CHAPITRE XII
Impôts; revenus et charges de la ville.
Suivant un titre Ai mois de juillet 1458, la ville de Lannoy était franche et exempte de toute imposition envers l'État « Ce n'a été, dit un mémoire de 1774, que sous le prince d'Orange, seigneur de Lannoy (1562-1618), qu'on a imposé, à charge de la ville, tailles et vingtièmes à cause des grands frais de guerre; mais le prince d'Orange n'y a consenti que sans préjudice. Ces guerres ayant duré de longues années, les habitants de Lannoy, accoutumés au paiement, ont continué à faire honneur aux demandes des États jusques à présent »
Les tailles ne s'imposaient point, à Lannoy, directement sur les habitants, sans doute en souvenir des franchises dont on voulait au moins maintenir le principe; la ville les acquittait au moyen de ses ressources communales. Il en était de môme pour le don gratuit et les sous pour livre des octrois. D'après un aperçu des revenus et charges de la ville en 1774, ces trois espèces d'impôts s'élevaient à 1201 florins.
La collecte des vingtièmes était mise en adjudication au rabais, au moins depuis 1739; à cette époque, la ville, certaine de trouver dans le mode d'adjudication une économie de plus de deux pour cent, avait racheté, pour le prix principal de 530 florins, l'office de collecteur héréditaire créé sur la fin du XVII*
1 Archives de Lannoy. Mémoire d'observations à présenter à Madame la . comtesse de Lauraguais , dame d'Isenghien , par les députés du Magistrat.
siècle. En 1765 , les habitants de Lannoy payaient pour trois vingtièmes et demi 534 florins 17 patars.
Les marchands, négociants et artisans étaient assujettis au vingtième pour l'exercice de leur métier. Ce vingtième d'industrie s'élevait à Lannoy, en 1766, à 110 florins 13 patars.
^a capitation montait, en 1754, à 288 florins.
La contribution que les célibataires acquittaient, depuis 18 jusqu'à 50 ans, pour s'exonérer du service de la milice, atteignait 108 florins.
Les États provinciaux , qui percevaient à Lannoy des droits d'octroi sur les boissons, avaient, en considération des privilèges de la ville, subrogé le Magistrat en ces droits par un abonnement que l'aperçu de 1774 porte à 720 florins.
De sorte que l'ensemble des impôts perçus au profit du roi et de la province atteignait, avaut la Révolution, 2,962 florins au moins. — Les contributions directes perçues à Lannoy en 1866 s'élèvent à 20,403 francs 30 centimes , y compris 32 centimes additionnels.
Les revenus de la ville se composèrent d'abord des anciennes accises et malloles dont une part revenait au seigneur. Il se peut qu'ailleurs, la maltote (malè tolta, mal levée), justifiait son nom de subside assis sans autorité légitime, indûment perçu et flétri par le peuple pour qui tout impôt est une exaction, mais à Lannoy elle n'avait pas ce sens et sa destination y était purement communale ; le tiers que le seigneur s'était réservé en en cédant la propriété en 1490, l'indemnisait faiblement des dépenses faites dans l'intérêt de la ville.
Les accises et mallotes consistaient : 1° en droits sur le vin et la bière vendus et consommés dans la ville. — Les ecclésiastiques, les nobles, le prévôt, leséchevins, le greffier et lemassart étaient exempts de cet impôt; — 2° en droits sur les grains, légumes et autres denrées vendues au marché. — Le meunier
de Lannoy avait le privilège de ne payer que 32 patars pour toute la farine qu'il livrait en ville pendant une année; — 3° en droits sur le sel et l'aunage des étoffes, le pesage des marchandises, le tordoir et pressoir au verjus et l'étal de la boucherie. — Ces impositions de ville et droits d'octroi, de péage et chausséage, successivement obtenus, prorogés, augmentés par des arrêts du Conseil d'État, rapportaient en 1774, 4,845.
Si on y ajoute le produit de la ferme des boues et immondices, de la location de l'hôtel-de-ville, des arrenlèments d'une partie des remparts et de la location des tours et fossés, ensemble 300 florins, on aura l'état des ressources communales en 1774 r ressources modestes et qui ne suffisaient pas aux besoins de la ville, car les emprunts successivement contractés sous forme de rentes viagères et héritières, montaient à cette époque à plus de 10,000 florins.
Les impôts acquittés par la caisse communale, les remises au massart, les frais de régie et de perception des droits de ville, les épices du bureau des finances enlevaient la moitié du revenu ou 2,613 florins 8 patars ; les cours des rentes, la cure et les vicaires, le prévôt pour sa pension et la garde des clefs, les sergents, le chirurgien des pauvres, le Magistral pour les heures employées au service de la commune, l'horloge, le carillon, les travaux d'entrelien et de réparations des propriétés communales, les frais d'administration et quantités de menues dépenses prenaient 1050 florins, ensemble 5,326 florins 18 patars.
Ainsi réglées ces charges ordinaires excédaient déjà les revenus ; mais il fallait encore dans les mauvais temps venir au secours de la table des pauvres ou asseoir une taille d'aumône sur les habitants aisés. Dans cet aperçu ne figurent pas la pension du maître d'école et l'indemnité au stationnaire du carême. La moindre dépense extraordinaire forçait à un emprunt; on allait
ainsi s'imposer de lourds sacrifices pour la reconstruction de l'hôtel-de-ville, et arriver enfin à la Révolution avec 60,000 francs de dettes.
En 1829, Lannoy a entrepris de son initiative un pavé de quatre kilomètres de longueur vers Roubaix, afin de se rapprocher de cette ville dont on voyait le commerce grandir et prospérer. Cette route, qui est devenue plus tard la route départementale de Roubaix à Tournai et Saint-Amand, a entraîné Lannoy dans une dépense excessive et grevé longtemps ses finances. L'embarras n'a fait que croître par la construction d'un presbytère, de deux maisons d'écoles avec pensionnats de garçons et de filles, d'une belle et haute tour à l'église.
La gêne s'est fait sentir longtemps; mais aujourd'hui la situation est plus prospère. La ville règle facilement et sagement ses dépenses sur ses ressources ; elle fait pour ainsi dire provision de forces pour le cas où la Providence lui ménage un agrandissement désirable, indispensable même.