CHAPITRE XIII
Table des pauvres ; - bureau de bienfaisance.
Partout où naît une société naît en même temps l'obligation d'en secourir les membres malheureux. « Il y aura toujours des pauvres dans le pays que vous habiterez, dit le Seigneur par la bouche de Moïse ; c'est pourquoi je vous ordonne d'ouvrir votre main aux besoins de votre frère qui est pauvre et sans secours et qui demeure avec vous dans votre pays 1 , » On peut donc dire qu'à Lannoy la table des pauvres est antérieure à la ville et qu'elle remonte à l'origine du fief de Lannoy et Lys; elle est d'ailleurs restée commune à ces deux localités longtemps même après que tous les autres intérêts communaux eurent été séparés par la fondation de la ville, d'abord, et par son érection en paroisse en 1636.
Bien que communs quant à leur gestion, ces intérêts comportaient cependant par leur origine une certaine distinction qui dut servir plus tard de base à une séparation. Une partie des revenus de la table des pauvres de Lannoy et Lys provenait de donations faites aux pauvres de Lannoy en particulier, comme dans ces deux exemples :
Le 13 mai 1656 , Roland Plaisant , lieutenant du prévôt de Lannoy , « pour la bonne affection qu'il porte vers les cornmungs pauvres dudit Lannoy , leur donne par la meilleure voye que donation peut avoir lieu , la somme de deux cents livres parisis à prendre par les ministres d'iceux pauvres , sitôt le
* Deutéronoma , chap. xr, v..ll.
trespas dudit donateur, sur les plusclers et apparans biens qu'il délaisserai. »
Le 16 janv ier 1730 , Anne Monique Parent, épouse de Nicolas- François Malfait , marchand hautelisseur à Lannoy, donne aux pauvres dudit Lannoy 4 cents et demi de terre à Leers , à charge de deux obits par an pour le repos de son âme et de celle de Marie -Catherine Parent, sa sœur.
Une résolution prise le 18 mars 1762 , selon le projet dressé par le sieur Charles-Àgathon Duriez , avocat en Parlement , prévôt de Lannoy , sépara , par forme d'essai , les biens et revenus des pauvres de la ville d'avec ceux du village de Lys. C'est surtout à partir de cette époque qu'il devient intéressant pour nous de suivre l'institution charitable dans son rôle particulier à Lannoy.
L'administration de la table des pauvres était confiée à un seul pauvriseur, nommé par le Magistrat, entre les mains duquel il prêtait serment de se bien acquitter de sa charge , de ne rien distribuer au-delà des recettes sans la participation de l'autorité communale, et de rendre compte de sa gestion quand il en serait requis. Nul ne pouvait décliner cette charge que moyennant une rétribution taxée suivant les fortûnes. Le compte de 1786 nous servira de base pour donner une idée des ressources et des charges ordinaires de la Pauvreté de Lannoy.
Les revenus étaient établis en quatre chapitres ou sommes de recettes.
Première recette à cause des arrentements en argent et en blé. Les canons en argent étaient peu considérables ; mais les pauvres recevaient suivant la donation de Philippe et de Bonne de Lannoy, du 1 er avril 1532, 24 rasières de blé valant en 1786 , 20 livres 10 sous l'une, et servies annuellement, savoir : 10 rasières par le meunier de Lannoy et 14 rasières par le
meunier des Hauts-Champs , de sorte que ce revenu atteignait 494 livres 12 sous.
Deuxième recette à cause des rendages des maisons et terres. 24 cents de terre à Dottignies , 24 cents à Evregnies, 2 cents à Pecq ; — 5 cents à Leers et 3 cents à Willems donnés aux pauvres par Pierre Leclercq, marchand tanneur àLannoy, le 5 février 1713, à charge débits; — 4 cents et demi à Leers donnés par Anne Monique Parent à charge de deux obits ; une maison à Lannoy donnée par Josse Deleva , à charge de deux obits , produisaient ensemble un revenu de 480 livres 18 sous.
Troisième recette à cause des rentes héritières. Une rente de 200 livres en capital données par maître Martin Porion , curé de Lannoy ; — une autre rente de 120 livres, réduites à 48 livres dont un tiers revenait à Lys, donnée par demoiselle Claire de Steenhuys; — l'intérêt de l'argent prêté au Magistrat, pour les besoins de la ville , et aux égards du corps des hautelisseurs , produisaient ensemble 521 livres 11 sous 8 deniers.
Quatrième recette à cause des dons et produits divers. Pourchats faits dans l'église et levées des troncs posés dans les cabarets ; miches ou parts faites aux pauvres dans les fondations de l'église ; — droit de 2 patars sur chaque cochon vendu à la foire de Lannoy ; — vente des meubles des pauvres décédés pendant l'année ; — rétribulion au profit des pauvres par les bourgeois qui déclinaient la charge de pauvriseur ; ensemble pour 1786, 377 livres 2 sous. Somme totale des recettes, 1874 livres 3 sous 8 deniers.
Les charges étaient reprises en un seul chapitre ou somme des mises et paye m en s.
Rétribution au clergé pour les obits fondés à charge de la table des pauvres ; — distribution de pain aux pauvres assistant aux obits de maitre Martin Porion , de demoiselle Claire ,de Steenhuys, de Valentin Lefebvre, d'Antoine Dubar; — part
des pauvres de Lys dans trois petites maisons sur le haut jardin et dans les rentes en blé ; écritures et vacations du greffier; — pensions du médecin et du chirurgien ; — bouillon et vin aux malades; — vêtements, pain, chauffage, loyer, cercueils: — travaux de réparations aux maisons des pauvres , etc. ; — pensions des enfants et vieillards. Ensemble 5,537 livres 15 sous 1 denier.
Les dépenses excédaient donc de beaucoup les recettes , et le Magistrat était obligé, pour suppléer à l'insuffisance du revenu des pauvres , d'asseoir sur les habitants aisés une taille d'aumône qui s'éleva , cette année 1786, à 2468 livres 16 sous, et de combler le déficit soit en forçant un peu la taxe des vingtièmes , soit au moyen des ressources communales.
Les comptes de la table des pauvres , arrêtés à la fin de chaque année , étaient présentés au Magistrat qui apportait un soin particulier à leur vérification. En cette même année 1786 , le lieutenant requiert la radiation de quelques dépenses indûment faites et s'élevant ensemble à 337 livres 17 sous 6 deniers laissés à la charge du pauvriseur.
Le bureau de bienfaisance recueillit ce qu'il put des débris de l'ancienne table des pauvres, dont une partie des revenus et des biens s'étaient perdus dans la tourmente révolutionnaire. Depuis, le domaine des pauvres s'est accru par les deux donations suivantes :
Le 28 octobre 1830, M. Nicolas-Joseph Duchalelet légua à titre gratuit au bureau de bienfaisance de Lannoy , une pièce de terre labourable située àTempleuve (Belgique), contenant un hectare soixante-quinze ares soixante centiares et estimée 8,000 francs.
Le 24 septembre 1836, M. Anselme-Marie Deffrennes, propriétaire à Lannoy, fit don entre vifs au bureau de bienfaisance de cette ville, d'une maison sise rue Saint-Jacques , à charge de
trois obits pendant vingt ans pour lui et ses parents décédés.
En 1847, les meuniers de Lannoy et des hauts-champs rachetèrent au prix de 10,01? fr. 25c, dont 924 fr. 10 c. pour le bureau de bienfaisance de Lyfr, r Ja rente en blé qu'ils servaient annuellement depuis plus de trois siècles ; et de son côté, le bureau de bienfaisance de Lannoy éteignit au prix de 240 livres la rente due aux pauvres de Lys pour leur part sur la propriété de quelques petites maisons à Lannoy ; de sorte que .la séparation des intérêts entre les deux institutions charitables est maintenant complète.
Le bureau de bienfaisance de Lannoy possède aujourd'hui :
En rente sur l'État 966 fr.
En propriétés rurales , 34,000 fr. rendant par an . 847
En arrentement emphytéotique 2
En intérêts de fonds placés au Trésor 136
Ou un revenu annuel de . . . 1,951 fr.