‹ Précis de l'histoire de la ville de Gap, suivi de notes et éclaircissements et de notices biographiques sur les évêques de cette villeChapitre 61 sur 74 · LXXI. FRANÇOIS BERGER DË JklALISSOLES · texte numérisé non relu

LXXI. FRANÇOIS BERGER DË JklALISSOLES

M. de Malissoîes, né à Vienne en Daupbiné, fut lé successeur de M. d'Hervé au siège de nôtre diocèse. If était doyen de l'église de Die lorsque/ an înbîs d'avril 4700, Louis XIV lé.nomùia -à révé(ilié de Gap. Dans le ■ courant du mois dé M'ai éûîvant , il adressa un mémoire • au souverain pontife dans le but d'obtenir gratuitement la délivrance de ses bulles. Le nouveau prélat y expose des faits sur la situation de la ville et du diocèse qui méritent d'être rappelés.

4" Depuis le concordat , révédié de Gap avait' perdu ^fiOO livres de rentè y par les guerres de religion ; . Le nombre des calvinistes s'élevait encore dans le> diocèse à 80 mille ; .. :

ArPIMDlCB.

3° En 1602, le diocèse avait été ruiné et désolé par les hérétiques des montagnes de la Savoie ; la plus grande partie des terres y était restée sans culture depuis que les Yillages avaient été brûlés et détruits;

V A la même époque , la yiné de Gap lut entièrement saccagée, l'église cathédrale brûlée et la sacristie dépouillée de tous ses ornements ; '

50 Le palais épiscopal était en très mauvais état, etc\

J'ignore quel fut le résultat de la demande de M. de

Blalissoles; mais ce prélat obtint Tinstitution de Clément

XI , fut sacré à Vienne , et prit possession du siège épiscopal le 43 avril! 707.

" Notre évêque avait connaissance des ordonnanceé synodales* de Gabriel de Sclafonatis , de celles dressées vers la fin du xvi* siècle par Paparin de Cbanmont, et

sans doute aussi de celles publiées par son prédécesseur, bien qu'il ne les cite pas comme les premières; toutefois , il crut devoir en rédiger de nouvelles qui témoignent bantement de la rigidité de ses mœurs et de la roideur de ses principes ;. et pourtant il fiit très zélé moliniste. Êlles portent là daté du 1"' mai 1712 et sbût terminées par une oraison où sont invoqués lés évèquéfi de Gap reconnus pour Saints et dont la liste fut singûUè^ Tement raccourcie par son neveu lorsque celui-ci fut appelé sur le siège du diocèse. Les ordonnances de M. de

1 il seodMe -qiill y a eksgénâOD dans la plupart' des ftils eiposéé dans <C6 mémoiM» coin aoties dans ler<ftillte des ittdliBSli»^ alors dans le diocèse* Jamais Imr ooml^ ois dû 4'iéley^ % 8fl mille ; et k l'époque où nous sommes parfenns beaucoup de religioqiiiires «vaient dû gainer le diocèse par 'suite de Pédit de révocatiod.

APPENOIGfi.

Halissoles firent Tadmiration des âmes pieuses répandues en grand nombre dans la vaste étendue de Févéché. On

dut surtout les trouver remplies de sagesse et d'une sainte prévoyance dans la vicomlé de Tallard , érigée, cette année même en duché-pairie ; car c'est au sein de la vieille cité d'Alarante que le pieux évéqne voulait établir ou transférer son séminaire, (page IM). Les ordonnances de M. de Halissoles ne furent jamais modifiées par ses successeurs ; on en observa les dispositions jusques en

Je puis à peine indiquer les nombreux travaux apostoliques de ce prélat. On le vit toujours parcourir le diocèse, prêcher sans-cesse pour ramener au bercail les brebis égarées , entourer du plus grand éclat les cérémonies religieuses, et veiller avec un soin extrême à ce qae les subtiles erreurs de iansenins ne vinssent infecter son troupeau. Toutefois ce digne pasteur ne négligea nullement les droits qu'il tenait de ses prédécesseurs. En 1710 , le maire perpétuel , fonctionnaire municipal de création nouvelle, prétendit avoir le pas dans les cérémomes publiques sur le juge épiscopal. M. de Malissoles en porta ses plaintes jusqu'aux pieds du tréne : à cet époque il fit nn voyage à Paris, de sorte qa'll put remettre lui-même son mémoire à Louis XIV; mais le fier monarque dut maintenir la préséance établie par l'édit de 1702 , et messire Jean Masseron , maire royal , précéder en toutes circonstances le juge du ci-devant feudataire de l'empire. — Trois années plus tard se liait entre notre évéque et le vi-bailli une instance au sujet du bois de Rambaud , laquelle se prolongea jusqu'en 1794.— Enfin « par transaction passée entre la ville de Gap,

AtPENDice-. 353

•« d'one ptrt , et M. de Malissoles d'antre » le SO mai 1718» « reçue Escallier , notaire de Gap , les bois de Charance «furent cédés à l'évêque contre toute sorte de droit, « n'étant pas douteux que les communaux apartenaient « à la ville. » Ainsi s'exprime, dans ses Mémoires inédits , Josepii-Doiniiiiqae de Roclias, l'un des plus sincères admirateurs des vertus de notre prélat

Ce chroniqueur ajoute plus loin : « M. de Malissoles « mourut en odeur de sainteté le 20 septembre 4738. • Il fut enseyeli dans l'église cathédrale devant le grand autel* L'inscription gravée sur la pierre tumulaire nous apprend qu'au jour de son trépas, il avait atteint la 70* année de son âge.

Si l'espace qui m'est réservé l'avait permis , j'aurais exposé dans tous ses détails l'épisode le plus intéressant de rhistoire des Hautes-Alpes et même des annales ecclésiastiques pendant la première moitié du xvm* siècle. C'est la tenue en 1727 du concile d'Embrun où un vieillard de quatre-vingts ans , luttant seul mais vainement , contre les prélats de la province des Âlpes-Maritimes et de plusieurs autres métropoles de France , fut condamné et déposé pour cause de jansénisme» Mt de Malissoles y assista, et ne fut pas mieux traité que ses collègues par Jean Soanen , évéque de Senev. Gomme eux il fut récusé par ce prélat: « Déclare ledit seigneur évéque qu'il « récuse personnellement Mgr. l'évêque de Gap pour la « profession qu'il a faite dans son mandement , d'une « doctrine corrompue et depuis long-temps condamnée « par l'figlise ; ledit mandement fidt en l'année I7U. •

Les évèques de Marseille , de Viviers , d' Apt , d'Autun et ceux de la métropole d'Embrun, étaient censurés

comme le nôtre dans les actes que M» Softnen fit notifier sa concile. A la snite de la sentence rendue contre ce

prélat , Louis XV l'exila à la Chaise-Dieu , où il prolongea sa vie jusqu'à l'âge de 9k ans. Il ne signait plus que Jean évéque de Senez^ prisonnier de J, C. , et le jansénisme tout entier recevait ses letties comme celles d'an martyr. On taxa d'Iniqae la condamnation de M. Soanen ; les réfutations ne se firent pas attendre, et le monde chrétien fut inondé de chansons , de libelles et de satires*. Le plus grand partisan de M. de Senez avait été le diacre Pàris , appelant , réappelant et adhérant au prélat avant sa condamnation , car il était mort au commencement de i7â7. 11 avait été inhumé à Paris aa cimetière de SaInt-BIédard où les malades et les estropiés éprouYsient sur son tombeau des convulsions extraordinaires , et d'où il revenaient battus , roués de coups et à moitié guéris. C'est l'œuvre de Dieu , disaient les jansénistes ; c'est l'œuvre du démon , disaient les acceptants de la fameuse bulle ; c'est Tœuvre des hommes , disaient les philoso» phes qui commençaient à poindre. Et tout ce ridicule se termina à peine en 1753 où l'autorité fit fermer le cimetière. Alors un malin plaisant s'avisa d'écrire sur la porte:

c Départe rd» défense à Dieu c D'opéicr miracle eo ce liée. >

Ce qui n'empêcha nullement le bon et savant llollin

* On descendit môme jusqu'au Calembour : en parlant du cardinalarchevêque d'Embrun, président du Goodle , les jansénistes disaient: M. de Tencin pas tant saint.

d*aller chaque joor s'agenouiller devaot la porte fermée , et d'iDToqoer comme à Fordinaire le -salât diacre Pàris'.

M. de Malissolles revint à Gap fort content , puisque , en ûiisant triompher le principe de l'unité, il avait abaissé l'orgoeil des jansénistes^Dans la suite ilseherehèvent vainement ^ secouer le joug d'une dépendance légitime dans le diocèse confié à sa sollicitude, comme le prouve sa correspondance avec le fameux de Belzunce , évéque de Marseille ; au concile d'Embrun , il s'était lié d'amitié avec ce prélat si recommandable par sou dévouement lors de la peste de 47SO.

Voir au surplus ce qui a été dit de H. de Malissoles dans

le Précis, page 127. '

LXXU. CLAUDE DE CABANMES. (1789-1744).

Après la mort de François Berger de Malissoles, CSlande de Pina , doyen du chapitre et vicaire général , administra le diocèse jusque au 40 septembre 1739 , époque à laquelle Claude de Cabannes, chanoine en la métropole d'Aix , fit son entrée dans la ville de Gap. il avait les mérites et marchait sur les traces de son prédécessenr ; mais la mort l'enleva à la vénération de ses diocésains le 10 septembre 174(1. 11 fut inhumé dans l'église cathédrale près de l'autel de la sainte Vierge.

4 Voilà où en étaient venus les arrière-disciples des Amand, des

Nicole , des Sacy, des Duvergier de Hauranne. Mais, pouTons-nous dire avec le comte Joseph de Maistre que Pascal n'est qu'tin menteur , et tout Port-Royal une coterie au eervice de quel^iei hommes métUoeretf

Um. JACQUES-MARIE DE C ARITAT DE GONDORGET.

De toates les lunilles nobles da dauphiné à l'époque où -la doctrine de Luther pénétra dans cette province « la première qai se déclara pour la réformation fut celle des CSaritat de Gondoreet dont le principal manoir se voit encore près de Nions. Henri de Garitat se trouvant à Orange lors desafifreuses journées de la Saint-Barthélemy, à la téte de quelques gentilshommes et d'un petit nombre de soldats, résista aux brigands venus d'Avignon pour surprendre la ville d'Orange, et obtint la permission de se retirer.

C'est dans le château de Gondoreet que n'aquit en 1703 Jacques-Marie de Caritat de Gondoreet , descendant de Henri le huguenot. Dans son jeune âge il suivit la carrière des armes. Après plusieurs années de service , il prit l'habit ecclésiastique et devint d'abord grand vicaire de son oncle Jean dTse de Saléon, évéque de Rhodez et ensuite archevêque de Vienne. M. de Condorcet fut nommé par le roi à l'évéché de Gap en l'année ilki , et fit son entrée solennelle dans cette ville le 4 août 474S. Nos consuls, plus courtois que leurs devanciers» se rendirent au palais épiscopal munis du livre rouge , dans lequel le nouveau prélat voulut bien souscrire la déclaration de respecter ce qui restait des vieux droits et des anciennes franchises de la cité. Nous avons rapporté dans le Précis comment le premier consul, M* Barbier , usant de sa torce musculaire , contraignit le rejeton des Caritat d'accompagner le corps municipal jusqu'à la porte d'entrée du palais dont il venait de prendre possession,

• M. de Condorcet s'occupa d'abord de la police rurale ; el eux ensuite à se plaindre des féaux de son chapitre , lesquels avaient montré quelque velléité défaire revivre leurs franchises plus que surannées. Dans un mémoire non daté , l'éTéque se plaignait que les chanoines et les autres bénéficiers de la cathédrale, sous le prétexte de leurs privilèges , avaient refusé de le recevoir de la manière prescrite par le pontifical romain et l'arrêt du conseil de Tannée 4 665« Jamais, dit le prélat, ils n'avaient voulu renvoyer leurs jeunes servantes , et ne plus aller à la chasse avec des fusils i et pourtant il n'exigeait que ce qui était prescrit par les ordonnances synodales du dio« eése, à Tobservation desquelles fis étalent soumis par le traité de 1687. Une transaction du 22 août 4745 mit un terme au débat élevé entre l'évèque et son chapitre , et régla même quelques autres affaires relatives à la reconstruction des moulins de Gharance et à la succession de M. de Gabannes. Messieurs du Chapitre et de rUniversité de Téglise cathédrale promirent de se conformer au cérémonial romain expliqué et commenté par Dumoulin. En conséquence , les jours d*œuvre comme les jours de dimanche et de fête , les chanoines devaient aller prendre l'évôque pour raccompagner lorsqu'il voulait assister aux offices.

En 4734, M. de Condorcet obtint le poste d'Auxerre , d'où il (ut transféré à celui de Lizieux en 4764. Il mourut le 24 septembre 4783 , âgé de quatre-vingts ans, et généralement regretté pour ses yertus , bien qu'à Lizieux comme à Gap et k Anxerre , il eut excité quelques troubles par sa rigidité. Un de nos chroniqueurs (Rochas , Mém. inédits) a mêlé à son égard la louange et le blâme ,

tn s'exprimaiil de Ik manière siii?ante : • H. de Condor- « cet aimoit la Taine gloire et avoit l'esprit processif ; il « étoit fort charitable , tout appliqué au gouveroemeot

€ de son diocèse , et exemplaire dans ses mœurs 11

• commençait à se faire aimer dans sa ville épiscopale et « dans tout ion diocèse lorsqu'il lut transféré à révédié

« d'Anxem Il est eerlain que lorsqu'il quitta Gap,

« ee nelifit qa'avec neMt tant de mm eèté que de eelni « de la ville. »

M. de Gondorcet avait obtenu en iTkk la permission de fidre arracher les arbres des vieilles allées du ehàteaa de Gbarance , de former une nonyelle lallèe et de planter de nooTeaux arbres. Ainsi, sont dus à eet évéqne ees

vieux tilleuls végétant encore au milieu des arbres verts grouppés entre les allées sinueuses , et qui , avec les parterres, les massifs, les cascades et les autres embellissements que lui a donnés M. Brochier « receveur général à Mimes, font de Gbarance le jardin paysager le plus beau et le plus pittoresque des Alpes. M. de Gondoroet , avait , au surplus , fidt doubler les appartenests du efaAteau.

Pour les antres actes de son épiscopat , nous renvoyons le lectear au Précis historique , p. 129.

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