‹ Précis de l'histoire de la ville de Gap, suivi de notes et éclaircissements et de notices biographiques sur les évêques de cette villeChapitre 60 sur 74 · LXIX. VICTOR DE MEILLAN · texte numérisé non relu

LXIX. VICTOR DE MEILLAN

Dans le courant de l'année 4680 , le roi pourvut à la

vacance de l'évêché de Gap, en nommant pour en occuper le siège un ancien aumônier de la reine Anne d'Autriche, sa^ mère. Cet ancien aumônier regardait avec frayeur cette nouvelle dignité et la refusait. C'était messire Victor de Meillan. Le cardinal de Bouillon dont il avait acquis l'estime et l'amitié lui conseilla d'aceepter cette charge», et l'emmena à Rome où il se rendait en qualité dlsmbassadeur. Son Éminence fît un portrait si avantageux de notre évèque à Innocent XI que le pape lui accorda ses bulles gratuitement.

Avant de se rendre dans son diocèse, Victor de Meillan

* Dans divers actes authentiques , on donne à cet évèqiie les noms, de ll<.'Uand) Mioland et Meillan. Ce dernier a prévalu.

obtint de Louis XIV des lellres-patentes portant confirmation de rétablissement d'un séminaire à Gap. Le diocèse est présenté dans ces lettres comme renfermant un grand nombre d'hérétiques qui ne cessent d'y répandre le petttn de ^hérésie, L'évéqae- fat autorisé à unir des bénéfices an séminaire jusqu'à concurrence de 3,000 livres de revenu annuel, et d'imposer sur tous les produits du diocèse, autres que ceux des cures, la somme de 4000 livres par année. 11 était permis aux pères de la Doctrine Chrétienne d'acheter et de faire bâtir la maison du séminaire en tel lieu de la ville de Gap qui serait jugé le plus convenable, et de recevoir tous les legs et dopations qui pourraient leur être faits. Enfin , le lieu sur lequel serait construite l'église ou la chapelle ne devait être sujet à aucune finance envers le roi et ses successeurs. Ces lettres-patentes sont du mois de novembre 4680.

Le nouveau prélat fit son entrée dans la ville épiscopale le 15 décembre suivant. < Gomme l'ambition n'entra « point avec lui au gouvemément de son diocèse, il c l'exerça sans reproche »; mais non sans éprouver quelque tribulations de la part du notaire Armand, commissaire pour le papier terrier du roi. Ce notaire exigeait des reconnaissances des particuliers qui possédaient des maisons ou des domaines engagés, au préjudice des droits de l'évéché. Il en adressa ses plaintes à l'intendant de Grenoble, qui sans-doute s'empressa de le rassurer. Meillan eot aussi quelques démêlés avec son chapitre , parceque , seul il voulait connaître d^ causes criminelles des béné* liciers de la cathédrale , contrairement aux transactions, aux sentences arbitrales, aux statuts et usages observés de tout temps par les évèques, d'après lesquels les députés

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da chapitre assistatont comme juges à rinatraetioD et au

jugement des procès.

La paix fat sans doute bientôt scellée entre réyéque et sesebanoines. En l'année i683 , ces derniers prirent la résolution de faire confectionner une chasse en argent hn pour y déposer les reliques du glorieux saint Amoux. Dans la suite , ils s'aperçurent <(ue par le traité intervenu entre Christophe Gilbert, matire orfèvre à Aix et messire Louis du Serre , sieur de Melve et doyen du chapitre , le buste du saint n'avait pas de bras. Par un nouveau traité , il fut convenu qu'il aurait ses deux bras et sa crosse ; ce qui fut ainsi exécuté à la satisfaction du chapitre et de^ habitants de Gap, lesquels virent chaque année, le 19 septembre, la brillante effigie du bienheureux patron dû diocèse, jusqu'à l'époque où le citoyen Beauchamp, représentant du peuple, en mission dans les Hautes-Alpes, en l'an II de la république, vint d^/àna(t9er le département. Ce député , considérant que les matières d'or et d'argent • sont des objets de luxe pour la] divinité sans aucun « Objet d'utilité pour elle....», empila dans la même caisse les deux chasses rivales de saint Amoux et.de saint Grégoire « patron de Tallard, et envoya leurs bustes fleurdelisés battre monnaie, non sur la place de la Révolution ^ mais sur l'autel de la patrie , pour opérer la descente en Angleterre ^ Lorsque le culte public fut rétabli en France , il fallut revenir au vieux buste de bois qui »

* Arrêté du directoire du département pris en présence du ctloyen

Bcauchamp, 15 frimaire a»// ( 5 décembre 1793)> signé

Que Toul importe par .qui ?

comme le buste d'argent , avait échappé au pillage opéré par les Barbets du duc de Savoie en 1092.

Victor de Meillan ne jouit pas du bonheur de bénir la nouTelle chasse de saint Arnoux. II était parti pour Aleth où le roi l'avait appelé en 1684. Cependant il trouvait encore à Gap an mois de novembre, époque à laquelle il fit à son successeur la remise du service et de tous les fonds destinés aux réparations de l'église cathédrale et à la reconstruction du palais épiscopal. 11 mourut à Paris en 4711. . .

liXX. GHARLëS-BKMGNë D'HERVÉ. (1684-1704),

Or , le successeur de M. de Meillan n'était évêque de Gap qu'à demi; il était arrivé dès le mois d'octobre 1684 avec le titre de vicaire générial et d'évéque nommé du diocèse. A cette époque la cour de France et le trône pontifical ne donnaient pas au monde chrétien l'exemple de la bonne intelligence qui toujours aurait dû régner entre le chef et le fils aîné de l'Eglise. Aussi Charles* Bénigne d'Hervé ne put obtenir l'institution canonique qu'en l'année 1691. Mais, comme avant sa nomination . il avait été chef d'une mission royale , il contijDiu^ missioii en. prenant le gouvernement flu diocèse > .ef » en .cette qualité ,11 fit deux visites générales.-^Pendant son épiscopat trois grands événements vinrent, surprendre , affliger 6u réjouir la ville de Gap, savoir : la révocation de l'édit de Nantes , l'invasion des troupes alliées sous le commandement du duc de Savoie , et les graves différends qui s'élevèrent au sujet des feux de r joie, entre révèque et le sieurduSaix, comte de Villebois, gou- .vemeur de la ville et descendant de ce Pierre Gmel anobli par Gaucher de Forcalqqiert

APPBNDICB.

M. d'Hervé (it exécuter de son mieux Tordonnance de révocation ; il envoya prêcher d'un côté ]es pères jésuites , de Taatre les pères cordeliers , an nord les pères dominicains, et an midi les pères capncins. D'après les Annales de ces derniers , il résulta de toutes ces prédications un grand fruit pour les anciens catholiques et assez d*lnstruclionpour les nouveaux convertis. Le prêche, autrefois l'église de Sainte-Colorabe fut démoli , et sur la demande du chapitre, le roi fit don du terrnin où il était construit pour servir de cimetière. Toutefois ce lieu ne reçut jamais les dépouilles morlellés d'aucun habitant de Gap , car on y éleva le palais du baillage.— Il a été parlé dans le Précis , de la ruine de Gap par les troupes alliées, et de la guerre des feux de joie. Les bornes assignées à cet ouvrage ne permettent pus de développer davantage ce qui a été rapporté aux pages 133 et

Bien que notre évéque n'eAt encore danii le diocèse d'antre titre que celui de Ticalre et officiai général, il

voulut néanmoins exercer la juridiction épiscopale dans toute sa plénitude. Il prit en main le différend élevé entre son prédécesseur et le chapitre. Vainement les chanoines invoquèrent ces vieilles bulles qui les avaient ézemptés de la juridiction de l'ordinaire. Par une transaction du 19 novembre 1687, ils lurent obligés de reconnaître que le seigneur évéque pouvait punir lea crimes et les contraventions aux ordonnances du diocèse commis par eux ou par les bénéflciers et les ecclésiastiques de l'église cathédrale , en appelant à son tribunal le doyen et un chanoine. Ainsi tomba devant les ex^ gencesdaseigneor d'Hervé, évéque gallican s'il en lut jamais , la bulle du souverain pontife Alexandre III du mois de septembre 1176. En cette même année 4687,

l'évéqua donna pouvoir à Etienne Richaud de Cervoules, son tliéologal , d'aller retirer à Aiz la chasse de saint Amonx.

Lor8<ine M. d'Hervé n'eut pins sur les bras rimmense affaire des feux de joie , il mit tout ses soins à surveiller la discipline ecelésiasUqae , la police delà ville et l'emploi du revenu des prieurés et des couvents de son

diocèse. Depuis l'incendie de 1692, le cimetière de réglise cathédrale était devenu une place publique. Par ordonnance du â5 octobre iW, l'évèque enjoignit au maire perpétuel et aux consuls de fieiire fermer de murailles ce cimetière, à peine d'Interdiction si, dans la qulnzaine« Tordonnance épiscopale n'avait pas' reçu son exécution. Le mur de clôture ne fut pas élevé dans le délai prescrit ; la sentence d'interdiction fut prononcée , et alors les habitants de Gap étaient contraints « de garder « les corps morts dans leurs maisons pour ne savoir où « les enterrer, ce qui causoit une infection capable « d'attirer de grandes maladies dans la ville* > Heureusement un ami des vivants et des morts tira le conseil municipal de l'embarras où le jetait le défaut de finances, en donnant à la ville un jardin situé près de la porte Chauchières. M. d'Hervé leva son inlerdiction le i'^mars 1696 et bénit le jardin cédé par Daniel Meyssonier, conseiller municipal et procureur du roi à l'hôtel de ville , pour servir de cimetière succursal , en attendant que le maire et les consuls eussent fait clore , selon leur promesse , celui qui entourait l'église caliiédrale.

En 470% , Charles-Bénigne d'Hervé se vit contraint de^ donner sa démission entre les mains du roi qui le pourvut

d'une abbaye de 20,000 livres de revenu. Sa conduite

pen régulière était connue à la Cour cl amèrement censurée dans sa ville épiscopale. D'après l'annotateur anonyme des Mémoires de Dangeau. < Cet évéque était « parvenu à l'épiseopat par ses. missions ^t par, une. vie «. fort sainte. Son épiscopat le fut de même jusque vers < rftge de cinquante ans qu'il se dérangea , et la dégrin-

« golade fut rapide et affreuse » Mais , je dois ajouter

que vers la fin de sa carrière, il montra un grand repentir de ses dérèglements et travailla à des missions avecles capucins du lieu où il s'éUit. retiré. Si^, pendant son séjour à Gap, sa conduite, sous le rapport des mœurs» ne fut pas toujours exemptQ d^ reprochées il veilla av^ un soin extrême, sur ^elle.du clergé, de son dioc^^ ainsi que le témoignent les ordonnances synodales qu'il, rédigea et qui furent imprimées en placard..

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