arts ne purent être sauvés de cette rage frénétique , et la grande figure de Gharlemagne ne ne fut pas même épargnée. Le 20 août
4 On disait au XYI^ siècle : savoir de Calvio , véhémence de Farel y éloquence de Viret
La sœur Jeanne de Jiissie , alors religieusii à Sainte-Claire de Genève , parle de la manière suivante d'une prédication de Farel , en son livre intitulé Le levain du Calvinisme : c Les luthériens se firent ouvrir c l'église cathédrale de Saint- Pierre , et eux estant dedans ^ commen- « oèreiit à Mnaer ta cloche épiscopale à branle pour le sermon , car c ils meDoieiit leur msiidit prédicant nommé malslre GuOlamne Farat c (Farel lequel se mît en dnlie et prosehdt en langue allemande, c Ses auditeurs aanltoient par dessus les autels comme chèvres et bestes c braies > en grande dérision de nostre rédempteur» detaVieigeHarie c etde tons les saints >.(Aadia) loeo eUallo, p. 198.)
Plus loin, la sceitr de Jusde noos montra en quels termes élégants et podiqoes Farel et Vitet parlaient des smors de Sainte-Claire. La simpBcité etta ntffeté de ta sœur Jeanne ne loi ont pas permis de reculer devant le ^niame de l'expression , alors qu'elle rappefle les accusatloos portées par les deux prédicanis contra les noues et les moines. Nous sommes devenus trop chastes pour que je me permette de les reproduire.
NOTES. S73
HSSU, Texerciee de la religion catholique fat entièrement proscrit dan8 le canton de GenèTe, les moines et les religieoses furent expulsés delà Tille , et les magistrats pour leur éviter Tinsulte , les accompagnèrent jusqu'aux frontières de la Savoie , tandis que Farel leur prêchait sur ce verset de saint Luc : En ce imps-là Marie s'en allait en promptilude ou mUUu des montagnes»
Quelques années après , l'on vit à Crenève un ministre du Saint-Évangile aller dans un hôtel où venait de descendre un jeune voyageur dont la réputation avait retenti dans le monde. L'un était Farel, et le second, le chef célèbre du grand parti qui agita la France durant de si longues années. A son retour de Ferrare , diverses cireonstances amenaient Calvin , contre sa volonté, dans les murs de Genève , et c'est alors que Farel, tout brûlant de zèle, l'exhorta à s'arrêter dans celte ville pour lui prêter l'appui de ses lumières , ce qu'il n'obtint qu'après avoir foit succéder aux prières les menaces et les impréeations. Voilà donc maître Jean Calvin professeur de théologie à Genève, « où il a plus fait et plus prompte- « ment que personne aie M% , surpassant non pas les « autres seulement , mais soy-mesnie , » ainsi que Farel récrivait au ministre Fabry, après la mort de Fauteur de V Institution chrétienne, qu'il assista dans ses derniers moments ^
iTfe de fm keureute mimoirê de mom, GMmme Far^, Urée desesUUrei, anee un raeewrei de VhUMre de la r^àrmaUon de Genèee, Us. n* 147 delabiliUodièqDe de cette ville. — Migiiet, jtf^ moire twrVéUMUtemeni de laréferme reUff(euee et mr la coiififttition du calvinisme à 6«nét».— Capefigoe, HUtoire de$ guerre» de religUm»^ Andin , Vie de Calvin,
27^^ NOTES
* Près de vingt ans s'étaient éeoulét lorsque Farel , alon établi à Neo^fttel , vint à Genève penr loiftenir Calvin
contre le parti des libertins qui , malgré la réforme , se plaisaient dans les tavernes , tournaient en ridicale leurs prêtres nouveaux et surtout notre irrascible compatriote. Entre autres facéties, ils faisaient frire nn poisson nommé Faret, et quand il était cuit, ils mangeaient ainsi le réfonnateur tout bouillant, au milieu des rires exdtés par la chair coriace du pauvre ministre. C'était en 4888 au moment où , contre le principe du libre examen , Servet avait été condamné à mort parcequ'il n'avait pas trouvé dans les Saintes-Ecritures les preuves de la divinité de J.-C. Le 37 octobre, Farel se chargea de le conduire au bûcher. Dans la prison , Servet tomba à ses genoux en s*éeriant : — « Le glaive , de grâce , et non le feu oè je pourrais perdre mon âme dans le désespoir ! Si j'ai péché c'est par ignorance. •
Farel le relevant et l'étreignant : — « Confesse ton crime, et Dieu aura pitié de ton âme.
— Je ne suis pas criminel et n'ai pas mérité la mort!
— En ce cas, réplique Farel, je vais f abandonner. »
Servet lève les yeux au ciel et dit d'une voix éteinte « O Jésus , iiis du Dieu vivant , grâce ! grâce ! »
Puis arrivé au lieu du supplice , Servet tomba la face contre terre en poussant des hurlements affreux, et Farel se tournant vers le peuple: « Vous voyez cet homme qu'on va brûler, c'est nn savant qui peut-être n'a vonlu enseigner que la vérité ; mais le voilà dans les mains da diable qui ne le lâchera pas. Veillez sur vous de peur que Satan ne vous en fasse autant. » Ensuite se retournant.
Mont. S75
vers le condamné , il lui dit : — < Sertet , il en esit temps encore , veux-tu faire l'aveu de tes crimes et te recommander au fils éternel de Dieu?
— A Dieal àDiea!
— E9t-oetoatf
— Qae vooleaE-Tons demoif A qui puis-je mieux recom^» mander mon àme qu'à Dieu mon créateur?
— Il y a ici un notaire qui recueillera tes dernières volontés. As-tu laissé une femme et des enfants? »
Le patient hocha la téte et Farei ajouta : — « Me veuxtu pas te recommander aux prières des assistants ^
— Oui.
Et notre implacable réformateur crie au peuple . « Voici que Servet vous demande de prier pour son àme. » Se rapprochant du condamné il le conjure de confesser Jésus le fils étemel de Dieu. Les lèvres de l'hérétique espagnol ne s'ouvrent pas. Alors Farel se tournant de nouveau vers le peuple dit à haute voix : < Ecoutez ; Satan va s'emparer de cette âme. »
Il s'éloigne • et le sacrifice est consommé'.
Ainsi de fonatiques réformateurs , qui niaient la présence réelle comme contraire à l'Evangile , osaient , par
une terrible inconséquence , envoyer au supplice celui qui avait cru trouver dans le livre divin despreuyes contre le dogme de la Trinité.
«Audin, Vie âê CaMn,
Dans va oufiage inlibilé Jlmvl , Wnmint et Vint , piil>lié par M. Cbeaerièfe, 601837, on passe sons sUenoeime partie des moyens vidailg cmplogrés par noire compatriote. Geos qu'on avoue sont JnslUésparle aweAi de l'cntiepiiae. R'est-ee pas dire eo d'émues tenues: la /II» «meH/lelet moyiiic.
HOTES
J*âi signalé avee assez de détail dans le teste les prédi-^ cations de Plarel dans sa yiUe natale pour qu'il devienne
superflu de les reproduire dans cette note; il suffira d'ajouter que Guillaume d'Avançon , archevêque d'Embrun , apprenant que notre ville était infectée de calvinisme , donna ordre an P. Louis Codret de s*y rendre. C'était , dit le P. Fonmier, un in&tigable athlète de la compagnie de Jésus , qui déjà avait étonné le diocèse d'Embrun par sa puissante dialectique et les foudres de son éloquence. A cette nouvelle , le peuple huguenot de Gap « s'élève , gronde , tempeste et proteste que le P. Godret ne mettra jamais le pied dans la chaire , et qu'on l'étrangleroit s'il estoit assez hardy d'entreprendre d'y monter. La jeunesse catholique de la ville le fut trouver en troupe : elle le prie de ne rien craindre , qu'il se mit seulement en estât d'aller prescher , et elle luy jure qu'on luy ouvrira le chemin de la chaire .par le tranchant de répée à travers de tous ceux qui s'y voudroient opposer. Codret voyoit partout l'image de la mort , et il croyoit déjà de laisser avec son sang le témoignage de sa foy en cette occasion ; il estoit enveloppé d'un peloton de soldats huguenots ; et ayant fait une sage réflexion qu'il ne falloit pas animer à la sédition des gens qui estoient échauffez et qui avoient les armes à la main de part et d'autre , il aima mieux faire sa prédication en un village voisin que de causer quelque sanglante tragédie par un zèle hors de saison. En quel estât estoit cette pauvre ville ! * .
* Le P. Fotirnier, Histoire de» Alpet MariHmêi Ou (MUemutt, pag. ^ de la traductioB de Juveoit.
NOTBS.
l'ignore cependant si l'époque où le courage du P. Godret faiblît devant les menaces des hérétiques , coïncide avec celle où Farel entraînait Vévêque Gabriel de Clermont dans l'apostasie. Il parait même que le voyage de réloquent jésuite d'Embrun n'eut lieu qu'en l'année 4567 an moment oùlcscathoUques de Gap curent l'imprudence de porter nne croii blanche sur leurs habiU pour se distinguer des huguenots.
Quoi qu'U eu soit , notre hérésiarque subit les conséquences du principe de la réformation et son esprit tourbillona dans les variations mises plus tard eu évidence par Bossnet. Une dispute sur la Cène le fit chasser de Genève en 1858. Il changea si souvent le symbole doses croyances qu'il fut accusé tour-à-tour d'Arianisme , de Sabellianisme , et de vouloir renouveler les erreurs de Paul deSamosatte, accusations dont il se justifia cependant aox synodes de Lauxanne et de Berne. Il eut de grands démêlés avec Erasme à qui il reprochait ses hésitations et ses lenteors en le comparant au Balaam de rEcriture. Le fomeux phUologne le lui rendait avec usure: il ne cessait de dé verser les saillies et le dénigrement sur la tête de Farel qu'il désignait sous le nom moqueur de PhaUkuê*.
J'ai déjà dit, je croîs, que Farel , né à Gap en 4*89 , mourut à Neufchàtelle 45 septembre 1«68 5 il s'était marié à l'âge de 69 ans. Au bout de cinq mois de mariage , il lui naquit un fils dont j'ignore la destinée. Malgré ses firéquentes prédications , notre hérétique
i.Ch. Chenevière, Farel, Frfmmt et Viret, pag. 39.
gapençais trouva encore du temps pour beaucoup écrire. Voici la liste des ouvrages qu'il composa à diverses époques , et dont les titres seuls sont venus à ma connaissance : ^
40 Du vrai usage de la Croix et de l'abus d'icelle. 3** Traité de la parole de Dieu. 3* De la Sainte-Cène.
4* Du glaive de l'Esprit.
8* Traité du purgatoire.
6" La confession de l'église de Genève.
V Thèses publiées à Bâle.
8° Sommaire de la religion cbrétienne.
9** />e orotione domititedk 10* Conférence avec Guy Ftobity.
Il* Epitre an doc de Lorraine.
IS* Réponse à Caroli.
15® Epitre à tous seigneurs.
H<» Le glaive de la parole véritable.
15® Sommaire pour que chaque chrétien mette sa confiance en Dieu et aide son prochain.
Ceux qui ont lu ces ouvrages les ont trouvés fort médiocres et ont ajouté que Farel était un homme de peu de savoir* Cependant le Glawe de VE^rU qui contient de lions préceptes de morale dirigés contre les libertins» a été ioné par le bibliophile Guy AUard. Les écrits de notre compatriote sont devenus fort rares : la bibliothèque publique non plus que les bibliothèques particulières de la ville de Gap n'en possèdent aucun. Genève , le principal théâtre de ses exploits, n'en a que deux, indépendamment de la VU de fm heureuie mémoirê de Mom, GuUr laume Farû , Manuscrit n* iWI de la bibliothèque de celte
NOTES
ville; M« Merle d'Aubigoé a pi| visiter à Neufchàtel la bibllotiièqiie particalièrede notre béroa ; il y a trouvé la plupart de ses livres , entre antres le yrai usage de la Croix où Farel a écrit quelques détails sur son enfance. Cet ouvrage contient une légende assez curieuse et une anecdote fort piquante que M. d'Aubigné rapporte de la manière suivante :
La Saiote-Croix de la Saulce.
t A quatre lieues au sud de Gap, près de Tallard , sur une montagne qui s'élève au-dessus des flots impétueux
de la Durance , était un lieu fort réputé, nommé la Sainte* Croix. Guillaume n'avait guère que sept ou huit ans quand son père et sa mère résolurent de l'y conduire en pèlerinage^ La croix qui est en ce lieu , disait-on , est du propre bois en lequel Jésus-Christ a été crucifié.
c La famille se mit en marche et atteignit enfin la croix tant vénérée , devant laquelle elle se prosterna. Après avoir considéré le bois sacré et le cuivre de la croix , iiaût, dit le prêtre, du bassin dans lequel Notre Seigneur lava les pieds à ses apôtres , les regards des pèlerins se portèrent sur un petit crucifix attaché à la croix. < Quand « les diables, reprit le prêtre, font les grêles et les fou- « dres , ce crucifix se meut tellement qu'il semble se « détacher de la croix , comme voulant courir contre le « diable, et il jette des étincelles de feu contre le mauvais
• temps ; si cela ne se faisait » il ne resterait rien sur la
• terre*. »
* J'estoye fort petit et à peine je savoye lire. ... Le premier pèlelioage auquel J'ay esté t esté la Saiocte-Croiz. {Du vray mage de la croto, p.SSSet9S7.)
^Mâm^ p.SS5et8uiT.
NOTES
« Les pitmx pèlerins étaient font émns en entendant raconter de si grands prodiges. » Personne, continua le
prêtre , ne sait et ne « voit rien de ces choses , si ce n'est
moi et cet homme Les pèlerins tournèrent la téte
et virent près d'eux un homme d'extérieur étrange, c A le voir ii faisait Irayear , » dit Farel. Des mailles blanches couvraient les deux prunelles de ses yeux, c soit qu'elles y fussent en vérité , ou que Satan les fit apparaître. • Cet homme extraordinaire que les incrédules appelaient le sorcier du prêtre , interpellé par celui-ci » répondit aussitôt que le prodige était véritable. *
« Un uouvel épisode vint achever le tableau et ajouter
aux superstitions la pensée de coupables désordres
1er, Tauteur protestant reproduit un passage du livre de Farel où est racontée une anecdote scandaleuse qui ne parait ni vraie ni vraisemblable. Il en tire la conséquence que la morale et la doctrine étaient également empoisonnées au moment de la réformation, et qu'il fallait pour Tune et pour l'autre une puissante régénération. Je suis loin de le nier, mais la réforme aurait dù partir d'un concile ou de Rome , centre de l'unité , et non d'une foule de têtes exaltées et sans mission, qui n'élalenl d'accord entre elles ni sur le dogme ni sur la morale.
Revenant sur la légende de laSainte-€roix , j'ajouterai qu'il existe en effet à deux myriamétres de Gap, non près de Tallard , mais au-dessus de la Saulce , une montagne sur laquelle les habitants de ce village se rendent
« Iterle d'Aiibigoé, BMoiin de la i^mmoIIoii du XFP«éel0, 3^
nOTBS.
processionnellement le dimanche qui jBIiU iaféte de i'inyention de la Sainte-Croix. Le bois sacré dont parle Farel est planté près des mines de la chapelle élevée jadis sur ce mont , et dans laquelle il prétend qu'une profenation
fut commise presque sous ses yeux à la fin du xv* siècle.
Vers la fin du xviu" siècle l'auteur de cet écrit a fait luimême le pèlerinage de la Sainte-Croix : c'était au mois de mai de l'année 1795 ou peut-être de 179^, et il peut assurer que rien de semblable à ce que raconte Farel ne se passa sons les yeux des assistants ; mais on disait alors , comme on le répète encore chaque jour, sans y ajouter foi > qu'à répoque où les Tartares (les Sarrasins) s'emparèrent de la contrée , la croix sainte s'éleva dans les airs , disparut, et ne reprit sa place accoutumée qu'après l'expulsion des mécréants*
La légende de la Sainte-Grofac de la Saulce me porte
à terminer cette dernière note par quelques contes de même nature entièrement oubliés , et qui nous ont été transmis par les chroniqueurs indigènes.
li Uttaim k Ytipm,
11 existait et peot-étreil existe encore à l'Epine , village situé entre la ville de Serres et le bourg de Rosans , une
fontaine où les peuples se rendaient en procession pour demander de la pluie pendant les longues sécheresses et les ardentes chaleurs de l'été. Alors, une jeune vierge , dépouillée de tous ses vêtements fors dosa chemise, entrait dans le bassin de cette fontaine miracoleuse pendant que ses compagnes continuaient leurs chants ireli*' gieux; elle en nettoyait le lit avec respect , et aussitôt le
nom.
ciel répandait abondamment sur la terre la pluie qui devait la reverdir'.
La chapelle de Saiot-ltii près de Gap.
Après avoir parlé da voyage miracoleax de saint Arey à Rome, l'auteur da Livre des Annales des Capucins ajoute : « saint Arey s'en retourna de Rome à Gap , d'où Ton croit qu'il emporta les saintes reliques de saint Menus , à riioDDeur duquel on a basti une chapelle au sommet d'une colline à trois quarts de lieae de Gap, auquel le peuple a grande dévotion , parÈkuUènnunt ceux qui sont gahux qui te dévoumt H reçowmt h guiriton par m intercessions, et autres grâces extraordinaires*. » La chapelle de Saint-Main est toujours debout sur le monticule ; mais les galeux du m* siècle n'ont plus foi qu'aux drogues de Tapolbicaire.
Les eau de Saiot-Piulippe et les Casses, de Fandoiiw.
le laisse à Juvenis le soin de raconter comment liit
punie la curiosité de l'un de nos évêques , qui pour se débarrasser d'une troupe de démons les envoya dans les. Casses de Faudon.
« il y a proche de La Bastie-Nenve une montagne quii est appelée Saint-Philippe, mandement d'AnceUe, au: haut de laquelle il y a comme un gouffre rempli de terre-
et de pierres, duquel sort une source noire et limoneuse. Ce gouffre est appelé les Casses de Foudon. Les gens qui sont en ce quartier font plusieurs récits de ce lieutet
'Chofier, JHMMrv oMgée êu Da»^kl»é , p.l.
* Livre des Annales des Capucins de Gap , p. 44.
lions.
disent qu*uo homme de La Bastie-Neuve ayant perdu trois cavales, alla en Avignon pour consulter un devin sur sa perte, lequel estant venu audit La Bastie, Tévesque de Gap nommé Gaucher de Forcalquier eut la curiosité de le Toir; et l'ayant ftit appeler dans son ehasteao, il l'obligea de Ivfhfre voir l'armée du Grand-Ture; et ee magicien ayant usé des cérémonies accoustumées , fit paroistre aux aîsles de la cheminée de la chambre où ils estoient un grand nombre de figures de gens en armes en petit , ayant le général et chefii tout en ordre qui cornmençoient mesme à remuer ladite diambre, lesquels se rangeant sur ces aisles, donnèrent de frayeur à cet évesque , ce qui luy fit dire à ce devin de les faire disparoitre ; mais il luy répartit que cela ne se pouvoit , à moins qu'on leur assignat un lieu pour les renvoyer. Gomme on estoit dans cette inquiétude , il y eut un homme dudit' La Bastie appelé communément Jean de Tube qui dit'de les envoyer aux Casses de Foudon , et que, devant qu'ils feussent arrivez à son verger, dit le pré de Tube qui est au chemin droit desdites Casses , ils auroient pris envie de boire. Cela fut cause que cet évesque et les autres qui y estoient et qui avoient une peur étrange , leur dirent d'y aller. Cequ*ayant fait» ils arrachèrent les arbres dudit verger et pré , en telle sorte que la racine resta en haut , et la terre fut toute bouleversée. Ge pré n'a despuis rien produit, et despuis ce teuips-là on entendit remuer dans cet abysme desdites casses , et les bouleverser tellement que la terre s'abysme , et la source qui en sort devenir noire. 11 y eut des assistants qui en moureurent de peur ; Tévesque en eut une fièvre de deux mois dont il faillit à mourir, et l'on croit que pour ce , il fit des i^nds biens à son é^'se.
S8i ROTIS.
Neuf ans après , cette ruine continuant au pays , il fallut qu'on y allât en procession Vévesque et clergé , et qu'on arrestat cette ruine par la vertu des exorcismes et prières de l'Église'. •
Le nom de l'évèque qpi figare danseette relation parait avoir été troavé par Javenis seul, car il avait d'abord écrit celui de Sclafanatis : il l'a elfocé pour loi substitaer Gaucher de Forcalquier, prélat pour lequel il n'avait pas une grande vénération.
Malgré la simplieité du récit de notre chroniqnear , il ne font pas croire qn*il ajoatàt la moindre foi aux contes populaires qui, de son temps , étaient répandus dans la contrée et qui aujourd'hui y sont complètement oubliés. Dans son Histoire duDanphiné, il est revenu sur les Casses de Faudon et s'est exprimé de la manière suivante : « Il y a (dans le Gapençais) un ruisseau que je ne saurais omettre; il coule entre La Bastie-Neuve et Montgardin dans une petite ravine; il sort d'une montagne du costé d'Ancelle , appelée Saint-Philippe , et d'un terrain qui porte le nom de Casses de Foudon. Ce terrein est attiré par les eaux souterraines qui y font des abismes» et l'eau du ruisseau qui en sort est sibourbeuse et si noire qu'elle ressemble à l'eau de V Achéron des fables : aussi l'on Ml des contes dans le pays que les démons y travaillent, et qu'un évesque de Gap , trop curieux de nouvelles , pour en apprendre de ces esprits infernaux , leur donna ce lieu en partage » qui sont des réeU$ ridicules fii'oii a inventés pour effrayer les peltls sn/imis*. »
* lutenis» Nàte$ aiUograpkei, psg. 50.
• Id. Histoire du Dauphinéj p. 24 du manuscrit deCrenobte.