‹ Précis de l'histoire de LannoyChapitre 19 sur 47 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

annales : Henri VIII d'Angleterre et l'empereur Maximilien à Lannoy. — Le Magistrat de Lille aide Lannoy pour sa défense. — La reine de Hongrie, régente des Pays-Bas , séjourne à Lannoy. — Matthias de barda , né à Lannoy, abbé de Cysoing, générai de la congrégation de Saint-Victor

— Les Gueux; prêche à Lannoy ; l'église Saint-Philippe et le couvent des Croisiers sont saccagés ; — Denis Chemin , prédicant à Lannoy.

— Combat de Lannoy.

On a vu dans la première partie de cette histoire que la ville de Lannoy à peine formée était tombée au pouvoir de Pierre de Roubaix, chargé en 1465, par le comte de Charolais , de se saisir de la personne de Jean de Lannoy; — qu'après la réconciliation de ce seigneur avec son prince, la ville dutbien des fois son salut à ses fortifications , alors que la garnison française de Tournai dévastait cruellement les environs ; qu'enfin , elle eut à souffrir de l'irruption des troupes de Louis XI, cherchant encore à s'emparer d'une partie de la Flandre à la mort de la douce Marie de Bourgogne.

En 1513, Henri VIII, roi d'Angleterre, encouragé par Marguerite d'Autriche , gouvernante des Pays-Bas, débarquait à Calais et, vainqueur des Français à Guinegate etàTérouane, traversait la châtellenie de Lille pour y venir , avec l'empereur Maximilien, asseoir son camp devant Tournai. L'armée anglaise entoura la ville du côté de la Flandre, s'étendant en demi-cercle depuis le haut jusqu'au bas Escaut, tandis que lés deux souve-

rains s'arrêtaient à Lannoy , où les députés de Tournai se rendirent plusieurs fois pour négocier. 1 Tournai ouvrit ses portes à Henri VIII , qui s'y fit reconnaître roi de France le 21 septembre.

La ville de Tournai , restituée à la France en 1518 , fut assiégée et prise en décembre 1521 , par l'empereur Charles- Quint. Dès le début de la guerre , sur la demande de Mgr. de Lannoy, le Magistrat de Lille avait décidé d'envoyer des poudres et des armes dans la ville de Lannoy et de l'aider en tous points pour sa défense. 2

En 1540, Lannoy eut l'honneur de recevoir la reine Marie, douairière de Hongrie et de Bohême, régente des Pays-Bas, qui passa dans la ville la journée du 7 novembre. 3

Le 26 janvier 1564 mourait à l'âge de 68 'ans et 4 mois, Mathias de Barda, né à Lannoy , abbé de Cysoing depuis 38 ans. Buzelin nous apprend qu'avant de mourir , cet abbé dont il fait le plus grand éloge et dont la devise était soyons en paix , fut nommé supérieur général de la congrégation de Saint- Victor , alors très-répandue en France. *

Mais voici que les doctrines de Luther et de Calvin envahissent les Pays-Bas, où les mécontents politiques ayant à leur tête le prince d'Orange , père du jeune seigneur de Lannoy , Louis de Nassau, les comtes d'Egmont et de Homes, les barons de Bréderode , de Culembourg et de Montigny, se joignent aux sec-

1 Histoire de Tournai , par Poutrain , p. 808. — Suivant Chotin c'est à Orcq , beaucoup plus près de Tournai , que Henri VIII établit son quartier général.

2 Les Sept Siéçes de Lille, par M. Brun-Lavainne et Elie Brun, p. 112.

3 Gachard. Rapporter les archives de Lille, p. 263. * Gallo-Flandria — Cameracum Christianum.

taires et forment, en 1566, cette association des seigneurs et dn peuple , si funeste au pays et si connue sous le nom de Gueux. Parmi les désordres , les massacres , les pillages et les actes de vandalisme exercés par les Gueux , briseurs d'images , Bocqueteaux et Hurlus , dans la châtellenie de Lille , où leur nom est resté en horreur , recueillons quelques faits intéressants sur Lannoy et ses environs.

Le mardi 13 août 1566, un certain Cornille, qui demaréchalferrant était devenu ministre de la nouvelle religion , fait un prêche , au Triez de Sin , auquel assistent armés, beaucoup de gens de Tournai , de Lille , de Lannoy et des villages voisins. 1 — Le 13 , un prêche a lieu près de Lannoy même. Comme le prédicant Ambroise Wille y blâmait les gens du pays de Flandre qui , de leur autorité privée , s'étaient ingérés d'abattre les images en plusieurs lieux circonvoisins , ceux qui avaient exercé ces dévastations s'élèvent contre lui et maintiennent qu'ils en avaient reçu l'ordre de leur ministre Cornille. Après le prêche, les Tournaisiens sont fort bien reçus à Lannoy et empêchent les saccageurs d'images d'y pénétrer, au grand contentement des manants de ladite ville de Lannoy. *

Ce contentement ne fut pas de longue durée , car on rapporte qu'avant le 25 du même mois, date d'une ordonnance qui sévit contre ces larrons sacrilèges , ennemis de Dieu , du Roi et du monde, l'église de Lannoy avait été saccagée en même temps que vingt- et-une autres dans la châtellenie. 3 Le couvent des f roisiers de Lannoy avait éprouvé le même sort. 4

* Mémoire* de Pasquier de Le Barre , pour servir à l'histoire de Tournai , ubiiés p%r Alex. Pinchort. Bruxelles , 1859, t. 1, p. 180.

* Jbid., p. 132.

3 V Eglise sous la Crois pendant la domination e*pagnole , par Charles- Louis Frossard , pasteur de l'Eglise réformée à Lille , 1857, p. 81.

* Mémoires de Nicolas Soldoyer, dans le tome deuxième des Mémoires de Pasquier de Le Barre, p. 324 , aux notes.

« Aussi il avoit à Lannoy un prédicant nommé maistre Denis Chemin, fils du maréchal de Cheren , mi-chemin de Tournay à Lille, lequel en toutes ses presches il a baptisé et marié à la façon de Genève, c'est-à-dire à la Calviniste. » 1

Dans les derniers jours de décembre 1566 , sachant le sieur de Noircarmes occupé des préparatifs du siège de Valencicnnes, le ferronnier Cornille, prédicant ou soldat au besoin , et qui naguère avait couru les plus grands dangers à Waltrelos ,* rassemble une nouvelle troupe de sectaires et se joint à d'autres bandes réunies aux environs de Tournai sous le commandement de Jean Soreau. Celles-ci , le jour même de la naissance du Sauveur, avaient incendié quatre monastères dans le voisinage ; elles comptaient au moins 3,000 hommes, la plupart manœuvres, artisans et gens de petite défense ramassés de tous côtés , mais , renforcés de 200 hommes des frontières d'Artois et de Hainaut, qui avaient servi dans les dernières guerres contre les Français et vivaient depuis lors de vols et de brigandages. Ces vauriens, dit Pontus Payen, ayant ouï parler d'une si vénérable assemblée qui leur promettait le pillage des églises , n'avaient pas voulu y manquer. Le capitaine de ces gens de potence était un banni d'Arras , nommé Tériel. a Leur dessein estoit de s'emparer de la ville de Lannoy, qu'est assise fort à propos, et au milieu de ceulx de la religion, et de là faire leur corps et assemblée , pour à ce printemps se mettre aux champs , que avecq la faveur de

i Mémoires de Nicolas Soldoyer, p. 238.

* w Audit an , la veille des Innocens fut la journée do Wattrelos où les Gueux furent déconfits des gens de M Du Bruucq, capitaine des gens de pied de Lille , et furent brûlez en l'église dudit Wattrelos à leur confusion et victoire aux catholiques. * [Mémoires originaux pour servir à Vhisloire de la ville et châtellenie de Lille.)

ceste ville eussent eu bon moyen de faire , obstant l'incomodité qu'il y auroil de les oster de là. » 1

Les habitants de Lannoy, menacés , se disposent à une vigoureuse résistance, ils renforcent les portes de la ville et s'arment de mousquets et de pistolets ; les compagnies du Serment , munies de leurs flèches et viretons, font le guet au dehors et en dedans de la place. Les Gueux arrivant sans ordre et sans défiance une heure avant le jour jusqu'auprès des fossés , sont accueillis par une volée de flèches et par des décharges de mousqueteries qui leur font comprendre qu'on n'a pas été surpris. Le jour commençant à paraître, ils distinguent sur les remparts les hommes des compagnies du Serment revêtus de leurs justaucorps , d'ordonnance et s'imaginant que Lannoy est défendue par des soldats , ils se retirent en désordre.

Le sieur de Noircarmes , averti du mouvement des sectaires sur Lannoy, prend avec lui la compagnie d'ordonnance du comte de Reux, ayant pour lieutenant Antoine de Nédonchel, seigneur du Quesnoy; celle du baron de Montigny et six compagnies ordinaires d'infanterie. Cette troupe chemine la nuit en telle diligence que le lendemain 26 , fête de Saint-Thomas de Cantorbéri, elle se trouve au point du jour en vue des ennemis. On espérait les surprendre , mais ils s'étaient rangés en bataille en un lieu fort avantageux derrière un marais , défendus par des fossés profonds et pleins d'eau , et adossés contre de fortes haies qui les garantissaient de la cavalerie si redoutable pour eux. Un grand bourbier fermant l'entrée du marais arrête court le sieur de Noircarmes, qui avise aux moyens de faire un circuit pour chercher meilleur passage ; mais le comte de Reux, à qui jamais rien n'était trop chaud ni trop pesant , veut qu'on marche droit aux ennemis, craignant de leur laisser le loisir de s'échapper.

i Mémoires de Pasquier de Le Barre , t. II , p. 131. Lettre du seigneur de Noircarmes à la duchesse de Parme.

Le seigneur du Quesnoy, aux conseils duquel l'un et l'autre dé*féraient à cause de son jugement et de sa longue expérience, sourit de leur débat et trouve que c'est trop marchander pour assaillir une poignée de bélitres. « Ne voyez-vous pas, dit-il, qu'ils tremblent déjà et regardent continuellement derrière eux comme gens éperdus ; soyez assurés qu'ils se mettront tous en fuite avant d'en venir aux mains, o II était bien monté et, joignant l'action aux paroles, il se jette le premier dans le bourbier qu'il franchit sans trop de peine ; toute la cavalerie le suit de près; Pinfanterie passe comme elle peut.

En gens mal aguerris les Gueux déchargent leurs arquebuses sans dommage pour les assaillants encore hors de portée, et prennent la fuite dans le plus grand désordre, excepté pourtant les hommes des frontières qui meurent en gens de guerre avec leur capitaine Tériel. Les fuyards sont poursuivis et hachés sans merci , de sorte que le marais est bientôt couvert de morts ; ceux qui échappent aux soldats ne trouvent guère un meilleur sort entre les mains des paysans.

Les Gueux perdirent beaucoup de monde dans cette rencontre qui ne coûta au sieur de Noircarmes que six des siens. Dans une lettre datée de Lannoy même, le 30 décembre 1566, un seigneur du nom de Largilla , rendant compte à la duchesse de Parme de ce combat qui avait duré plus de deux heures, estime la perte des rebelles à plus de sept à huit cents hommes ; ce qui s'accorde avec le récit de Pasquier de Le Barre ; d'autres la portent à quinze cents hommes. La Gouvernante , sur le rapport de Rassenghien . écrivit, dit-on, de sa main des lettres de félicitations aux habitante de Launoy

i Mémoires de Pontus Payen , publiés avec notices et annotations , par Alex. Hume. Bruxelles, 1861, t, I, p. 2^-283. — Mémoires de Pasquier de Le Barre, t. II, p. 46 et 121. — Buzelin, Annales Gallo-Flandrias , p. 535. — La Flandre Wallonne aux XVI 9 et XV 11* siècles , par Le Bon. Douai , 1838, p. 3*7, 38 et 41.

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