CHAPITRE XV
Compagnies du serment : archers, arbalétriers et canonniers ; — garde nationale; — sapeurs pompiers.
Trois compagnies : les archers de Saint-Sébastien, les arbalétriers de Saint-Georges et les canonniers de Sainte-Barbe , formaient à Lannoy, sous le nom de serments, une milice bourgeoise qui maintenait le bon ordre dans la ville et faisait le principal ornement des cérémonies et fêtes publiques. Chaque année , dit un acte de 1736 , le Magistrat ordonnait à Tune des trois compagnies franches, alternativement, de monter fa garde le jour de la procession , « et cela pour faire honneur au Vénérable et décoration au seigneur de Lannoy. » Le service de la compagnie cessait à la fermeture des portes et elle devait remettre immédiatement les clefs au prévôt ou à son lieutenant. En diverses circonstances, les Serments prouvèrent qu'au besoin ils savaient défendre la ville contre les ennemis de Dieu et de l'État.
On a vu que la création des deux premières compagnies avait été autorisée par les lettres-patentes du duc Philippe-le-Bon . du 24 août 1459 , lettres que nous avons rapportées en môme temps que les privilèges de la ville ; mais une pièce produite dans un procès que les archers soutinrent contre un des leurs en 1697, au sujet de l'aliénation d'une partie de leur jardin , attribue l'institution du serment de Saint-Sébastien à Charles- Quint , qui l'aurait établi <* à condition que les personnes qui voudront entrer dans la confrairie seront obligez de prester serment ès-mains des roy et connétable par où ils affirment de maintenir et conserver les biens de ladite confrairie. »
Chacune des compagnies tenait , en effet , de la libéralité du seigneur un jardin pour ses exercices. Celui des archers , qui occupait l'angle intérieur formé par les remparts à l'ouest de la ville, leur avait été donné par Bonne de Lannoy, le 16 août 1529. Pour faire face à de lourdes dépenses , ils en aliénèrent successivement plusieurs parties qui ne leur étaient pas strictement nécessaires. Le 24 juillet 1696, ils vendirent aux Sœurs-Grises de Lannoy , pour le prix de 400 livres , 66 verges de terrain , « à prendre en droite ligne depuis le coin du berceau du côté de la porte de Lille jusqu'au jardin desdites religieuses, depuis l'autre coin jusqu'au rampart, et depuis ledit berceau jusqu'au vieux foaé de la ville. » Cette vente contre laquelle un confrère s'éleva fut cependant consommée après un procès de quatre années.
Chaque dépense extraordinaire nécessitait un emprunt et toujours le jardin servait de garantie hypothécaire jusqu'à ce que la vente des bois qui y croissaient permit d éteindre la dette. Les archers remboursèrent de la sorte , le 29 juillet 1789 , la dernière obligation que de grandes réparations à leurs berceaux les avaient forcés de contracter quatre ans auparavant. Quant aux dépenses ordinaires , elles étaient assises en taille sur tous les confrères.
Le terrain des canonniers s'étendait le long du rempart et formait un des côtés de la rue de Courtrai , entre l'ancienne et la nouvelle porte de ce nom ; ne-se trouvant par conséquent dans l'enceinte que depuis l'agrandissement effectué par Philippe de Lannoy. Le 4 décembre 1556, Françoise de Lannoy, comtesse de Bueren , permit auxdits confrères de Mme. Sainte- Barbe, d arrcnter une partie de leur héritage pour y bâtir quatre maisons à front de la rue de Courtrai. Les arquebusiers du Serment lui avaient remontré que plusieurs fois et à grands frais ils avaient visité les Serments de canonniers des villes voi-
sines, notamment de Tournai, Lille et Menîn ; que pour recevoir décemment ces compagnies , il fallait reconstruire leur hôtel qui tombait en ruines ; ce qui eût été pour les confrères en particulier une charge d'autant plus lourde qu'ils étaient en petit nombre.
Le jardin des* arbalétriers longeait le rempart à une égale distance des archers et des canonniers. Le 15 janvier 1686, le prince d'Isengbien autorisa les confrères du serment de Saint- Georges à vendre une partie de terrain au-delà de leur but ou berceau du côté d'orient. En 1735 , ils soutinrent un procès contre un confrère qui prétendait sortir de la compagnie sans le consentement du seigneur. Ils succombèrent au siège de la Gouvernance , mais au Parlement de Douai , le récalcitrant rut condamné à rester confrère. Toute cause ainsi gagnée est néanmoins ruineuse ; pour couvrir les frais de ce procès , les arbalétriers durent faire un emprunt de 200 florins et engager leur jardin jusqu'en 1752.
L'édit de 1696 prescrivit aux compagnies du Serment de faire enregistrer leurs armoiries à l'Armoriai général de France. Les archers de Lannoy payèrent 45 livres pour cet enregistrement ; ils portaient : d'argent à un Saint- Sébastien de carnation , couvert d'azur, percé de cinq flèches d'or, empennées d'azur, les plaies ensanglantées de gueules , la tète environnée d'un cercle de lumière d'or, le saint attaché à un tronc d'arbre de sable , «tir une terrasse de sinople et accosté à dextre de deux flèches de sable , empennées de gueules, passées en sautoir, les pointes en bas , et à sénestre de deux arcs d'azur, cordés de sable , aussi passées en sautoir.
Les arbalétriers : d'argent à un Saint-Georges contourné de carnation , vêtu de gueules et d'azur, ayant un casque de sable , orné et plutnaché d'or et d'azur, monté sur un cheval bai au
naturel , bridé et sellé d'or, terrassant un dragon de sinople , dans la gueule du, quel il enfonce sa lance d'or, accosté en chef à dextre de deux flèches d'azur , empennées d'or, passées en sautoir, et à sénestre de deux arbalètres aussi d'azur, passées en sautoir.
Les canonniers : d'azur à une Sainte-Barbe de carnation, vêtue aVor sur une robe de gueules . mouvante à mi-corps de la pointe de Vécu , ayant la téte couronnée d'or et entourée d'un cercle de lumière de même , et tenant de sa main dextre une tour d'argent maçonnée de sable , et de sa sénestre une palme de sinople; et un canon d'or sur son affût de même , posé à dextre , en pointe. 1
On a conservé un fragment de règlement intitulé : Ordonnances instituées par haute et puissante dame Marguerke Isabelle de Mérode , comtesse d'Isenghien et de Middelbourg, dame de Lannoy , du consentement des confrères de madame Sainte-Barbe sur la conduite desdits confrères . . . Nous sommes trop pauvres pour négliger de rapporter au moins en substance ce document d'ailleurs intéressant , sa date est entre les années 1639 et 1679.
o Que tous les confrères de qualité ou condition qu'ils soient, se trouvant en leur jardin , se gardent de jurer ou de renier le nom de Dieu , de la Vierge ou des Saints , principalement celui de Mme. Sainte-Barbe , à peine de payer comptant au profit de la confrérie , pour chacune fois 12 deniers , ou d'être punis à la discrétiou du prévôt de Lannoy , des grand connétable, empereur, roi , petit connétable et anciens confrères.
» Que personne ne prononce le nom du diable , ne profère aucune parole sale , ni ne commette aucune action déshonnéte à peine que dessus.
i Armoriai de Flandre publié par Borel d*Haulerive, p. 164.
» Que nul confrère ne mette le feu pour tirer sans avoir sonné ia clochette.
» Que nul ne quitte "une partie commencée si ce n'est de commun accord, à péril d'être puni à la discrétion des grands conaétable , roi et petit connétable. v
» Que tout confrère soit tenu de comparaître au jour de l'oiselet, à l'heure annoncée ; et lorsque les tambours toucheront la marche, que chacun s'y tienne prêt, à la porte du jardin avec son mousquet et son épée, pour conduire le Roi au lieu où Ton tire le gay , et l'accompagner au retour, comme aussi le jour du pâté du Roi.
» Au jour de Mme. Sainte-Barbe , les confrères se réuniront chacun avec son manteau et son épée , pour aller ensemble à la messe qui se célèbre à la chapelle du château, à peine pour chaque défaillant de payer une livre de cire au profit de ladite chapelle , fors qu'il ait une excuse légitime.
» Tout le Serment , averti par le valet , assistera au service qui se célèbre en la même chapelle pour les confrères trépassés, après avoir porté le défunt au lieu de sa sépulture.
» Tous les confrères seront tenus , au jour de la procession , de se trouver à la porte de leur jardin avec épée et mousquet, et de faire leur devoir durant ladite procession , à peine d'amende et de châtiment à la discrétion des supérieurs pour ceux qui seront absents sans cause légitime.
» Nul ne pourra mener ses enfants aux assemblées et congrégations, ni révéler le secret de ses confrères ; chacun y prendra rang selon son ancienneté au Serment.
» Que tous ceux qui seront admis audit Serment soient pourvus en propriété d'épée et armes convenables, comme aussi d'un bâton de jardin pour se battre audit jardin.
La guerre, un événement majeur interrompaient sinon tou-
jours leurs exercices ordinaires , du moins leurs fêtes annuelles.
En 1715, ayant suffisamment témoigné leurs regrets et porté le deuil pour la mort de la princesse d'Iscnghien qu'il avait plu au Seigneur d'appeler dans son royaume le 8 janvier de celte année, et le traité d'Utrecht ayant d'ailleurs ramené la paix, les Serments demandèrent et obtinrent de pouvoir tirer le gay ; ce qu'ils n'avaient pas fait depuis longtemps.
Chacune des trois compagnies franches recevait du seigneur de Lannoy 52 lots de vin ou la valeur en argent pour les 52 dimanches de l'année , et une haine de vin à la procession seigneuriale.
Le 13 août 1790, suivant la proclamation du Roi sur le décret de l'assemblée nationaie du 12 juin précédent , la municipalité fit signifier aux trois compagnies d'avoir à remettre entre ses mains leurs drapeaux qui furent attachés à la voûte de l'église paroissiale, et telle fut la fin des Serments de Lannoy.
Dès l'année 1790, les municipalités durent s'occuper de l'organisation de la garde nationale. La milice lannoyenne se composait au 28 juillet 1792 de 105 citoyens actifs. Suivant le décret du 30 septembre 1805, qui ordonnait la réorganisation de la garde nationale pour la défense des frontières, le département du Nord forma quatorze légions fortes de quatre cohortes de mille hommes; la cohorte de Lannoy fit partie de la 2 e légion, dite de Tourcoing , commandée par M. Desbrochers de Lannoy , et fournit son contingent à Flessingues , où elle éprouva ae grandes pertes.
Sous la Restauration, la garde nationale fut rendue au service sédentaire borné à la commune. En 1830, nouvelle organisation
en légion : le bataillon cantonal de Lannoy fit partie de la légion de Roubaix; mais en 1834, la garde nationale reprit son organisation communale jusqu'à l'époque de la dissolution générale. Toutefois, les compagnies communales du canton de' Lannoy furent réunies en deux bataillons : celui qui retint le nom de Lannoy se composa des compagnies d'Hem , Lannoy , Lys , Sailly, Toufflers et Willems ; celui d'Ascq comprit les gardes des autres communes du canton.
Autorisée par l'administration du département, la municipalité de Lannoy fit en 4808 l'acquisition d'une pompe à incendie, et organisa une compagnie de pompiers composée d'ouvriers en bâtiments , robustes et actifs , qui s'engagèrent par des statuts à faire le service de la pompe avec zèle , et à suivre tous les ordres qui leur seraient donnés par leurs chefs lorsqu'un incendie se déclarerait dans la ville ou dans les communes voisines. Cette compagnie se rendit à Lille , où pendant quelques jours elle fut exercée à la manœuvre des pompes et reçut toutes les instructions qui devaient régler son service.
Suivant le règlement organique du 1 er mai 1811 , la compagnie des pompiers était composée de quinze hommes , savoir : un chef commandant, un sergent, un caporal, deux sapeurs , un sellier et neuf gardes pompiers. — Le corps est en uniforme depuis 1834- — Le règlement du 4 l er octobre 1840 porte à 27 hommes l'effectif de la compagnie active et crée une catégorie de pompiers membres honoraires , les uns et les autres payant une cotisation annuelle. — Depuis 1850 , la compagnie compte 33 hommes dont une partie habitent Lys. — Une seconde pompe a été acquise en 1859 , à l'aide d'une souscriotion faite chez les industriels et d'un subside du département.
Depuis leur institution , les sapeurs-pompiers de Lannoy ont constamment fait preuve d'un admirable dévouement qui leur a valu en maintes circonstances les témoignages les plus flatteurs de l'autorité et mérité la reconnaissance publique. Les communes de Lys, Hem, Roubaix ont pu, à différeotes reprises, apprécier le généreux empressement du corps et son intelligente organisation des secours. Plusieurs médailles ont été la récompense de ce zèle.